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Créer des partenariats de justice communautaire : Les cercles de conciliation communautaires

Un mot de remerciement et d’espoir

Abordant la question des cercles de conciliation dans la perspective d’un juge, le présent ouvrage a le défaut de trop mettre l’accent sur les modalités et les rouages de la résolution des conflits. Il me faut l’avouer : dans ces pages, je « parle avec ma tête » plutôt que je ne « parle avec mon coeur ». Je m’efforce grandement d’aller au-delà des modalités pour comprendre la signification plus profonde des processus de conciliation. Il me reste encore beaucoup à apprendre.

Je suis extrêmement redevable à ceux qui ont inspiré et façonné les idées que l’on trouvera dans le présent ouvrage. J’espère qu’ils continueront de faire montre de patience envers mon évolution et de tolérance envers la lutte que je livre pour comprendre à fond leurs enseignements et leur sagesse. Lorsque j’ai commencé à travailler auprès des collectivités, j’avais déjà fait beaucoup de chemin. Ils m’ont montré qu’il me restait encore beaucoup de chemin à faire.

Les idées, les espoirs et les intuitions que l’on trouvera dans les pages qui suivent sont issus du travail des personnes et des collectivités, ainsi que des organismes gouvernementaux, qui ont commencé à créer de nouvelles façons d’intervenir face aux conflits dans les familles, dans les collectivités et en milieu de travail. Leur action a montré que des programmes qui se fondent sur les principes du consensus et de la conciliation sont à même de favoriser le respect, la compréhension et l’établissement de meilleures relations. Ce travail est difficile, exigeant, souvent décourageant.

Bien des gens ont lutté afin de trouver une meilleure façon d’intervenir et estiment avoir échoué. Ils n’ont pas échoué. À l’instar d’une foule de ruisseaux qui unissent leur cours pour former des rivières, chaque personne, chaque collectivité a contribué au courant de changement et à l’élaboration d’une meilleure manière de procéder. Leur courage, leur implacable volonté et leur travail nous ont permis de surmonter de nombreux obstacles, de surmonter nos échecs pour essayer encore et toujours de parvenir au but. J’espère que ceux qui luttent pour faire changer les choses trouveront dans ces pages des éléments susceptibles de fortifier leur vision.

Puissions-nous trouver la bienveillance, la tolérance et le respect mutuel qu’il faut pour travailler ensemble à créer des processus de règlement des conflits qui permettront de trouver des solutions pratiques et innovatrices, de servir les intérêts de toutes les parties en cause et de promouvoir le respect de nos différences, de même que le mieux-être de nos familles et de nos collectivités.

Barry Stuart
mai 1997

Définitions clés

Collectivité

Une collectivité n’est pas un lieu : c’est un groupe de gens. Pour le cercle de conciliation, la collectivité peut être une petite ville, un quartier ou encore l’entourage d’une personne, c’est-à-dire ses amis, ses collègues et les membres de sa famille, issus de multiples provenances. La participation des membres de l’entourage personnel des victimes et des délinquants contribue énormément au succès du processus et est essentielle à la création de liens propices à la guérison. Ceux qui croient que la formule du cercle ne peut être efficace que dans les petites localités isolées ne mesurent pas pleinement la souplesse du processus ni la dynamique de ces petites collectivités. Pour bien des raisons, le cercle est beaucoup plus apte à régler avec succès les conflits personnels immédiats et les conflits de plus vaste ampleur engendrés par le crime, ainsi qu’à servir les intérêts immédiats des victimes et des délinquants, dans les grands centres urbains.1 Sans aucun doute, dans les grands centres urbains, le soutien actif des représentants clés de l’appareil judiciaire joue un rôle plus décisif dans la tenue de « cercles personnels » que dans les cercles communautaires.

Partenariat

La formule du cercle repose sur une démarche holistique et exige donc l’accès à une vaste gamme de ressources et de services en provenance des familles, de la collectivité et de l’État. L’établissement d’un partenariat dans tous les secteurs de la collectivité, de même qu’entre la collectivité et les organismes professionnels, favorise l’adoption d’une démarche holistique. Le partenariat n’exclut pas la coexistence avec l’appareil judiciaire officiel ni avec les autres formules de type communautaire (système judiciaire autochtone, médiation, déjudiciarisation, etc.). Au contraire, l’efficacité du partenariat dépend de la coexistence d’une vaste gamme de méthodes de règlement des conflits et d’intervention face au crime; elle favorise aussi cette coexistence.

Chaque partenaire apporte au processus des ressources, des compétences et une information qui sont indispensables à l’équité et à l’équilibre dans la démarche du cercle. Par exemple, le juge ou le juge de paix apporte un point de vue neutre et, au besoin, fait office d’arbitre de dernier recours; il a pour fonction de veiller à ce que les décisions du cercle ne soient pas influencées par des intérêts puissants, par des participants qui parlent particulièrement haut et fort ou par une majorité de partisans de l’une des parties. Dans le même ordre d’idées, les Gardiens du cercle, issus de la collectivité, veillent à ce que les principes du consensus soient respectés, à ce que tous aient une chance égale de se faire entendre et à ce que les solutions proposées tiennent compte de façon viable de tous les intérêts en cause. Les communications ouvertes et franches entre toutes les parties créent une assise plus solide pour l’analyse et le règlement des conflits. De maintes façons, les ressources, les compétences et le point de vue de chaque partenaire se combinent pour favoriser l’établissement d’un processus juste et équilibré et l’élaboration de solutions innovatrices qui serviront le mieux les intérêts de tous les participants.

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