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Guide de traitement des victimes d'actes criminels : Application de la recherche à la pratique clinique

3.0 Notions de base - réactions courantes chez les victimes d’un crime

Réactions

  • Les intervenants peuvent observer des réactions courantes chez les victimes d’actes criminels. Ces réactions sont normales, mais peuvent aussi signifier que la victime a besoin d’aide pour surmonter son épreuve. Le tableau 1 présente quelques réactions courantes étudiées par les chercheurs.
  • La colère est une émotion difficile pour la victime, les aidants et les intervenants. Il faut prendre bien soin de traiter cette émotion correctement (Greenberg et Ruback [1992]). L’intervenant doit se rappeler que la colère est une réaction naturelle à la victimisation, mais qu’elle peut aussi nuire au rétablissement de la victime. Il n’y a pas de méthode facile pour traiter la colère; votre formation, votre jugement et votre empathie sont les meilleurs moyens dont vous disposez pour déterminer comment aider une victime qui éprouve de la colère. La supervision et la consultation vous seront très utiles pour comprendre votre propre réaction à la colère et aux autres émotions.

Tableau 1 – Réactions courantes des victimes d’un crime

Humeur et émotions
Social
  • Changements des relations avec les autres
  • Évitement
  • Aliénation
Pensée/ souvenirs
  • Souvenirs envahissants
  • Faible auto-efficacité
  • Vigilance
  • Rappels de l’événement
  • Confusion/manque de concentration
  • Dissociation
  • Remise en question des croyances spirituelles
Physique
  • Nausée
  • Problèmes d’estomac
  • Tension musculaire
  • Troubles du sommeil
  • Perte de poids
  • Maux de tête
  • Vertiges
  • Sensations corporelles de chaleur ou de froid

Références mises à jour:

Gravité de la réaction

Toutes les victimes d’actes criminels éprouvent une certaine détresse (Norris et coll. [1997]). Les recherches montrent que la violence qui accompagne l’acte criminel rend plus grave la réaction des victimes et qu’environ 50 p. 100 des victimes d’un crime avec violence éprouvent un sentiment de détresse allant de modérée à grave (Norris et coll. [1997]).

Les victimes d’agression sexuelle ont des réactions plus graves et il leur faut plus de temps pour se remettre, comparativement aux victimes d’agression non sexuelle (Gilboa-Schechtman et Foa [2001]).

Les intervenants doivent être prudents quand ils forment des groupes réunissant des clients ayant des réactions graves et d’autres qui ont des réactions plus faibles. La comparaison sociale (se sentir mieux ou pire) avec les autres membres du groupe peut nuire au traitement si elle n’est pas correctement encadrée (Greenberg et Ruback [1992]). Pour le bien de leurs clients, les intervenants doivent s’efforcer d’adapter le mieux possible les traitements aux besoins individuels des premiers (voir le tableau 2).

  • Les femmes risquent d’éprouver des réactions plus graves parce qu’elles sont plus susceptibles que les hommes d’être victimes d’agressions sexuelles ou d’actes criminels répétés (y compris les agressions sexuelles) (Pimlott-Kubiak et Cortina [2003]).
  • Les spécialistes doivent prendre garde de ne pas aggraver la détresse des victimes (victimisation secondaire) en n’étant pas assez sensibles à l’état d’esprit de ces dernières (Campbell et coll. [1999]).
Tableau 2 – Genres de service selon la gravité de l’état : modèle propose

Niveau des besoins

Description

Options possibles en matière de service

Faible

La victime se rétablit bien; elle éprouve peu de symptômes, qu’elle maîtrise facilement grâce à ses habiletés d’adaptation naturelles et à son réseau de soutien social. Il se peut que le crime n’ait pas été grave ou que la victime dispose de plusieurs moyens d’adaptation.

Services élémentaires : information, documentation écrite, brochures sur les types de soutiens disponibles et renseignements sur les signes de problèmes plus graves. Ces services peuvent aussi être utiles aux victimes qui ne croient pas avoir de problèmes, mais qui s’efforcent de cacher leur douleur. Ces documents écrits pourraient être remis aux personnes du réseau de soutien de la victime.

Moyen

La victime éprouve quelques symptômes et doit améliorer ses habiletés d’adaptation ou a besoin de partager des émotions trop accablantes. Généralement, ces victimes se rétablissent bien, mais sont très éprouvées par la victimisation.

Groupes d’entraide dirigés par d’autres victimes, soutien fourni par des bénévoles et du personnel paraprofessionnel. La victime peut avoir besoin des services d’un spécialiste, mais seulement pour une courte période.

Élevé

La victime éprouve de nombreux symptômes et ses habiletés d’adaptation sont médiocres. Elle est dépassée par les conséquences de la victimisation et ses soutiens sont peu nombreux. Elle a pu subir un traumatisme grave. Elle souffre probablement de problèmes multiples et a pu subir plusieurs actes criminels.

La victime a besoin d’une thérapie dirigée par un spécialiste, comme une thérapie individuelle ou de groupe de longue durée. L’hospitalisation peut même être nécessaire pour stabiliser son état.

Victimisation antérieure

Des chercheurs ont montré que la victimisation antérieure était un prédicteur très significatif de la victimisation subséquente (Byrne et coll. [1999]; Messman et Long [1996]; Norris et coll. [1997]; Nishith et coll. [2000]). Les victimes qui ont eu une mauvaise réaction à la suite d’un traumatisme antérieur sont susceptibles d’avoir une mauvaise réaction à un nouvel incident (Brunet et coll. [2001]).