Un toit sur la tête

Un projet à Ottawa offre un logement de transition à de jeunes femmes ayant des démêlés avec la justice

Un projet à Ottawa prend en compte un facteur de la criminalité juvénile souvent négligé : un logement sûr et stable.

Selon Christine MacIntosh, directrice des services à l’adolescence et à l’enfance à la Société John Howard d’Ottawa, « sans un bon milieu de vie, beaucoup de jeunes ont de la difficulté à éviter les problèmes. Certains d’entre eux sont sans abri, d’autres couchent chez des amis dans une ronde incessante ou vivent dans des milieux si instables ou violents qu’ils ont de la difficulté à rester à l’école ou à garder un emploi ».

Afin d’élaborer une solution expressément destinée aux jeunes femmes dans cette situation, la Société a créé un programme de logement, le Projet Summerville. La planification du programme a commencé en 2007 lorsque la ville d’Ottawa a lancé un appel de propositions pour régler le problème des sans-abris. La Société a proposé de construire un immeuble d’habitation réservé à des jeunes femmes et grâce à l’aide financière du Fonds du système de justice pour les jeunes du ministère de la Justice, elle a exécuté un projet pilote pour aider des résidentes à terminer leurs études, à amorcer leur carrière et à améliorer leurs connaissances pratiques. Depuis que le nouvel immeuble a été achevé en novembre 2009, les huit appartements ont été occupés pratiquement sans interruption.

Pour être admissible au Projet Summerville, une femme doit être âgée d’au moins 16 ans au moment du renvoi, être en liberté surveillée les services de probation juvénile et avoir un milieu de vie instable. Elle doit être prête à vivre de façon semi-autonome, s’engager à fréquenter l’école ou à travailler et être capable de payer un loyer (le montant est calculé suivant les taux du régime provincial d’aide sociale). En outre, elle doit être disposée à déployer des efforts pour réaliser des objectifs précis.

Les services de soutien du projet mettent l’accent sur quatre domaines : carrière, famille, collectivité et soi. Chaque résidente collabore avec la coordonnatrice du programme pour élaborer et mettre en œuvre un plan adapté à sa situation. La coordonnatrice jumelle les résidentes avec les services appropriés, notamment des tuteurs, des programmes de formation et des possibilités d’emploi et de stages. Les résidentes rencontrent la coordonnatrice plusieurs fois par semaine pour suivre leurs progrès et régler les problèmes qui surgissent; elles participent aussi à Girls…Moving OnMC, un programme de groupe spécialisé.

Des règles strictes, un soutien solide

Les résidentes doivent aussi se plier à une série de règles strictes. Par exemple les résidentes ne peuvent inviter des visiteurs à passer la nuit et ni recevoir plus de deux visiteurs en même temps. Des caméras en circuit fermé surveillent les allées et venues 24 heures par jour; les travailleurs de soutien passent régulièrement en revue tous les enregistrements.

« La sécurité est une grande préoccupation pour nous », dit Christine MacIntosh. « Nous vérifions tous les visiteurs avec soin parce que la sécurité des jeunes femmes est primordiale. Nous devons être rigoureux. »

Le soutien constant et le suivi régulier du programme visent à encourager les jeunes femmes à éviter les comportements risqués et les influences malsaines à l’origine de leurs démêlés avec la justice. Dans les deux premières années d’existence du projet, dans quelques cas seulement, les responsables ont dû demander à des résidentes de partir parce qu’elles avaient enfreint une règle et compromis la sécurité des autres résidentes. La coordonnatrice du programme, Alison Newson, attribue le succès du programme à une approche de « fermeté affectueuse ».

« Nous leur donnons le soutien dont elles ont besoin, nous célébrons leurs succès et nous intervenons rapidement lorsqu’elles ont de la difficulté », dit-elle. « Pour certaines de ces jeunes femmes, c’est une approche tout à fait nouvelle. »

Forte de son expérience des services d’aide aux victimes et du travail social, Alison Newson joue un rôle essentiel dans le projet. Elle supervise tous les aspects du programme de son bureau voisin du hall d’entrée de l’immeuble.

« Nous entretenons une atmosphère familiale, dit-elle. Je suis de près les progrès de toutes les résidentes quand je suis au bureau le jour et je reçois souvent des mises à jour après les heures régulières par textos. Des travailleurs de soutien sont ici tous les jours pour les aider à faire face aux défis de la vie courante. »

Processus de sélection rigoureux

Les résidentes rencontrent aussi régulièrement leur agent de probation, une source principale d’aiguillage vers le Projet Summerville. D’autres renvois viennent de la Société d’aide à l’enfance et de la Société Elizabeth Fry. Les candidates se prêtent à un processus de sélection exhaustif qui permet de recenser leurs forces, leurs faiblesses et leurs facteurs de risque. Le personnel du projet interviewe aussi les références données par les candidates, une étape essentielle du processus, selon Christine MacIntosh.

« L’une des leçons que nous avons apprise est l’importance d’interviewer les répondants tôt dans le processus », dit-elle. « Dans certains cas, les interviews ont révélé que le projet ne pourrait pas vraiment satisfaire aux besoins de la candidate. En contrôlant les références tôt dans le processus d’admission, nous améliorons notre capacité à repérer les candidates que nous pouvons le mieux servir et celles que nous pouvons aiguiller vers d’autres services de logement. »

Une autre leçon se rapporte aux difficultés inhérentes à la nécessité d’agir à la fois comme propriétaire de l’immeuble et fournisseur de services de justice pour des jeunes. Christine MacIntosh raconte « qu’au début, la courbe d’apprentissage a été raide. Nous devons équilibrer les priorités liées à la satisfaction des besoins des résidentes et nos responsabilités en tant que propriétaire de l’immeuble d’habitation dans un quartier résidentiel ».

Un équilibre délicat

C’est un défi inhabituel pour un organisme qui traditionnellement a mis l’accent sur la prestation de services. La Société John Howard d’Ottawa est un organisme de services communautaires sans but lucratif dont la spécialité est d’aider des personnes et des familles qui ont des démêlés avec la justice ou qui risquent d’en avoir. Comme le lien entre le comportement criminel et l’absence d’un logement stable devenait de plus en plus évident, la Société a commencé à exécuter des projets pilotes en matière de logement. Le premier projet pilote pour des jeunes (qui a bénéficié en 2002 de l’aide financière du Fonds du système de justice pour les jeunes) s’intitulait « A Different Street ». Il s’agissait d’un projet pilote de trois ans ciblant des jeunes hommes sans domicile fixe à leur sortie d’un placement sous garde. « A Different Street » s’est révélé si efficace qu’il est toujours en opération et a servi de cadre à d’autres projets. Avec l’ajout de Summerville, la Société possède et gère désormais six immeubles dans lesquels elle offre des services à des jeunes et à des adultes, et elle compte en ajouter d’autres.

« La vérité, c’est que la demande dépasse l’offre », signale Christine MacIntosh. « Et nous croyons que cette approche, c’est-à-dire un logement sûr, à prix modique, conjugué à des services de soutien ciblés, est un moyen efficace de réduire les risques d’avoir de nouveaux démêlés avec le système de justice. »

Les évaluations préliminaires du Projet Summerville ont été positives. Au cours des trois premières années du projet, aucune résidente n’a été accusée d’une nouvelle infraction criminelle. Le projet jouit d’un soutien généralisé dans le milieu de la justice pour les jeunes d’Ottawa.

Selon Kelly Raymond, gestionnaire des services aux enfants et aux adolescents pris en charge à la Société d’aide à l’enfance d’Ottawa, « Si une jeune femme n’a pas de chez-soi sûr et accueillant, il lui est presque impossible de mettre de l’ordre dans le reste de sa vie. En s’attaquant aux causes profondes de la criminalité, le projet Summerville aide à éviter que ces jeunes femmes s’engagent de nouveau dans cette voie ».

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