Les auteurs de cette étude indiquent que même si le risque de violence est plutôt élevé chez les personnes souffrant de troubles mentaux graves, la plupart d'entre elles n'affichent pas de comportement violent. Toutefois, l'article laisse entendre aussi que la probabilité de comportement violent peut augmenter considérablement si la psychopathologie s'associe à d'autres facteurs de risque.
Des preuves indiquent qu'une forte proportion des personnes traitées pour troubles de santé mentale ont été, à un moment ou à un autre, victimes de violence physique ou d'agression sexuelle. Selon les auteurs, les effets à long terme de la victimisation peuvent être exacerbés par des facteurs de risque comme la consommation de drogues et d'alcool, l'itinérance, les milieux soci-aux défavorables et l'inobservation des traite-ments. En combinant tous ces facteurs, le risque de violence peut être grandement accru chez des sous-groupes de personnes souffrant de maladie mentale grave. Cependant, on ne sait pas exactement dans quelle mesure chacun de ces facteurs de risque pris indépendamment ou collectivement contribue à susciter un comportement violent chez les personnes souffrant de maladie mentale.
Afin d'examiner cette question, on a effectué une analyse multidimensionnelle d'échantillons combinés de personnes traitées pour des maladies mentales graves dans quatre ètats américains (N=802). Les participants étaient des adultes de sexe masculin et féminin souffrant de troubles psychotiques ou de graves troubles de l'humeur, traités à l'interne et à l'externe dans les systèmes de santé mentale publics du Connecticut, du Maryland, du New Hampshire ou de la Caroline du Nord. Chacun des cinq échan-tillons a été pondéré pour correspondre aux répartitions selon l'âge et à la prévalence d'abus d'alcool et d'autres drogues selon l'ètude de comorbidité nationale du National Institute on Mental Health (NIMH)[1]. Aux fins de cette étude, on a recueilli des données sur les comportements violents, la victimisation, les variables démographiques et socio-environnementales ainsi que sur les variables cliniques et institu-tionnelles.
Le comportement violent au cours de l'année précédente a été défini comme « tout échange de coups ou acte d'agression causant des blessures corporelles à une autre personne, toute utilisation d'une arme meurtrière pour blesser ou menacer quelqu'un ou toute agression sexuelle perpétrée pendant cette période ». En ce qui a trait à la victimisation, les participants ont répondu à des questions sur les expériences d'agression physique ou sexuelle vécues avant ou après l'âge de 16 ans. Quant aux variables démographiques et socio-environnementales, elles comprenaient l'âge, le sexe, la race, l'état civil, le revenu et l'itinérance au cours de l'année précé-dente. Les variables cliniques et institutionnelles comprenaient le diagnostic psychiatrique, la consommation d'alcool ou de drogues et les admissions dans un établissement de soins psychiatriques.
On a effectué une analyse de régression logistique pour étudier les effets de la victimisation, des variables démographiques et socio-environ-nementales ainsi que des variables cliniques et institutionnelles sur le risque de comportement violent. L'effet de l'interaction entre la violence sexuelle et la violence physique vécues par le passé sur la violence ultérieure a été examiné à l'aide du ratio d'incidence approché (c.-à-d. le changement moyen dans les probabilités d'un événement prévu) pour la violence sexuelle seule, la violence physique seule et la combi-naison des deux. La même approche a été utilisée pour tester l'interaction de la victimisation pendant l'enfance (avant l'âge de 16 ans) et par la suite (après l'âge de 16 ans) sur le comportement violent.
L'étude a révélé que, sur une année, la fréquence des comportements violents était de 13 %. En outre, on a découvert que la violence était indépendamment liée à des expériences de victimisation, d'itinérance, de cohabitation, d'ex-position à un milieu violent, de consommation d'alcool et de drogues et de séjour dans un étab-lissement psychiatrique. Aucun facteur particulier n'est toutefois ressorti comme prédicteur principal de violence. On a constaté que les effets de la victimisation sur la violence sont très importants lorsque les sujets ont vécu une expérience répétée de violence physique au cours de leur vie. Les personnes qui ont été agressées pendant leur enfance, mais pas après l'âge de 16 ans, ne sont pas plus susceptibles de commettre des actes violents que celles qui ne l'ont jamais été. Le risque de violence est, selon l'étude, passablement plus élevé chez les sujets agressés avant et après l'âge de 16 ans comparativement aux personnes victimisées durant une seule de ces périodes. Ainsi, la violence répétée a un effet cumulatif associé à la violence.
On a aussi découvert que la consommation abusive d'alcool et de drogues et l'exposition à la violence au sein de la collectivité sont deux facteurs fortement associés au comportement violent. Les sujets chez qui on n'a retrouvé aucun ou qu'un de ces facteurs affichaient des probabilités de violence de 2 % ou moins. Cependant, l'ajout d'un second facteur de risque venait doubler la probabilité de violence, et les répondants chez qui on a retrouvé ces trois facteurs de risque combinés étaient de loin les plus susceptibles de commettre des actes violents (probabilité estimative de 30 %). Ces analyses viennent étayer l'opinion que la violence chez les personnes souffrant de maladie mentale grave peut être le résultat de multiples variables ayant des effets combinés sur la durée de leur vie. Aucun lien n'a été trouvé dans cette étude entre le sexe des personnes et la violence.
Il faut toutefois tenir compte de certaines limites en analysant les résultats de la présente étude. Il est impossible d'étudier l'effet global du trouble mental puisque le traitement de la maladie mentale grave était une condition de participation à cette étude et qu'aucun groupe de comparaison non traité pour maladie mentale n'a été inclus. Compte tenu du fait que les données ont été recueillies dans une enquête transversale, on ne peut établir d'ordre causal. De plus, en se fiant uniquement aux déclarations des gens pour obtenir de l'information sur le recours à la violence, les auteurs de l'enquête ont peut-être sous-estimé les taux de violence. Enfin, on n'a pas tenu compte de variables comme la nature ou l'intensité des traitements en santé mentale. Ainsi, il est difficile de dire si les interventions en matière de santé mentale pourraient réduire le risque de violence chez ces participants.
En conclusion, les personnes souffrant de maladie mentale grave et chez qui on retrouve des facteurs de risque combinés dans plusieurs domaines -expériences traumatisantes passées, problèmes cliniques actuels y compris la consommation abusive d'alcool et de drogues et l'exposition constante à des milieux sociaux défavorables caractérisés par une violence continuelle- représentent un risque accru de violence. Compte tenu de la vaste gamme des facteurs de risque contributifs repérés dans la présente étude, les auteurs estiment que les interventions conçues pour réduire le risque de violence chez les per-sonnes souffrant de maladie mentale grave vont devoir viser des sous-groupes spécifiques dont les facteurs de risque liés à la violence sont dif-férents. Afin d'éclairer davantage le travail d'intervention, il faudra entreprendre d'autres recherches pour déterminer pourquoi des personnes souffrant de maladie mentale chez qui on retrouve certaines caractéristiques et expériences affectent un comportement violent.
Pour ce qui est du ministère de la Justice Canada, le Parlement a effectué un examen des dispositions du Code criminel sur les troubles mentaux en 2002. Cet examen a été soutenu par un rapport renfermant des données sur le nombre de per-sonnes jugées « inaptes à subir un procès » et « pas criminellement responsables » dans l'ensemble du Canada. Le public s'est notamment montré préoccupé par l'idée que la majorité des accusés souffrant de troubles mentaux commettent des délits de nature violente. La question devrait être étudiée au Canada afin de déterminer dans quelle mesure la violence prévaut chez les accusés souffrant de troubles mentaux.
L'objectif de cette étude était de déterminer si, à court terme, il pouvait être financièrement avantageux d'appliquer deux solutions de rechange aux modalités habituelles de probation, surtout dans le cas de jeunes qui consomment de la drogue et de l'alcool. Ces solutions de rechange étaient la surveillance et le suivi intensifs (SSI) et un programme de thérapie cognitivo-comportementale (PCC). Le SSI ressemblait au programme habituel de probation, mais les conseillers en service auprès des jeunes étaient en contact plus fréquemment avec les jeunes et leurs familles, leurs écoles ou leurs employeurs. Pour ce qui est du PCC, aux exigences habituelles de la probation s'ajoutaient 60 heures de perfectionnement des compétences cognitives, 24 heures de thérapie de groupe pour les jeunes et 24 heures de thérapie de groupe pour les parents ou les tuteurs. La durée du programme a été d'environ six mois pendant lesquels les jeunes faisaient aléatoirement l'objet de dépistages de drogues. En outre, les jeunes ont rempli divers questionnaires sur leur comportement et l'utilisation de drogues et d'alcool avant et après la prestation des services (soit immédiatement, six et 12 mois après le traitement). Au total, 153 jeunes ont participé au programme complet auquel ils étaient assignés. La conception de l'étude avait un caractère quasi expérimental en ce sens que l'affectation à un programme était établie en fonction du lieu de résidence du jeune. Essentiellement, les jeunes étaient affectés à des programmes dans leur collectivité. Ces affectations ont été recommandées par les tribunaux dans des cas d'infractions criminelles ou d'infractions liées au statut juridique.
Aux fins de la présente étude, les avantages ont été définis comme étant la réduction prévue des dépenses engagées par le système de justice pénale (c.-à-d. les renvois subséquents et les jours de détention imposés par un tribunal) attribuables à un service particulier. Les coûts ont été définis comme les dépenses additionnelles requises pour appuyer et maintenir les programmes. Au moyen de modèles de régression, les auteurs ont évalué les caractéristiques qui augmentent la probabilité que le jeune contrevenant termine un programme, de même que celles qui ont des répercussions sur les dépenses du système de justice pénale sur une période de 18 mois (y compris les six mois au cours desquels les jeunes participent au programme). On a découvert que le jeune contrevenant avait plus de chances de terminer le programme s'il était de sexe féminin, vivait dans un foyer stable avec un niveau élevé de surveillance parentale et fréquentait l'école. En outre, un jeune qui avait déjà été aux prises avec le système de justice pénale et qui affichait des réactions comportementales en réponse à la détresse psychologique était plus susceptible d'abandonner le programme. Il est intéressant de souligner que lorsque les caractéristiques étaient constantes, plus le contrevenant passait de temps avec un conseiller, plus il était susceptible de terminer le programme. Cependant, lorsque la durée du contact était constante et que les interventions étaient examinées, ceux qui avaient participé au PCC (le programme où les contacts sont plus fréquents) étaient plus susceptibles de « décrocher ».
Le système de justice pénale était plus susceptible d'engager des dépenses (autres renvois ou jours de détention) lorsque le contrevenant était jeune, de sexe masculin, membre d'une minorité, impulsif, qu'il ne fréquentait pas l'école, avait déjà commis un acte criminel plutôt qu'une infraction liée au statut juridique, avait des antécédents criminels, consommait régulièrement des drogues dures et participait à des activités de gang. En outre, lorsqu'on compare le PCC au processus habituel de probation, le premier s'est révélé coûter moins cher, à court terme, au système de justice pénale alors qu'il n'y avait aucune différence entre la probation habituelle et le SSI. Après avoir contrôlé les caractéristiques des délinquants, on a estimé que le PCC réduisait les dépenses de justice pénale d'environ 2 928 $ par participant sur une période de 18 mois. Après avoir tenu compte du financement de l'extérieur, le coût du PCC sur une période de 18 mois a été évalué à environ 1 493 $ par participant. Par conséquent, il y a eu une économie d'environ 1 435 $ par participant.
Cette étude comporte cependant plusieurs limites. Surtout, les niveaux de risque des jeunes n'ont pas été évalués ni pris en compte. La recherche montre que les jeunes à taux élevé de risque devraient recevoir des niveaux intensifs de traitement et de surveillance alors que les jeunes à faible taux de risque devraient être soumis à un niveau minimal de traitement et de surveillance (Andrews et Bonta, 1998). Les auteurs de cette étude ont évalué des jeunes contrevenants qui avaient commis et des infractions liées au statut légal et des infractions criminelles. Puisque le programme auquel un jeune était intégré dépendait du comté dans lequel il résidait, les jeunes à taux élevé de risque peuvent avoir été soumis à de faibles niveaux de surveillance et des jeunes à faible taux de risque à des niveaux de traitement intensifs, ce qui pourrait expliquer le taux élevé de décrochage constaté dans le PCC. L'étude est aussi limitée par le fait que l'évaluation a été effectuée dans trois comtés différents, et que, par conséquent, certains facteurs externes peuvent expliquer le taux de variabilité. En outre, même si les résultats indiquent que le PCC est à court terme avantageux sur le plan financier, rien ne prouve que ces avantages se maintiennent à long terme. Il est possible que sur une période de suivi plus longue, les avantages financiers du PCC diminuent, voire disparaissent.
Compte tenu de ces limites, le PCC s'est avéré efficace pour réduire, à court terme, le nombre de jeunes renvoyés par la suite au système de justice pénale ou détenus par ce dernier. Lorsque l'on évalue ce phénomène sur le plan financier, on constate que des économies considérables peuvent être faites pour les contribuables et le gouvernement si les jeunes sont intégrés à des programmes de traitement cognitivo-comportemental. La recherche antérieure sur l'efficacité des traitements a également montré que les approches cognitivo-comportementales constituent la forme la plus efficace de traitement pour réduire la récidive (Andrews et autres, 1990).
La Division de la recherche et de la statistique effectue actuellement une méta-analyse de la documentation sur les traitements offerts aux jeunes contrevenants afin de déterminer les pratiques exemplaires permettant de réduire la récidive. Les données tirées d'environ 200 études individuelles ont été rassemblées pour déterminer quelles sont les meilleures pratiques de réadaptation des jeunes en conflit avec la loi. Les résultats préliminaires indiquent que les programmes incluant un traitement cognitivocomportemental, du counselling de groupe et du counselling familial et limitant l'exposition à six mois, ce qui est conforme au programme cognitivo-comportemental de la présente étude, donnent des résultats encourageants.
Références
[1] L'Étude de comorbidité nationale du National Institute on Mental Health offre un échantillon national représentatif aléatoire de sujets ayant des troubles psychotiques ou de graves troubles de l'humeur qui ont déclaré avoir été hospitalisés, avoir utilisé des services de santé mentale au cours des six derniers mois, ou les deux.