Programme holistique ciblé pour les jeunes de Toronto ayant des démêlés avec la justice

Un investissement du Fonds du système de justice pour les jeunes du ministère fédéral de la Justice, effectué en 2006, a aidé à donner naissance à une série de programmes de réadaptation et de réinsertion de jeunes afro-canadiens de Toronto qui ont des démêlés avec la justice. Le programme utilise une approche holistique fondée sur le soutien individuel souvent offert par des hommes jeunes qui ont surmonté des problèmes similaires.

Margaret Parsons, directrice générale de l’African Canadian Legal Clinic (ACLC), l’organisme qui administre le programme, souligne que « le programme est né du tollé général qui a suivi la mort de Michael Wada Lawson sous les balles de policiers en 1992 ». Parsons a aidé à mettre l’ACLC sur pied en 1994. « Tous les ordres de gouvernement ont produit un rapport sur la fusillade et conclu que les afro-canadiens, et particulièrement les jeunes afro-canadiens, devaient avoir voix au chapitre dans le système de justice. »

African Canadian Legal Clinic

Des consultations auprès de familles, d’universitaires et de représentants du système d’administration de la justice ont abouti à la création de l’ACLC, le seul organisme du genre au Canada. La clinique fournit des avis et représente des afro-canadiens dans des tribunes juridiques, en particulier les cours, où elle défend souvent des affaires qui font jurisprudence. L’ACLC exécute aussi un vaste éventail d’initiatives pour lutter contre le racisme ainsi que la discrimination systémique et institutionnelle.

Lorsque la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents est entrée en vigueur, l’ACLC a créé un projet afin de satisfaire aux besoins particuliers des communautés afro-canadiennes de Toronto. Dans le cadre du programme, des jeunes ayant des démêlés avec la justice peuvent obtenir les services d’agents de liaison avec les tribunaux et de travailleurs sociaux spécialement formés. Les agents de liaison avec les tribunaux aident les jeunes et leur famille à comprendre le système d’administration de la justice et à s’y retrouver, tandis que les travailleurs sociaux leur fournissent une aide psychosociale et les mettent en rapport avec les services et les programmes de soutien pertinents. Selon Parsons, l’un des premiers défis du programme a été d’obtenir l’acceptation du milieu de la justice.

« Nous avons fait face à beaucoup de méfiance au début », dit-elle. « Nous avons dû démontrer la valeur du programme à tous, en partant des juges et des avocats de la défense jusqu’aux jeunes eux-mêmes et à leurs familles. »

Des dénouements plus favorables inspirent le respect à l’égard du programme

Le programme n’a pas tardé à gagner le respect de tous grâce aux efforts de personnes comme Tazio Clarke, un de ses premiers assistants parajudiciaires. Né en Jamaïque, Clarke avait immigré au Canada à l’enfance et il a grandi dans un quartier dur de Scarborough, l’un des territoires cible du programme. Clarke attribue à l’éducation solide qu’il a reçue dans sa famille d’avoir évité le sort de certains de ses amis d’enfance qui ont abouti en prison.

« Je comprends ce que beaucoup de ces jeunes et leurs familles vivent parce que j’ai moi aussi baigné dans ce milieu une grande partie de ma vie, dit Tazio. Ce programme vise à rompre le cycle dans lequel beaucoup d’entre eux sont pris au piège. J’ai vu comment il peut changer des vies et c’est ce qui m’inspire chaque jour. »

Tazio Clarke a obtenu un baccalauréat en travail social de l’université Ryerson avant d’entrer à l’ACLC en 2006. Après quelques années de travail comme assistant parajudiciaire, il est aujourd’hui l’un des quatre agents de réinsertion sociale de l’organisme et il gère les dossiers d’environ 25 jeunes. Il travaille avec chaque client pour élaborer et mettre en œuvre un plan de libération sous caution personnalisé et il les met en rapport avec les services, les programmes et les organismes pertinents.

Rudy Coccolo, responsable de la surveillance des personnes en liberté sous caution au palais de justice de Scarborough, reconnaît ce que le programme a réussi à accomplir.

« Les jeunes et leurs familles sont conscients que les gens comme Tazio sont dans leur camp et veillent à leurs intérêts », affirme Coccolo. « Le palais de justice peut être un endroit intimidant, surtout pour un adolescent ou ses parents qui y entrent pour la première fois. Les intervenants de l’ACLC peuvent prendre le temps d’expliquer ce qui se passe et à quoi ils doivent s’attendre. Par conséquent, le jeune est plus susceptible de respecter la décision du juge et d’éviter les ennuis. »

Les partenariats : la clé du succès

Selon Clarke, « une grande partie de notre succès est dû aux partenariats que nous avons établis. Beaucoup d’organisations offrent des services, par exemple du tutorat, des possibilités d’emploi et de bénévolat et des activités récréatives. Nous tirons parti de ces organismes et nous jumelons les jeunes et leurs familles avec les services dont ils ont besoin. »

Le programme continue d’avoir du succès et traite actuellement environ 800 dossiers par an. En plus de la passion des différents intervenants, Margaret Parsons attribue les réalisations du programme à trois facettes de sa conception : la sensibilisation du système d’administration de la justice et de la société en général au sujet de la nécessité d’un programme destiné explicitement aux jeunes afro-canadiens, l’adoption d’une approche souple plutôt qu’universelle, et l’établissement d’un rapport étroit avec le jeune et sa famille.

« Dès le départ, nous avons embauché et formé de hommes jeunes qui pouvaient comprendre les défis auxquels nos clients font face et la façon de les surmonter », rappelle Parsons. « Le mentorat est une partie importante de leur rôle. Un signe de notre succès tient au fait que certains de nos anciens clients ont réussi à changer leur vie et qu’ils sont eux-mêmes devenus des mentors. »

Rompre le cycle de la criminalité

Selon Tazio Clarke, le programme aide à défaire l’image négative que bien des gens ont des jeunes afro-canadiens à Toronto, image que certains jeunes s’efforcent de véhiculer au lieu de la rejeter. La modification du stéréotype fait partie des mesures nécessaires pour rompre le cycle qui aboutit à des activités criminelles.

« Je ne compte plus le nombre de personnes qui ont éclaté en sanglots dans mon bureau depuis toutes ces années », dit-il. « Elles sont dépassées par les nombreux défis auxquels elles font face. Nous les aidons à découvrir comment surmonter chaque défi et à se créer une nouvelle identité positive. »

Relever de nouveaux défis

Le programme et l’ACLC ont beaucoup évolué au fil des ans. Pour aider les clients à composer avec le singulier et souvent complexe mélange de facteurs de la délinquance, notamment la pauvreté et les problèmes de santé mentale et de toxicomanie, le programme retient à contrat les services d’un psychologue et l’ACLC continue d’adapter ses services aux besoins de sa clientèle.

« En fait, les besoins d’un immigrant somalien qui a grandi dans un camp de réfugiés sont très différents de ceux d’un garçon qui a grandi avec ses grands-parents en Jamaïque et qui vit maintenant avec ses parents à Toronto. Nous essayons de faire en sorte que le système de justice les traite de façon équitable et qu’ils obtiennent l’aide dont ils ont besoin. »

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