Une prise de position courageuse contre les gangs de jeunes

À Winnipeg, un programme aide de jeunes Autochtones à se tenir loin des gangs de criminels

Un projet en cours à Winnipeg vise à s’attaquer au problème persistant des gangs de criminels, surtout ceux composés de jeunes Autochtones. « Circle of Courage » permet à des douzaines d’adolescents de résister aux influences de la culture des gangs.

Adrian (nom fictif) n’a que 14 ans, mais il a vu bon nombre de ses amis tomber sous l’emprise de la culture des gangs.

 « J’ai arrêté de fréquenter certains de mes amis lorsqu’ils ont commencé à vendre de la drogue pour des gangs », dit Adrian. « Je crois que certains d’entre eux étaient impliqués dans le meurtre récent d’un membre d’un autre gang. »

Adrian est exposé à bon nombre des facteurs auxquels Circle of Courage cherche à s’attaquer : les difficultés à la maison et le manque de possibilités de participer à des activités parascolaires saines. Son père a été expulsé du Canada quand il était tout petit, sa mère se démène pour joindre les deux bouts avec une famille de six enfants. Des amis d’Adrian l’ont initié aux drogues à l’âge de 12 ans; peu de temps après, il a commencé à voler. Après avoir eu des démêlés avec la police, Adrian s’est inscrit à Circle of Courage et s’est engagé dans une nouvelle voie.

« J’y vais tous les jours après l’école et nous faisons toutes sortes d’activités amusantes », dit Adrian. « Nous allons faire de l’escalade, nous regardons des films, nous apprenons à jouer des tambours ancestraux, nous faisons de l’artisanat, il y a toujours quelque chose à faire. »

Circle of Courage est administré par Ka Ni Kanichihk - en langue crie, « ceux qui mènent », une société à but non lucratif membre de Centraide à Winnipeg. Circle of Courage, l’un de ses nombreux programmes, est destiné aux jeunes garçons autochtones de 12 à 17 ans qui font déjà partie de gangs criminalisés ou qui risquent d’y entrer. Lancé en 2008 avec l’appui du Fonds du système de justice pour les jeunes du ministère fédéral de la Justice, le programme propose des programmes de perfectionnement des compétences et de nature culturelle, de même que des services éducatifs et de counseling, à environ 15 jeunes par an.

« Essentiellement, nous leur donnons l’encadrement qu’ils n’ont jamais eu », dit Bonnie Peigan, chef d’équipe de Circle of Courage. Originaire de la Saskatchewan, Peigan a grandi à Winnipeg et a consacré la plus grande partie de sa carrière au travail de rue auprès d’enfants et d’adolescents. C’est pour elle un honneur d’aider les participants à composer avec les nombreux défis inhérents au fait d’être Autochtone et de grandir en ville.

Pauvreté et manque de possibilités

Une recherche exécutée par la Winnipeg Foundation, un organisme communautaire indépendant, aide à décrire les défis. En 2004, la Foundation a publié un profil du quartier Centennial de Winnipeg, là où le projet Circle of Courage se déroule. Le profil révèle que près de la moitié des résidents sont des Autochtones, les deux tiers des ménages ont un revenu annuel inférieur à 20 000 $ et le quartier affiche l’un des taux de chômage les plus élevés de la ville. Selon des études menées par la province et le gouvernement du Canada, les taux de fréquentation scolaire chez les jeunes Autochtones du Manitoba figurent parmi les pires au Canada.

Leslie Spillett est directrice générale de Ka Ni Kanichihk. Une Crie du Nord du Manitoba, Spillett a vécu l’expérience des pensionnats pour Indiens et elle a terminé ses études collégiales avant d’arriver à Winnipeg en 1977. À son avis, il y a un besoin urgent de programmes comme Circle of Courage.

À son avis, « le réseau des pensionnats pour Indiens a pratiquement détruit les cultures autochtones et les liens entre les générations ».

Les circonstances ont provoqué une éruption de gangs de criminels à Winnipeg - plus de 30 vers le milieu des années 1990, selon certaines études. La plupart des membres sont de jeunes hommes autochtones; on attribue aux gangs la responsabilité de différents crimes, notamment le trafic de la drogue, des vols qualifiés, des voies de fait et des meurtres. Pendant une brève période vers le milieu des années 2000, Winnipeg affichait le taux d’homicide par habitant le plus élevé des grandes villes du Canada.

Une réponse efficace basée sur la culture autochtone

Ka Na Kanichihk a créé Circle of Courage pour tenter de dissuader les jeunes Autochtones d’adhérer à des gangs. L’organisme a acheté et rénové un duplex dans le quartier Centennial, en partenariat avec Logement Manitoba, pour accueillir le programme. Ka Na Kanichihk a aussi embauché une coordonnatrice et deux animateurs-guides. Circle of Courage est ouvert tous les jours de la semaine, de 13 h à 20 h, et il combine des activités récréatives, du bénévolat et la formation préparatoire à l’emploi à un programme de rétablissement culturel. Les participants sont censés s’y rendre quotidiennement. Il y a aussi à l’occasion des voyages de camping et des sorties la fin de semaine pour assister à des événements comme des pow-wow régionaux.

Circle of Courage vise à inculquer la connaissance de soi, la confiance en soi et un sentiment d’appartenance aux participants au moyen d’une approche graduelle et progressive axée sur les traditions autochtones. Ka Na Kanichihk part du principe que la préservation et la réhabilitation des cultures indigènes dans un milieu autochtone urbain permettront de contrer des influences négatives et malsaines.

Circle of Courage dépend aussi beaucoup de mentors comme Curly Mousseau, un Autochtone qui a grandi avec ses neuf frères dans une réserve pauvre. Il a passé quatre ans de son adolescence dans les rues de Winnipeg où il a survécu grâce à sa débrouillardise et à de menus larcins avant d’apprendre à fabriquer et à vendre de l’artisanat autochtone. Mousseau est d’abord entré à Circle of Courage comme bénévole culturel avant d’accepter un poste à temps plein rémunéré en 2008.

« Je leur enseigne la bonne façon de vivre », dit Mousseau. « Ce n’est pas facile dans un quartier aussi dangereux - on nous a déjà tiré dessus ici. »

Mousseau raconte aux participants ce qu’il a vécu et il leur explique que le fait de se raccrocher à ses traditions autochtones lui donne la force et la confiance de réussir. Il familiarise les jeunes avec le jeûne, les cérémonies du calumet, les huttes de sudation ainsi que les esprits, les clans et les couleurs autochtones.

« Ils doivent apprendre à reconnaître leurs vrais amis », selon Mousseau. « Je leur demande pourquoi aucun membre d’un gang ne visite les membres de ces gangs qui sont en prison. Nous devons apprendre à nous entraider à travers toutes les épreuves. »

De nombreux diplômés de Circle of Courage sont revenus au programme pour agir comme mentors bénévoles. Le programme compte également sur un vaste réseau de partenaires : des organismes comme le YMCA et le Club des garçons et filles, ainsi que des entreprises privées.

Leçons à retenir

Ka Ni Kanichihk a adapté Circle of Courage en réponse à défis particuliers.  Pour se rendre au lieu du programme, des participants devaient traverser les territoires de plusieurs gangs, ce qui n’avait rien d’une partie de plaisir et les empêchaient parfois de participer. Pour régler le problème, Circle of Courage a acheté une fourgonnette et embauché Curly Mousseau pour véhiculer les jeunes. Lorsqu’il est devenu évident que des participants savaient à peine lire et compter, le programme a recruté deux étudiants de niveau postsecondaire comme tuteurs.

Pour être diplômés du programme, les participants doivent suivre plusieurs centaines d’heures de formation à la culture autochtone et de formation technique. Le programme a produit plus de 80 jeunes diplômés dans ses trois premières années d’activité.

De l’avis, d’Adrian, « c’est un programme fantastique. Curly est assez strict, mais il se soucie réellement de nous. J’aimerais un jour devenir un mentor ici ».

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