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Pour une approche équilibrée de la justice appliquée aux Autochtones

par Natalie Robins et Pierre Rousseau

Chaque année, le ministère de la Justice, en partenariat avec le gouvernement de la Colombie-Britannique, parraine une conférence sur la justice appliquée aux Autochtones en Colombie-Britannique, avec l’aide financière du Fonds de formation et de Développement de la Stratégie relative à la justice appliquée aux Autochtones. Cette année, la Prince George Urban Aboriginal Justice Society a accueilli la conférence de quatre jours intitulée « Through the Medicine Wheel: A Balanced Approach to Aboriginal Justice ».

Le programme de la rencontre s’inspirait des enseignements du cercle d’influence, avec un accent particulier sur l’équilibre et le bien-être personnel et communautaire dans tous les aspects de la vie : spirituel, physique, psychique et mental. Un éventail d’ateliers et de présentations avait été prévu, autour de divers thèmes : défis culturels, problèmes sociaux, justice sociale, etc. La rencontre était animée par plusieurs artistes et s’est ouverte par un spectacle de tambour donné par le percussionniste Lyle Tribe. Les autres divertissements comprenaient un numéro de comédie donné par Brian Majore et une soirée de danse et de musique avec un groupe de country rock plusieurs fois primé, les Eagle & Hawk de Winnipeg.

Au cours des quatre journées qu’a duré la rencontre, les conférenciers ont parlé des graves difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses communautés autochtones et de l’impact de la situation sur le taux de criminalité, et sur la relation difficile qui existe entre les Autochtones et le système de justice régulier. Phil Gatensby, de Carcross (Yukon), a parlé de sa propre expérience avec le système de justice et de l’effet positif qu’ont eu les enseignements autochtones traditionnels sur sa propre existence. Son message était clair : les cultures autochtones sont un atout très précieux pour le Canada et pour le monde, et c’est pourquoi elles méritent d’être respectées et développées. Larry Leischner, qui enseigne la criminologie au College of New Caledonia, a parlé des tragédies qu’ont causées les premiers contacts entre les Européens et les Autochtones d’Amérique.

La deuxième journée, Jody Pfarr, de Minneapolis (Minnesota), a animé un atelier intitulé « Bridges out of Poverty », qui portait sur les difficultés auxquelles sont confrontés les personnels des services sociaux et des systèmes correctionnels et judiciaires. L’animateur a notamment expliqué les mécanismes qui peuvent mener un individu à la pauvreté et a parlé du gouffre qui sépare les classes pauvres des autres classes sociales. Il a fait remarquer que le même phénomène se posait entre les classes moyennes et les riches, et qu’il était très difficile d’opérer le passage d’une classe à l’autre, créant un fossé « culturel » entre les diverses couches de la société, avec les malentendus et les frustrations que cela comporte.

La troisième journée a porté sur la santé mentale et les défis culturels, avec des ateliers et des discussions sur le trouble du spectre de l'alcoolisation fœtale, les troubles de l’apprentissage, l’alimentation comme moyen de guérison, les programmes culturels offerts aux détenus, la libération sous condition, les programmes d’assistance des ex-détenus et de réinsertion de ces derniers dans la société. Il est devenu évident que les effets conjugués de la situation de crise qui existe dans de nombreuses communautés autochtones au plan du logement, de la santé et de l’aliénation culturelle d’une part, et des problèmes que pose l’application du système de justice et du système correctionnel régulier d’autre part, rendent les possibilités d’amélioration très problématiques à moins que les Autochtones ne rétablissent leur propres moyens de contrôle social selon leurs valeurs culturelles et traditionnelles. Ed Buller, des Services correctionnels du Canada, a donné pour exemple le programme de Hollow Water, au Manitoba, où les délinquants sexuels sont soumis au processus dit des « quatre cercles », en partenariat avec la Justice, la Couronne et la Police.

La dernière journée de la conférence portait sur la justice sociale et l’impératif d’équilibre judiciaire. Le clou de la journée a sans conteste été la présentation faite par le chef Clarence Louie, de la bande d’Osoyoos (Nation Okanagan) qui a parlé des succès économiques de sa communauté, située dans le sud de la vallée de l’Okanagan. Le chef Louie est un ardent défenseur de l’autodétermination par la voie du développement économique. Il a expliqué les diverses initiatives entreprises par sa communauté pour se prendre en charge, notamment le développement de diverses activités commerciales, comme l’établissement vinicole de N’Kmip, dont les vins sont régulièrement primés. Le chef Louie a fait remarquer qu’en se dotant de leurs propres structures économiques, les Premières nations peuvent racheter leurs terres plutôt que d’attendre que le gouvernement leur donne quelque chose qui pourrait ne jamais venir. Il a également expliqué que selon lui, les Autochtones ne sauraient attendre des solutions de ceux-là même qui ont été à l’origine de leurs problèmes. Le chef Louie n’a pas mâché ses mots, et a mis les Autochtones au défi de changer leur mode de pensée en ce qui concerne leur avenir.

Les autres présentations de la dernière journée ont été données par Terry Skarbo, qui a parlé du nouveau financement mis à disposition par le Centre national de prévention du crime (Sécurité publique et Protection civile Canada) et par Mary Anne Arcand, qui a parlé des problèmes de sécurité d’eau et de nourriture auxquels font face certaines communautés autochtones.

Malgré le peu de temps dont elle disposait pour organiser cette importante conférence (à peine deux mois), Morgan Jamieson et son équipe ont réussi à réunir un groupe de bénévoles qui ont tout mis en œuvre pour que la rencontre soit un succès. Le taux de participation a été excellent, avec deux délégués pour chacun des vingt programmes que compte la Stratégie pour la justice appliquée aux Autochtones (Colombie-Britannique) et environ 140 autres personnes venues des diverses régions de la province, du Yukon et des provinces de l’Ouest, jusqu’en Ontario. Plusieurs des délégués qui étaient travailleurs autochtones auprès des tribunaux (et membres de la Native Courtworker and Counselling Association of BC) ont apprécié cette occasion de réseauter avec les coordonnateurs des programmes de la SJAA.

Le ministère de la Justice était bien représenté, comptant des délégués du Bureau régional de la Colombie-Britannique et de la Direction de la justice autochtone d’Ottawa. Le directeur général de la DJA, François Marcoux, a prononcé l’allocution d’ouverture. En résumé, la rencontre de Prince George fut une excellente occasion pour ceux qui s’intéressent aux questions de justice autochtone de fraterniser, de réseauter et d’échanger sur les derniers développements du domaine dans les diverses régions du pays, en particulier en Colombie-Britannique.


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