Ministère de la Justice Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

l'Initiative de lutte contre la violence familiale

Leçons tirées des projets financés grâce à l'Initiative de lutte contre la violence familiale 1998/99 à 2002/03

11.  ENSEIGNEMENTS — INCIDENCES SUR L'ÉLABORATION DES ORIENTATIONS ET DES PROGRAMMES DE L'ILVF DU MJ

On a examiné dans cette étude seize (16) projets ayant abordé divers aspects de la violence familiale, selon une diversité de points de vue, de niveaux et de méthodes. Dans l'ensemble, tous les projets ce cet échantillon ont réussi à réaliser leurs propres objectifs et les deux tiers sont toujours actifs d'une façon ou d'une autre. De leurs réalisations, on peut tirer des observations et des enseignements, quant à toutes les conditions pouvant contribuer à réussir l'exécution et à obtenir les résultats. Ces conditions de réussite peuvent se regrouper en thèmes généraux exposés ci-après.

11.1.  Infrastructure adaptée

Le premier thème a trait à l'importance d'une infrastructure adaptée. La plupart des promoteurs de projet étaient des organisations relativement bien établies, avec d'une façon ou d'une autre une infrastructure en place ayant fourni un important soutien en nature. Quelques promoteurs de projet ont pu coordonner le soutien avec d'autres organisations et d'autres personnes de l'ensemble des collectivités ou faire appel à leur soutien, ce qui a été particulièrement précieux pour le départ des projets. Pour garantir que l'infrastructure est suffisante pour que le projet réussisse, on suggère de se servir d'outils d'évaluation afin de répertorier les capacités dont dispose l'organisation et de préciser ce qui peut être développée, ce qui peut être acquis par des rapports avec d'autres organisations et d'autres personnes.

11.2.  Leadership, engagement et bon ciblage du travail

Le deuxième thème a trait au leadership, à l'engagement et au bon ciblage du travail. Tous les promoteurs de projet et leurs partenaires ont fait preuve de leadership et d'un sérieux engagement pour traiter les problèmes de la violence familiale et pour s'assurer que leur travail a bien été en rapport avec les besoins, les problèmes et les solutions d'une population ou d'une situation donnée. Le fait d'être ouvert, de prendre le temps de comprendre le contexte et la dimension culturelle du travail, d'adapter des démarches et des méthodes à la situation est lié à la réussite de la mise en œuvre.

11.3.  Partenariats

Le troisième thème a trait aux partenariats. La majorité des promoteurs de projet avaient des relations de travail avec d'autres intervenants majeurs et ont pu s'en prévaloir et les élargir pendant la planification et l'exécution des projets. Grâce au travail avec d'autres — que cela ait été en partenariat officiel, dans un groupe ou un processus consultatif — plusieurs projets ont retiré des avantages majeurs et concrets.

L'avantage le plus fréquemment cité de travailler ensemble est qu'il a permis aux promoteurs de projet d'avoir accès à une grande variété de connaissances et d'expertises, ce qu'ils n'auraient pu faire s'ils avaient travaillé de façon autonome. Le travail en commun les a aussi aidés à obtenir du soutien pour leurs propres activités et à ce qu'on s'y rallie. Il peut aider à créer un milieu favorable et sûr pour travailler aux problèmes de la violence familiale. Ceci est particulièrement important pour les interventions et les actions de formation dans les collectivités, car elles peuvent engendrer des problèmes personnels divers pour les participants à la formation. Il est essentiel dans de telles situations d'être en rapport avec des services de soutien.

La façon dont les promoteurs de projet ont travaillé avec d'autres intervenants a varié considérablement et la plupart du temps, a été dictée par les exigences de leur projet. Un mode consultatif de travail en commun a été très utile dans des activités assez simples, par exemple que des experts de l'extérieur analysent des produits de VIJ. Dans les projets plus évolutifs ou susceptibles d'avoir une incidence plus vaste sur d'autres intervenants et sur l'ensemble de la collectivité, on a eu souvent recours à des démarches plus coordonnées ou bien de collaboration. Il s'est agi notamment d'établir des groupes consultatifs et des comités directeurs pour l'ensemble du projet. Des partenariats de ce type ont cumulé l'avantage de permettre la communication et le dialogue, tout en exigeant des investissements de temps, d'énergie et de ressources pour gérer et coordonner plus conséquents que le promoteur de projet ne l'avait envisagé au départ. Ils ont aussi exigé, pour réussir, des investissements conséquents de temps, d'énergie et de ressources de la part des partenaires ayant participé. Voici quelques suggestions tirées des expériences des promoteurs de projet, afin de garantir que le travail en commun se déroule sans heurt et avec efficacité :

  • Être stratège — réfléchir à quel type de partenariat est le plus indiqué pour le type de projet qui va être exécuté.
  • Réfléchir sérieusement à qui sont les meilleurs partenaires, quel doit être leur mode de participation, quel degré d'officialisation doit avoir le partenariat.
  • Veiller à ce que les buts pour travailler ensemble soient clairs pour toutes les parties et à ce que les procédures mises en place fonctionnent efficacement.
  • Veiller à ce que les partenaires comprennent leurs attributions à l'égard du projet, notamment l'investissement de temps et de ressources susceptibles de leur être demandés. Le respect des délais par toutes les parties est essentiel lui aussi.
  • Se souvenir que les partenariats continueront à évoluer et à se modifier pendant l'exécution du projet.
  • Réfléchir au type de capacité qu'il faudra à l'organisation pour coordonner les partenaires et communiquer avec eux. Veiller à ce qu'il y ait assez de temps et de ressources pour la coordination et la communication.
  • Il est important qu'une stratégie soit en place pour faire face aux problèmes pouvant surgir; il faut aussi revoir les modalités du partenariat de temps à autre.

11.4.  Le financement de projet en tant qu'outil

Le quatrième thème a trait au financement de projet. Il est dans l'ensemble un outil précieux. Il importe toutefois d'en reconnaître les limites. Dans les projets étudiés, il a aidé des organisations à entreprendre des activités, ce qu'elles n'auraient pu faire sinon. Il a permis à quelques promoteurs de projet d'innover, en leur donnant la possibilité de lancer et d'appliquer des idées nouvelles. D'autres ont pu créer des outils pédagogiques très spécifiques. Il a aidé d'autres encore à faire avancer des actions nouvelles ou de redonner vigueur à des actions déjà établies. À un niveau plus vaste, les résultats du financement de projet mené dans l'ILVF du MJ continuent de s'accroître et de contribuer à la capacité, surtout pour l'accroissement des connaissances et du capital humain et social. En même temps toutefois, le financement de projet à une durée limitée, fait problème si les promoteurs de projet souhaitent concrétiser une vision plus large ou à plus long terme, si d'autres sources de financement se maintiennent ou si l'exécution avancée ne peut être garantie.

Le financement de projet pose également quelques problèmes administratifs. Le premier a trait aux délais. Des promoteurs de projet reçoivent parfois l'approbation tard dans l'exercice et c'est la bousculade pour terminer le projet à temps. L'enseignement à retirer ici est que la planification et l'exécution doivent se faire selon des échéanciers réalistes. Il est essentiel en particulier de prévoir assez de temps pour la planification et les étapes d'élaboration du projet, surtout si d'autres partenaires ou intervenants participent.

Selon des promoteurs de projet, le fait d'avoir plusieurs bailleurs de fonds leur a permis de donner plus d'ampleur à leurs projets qu'ils n'auraient pu se le permettre autrement. En même temps toutefois, la multiplicité des sources de financement entraîne des lourdeurs administratives pour les promoteurs de projet. Il serait utile que les bailleurs de fonds coordonnent et harmonisent mieux leur gestion de projet et leurs exigences de déclaration.

11.5.  Importance du soutien en nature

Pour réussir, il est indispensable d'avoir accès à du soutien en nature. Les promoteurs de projet indiquent clairement que leur projet n'aurait pas réussi sans soutien en nature. Il faut reconnaître que celui-ci comporte le « coût d'option » qu'absorbent les partenaires quand ils participent volontairement à des projets.

11.6.  Viabilité des projets

Le thème final a trait à la viabilité des projets. Un enseignement important est que les promoteurs de projet continuent peut-être à innover et à être actifs d'une façon ou d'une autre, après que le financement de leur projet s'est terminé. Il faut préciser en même temps que par définition, le financement de projet à une durée limitée. Le fait qu'un projet se poursuive ou non après la fin de son financement dépend de plusieurs facteurs, notamment de si ses résultats ont été positifs, si l'on en a toujours besoin, si son maintien peut être profitable et si de nouvelles ressources pour poursuivre le projet ont pu être trouvées.

L'actuelle conjoncture de financement, axée sur les projets, s'est révélée difficile pour quelques promoteurs, dont le projet a abouti à des résultats positifs et qui croient dans leurs produits et dans leurs services, mais qui pourtant n'ont pas réussi à obtenir les ressources qu'il leur faudrait pour poursuivre leur travail ou le faire progresser.

11.7.  Incidences sur les orientations et les programmes de l'ILVF du MJ

Cette étude a constaté que dans l'ensemble, le financement de l'ILVF du MJ a eu une influence positive pour lutter contre la violence familiale au niveau tant national que communautaire. Il est important que le travail sur les dimensions de justice pénale de ce problème se poursuive, étant donné l'ampleur de celui-ci. Voici quelques suggestions à envisager :

  • Le rapport du projet à l'amélioration de la réponse de la justice pénale et celui aux priorités de l'ILVF et du MJ sont à articuler clairement dans les décisions de financement, à la fois pour les projets autonomes et ceux qui sont cofinancés.
  • Les promoteurs de projet devraient préciser la fonction des partenaires dans le projet et confirmer la nature de cette fonction, une fois que le projet a pris fin. (Il serait utile dans les études à venir que les partenaires soient informés qu'ils peuvent être contactés à des fins de recherche et d'évaluation.)
  • Des moyens de mieux harmoniser et coordonner la gestion des projets cofinancés sont à explorer avec les bailleurs de fonds du MJ et de l'ILVF, afin de diminuer les lourdeurs administratives que supportent les promoteurs de projet. Il faut aussi explorer des moyens de coordonner et de planifier des projets ayant des incidences de financement à plus long terme.
  • L'ILVF du MJ devrait clarifier auprès des promoteurs de projet les attentes en matière d'évaluation et les exigences en matière de déclaration, afin qu'ils aient les capacités qui conviennent et aient pris dès le départ des mesures pour évaluer leurs travaux (notamment l'obtention de l'expertise et des ressources appropriées).
  • L'ILVF du MJ pourrait envisager de prendre une part plus active à la description des projets financés et à la diffusion des résultats des projets, afin d'assurer le transfert des connaissances. Une fonction plus active aiderait à obtenir que les responsables de l'élaboration des orientations et des programmes, les organisations et les collectivités soient en rapport et apprennent de leurs expériences individuelles. Ceci pourrait se concrétiser grâce à diverses actions, par exemple afficher et diffuser les résultats ou les descriptions des projets sur le site internet de l'ILVF du MJ, aider les promoteurs de projet à mettre à disposition les données et les résultats de leur projet (site internet de leur organisation par exemple, bulletins, présentations, publications). Il serait bénéfique que l'ILVF du MJ accueille des ateliers ou des forums qui réuniraient les promoteurs de projet et leur permettraient de travailler à des thèmes ou des problèmes similaires, afin qu'ils partagent avec d'autres travailleurs communautaires et des responsables de l'élaboration des orientations et des programmes des expériences, des points de vue, des résultats et des enseignements quant aux projets. De tels ateliers faciliteraient le transfert des connaissances et permettraient à l'ILVF d'obtenir des observations sur les résultats des activités en atelier et des avis sur les orientations à venir.