Mentorat de jeunes en difficulté dans des milieux ruraux de la Nouvelle-Écosse

Une conseillère en pratique privée lance un projet destiné aux jeunes contrevenants ayant des problèmes de consommation de substances illicites

Pour Wanda Schofield, le problème et la solution étaient évidents : trop d’adolescents dans les régions rurales de la Nouvelle-Écosse aux prises avec des problèmes de consommation de substances illicites et ayant des démêlés avec la justice et pas assez de services pour les aider à reprendre le droit chemin. Conseillère en toxicomanie et en santé mentale et intervenante des services de protection de l’enfance pour la plus grande partie de sa carrière, Schofield possède et exploite Kentville Family Counselling, une clinique privée. Elle travaille aussi à temps partiel dans un établissement provincial de garde en milieu fermé pour adolescents à Waterville, dans la vallée d’Annapolis.

« Bon nombre des jeunes contrevenants que je vois à titre professionnel ont peu de chances de terminer l’école ou d’obtenir un emploi sans aide », affirme Schofield. « Leurs parents sont souvent absents ou incapables de les aider. Ces jeunes prennent donc de mauvais plis qui ont tendance à empirer avec le temps. Un séjour à l’établissement de détention pour adolescents pourrait rompre le cycle, mais celui-ci reprend généralement dès qu’ils en sortent. »

Wanda Schofield reconnaît que le cycle peut être rompu si les jeunes passent du temps avec un mentor positif, quelqu’un qui les aidera à acquérir de bonnes habitudes comme rester à l’école, travailler à temps partiel et faire de l’activité physique. En 2010, Schofield a donc obtenu une aide financière du Fonds du système de justice pour les jeunes du ministère fédéral de la Justice afin de lancer le Programme de soutien communautaire pour les jeunes de la vallée d’Annapolis. Le programme cible un groupe précis : les 12 à 17 ans ayant des problèmes de consommation de substances illicites et des démêlés avec la justice. Chaque participant passe jusqu’à six heures par semaine avec un travailleur de soutien, un mentor formé comme intervenant auprès des jeunes ou comme conseiller en désintoxication. Le mentor agit un peu comme un guide qui aide l’adolescent à acquérir une vision plus positive de la vie.

« Le travailleur de soutien aide le jeune à apprendre à maîtriser sa colère et à remplacer la consommation de substances par des activités plus saines», précise Schofield. « Il appartient au jeune et à son mentor de déterminer en quoi consisteront ces activités : trouver un emploi, recruter un tuteur, se mettre à un sport ou s’inscrire à un cours particulier. »

Surmonter l’ennui de l’adolescence

Selon Schofield, une partie du défi est lié au fait que les jeunes ont peu de choses à faire dans la vallée d’Annapolis, une région rurale de plusieurs centaines de kilomètres carrés le long de la baie de Fundy. Kentville, la plus grande municipalité de la région, compte moins de 6 000 habitants. Des petites municipalités de moins de 500 habitants sont éparpillées entre de grandes étendues de terres agricoles. Le service de transport en commun, même entre les plus grandes municipalités, est peu fréquent.

« Beaucoup d’adolescents dans la région sont tout simplement morts d’ennui », raconte Schofield, « et quand les parents ne sont pas là pour les surveiller, beaucoup d’entre eux optent pour s’évader dans la drogue ou l’alcool. Notre programme vise à changer cette situation. »

Étant donné le rôle de premier plan que le travailleur de soutien/mentor joue dans le programme, Wanda Schofield déploie beaucoup d’efforts pour sélectionner des candidats solides pour le poste. Ils sont tous relativement jeunes, récemment sortis, diplôme en poche, de programmes de formation comme conseillers en désintoxication et ils possèdent une certaine expérience de travail auprès des jeunes.

En 2011, Wanda Schofield a recruté Joe Mitchell, l’un des quatre travailleurs de soutien du programme. Mitchell a obtenu un B.A. en criminologie et un diplôme en services correctionnels avant d’occuper un poste à temps plein comme agent correctionnel à l’établissement de détention pour jeunes de Waterville, où il a rencontré Schofield. Il travaille à temps partiel pour le programme, agissant comme mentor auprès de deux adolescents ce qui lui prend jusqu’à 12 heures par semaine.

« J’utilise les mêmes compétences que je mets à profit dans mon travail quotidien », souligne Mitchell. « Dans le programme toutefois, je passe beaucoup plus de temps individuellement avec les jeunes. L’écoute est une grande partie de mon travail : pour bon nombre de ces jeunes, c’est une expérience nouvelle que de voir un adulte leur donner de l’attention. L’écoute me permet de gagner leur confiance, élément essentiel pour les convaincre d’agir différemment. »

Bâtir la confiance, réaliser des objectifs

Mitchell dit qu’en général, il faut du temps pour bâtir la confiance, plusieurs visites et sorties pour jouer aux quilles, faire de l’alpinisme, jouer au paint-ball ou quoi que ce soit que le jeune veut faire. L’accord de confidentialité que l’adolescent et le mentor signent aide aussi à bâtir la confiance. L’accord précise qui peut consulter les renseignements que l’adolescent divulgue au mentor.

D’après Mitchell, une fois que le jeune comprend que ce qu’il dit au travailleur de soutien restera confidentiel, en général, il s’ouvre et exprime davantage ce qu’il pense et ressent. Graduellement, le jeune commence à se sentir assez à l’aise pour parler de sa consommation et d’autres comportements négatifs.

Chaque équipe adolescent-mentor établit des objectifs réalistes dans plusieurs domaines clés : la justice (p. ex. se plier aux conditions de sa probation), la consommation de substances illicites (p. ex. réduire sa consommation), participer à des activités parascolaires (p. ex. suivre des cours de kickboxing) et fréquenter l’école (p. ex. améliorer son assiduité). Aux trois mois, l’adolescent et le mentor revoient les objectifs et en fixent généralement de nouveaux. Le mentor remplit des rapports d’étape réguliers afin de suivre les problèmes à la maison, la consommation et les changements d’attitudes.

Selon Wanda Schofield, « il est essentiel de fixer et de réaliser des objectifs, même les plus modestes soient-ils. Bon nombre de ces jeunes ont rarement ressenti la confiance et la fierté qu’on éprouve lorsqu’on accomplit quelque chose ».

Le programme comporte un budget modeste pour les loisirs et la formation. Un participant avait obtenu un emploi, mais n’avait aucun moyen de s’y rendre et d’en revenir. Le programme lui a acheté un vélo. Le programme a aussi supporté le coût des cours de conduite de certains participants. Des partenaires locaux aident le programme à avoir accès à d’autres sources de financement, notamment au programme Bon départ, un programme administré par Canadian Tire qui aide à financer le coût de l’équipement sportif pour des enfants défavorisés.

Le programme a obtenu du succès - plus de 20 jeunes y ont participé au cours de ses deux premières années d’existence, mais il a dû surmonter plusieurs problèmes imprévus. À l’origine, il était prévu que Wanda Schofield consacre seulement deux ou trois jours par semaine à l’administration du programme et à la supervision des mentors à temps plein. Au départ, le programme a eu de la difficulté à attirer suffisamment de renvois et les mentors n’avaient souvent rien d’autre à faire que se tourner les pouces. Schofield embauche maintenant des mentors pour des contrats de courte durée.

Il a aussi été difficile de trouver suffisamment de femmes qualifiées pour travailler auprès de jeunes clientes. Le nombre de clientes renvoyées au programme a été beaucoup plus élevé que Schofield l’avait prévu.

« La courbe d’apprentissage a été très raide pour moi la première année », affirme Schofield. « Je gère une pratique privée depuis des années, mais je ne suis pas un organisme de services sociaux. Je reçois beaucoup d’aide, toutefois, et je suis fière de ce que les jeunes ont réussi à accomplir dans le cadre du programme. »

Autre signe du succès du programme : il bénéficie d’un appui généralisé dans la collectivité. Allister Graham, un agent de probation au ministère de la Justice de la Nouvelle-Écosse, est un grand partisan. « J’ai orienté vers le programme quelques-uns de mes cas les plus lourds de jeunes toxicomanes », dit-il « et les résultats ont été fantastiques. Le mentorat est une approche merveilleuse parce qu’il motive les jeunes et les met en action. »

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