Recueil des recherches sur les victimes d'actes criminels, no 6

Sondage mené auprès de survivants de violence sexuelle

Melissa Northcott Note de bas de la page 4

En 2011, 21 821 cas d’agression sexuelle ont été signalés à la police au Canada (Brennan, 2012). Les cas qui sont rapportés à la police ne correspondent toutefois qu’à une petite proportion des incidents qui surviennent. L’Enquête sociale générale sur la victimisation (ESG) de 2009 a révélé qu’environ 88 % des cas d’agression sexuelle n'ont pas été signalés à la police (Perreault et Brennan, 2010).

Des données sur la prévalence des cas d’agression sexuelle révèlent que les incidents de violence sexuelle sont plus élevés dans certains groupes démographiques au Canada que dans d’autres. Par exemple, les cas autodéclarés et les crimes déclarés par la police démontrent que les victimes d’agression sexuelle sont plus souvent des femmes et que les taux d’agression sexuelle sont plus élevés dans les territoires du Canada que dans les provinces et plus élevés dans les populations autochtones que dans les populations non autochtonesNote de bas de la page 1. Même si les taux de violence sexuelle sont plus élevés parmi ces groupes, la violence sexuelle fait des victimes dans tous les milieux démographiques au Canada.

Le présent article résume les conclusions d’une étude sur les expériences des survivants et survivantes de violence sexuelle durant l'enfance et à l'âge adulte issus de divers milieux démographiques au Canada. On espère que si l’on comprend mieux ce qu’ont vécu les survivants de violence sexuelle, il sera plus facile de façonner les politiques et les programmes conçus pour leur offrir de l’aide et du soutien.

Entretiens avec les survivants

Les données pour cette étude ont été recueillies dans le cadre d’entretiens semi-directifs menés en 2009 auprès de 207 survivants d'agression sexuelle au Canada. Ces données ont été colligées dans six centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle au Canada. Les participants représentaient trois groupes démographiques différents : un échantillon (34 participants) constitué d’hommes et de femmes qui ont été recrutés dans un centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle dans les Territoires du Nord Ouest qui desservaient des citoyens de régions urbaines et rurales (échantillon des habitants du Nord); un échantillon constitué de femmes seulement (114 participantes), qui ont été recrutées dans des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle situés dans des centres urbains de l’Ontario, de l’Alberta et de la Nouvelle Écosse (échantillon de femmes); et un échantillon constitué d’hommes seulement (59 participants), qui ont été recrutés dans des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle situés dans des centres urbains de l’Ontario et de la Colombie Britannique (échantillon d’hommes).

Les participants à cette étude ont été recrutés dans des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle. Les survivants des Territoires du Nord Ouest ont été interrogés en personne par un conseiller du centre participant. Les deux autres groupes - femmes seulement et hommes seulement - ont été interrogés par téléphone par des sondeurs formés, embauchés à contrat par la Division de la recherche et de la statistique.

Les questions du sondage portaient sur les sujets suivants : les données démographiques, l’expérience des victimes de violence sexuelle durant l’enfance et à l’âge adulte, les effets psychologiques des agressions, les capacités de survie, le signalement à la police, l’expérience avec le système de justice criminelle et la confiance dans ce dernier. On demandait aussi aux participants de fournir des suggestions sur ce que les survivants d’agression sexuelle devraient savoir au sujet du système de justice criminelle et sur comment le système pourrait mieux répondre aux besoins des survivants de violence sexuelle.

Ce que les survivants avaient à dire

Données démographiques

Les participants représentaient un éventail de milieux démographiques. Dans l’échantillon des habitants du Nord, tous les participants, à l’exception d’un seul, étaient de sexe féminin. Les répondants avaient entre 17 et 57 ans, l’âge médian étant de 40 ans. La majorité des participants (88 %) s’identifiaient comme étant des Autochtones, et les autres participants, comme étant des Blancs. Dans l’échantillon des femmes, l’âge des survivantes variait entre 20 et 70 ans, l’âge médian étant de 42 ans. La plupart des participantes s’identifiaient comme étant de race blanche (85 %) et les autres étaient issues de diverses autres ethnies. Dans l’échantillon des hommes, l’âge des survivants variait de 26 à 66 ans, l’âge médian étant de 46 ans. Plus des trois quarts (76 %) des participants s’identifiaient comme étant de race blanche, tandis que le tiers restant de ces hommes étaient issus de diverses ethnies, y compris des Autochtones, des Noirs et des Hispaniques.

Expériences de violence sexuelle

Bon nombre des survivants dans les trois échantillons ont signalé avoir subi des agressions sexuelles durant l’enfanceNote de bas de la page 2 et aussi à l’âge adulte. Dans les échantillons des habitants du Nord et des femmes, plus de la moitié des survivants ont rapporté avoir été victimes des deux types d’agression (59 % des participants de l’échantillon des habitants du Nord et 52 % des participantes de l’échantillon des femmes). Un pourcentage moins important des participants (14 %) de l’échantillon des hommes ont déclaré avoir subi des agressions sexuelles durant l’enfance et aussi à l’âge adulte.

Un examen plus approfondi des survivants d’agression sexuelle à l’âge adulte seulement révèle que la majorité d’entre eux avaient été victimes de violence sexuelle durant l'enfance. Dans l’échantillon des habitants du Nord, 85 % de ceux qui avaient subi des agressions sexuelles à l’âge adulte avaient aussi subies des agressions sexuelles durant l’enfance. Il en va de même pour 80 % des survivants d’agression sexuelle à l’âge adulte dans l’échantillon des hommes et pour 69 % des survivantes d’agression sexuelle à l’âge adulte dans l’échantillon des femmes.

Agressions sexuelles durant l'enfance

La majorité des participants des trois échantillons ont signalé avoir subi des agressions sexuelles durant l’enfance. Dans l’échantillon des hommes, 97 % ont dit en avoir été victimes, tout comme 88 % dans l’échantillon des habitants du Nord et 76 % dans l’échantillon des femmes. En outre, dans les trois échantillons, les participants ont été le plus souvent victimes de ces agressions entre 6 et 10 ans. La majorité des survivants ont déclaré que leur agresseur était quelqu’un qu’ils connaissaient (p. ex. un membre de leur famille ou une personne en qui ils avaient confiance).

Agressions sexuelles à l’âge adulte

Trois quarts des participantes de l’échantillon des femmes et 71 % des participants de l’échantillon des habitants du Nord ont dit avoir subi une agression sexuelle à l’âge adulte. Moins de participants (17 %) dans l’échantillon des hommes ont dit avoir été victimes d’agression sexuelle à l’âge adulte. Plusieurs survivants ont dit avoir vécu de multiples agressions sexuelles à l’âge adulte. Dans l’échantillon des habitants du Nord, la tranche d’âge où les participants avaient le plus souvent été victimes de ces agressions était entre 16 et 17 ans, tandis que dans l’échantillon des femmes et celui des hommes, c’était le plus souvent entre 18 et 24 ans. Comme pour ceux qui ont subi des agressions sexuelles durant l’enfance, l'agresseur était dans la majorité des cas une personne qu’ils connaissaient (p. ex. un partenaire intime, un membre de la famille, un ami, une connaissance, une personne en position d’autorité comme un mentor ou un enseignant).

Signaler les cas d’agression sexuelle durant l’enfance et à l’âge adulte

Plus des deux tiers des participants de l’échantillon des hommes (68 %) et de l’échantillon des habitants du Nord (67 %) et 64% des participantes de l’échantillon des femmes n’ont pas signalé à la police ou à une autre personne les agressions sexuelles qu'ils ont subies durant l'enfance. On a fait les mêmes constats pour les survivants de violence sexuelle à l’âge adulte. Dans l’échantillon des hommes, 70 % des participants ont déclaré ne pas avoir signalé les incidents, tandis que 59 % des participantes de l’échantillon des femmes et 56 % des participants de l’échantillon des habitants du Nord ne l’ont pas fait.

Les raisons invoquées le plus souvent par les participants pour ne pas avoir signalé les agressions sexuelles durant l'enfance, c’est qu’ils pensaient qu’on ne les croirait pas, qu’ils avaient honte, qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient signaler l’agression ou qu’ils n’avaient pas de soutien familial. Les raisons que les survivants d’agression sexuelle à l’âge adulte ont fournies pour ne pas avoir signalé les incidents ressemblaient à celles données par les survivants d’agression sexuelle durant l’enfance. Parmi d’autres raisons citées par les survivants d’agression sexuelle à l’âge adulte, citons notamment qu’ils n’avaient pas confiance dans la justice criminelle et qu’ils avaient peur de leur agresseur.

Parmi ceux qui ont signalé les agressions sexuelles qu’ils ont vécues durant l'enfance ou à l’âge adulte, les survivants de tous les échantillons ont cité les mêmes raisons pour lesquelles ils ont décidé de signaler les agressions. La raison la plus fréquemment citée est qu’ils estimaient qu’ils devaient agir. Les autres raisons citées comprenaient le besoin de se libérer des sentiments réprimés et le fait qu'un professionnel, tel qu’un psychologue, ou un ami leur avait recommandé de signaler l’agression.

Effets émotifs et psychologiques

Les participants ont décrit les effets émotifs et psychologiques importants causés par le traumatisme. Pour la plupart des participants, les effets étaient multiples et permanents. Les effets émotifs et psychologiques rapportés par les participants des trois groupes étaient semblables, peu importe leur sexe. En outre, les torts psychologiques étaient sensiblement les mêmes pour les victimes d’agression sexuelle durant l’enfance et à l’âge adulte.

Les effets psychologiques et émotifs les plus courants de la victimisation que les participants ont relevés étaient la dépression et les émotions associées à la dépression, telles que les sentiments d’inutilité et d’impuissance et les pensées suicidaires. Un certain nombre de survivants ont dit éprouver de la honte, se sentir coupables, avoir une faible estime d'eux mêmes et avoir de la difficulté à faire confiance. Bon nombre d’entre eux ont eu du mal à établir des liens d’amitié et des relations saines à long terme. En outre, de nombreux participants ont indiqué avoir du mal à surmonter leur anxiété et leur peur.

Mécanismes d’adaptation

Les participants ont également décrit les mécanismes qu’ils ont utilisés pour les aider à faire face aux effets du traumatisme. La majorité d’entre eux en ont décrit plusieurs, tant positifs que négatifs. Plusieurs des stratégies d’adaptation utilisées par les victimes d’agression sexuelle durant l’enfance ont également été utilisées par les victimes d’agression sexuelle à l’âge adulte.

Plusieurs stratégies d’adaptation positives ont été décrites. Par exemple, les participants des trois échantillons ont dit avoir fait appel à l’aide de professionnels, y compris à des services de counseling. De nombreux participants ont indiqué que les centres pour les victimes d’agression sexuelle leur ont été extrêmement utiles pour se remettre de leur traumatisme. Plusieurs participants des échantillons des habitants du Nord et des femmes ont dit s’être tournés vers du soutien naturel tel que la famille et les amis. Cependant, ce type de soutien a été moins évoqué dans l’échantillon des hommes.

Les survivants ont également dit utiliser l’adaptation axée sur les émotions, c’est-à-dire « la participation à des activités qui tentent de changer directement la façon dont la victime se sent » (Hill, 2009, 47). Les exemples d’activités d’adaptation axée sur les émotions que les participants ont nommés comprenaient des activités pour se tenir occupés comme la lecture, le dessin et le sport, lequel a été soulevé surtout par les survivants de sexe masculin.

Une stratégie d’adaptation qui a été très souvent mentionnée par les participants était de se tourner vers la religion, ce qui comprend fréquenter l’église et prier, et de se concentrer sur la spiritualité de façon plus générale. Bien que ces exemples aient été nommés par les participants des autres échantillons, ils ont été plus souvent mentionnés par les participants de l’échantillon des habitants du Nord.

Les participants ont également décrit des stratégies d’adaptation négatives. Celle qui a été le plus souvent évoquée était la consommation de drogue et d’alcool, souvent utilisée pour chasser les pensées et les émotions. Plusieurs participants ont utilisé la drogue et l’alcool comme stratégie d’adaptation à la suite d’agressions sexuelles subies durant l'enfance et ont continué d’utiliser cette stratégie à la suite d’agressions sexuelles à l’âge adulte.

Les participants ont également évoqué l’isolement, l’évitement et le déni. Les participantes de l’échantillon des femmes et les participants de l’échantillon des habitants du Nord ont également dit s’être isolés et avoir évité de se rapprocher des autres.

Des stratégies associées à l’autodestruction sans idées suicidaires, ce qui comprend l’automutilation et les partenaires sexuels multiples, ont aussi été utilisées par les participants. De nombreux participants ont également indiqué avoir tenté de s’enlever la vie à plus d'une reprise.

Le système de justice pénale

On a également demandé aux participants de fournir de l’information au sujet de leur procès. Très peu de participants ont dit avoir eu un procès criminel. Des 55 participantes de l’échantillon des femmes qui ont signalé les agressions sexuelles qu’elles ont subies durant l’enfance ou à l’âge adulte, 22 ont eu un procès criminel, et il y a eu déclaration de culpabilité dans 18 de ces causes. Des 15 participants de l’échantillon des habitants du Nord qui ont signalé les agressions sexuelles qu’ils ont vécues durant l’enfance ou à l’âge adulte, neuf ont eu un procès criminel, et une déclaration de culpabilité a été prononcée dans quatre causes. Dans l’échantillon des hommes, 17 participants ont signalé les agressions sexuelles dont ils ont été victimes durant l’enfance ou à l’âge adulte, trois ont eu un procès criminel et un verdict de culpabilité a été prononcé dans deux causes. On a demandé la divulgation de dossiers de tiersNote de bas de la page 3 dans très peu de procès. On l’a réclamée dans quatre affaires mettant en cause des participants de l’échantillon des habitants du Nord, dans cinq affaires mettant en cause des participantes de l’échantillon des femmes et dans une seule affaire mettant en cause un participant de l’échantillon des hommes. Les documents que l’on a demandé de fournir comprenaient des dossiers médicaux, des dossiers de santé mentale et des dossiers scolaires. Bon nombre des participants ne savaient pas si les dossiers de tiers avaient été divulgués au bout du compte; seulement deux participantes de l’échantillon des femmes étaient certaines que les dossiers avaient été divulgués.

On a demandé à tous les participants, y compris ceux dont les cas ont fait ou n’ont pas fait l’objet de procès, d’indiquer leur niveau de confiance dans la police, le processus judiciaire et le système de justice pénale en général. Comme on peut le constater dans le tableau 1 ci-dessous, peu de participants ont dit avoir beaucoup de confiance. En effet, près des deux tiers des participants ont dit ne pas avoir confiance dans la police, le processus judiciaire ou le système de justice pénale en général. Un pourcentage plus élevé de participants dans les échantillons des hommes et des femmes que dans l’échantillon des habitants du Nord ont déclaré avoir confiance dans la police.

Tableau 1. Confiance dans le système de justice pénale

Échantillon des hommes (59 participants)
  Beaucoup de confiance Assez de confiance Peu de confiance Aucune confiance Je ne sais pas
Police 11 (19 %) 20 (34 %) 22 (37 %) 5 (9 %) 1 (2 %)
Processus judiciaire 17 (29 %) 17 (29 %) 19 (32 %) 16 (27 %) 3 (5 %)
Système de justice pénale en général 1 (2 %) 25 (42 %) 24 (41 %) 9 (15 %) 0 (0 %)
Échantillon des habitants du Nord (30 à 34 participants)
  Beaucoup de confiance Assez de confiance Peu de confiance Aucune confiance Je ne sais pas
Police 2 (7 %) 5 (16 %) 15 (48 %) 6 (19 %) 3 (10 %)
Processus judiciaire 3 (9 %) 3 (9 %) 12 (36 %) 10 (30 %) 5 (15 %)
Système de justice pénale en général 1 (3 %) 5 (17 %) 6 (20 %) 13 (43 %) 5 (17 %)
Échantillon des femmes (114 participantes)
  Beaucoup de confiance Assez de confiance Peu de confiance Aucune confiance Je ne sais pas
Police 13 (12 %) 37 (33 %) 37 (33 %) 22 (20 %) 4 (4 %)
Processus judiciaire 4 (4 %) 17 (15 %) 40 (35 %) 35 (31 %) 17 (15 %)
Système de justice pénale en général 5 (4 %) 26 (23 %) 38 (33 %) 36 (32 %) 9 (8 %)

Suggestions des survivants

Ce que les survivants doivent savoir au sujet du système de justice pénale

De nombreux participants dans ces trois groupes ont souligné l’importance de bien comprendre le système de justice pénale et de se préparer à la participation au processus en posant des questions et en s’informant de ses droits. Les participants ont également signalé qu’il est important de comprendre la nature contradictoire du système de justice et l’incidence négative possible que le survivant pourrait subir en participant au processus (p. ex. il pourrait se sentir victimisé de nouveau ou avoir l’impression qu’on ne le croit pas). Les participants ont également encouragé les survivants à demander de l’aide et à savoir que des services utiles sont disponibles. Un certain nombre de participants ont aussi encouragé les survivants à se manifester, à signaler l’agression et à ne pas abandonner.

Comment le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivants

Les participants ont présenté des suggestions sur la façon dont le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivants de violence sexuelle. Ces suggestions s’inscrivent sous trois thèmes principaux : veiller à ce que le survivant se sente en sécurité et à l’aise, fournir de l’information et de l’éducation et apporter des changements au système de justice pénale en général.

1. Veiller à ce que le survivant se sente en sécurité et à l’aise

Quatre sous thèmes interreliés, mettant en relief le besoin qu’ont les survivants de se sentir en sécurité et à l’aise, sont ressortis : accroître l’appui aux survivants, aider les survivants à se retrouver dans le processus de justice pénale, traiter les survivants avec respect et éduquer les spécialistes de la justice pénale.

Les participants ont indiqué qu’ils étaient reconnaissants des services qu’on leur a offerts, surtout des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle avec lesquels ils travaillaient, mais bon nombre d’entre eux ont précisé qu’il faut encore plus de soutien pour les survivants. Les participants de l’échantillon des hommes ont insisté sur le fait que des services de soutien destinés plus précisément aux hommes sont nécessaires. Un certain nombre de participants ont également dit que du soutien de toutes sortes doit être fourni aux survivants tout au long du processus de justice pénale, c’est-à-dire à partir de l’incident, tout au long du processus judiciaire et après le procès.

Les participants ont également émis des suggestions qui visaient avant tout à veiller à ce que les survivants disposent de l’aide et de l’information dont ils ont besoin pour se retrouver dans le système de justice pénale. Ils ont notamment suggéré qu’un travailleur de soutien ou de défense des droits accompagne le survivant tout au long du processus de justice pénale, en lui expliquant de façon simple les termes juridiques, et que des services de traduction soient offerts au besoin.

Plusieurs participants se sont dits inquiets de la façon dont les survivants sont traités dans le processus de justice pénale. Un certain nombre de participants ont indiqué que les agents responsables doivent se montrer plus sensibles lorsqu’ils interrogent les survivants, car ces derniers ont souvent l’impression qu’on ne les croit pas. De plus, certains ont dit que les survivants sont traités comme s’ils sont en quelque sorte à blâmer ou comme s’ils étaient les auteurs de l’agression. De nombreux participants ont également indiqué qu’ils estiment que les spécialistes au sein du système de justice pénale bénéficieraient d’une formation sur comment travailler auprès des survivants de violence sexuelle, y compris une formation à la sensibilité.

2. Fournir de l'information et de l'éducation

De nombreux participants ont indiqué qu’on doit fournir plus de renseignements aux survivants, notamment sur les droits des victimes, sur les services mis à leur disposition et sur le système de justice pénale en général. Un grand nombre d’entre eux ont également mentionné qu’on doit tenir les survivants au courant de l’évolution de leur dossier et que de l’information doit être fournie en temps opportun, tout au long du processus.

En outre, un certain nombre de participants ont suggéré que l’on sensibilise toute la population au système de justice pénale et à la violence sexuelle, en particulier les enfants par le biais des écoles et de ceux qui travaillent avec les enfants. Les participants de l’échantillon des hommes ont également souligné l’importance de sensibiliser le public, par exemple au moyen de campagnes de sensibilisation, à la violence sexuelle à l’endroit des personnes de sexe masculin, notamment sa nature et sa prévalence, afin de dissiper les mythes et les préjugés associés aux agressions sexuelles envers les personnes de sexe masculin.

3. Apporter des changements au système de justice pénale

On a aussi formulé plusieurs suggestions relativement aux changements globaux à apporter au système de justice pénale. Par exemple, certains participants ont dit avoir l’impression que les policiers ne se sont pas suffisamment investis dans l’enquête de leur dossier et dans le suivi par après. Plusieurs participants ont aussi indiqué que le traitement des dossiers doit se faire plus rapidement puisque pour bon nombre d’entre eux, le processus de justice pénale a été très long.

De plus, différents participants se sont dits frustrés du manque d’équité perçu dans la façon dont on traite le survivant par rapport à l’accusé. Certains estimaient que tandis que le survivant doit se remettre de l’expérience traumatisante qu’il a vécue, l’accusé n’est pas puni ou, s’il l’est, la sanction ne reflète pas la gravité du crime. Cette perception a mené beaucoup de participants à suggérer que des peines plus longues soient infligées pour faire comprendre clairement aux gens les effets de la violence sexuelle sur les survivants.

Conclusion

Les entretiens avec trois groupes différents de survivants d’agression sexuelle ont révélé que, même s’il existe des différences entre les groupes, les expériences qu’ils ont vécues étaient très semblables. La plupart des survivants qui avaient subi des agressions sexuelles à l’âge adulte avaient aussi été victimes d’agressions sexuelles durant l'enfance, et dans la majorité des cas, l’agresseur était une personne qu’ils connaissaient. La plupart des participants ont dit souffrir de multiples torts émotifs et psychologiques permanents. Les survivants utilisent divers mécanismes pour vivre avec ces effets, y compris des mécanismes négatifs tels que la consommation de drogue et d’alcool.

Les participants à l’entretien ont émis plusieurs suggestions sur ce qui serait le plus utile pour les survivants de violence sexuelle alors qu’ils essaient de se retrouver dans le processus de justice pénale. On considère que, pour se préparer à la participation au processus judiciaire, il est important de connaître le système de justice pénale et ses propres droits. En outre, les survivants considèrent que le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivants en augmentant le soutien et on offrant ce soutien tout au long du processus. De nombreux survivants ont également parlé de la nécessité d’obtenir des renseignements à jour et en temps opportun concernant leur dossier. Les participants de sexe masculin ont suggéré d'accroître la sensibilisation à la violence sexuelle à l’égard des hommes et ont fait ressortir la nécessité de mettre en place des services de soutien destinés précisément aux hommes. Les entretiens ont également permis de constater que certains participants estiment que les policiers doivent déployer plus d’efforts dans le processus d’enquête, que le processus de justice pénale est très long et que, parfois, les survivants semblent être traités moins équitablement que les accusés. Les survivants ont souvent l’impression qu’on ne les croit pas et qu’ils sont en quelque sorte à blâmer. De nombreux participants ont suggéré de fournir de la formation à la sensibilité aux spécialistes du système de justice pénale, plus particulièrement en ce qui concerne comment travailler avec des survivants de violence sexuelle, et de faire clairement comprendre les effets de la violence sexuelle sur les survivants en infligeant des peines plus longues aux accusés. L’espoir est qu’en comprenant mieux les expériences et les besoins, les fournisseurs de services aux victimes et le système de justice dans son ensemble seront mieux en mesure de venir en aide aux survivants de violence sexuelle.

Bibliographie

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