
Quelle est l’étendue de la violence à l’égard des aînés au Canada?14
Cette section fournit des données importantes sur la violence à l’égard des aînés au Canada. Pour avoir un aperçu des questions de signalement et de divulgation, ainsi que les descriptions des sources de données clés sur la violence familiale, consultez la section sur les questions de signalement et de divulgation et sur les études nationales, enquêtes et autres sources de données sur la violence familiale au Canada dans l’aperçu sur la violence familiale.
Données clés
La violence à l’égard des aînés
- Selon l’Enquête sociale générale sur la victimisation menée en1999, environ 7 % du groupe de plus de 4 000 personnes âgées de 65 ans et plus qui ont participé à l’Enquête ont répondu avoir fait l’objet d’une certaine forme de maltraitance émotionnelle ou d’exploitation financière de la part d’un enfant adulte, de leur conjoint ou d’un fournisseur de soins au cours de la période de cinq ans précédant l’enquête. Dans la majorité des cas, cette violence avait été exercée par le conjoint. La maltraitance émotionnelle a été signalée plus souvent (7 %) que l’exploitation financière (1 %). Seule une faible proportion d’aînés (1 %) ont déclaré avoir été victimes de violence physique ou sexuelle15.
- Selon l’Enquête sociale générale de 2004, la violence conjugale ciblait moins les aînés que les adultes plus jeunes. Moins de 1 % des aînés vivant avec un conjoint ou ayant déjà eu un conjoint ont déclaré avoir subi une forme de violence de la part d’un partenaire au cours de la période de 12 mois qui a précédé l’Enquête, comparativement à 2 % des personnes âgées de moins de 65 ans. De plus, les aînés étaient moins enclins que leurs cadets à signaler un incident de maltraitance émotionnelle ou d’exploitation financière : environ 8 % des personnes aînées vivant avec un conjoint ou ayant déjà eu un conjoint ont déclaré avoir été victimes de maltraitance émotionnelle ou d’exploitation financière au cours de la période de cinq ans qui a précédé l’Enquête, comparativement à 13 % des personnes âgées de 55 à 64 ans et à 31 % des personnes du groupe le plus jeune (15 à 24 ans)16.
Selon les données compilées à partir des renseignements obtenus de 149 services de police, en 2006 :
- un total de 6 033 incidents de violence à l’endroit de personnes aînées ont été signalés. Dans 34 % de ces cas, les accusés étaient des membres de la famille17;
- les personnes aînées victimes de violence familiale étaient plus susceptibles de subir de la violence de la part d’un enfant adulte (32 %) ou d’un conjoint actuel ou antérieur (30 %)18;
- chez les aînés des deux sexes victimes de violence familiale, plus de la moitié (53 %) ont subi des voies de fait simples, environ 20 %, des menaces et 14 %, une agression majeure19.
D’après les données compilées à partir des renseignements obtenus de 122 services de police, en 2003 :
- la plupart des personnes accusées d’avoir agressé des aînés étaient des membres de la famille de sexe masculin (78 %), y compris des enfants adultes (33 %), des conjoints (actuels et antérieurs) (30 %) et des membres de la famille élargie, dont des oncles, des beaux-frères et des frères (15 %)20.
Homicides de personnes aînées commis par des membres de la famille
Selon les données sur les homicides provenant de la police, en 2006 :
- un total de 30 homicides21 ont été commis sur des aînés (18 hommes et 12 femmes) et la moitié des homicides résolus dont la victime était une personne âgée ont été commis par un membre de la famille22
Entre 1974 et 2000 :
- la plupart des homicides d’aînés commis par des membres de la famille l’ont été par un conjoint (39 %), un enfant adulte (37 %) ou un membre de la famille élargie (24 %)23.
Homicides-suicides familiaux de personnes aînées
Entre 1961 et 2003 :
- des 109 homicides-suicides familiaux de personnes âgées de plus de 65 ans qui ont été recensés, 65 % ont été commis par un conjoint, 21 % par un fils ou par un gendre, 2 % par une fille, 2 % par un frère et 10 % par un autre membre de la famille24.
Une population vieillissante
- Les personnes aînées représentaient 14 % de la population en 2006. D’ici 2015, leur nombre devrait dépasser celui des personnes âgées de moins de 15 ans. Le taux de croissance des personnes âgées se poursuivra au cours des prochaines décennies, leur nombre devant représenter près du quart (24 %) de la population d’ici 203125. Dans son rapport de 2007, le Conseil national des aînés sur les mauvais traitements envers les aînés a souligné ce qui suit :
« Dans le contexte actuel de l’augmentation rapide de la population des aînés, cette question [la violence à l’égard des aînés] mérite manifestement toute notre attention »
q26.
Quels sont les facteurs qui jouent un rôle dans la violence à l’égard des aînés?
La présente section comporte une description de quelques-uns des facteurs qui contribuent à la violence à l’égard des aînés. Pour un aperçu de la dynamique et des causes de la violence familiale ainsi que de l’expérience vécue par les groupes vulnérables, y compris les autochtones, veuillez vous reporter à la section « Quels facteurs contribuent à la violence familiale? » de l’aperçu sur la violence familiale.
Sexe
Les données nationales sur les incidents de violence et d’agression comportent les renseignements suivants au sujet du sexe :
Selon les données fournies par la police en 2006 :
- la proportion de femmes aînées (45 %) qui ont été victimes de violence de la part d’un membre de la famille était presque deux fois plus élevée que celle des hommes aînés (25 %)27;
- les femmes aînées victimes de violence étaient davantage susceptibles que leurs homologues masculins d’être la cible de leur conjoint ou d’un ex-conjoint (35 % comparativement à 21 %). Cependant, les hommes aînés victimes de violence familiale étaient plus susceptibles que les femmes aînées d’être agressés par un enfant d’âge adulte (34 % par opposition à 31 %) ou par un autre membre de la famille (45 % par opposition à 34 %)28.
Il appert des données sur les homicides et homicides-suicides de personnes aînées que le nombre de femmes aînées tuées par un membre de la famille est plus élevé :
- d’après les données sur les homicides résolus pour la période allant de 1996 à 2005, 63 % des femmes aînées assassinées l’ont été par un membre de la famille29, le plus souvent par un conjoint (40 %) ou par un fils d’âge adulte (34 %)30;
- entre 1974 et 2000, les femmes aînées étaient davantage exposées au risque de se faire tuer par un conjoint que les hommes aînés. Plus de la moitié (52 %) des femmes aînées victimes d’un homicide familial ont été tuées par leur conjoint, comparativement à un quart (25 %) des hommes aînés 31;
- entre 1961 et 2003, la plupart (94 %) des victimes de 65 ans et plus d’un homicide-suicide entre conjoints étaient des femmes32.
Antécédents de violence
Certains chercheurs ont suggéré que la violence conjugale chez les personnes aînées est la continuation de longues années de violence conjugale, ou d’une forme « vieillie » de violence conjugale33. Les données sur les homicides recueillies pour les années 1996 à 2005 appuient cette théorie :
- entre 1996 et 2005, 41 % des personnes accusées d’avoir commis un homicide à l’endroit d’un membre âgé de leur famille avaient des antécédents de violence à l’égard de cette personne34.
Dépendance
Les données fournies par la police pour l’année 2003 pourraient permettre de soutenir que des problèmes de dépendance entre les enfants d’âge adulte et les parents vieillissants constituent un facteur qui contribue à la violence.
- En 2003, environ huit victimes aînées sur dix ont été agressées par un enfant d’âge adulte avec lequel elles vivaient35.
Frustration, colère ou désespoir
Selon les données fournies par la police pour la période allant de 1997 à 2006, les homicides commis sur un aîné (personne âgée de 65 ans ou plus) par un membre de la famille sont motivés surtout par la frustration, la colère ou le désespoir (34 %), suivis d’une dispute (29 %)36.
Facteurs d’ordre psychologique ou mental
Depuis 1997, les services de police ont déclaré la présence d’un trouble mental ou d’un trouble du développement (comme la schizophrénie, la démence ou un retard du développement) dans les cas d’homicide. Selon les données tirées de l’Enquête sur l’homicide, la police soupçonnait que la moitié (50 %) des personnes accusées d’avoir tué un membre âgé de leur famille en 2005 souffraient d’un trouble psychologique ou d’un trouble du développement37.
Facteurs environnementaux et systémiques
Dans les établissements et les systèmes de soins, de nombreux facteurs peuvent rendre les personnes âgées plus vulnérables face à la violence38. Les établissements peuvent être situés loin de la collectivité dans laquelle vivait auparavant la personne âgée et ils ne donnent pas nécessairement aux résidents l’accès à des activités communautaires ou traditionnelles, notamment la nourriture et le langage traditionnels39. Les fournisseurs de soins dont la formation est déficiente n’ont peut-être pas la sensibilité, les connaissances et les compétences nécessaires pour s’attaquer aux comportements violents ou éviter de les adopter. Ils peuvent subir un stress élevé et être épuisés, ce qui risque de contribuer à la violence. Par ailleurs, il est possible que les établissements n’aient pas adopté de procédures et de politiques assurant une protection adéquate contre les situations préjudiciables ou que leurs normes ne soient pas bien appliquées. Sur le plan systémique, il peut y avoir absence de lignes de conduite complètes à l’égard des personnes infirmes et le fait que les encouragements financiers intégrés dans le système de soins prolongés puissent contribuer à des soins de mauvaise qualité préoccupe certains chercheurs40.
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