Renverser le courant : les gangs de jeunes

À Winnipeg, un projet aide les jeunes à risque à se tenir loin des gangs criminalisés

Un projet pilote à Winnipeg a mis en œuvre une approche individuelle face au problème des gangs de jeunes criminels. Lancé en 2008 avec l’appui du Fonds du système de justice pour les jeunes du ministère fédéral de la Justice, le projet Turning the Tides a fourni un soutien holistique et culturel à des jeunes de 15 à 19 ans présentant un risque élevé de s’engager dans des activités de gangs.

« Il est bien connu que Winnipeg est aux prises avec un problème persistant lié aux gangs de jeunes criminalisés », dit Tammy Christensen, directrice générale du Ndinawe Youth Resource Centre, l’organisme à l’origine du projet Turning the Tides. « À Ndinawe, nous attaquons le problème en travaillant avec les jeunes, un à un. »

Au cours de ses trois années d’activité, Turning the Tides a éloigné des gangs environ 60 jeunes grâce au mentorat et à des mesures de soutien ciblées, par exemple un programme d’enseignement de connaissances pratiques, du travail bénévole et des stages professionnels. Une équipe de personnes dévouées était au cœur du projet, comme Darren McIvor qui a agi comme mentor pendant 18 mois.

« Les raisons d’entrer dans un gang varient d’une personne à une autre », selon McIvor. « Pour aider une personne à se tenir à l’écart de problèmes, vous devez comprendre sa situation; une approche universelle ne fonctionne pas. »

De nombreux participants font face à un ensemble unique de problèmes individuels courants chez les jeunes du North End de Winnipeg, notamment la pauvreté, l’instabilité du logement, peu de soutien familial, la consommation de substances illicites et un manque de possibilités d’éducation et d’emploi. Bien qu’il soit né et ait grandi dans le North End, McIvor a réussi à éviter les problèmes grâce à l’éducation solide qu’il a reçue à la maison - des bases que beaucoup de jeunes du quartier n’ont jamais eues.

« J’ai grandi avec sept frères et sœurs plus âgés » , dit-il. « Ils m’ont tous tenu à l’écart des mauvaises influences et gardé dans le droit chemin. J’ai eu une vie relativement facile comparativement aux jeunes participants de Turning the Tides. Bon nombre d’entre eux n’ont pas bénéficié de ce genre de soutien dans leur enfance - aucun parent pour s’en occuper, certains jeunes n’avaient jamais entendu un mot gentil de la part d’un adulte. C’est exactement le genre de jeunes que les gangs essaient de recruter - quelqu’un qui espère désespérément se faire une place quelque part et éprouver un sentiment d’appartenance. »

Turning the Tides a jumelé des jeunes avec des mentors, en général des gens qui avaient grandi dans le quartier, qui avaient terminé leurs études postsecondaires et qui avaient un vif désir de travailler avec des jeunes. Au départ, Darren McIvor a travaillé comme conseiller en emploi pour le projet avant qu’un des trois postes de mentor du programme se libère.

En qualité de mentor, McIvor trouvait des stages et des possibilités de bénévolat pour des jeunes, comme déblayer une patinoire locale, tondre le gazon chez une personne âgée ou aider à déplacer des meubles.

« D’habitude, il s’agit de leur enseigner à être fiables », dit McIvor. « Ils apprennent à arriver à temps et à mener à terme les tâches qu’ils ont acceptées. Graduellement, ils devenaient plus fiables et je leur donnais davantage de responsabilités. »

Ndinawe Youth Resource Centre

« Turning the Tides » était l’un des nombreux programmes créés par le Centre de ressources pour les jeunes Ndinawe. Le Centre fait partie de la réponse de la collectivité à la hausse de la criminalité mettant en cause des jeunes, tant comme auteurs que victimes de l’acte criminel. Le problème a fait les manchettes en 1993 par suite d’une enquête policière sur un réseau de prostitution et de pornographie. L’enquête a révélé que les criminels ciblaient et victimisaient de jeunes filles autochtones qui n’avaient nulle part où aller pour obtenir du soutien. Grâce aux fonds provenant de plusieurs sources, une résidence de 16 places a été mise sur pied pour des jeunes et baptisée Ndinawemaganag Endaawaad (« la maison de nos parents » en langue crie).

Depuis, Ndinawe a évolué et est devenu un organisme autonome et intégré de prestation de services misant sur le logement, la culture, les loisirs, l’éducation, la prise de contact et le soutien à l’intention des jeunes du North End de Winnipeg. La plupart des participants aux programmes de Ndinawe sont d’origine autochtone, ce qui n’a rien d’étonnant puisque environ 80 % de la population du quartier est autochtone.

Le Centre Ndinawe administre une longue liste de programmes; il y a des clubs pour la cuisine, l’art et la pratique du tambour autochtone ainsi que des ligues sportives sans frais et des services d’emploi et d’échange de vêtements. Dans le cadre du programme de prise de contact de Ndinawe, des conseillers entrent en rapport avec des jeunes sur la rue et leur fournissent de l’aide et de l’information.

Les jeunes jouent un rôle de premier plan au sein de l’organisme; par exemple un conseil jeunesse supervise l’offre de programmes de Ndinawe. Selon Tammy Christensen, c’est un élément qui différencie Ndinawe des autres organismes.

« Nous voyons les jeunes prendre en charge nos programmes », dit-elle. « Notre rôle est de leur fournir les services et les programmes dont ils ont besoin de façon à ce qu’ils puissent y avoir facilement accès. Nous ne sommes pas une entreprise de 9 à 5. »

Approche centrée sur les jeunes

Turning the Tides avait aussi une approche centrée sur les jeunes. D’autres programmes font subir aux nouveaux participants des sommes considérables de tracasseries administratives. Turning the Tides laissait de côté la paperasse jusqu’à ce que le mentor et le nouveau participant aient établi une relation de confiance.

Ndinawe reçoit un financement à court terme de différentes sources, dont Centraide, des donateurs privés et tous les ordres de gouvernement. Par ailleurs, l’organisme a établi une longue liste de partenariats avec des entreprises et des groupes locaux et veille à leur maintien. Turning the Tides comptait en tout sur plus de 70 partenaires : par exemple des stations de radio et des épiceries ont fourni des possibilités d’emploi et de stages, tandis que des écoles secondaires et des organismes communautaires prêtaient leurs installations pour des activités récréatives.

« Au bout du compte, nous voulons mettre les jeunes en contact avec les ressources de leur collectivité », dit Tammy Christensen. « Ils ne participeront pas à nos programmes pour toujours, il est donc important qu’ils apprennent ce qui existe pour eux. »

Le Centre Ma Mawi Wi Chi Itata, un organisme de services communautaires pour les Autochtones, est l’un des partenaires sur lesquels comptait le mentor Darren McIvor du programme Turning the Tides.

« L’un des programmes de Ma Mawi jumelait des adolescents plus âgés avec des plus jeunes », raconte McIvor, « un peu comme les Grands frères et les Grandes sœurs. Quelques-uns des participants que j’ai supervisés dans le cadre du projet Turning the Tides se sont portés volontaires pour agir comme intervenants auprès de jeunes. Le fait de se voir confier un peu de responsabilité de cette nature les a aidés à renforcer leur estime de soi. »

Aujourd’hui père de deux jeunes garçons, McIvor a été témoin de la façon dont Turning the Tides a inspiré un grand changement chez les participants.

« Bon nombre des jeunes avec qui j’ai travaillé ont appris à rester loin des gangs et de la drogue. Ils ont plutôt investi leurs efforts dans leur travail scolaire et le bénévolat dans la collectivité. Ils ont donné un exemple que d’autres suivront, je l’espère. »

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