En décembre 2001, la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada a publié un rapport de recherche intitulé Les taux décroissants d'homicides entre partenaires intimes : une étude documentaire. Ce rapport donnait un aperçu de la recherche en sciences sociales sur l'homicide commis part un partenaire intime et il examinait les causes susceptibles d'expliquer leur diminution. Un résumé de la recherche figure ci-après.
Le rapport signalait que le nombre des homicides commis par un conjoint1 au Canada a commencé à diminuer dans les années 1960 ou 1970. Il révélait aussi que les hommes et les femmes tués par leur partenaire intime ou qui tuent leur partenaire intime proviennent de tous les milieux. Toutefois, certains groupes présentent des risques accrus, notamment les femmes en général, et les femmes plus jeunes et les femmes autochtones. Les autres facteurs de risques comprennent notamment :
Il existe peu d'études canadienne sur la diminution du nombre d'homicides commis par un conjoint et des crimes de violence en général, de sorte qu'il a fallu consulter les études américaines pour trouver des explications des causes de cette diminution apparente. Toutefois, le rapport applique à la situation canadienne certaines conclusions générales tirées de cet examen :
L'examen de la documentation a fait ressortir trois changements sociaux importants :
L'étude documentaire conclut en reconnaissant que la recherche est peu concluante (surtout au Canada où ces questions n'ont fait l'objet d'aucun examen systématique) et qu'il est nécessaire de procéder à des études plus approfondies en la matière .2
En juin 2002, le Centre canadien de la statistique juridique (CCSJ) a publié un document intitulé Tendances nationales des homicides entre partenaires intimes, 1974-2000.3 Cette analyse statistique confirmait le déclin constaté dans l'étude documentaire. Les paragraphes suivants résument les statistiques.
Les statistiques montrent que les taux d'homicides entre conjoints, tant ceux commis par un homme que par une femme, semblent reculer. Entre 1974 et 2000, le taux d'homicides ayant pour victime une femme a diminué de 16,5 en 1974 à 11,1 en 2000 par million de couples. Le taux d'homicides ayant un homme pour victime est passé quant à lui de 4,4 en 1974 à 3,4 en 2000. Toutefois, il y a eu une augmentation importante du nombre d'homicides commis contre une femme en 2001 : 69 contre 52 en 2000, bien que les chiffres pour 2001 étaient comparables à la moyenne au cours de la période 1991 à 2000. Le nombre de femmes ayant tué leur conjoint est demeuré inchangé (16 en 2000 et 16 en 2001) .4
Les taux d'homicides entre les autres partenaires intimes ont également fléchi au cours de cette période, sauf une hausse du taux d'homicides des femmes entre 1998 et 2000.
Vers la fin des années 1990, le nombre et le taux global de la plupart des formes d'homicides entre partenaires intimes a chuté considérablement. Le taux est passé de 9,9 par million de couples entre les années 1991 et 1995 à 7,4 entre les années 1996 et 2000.
Plus des trois quarts des 2 600 homicides entre conjoints enregistrés au Canada entre 1974 et 2000 ont été perpétrés à l'endroit de femmes. Les femmes de moins de 25 ans couraient plus de risques (21,2 femmes par million de couples comparativement à 6,6 hommes victimes de la même catégorie) et particulièrement les femmes séparées lesquelles constituaient, entre 1991 et 2000, le taux de victimes d'homicide le plus élevé (113,4 femmes par million de couples séparés comparativement à 9,5 femmes par million de couples séparés de 55 ans et plus, le groupe constituant le taux le plus bas).
Les taux d'homicides entre conjoints sont les plus élevés dans les provinces de l'Ouest (lesquelles enregistrent aussi le taux le plus élevé de crimes avec violence en général). Entre 1974 et 2000, les taux pour les femmes étaient les plus élevés au Manitoba (16,1 femmes par million de couples) tandis que ceux pour les hommes étaient supérieurs en Saskatchewan (7,1). Les plus faibles taux d'homicides perpétrés contre les femmes ont été enregistrés à Terre-Neuve-et-Labrador (4,1) et contre les hommes à l'Île-du-Prince-Édouard (1,0). Même si le nombre d'homicides entre conjoints est peu élevé dans les trois territoires, la faible population fait en sorte que les taux sont les plus élevés au pays. Entre 1974 et 2000, le taux d'homicides perpétrés contre des femmes dans les Territoires du Nord-Ouest était sept fois plus élevé que la moyenne nationale (77,8 femmes par million de couples) et quatre fois la moyenne nationale au Yukon (47,3). De même, le taux d'homicides entre conjoints commis contre un homme était quatorze fois plus élevé dans les T. N.-O. (48,0) et six fois plus élevé au (21,5).
Les armes à feu étaient le type d'arme utilisé le plus souvent dans les homicides entre conjoints entre 1974 et 2000, entraînant le décès de plus d'une victime sur trois. Malgré tout, l'usage d'armes à feu a chuté considérablement ces derniers temps dans les homicides entre conjoints ou autres partenaires intimes. Entre 1974 et 2000, le taux de femmes tuées par une arme à feu a diminué de 77 % (de 7,7 femmes par million de couples en 1974 à 1,8 en 2000) et celui des hommes de 80 % (de 2,0 hommes par million de couples en 2974 à 0,4 en 2000).
Entre 1991 et 2000, les armes les plus fréquemment utilisées tant par les hommes que les femmes ayant commis un homicide contre leur partenaire intime autre que leur conjoint étaient les couteaux, responsables de la mort de plus d'une victime sur trois.
Entre 1991 et 2000, 58 % des homicides entre conjoints comportaient des antécédents rapportés de violence familiale entre l'auteur et la victime du crime. Ces antécédents étaient plus susceptibles d'être rapportés parmi les couples séparés (73 %) que chez les couples toujours mariés (44 %).
Plus de la moitié (53 %) de tous les homicides entre conjoints commis entre 1991 et 2000 mettaient en cause des personnes ayant déjà été condamnées pour avoir commis un crime, le plus souvent un crime avec violence. Les autres homicides entre partenaires intimes mettaient en cause un pourcentage encore plus élevé d'accusés ayant un casier judiciaire (64 %).
Les hommes étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes d'avoir été les instigateurs des incidents de violence ayant pour résultat la mort d'un homme.
Dans le cas des homicides entre conjoints, le motif le plus souvent invoqué était la dispute (46 %), suivi de la jalousie (21 %). La jalousie était plus souvent le motif invoqué dans les cas où la victime était une femme (25 %) que dans les cas où la victime était un homme (8 %).
Plus d'un homicide entre conjoints sur cinq a été suivi du suicide de son auteur. Cependant, il s'agit d'un phénomène presque entièrement masculin. Entre 1974 et 2000, 28 % des délinquants masculins, et seulement 3 % des délinquants féminins se sont enlevés la vie après avoir commis leur crime, soit au total 564 hommes et 15 femmes.
L'étude du CCJS propose plusieurs raisons pour expliquer la baisse des taux d'homicides entre partenaires intimes. Celles-ci comprennent :