Maintien des contacts pères/enfants après la séparation : le point de vue des hommes

II. DONNÉES DISPONIBLES ET STRATÉGIE D’ANALYSE

A. L’ENQUÊTE SOCIALE GÉNÉRALE SUR LA FAMILLE DE 1995 ET SES LIMITES

L’Enquête sociale générale (cycle 10) sur la famille a été menée par Statistique Canada en 1995. Pour la première fois au Canada, on a recueilli des informations sur la fréquence des contacts pères/enfants non seulement auprès de mères séparées mais également auprès de pères (on n’a cependant pas recueilli d’informations auprès des deux conjoints séparés). Plus de 10 000 hommes et femmes, âgés de 18 ans et plus, ont été interrogés sur tous les enfants qu’ils avaient eus ou élevés au cours de leur vie. Les répondants séparés ont aussi répondu à des questions sur les contacts qu’ils avaient eus avec chacun de leurs enfants au cours de l’année précédant l’enquête ainsi que sur le temps que ces derniers avaient passé avec leur autre parent. Ces renseignements nous permettent de mesurer directement, à partir des pères, la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants et de dresser le profil socio-démographique de ces pères en fonction de la fréquence des contacts pères/enfants.

L’exploitation des données de l’ESG de 1995 ne va pas sans difficulté. En premier lieu, une recherche antérieure que nous avons effectuée a montré que la qualité des informations fournies par les hommes, concernant les enfants qu’ils ont eus d’une union précédente, est moins bonne que celle des données recueillies auprès des femmes. En principe, on aurait pu s’attendre à ce que les pères et les mères séparés rejoints par l’ESG déclarent sensiblement le même nombre d’enfants biologiques, comme l’ont fait les parents toujours ensemble au moment de l’enquête (voir Juby et Le Bourdais, 1999). Or, notre étude a montré que c’est loin d’être le cas : des enfants dont les deux parents ne vivaient pas ensemble au moment de l’enquête, presque les deux tiers ont été déclarés par des répondants de sexe féminin, c’est-à-dire par leur mère; autrement dit, les répondants de sexe masculin qui ne vivaient pas avec la mère de leurs enfants, soit les pères séparés, ont déclaré 40 % moins d’enfants que les mères séparées. Ces résultats vont dans le sens de ceux d’autres études (Furstenberg, 1988; Poulain et al., 1991; Rendall et al., 1997; Seltzer et Brandreth, 1994) et tiennent au fait que les pères séparés sont, d’une part, plus difficiles à joindre par enquête que les mères séparées et qu’ils ont, d’autre part, davantage tendance que les mères à sous-déclarer le nombre d’enfants qu’ils ont eus dans le passé. Compte tenu des différences de déclaration observées selon le sexe du parent répondant, on ne peut donc pas combiner directement les réponses fournies par les pères et les mères pour étudier la fréquence des contacts pères/enfants sans risque de biaiser les résultats.

Par ailleurs, l’analyse comparée des déclarations des pères et des mères a montré que le sous-dénombrement d’enfants touche surtout les pères qui n’avaient que peu ou pas de contacts avec leurs enfants et qui ne payaient aucune pension alimentaire, et que les pères qui voient plus régulièrement leurs enfants sont nettement plus enclins à les rapporter (Juby et Le Bourdais, 1999). En gardant ce résultat présent à l’esprit, on pourra néanmoins tirer de l’analyse des informations fournies par les pères des renseignements très intéressants sur les contacts pères/enfants.

En deuxième lieu, certaines difficultés d’exploitation de l’ESG sont inhérentes à la façon dont les données ont été recueillies. Étant donné la complexité des cheminements suivis dans le questionnaire de l’ESG, on a tout simplement omis de poser certaines questions à divers groupes de répondants. À titre d’exemple, on n’a pas posé de questions sur le règlement de la garde des enfants par un tribunal aux répondants dont les enfants avaient passé toute l’année précédant l’enquête chez leur autre parent. Cela aura pour effet de rendre difficiles, sinon impossibles, certaines analyses prévues au départ; nous y reviendrons plus loin.

B. ÉTABLISSEMENT DE L’ÉCHANTILLON DE PÈRES ET DE L’ÉCHANTILLON DES ENFANTS

Notre recherche porte exclusivement sur les enfants biologiques ou adoptés, âgés de 0 à 17 ans, qui ont été déclarés par les hommes ou les femmes, et dont les deux parents (biologiques ou adoptifs) ne vivaient pas ensemble au moment de l’enquête; sont donc exclus de l’analyse les enfants nés d’une union antérieure des conjoints des répondants, ainsi que les enfants âgés de 18 ans ou plus en 1995.

Pour analyser la fréquence des contacts entre les pères et leurs enfants, nous pouvons adopter soit le point de vue des pères et utiliser un échantillon de pères, soit le point de vue des enfants et construire un échantillon des enfants. Le recours aux pères comme unité d’analyse a l’avantage ne pas attribuer un poids plus élevé aux caractéristiques des hommes ayant plusieurs enfants. De plus, un coup d’œil aux données a révélé que, très souvent, les pères n’ont pas la même fréquence de contacts avec chacun de leurs enfants. Les modalités de garde peuvent être différentes au sein d’une même fratrie : un père pourra, par exemple, vivre à temps plein avec son fils adolescent et accueillir son plus jeune enfant seulement une fin de semaine sur deux. Les enfants déclarés par le père peuvent aussi être issus d’unions différentes, auquel cas les modalités de garde risquent de varier grandement. Pour tenir compte de la variabilité du temps passé par les pères avec chacun de leurs enfants, nous avons donc d’abord construit un échantillon d’enfants.

Pour cela, nous avons procédé de la façon suivante (voir le tableau 1). À partir des informations fournies par les répondants de sexe masculin et de sexe féminin, nous avons d’abord sélectionné tous les enfants biologiques ou adoptés âgés de 0 à 17 ans dont les deux parents (biologiques ou adoptifs) ne vivaient pas ensemble au moment de l’enquête (477 enfants déclarés par les pères, 832 par les mères), et nous n’avons retenu que les enfants dont les deux parents étaient toujours vivants. Parmi les enfants déclarés par les pères, ont ainsi été exclus 15 enfants dont la mère était décédée et 6 enfants pour lesquels le père ne savait pas si la mère était encore vivante. Treize autres enfants ont aussi été écartés de l’échantillon : 9 enfants pour lesquels on n’avait aucune information sur la mère et 4 enfants en raison d’incohérences dans les informations recueillies. Au total, 34 enfants déclarés par les pères et 100 enfants déclarés par les mères ont été exclus. L’échantillon retenu d’enfants déclarés par les hommes s’établit à 443; ces enfants ont été déclarés par 311 pères. En comparaison, l’échantillon déclaré par les femmes est de 732 enfants qui ont été déclarés par 449 mères.

Tableau 1 : Effectifs des enfants biologiques ou adoptés âgés de 0-17 ans dont les parents ne vivaient pas ensemble au moment de l’enquête, selon le sexe du parent répondant
Description Parent répondant
Père Mère
Effectifs initiaux d’enfants a 477 832
Exclusions :
- Autre parent décédé 15 45
- Ne sait pas si l’autre parent encore vivant 6 33
- Manquant 9 9
- Autre (enfant rarement chez l’un ou l’autre de ses parents) 4 13
Effectifs des enfants dont les deux parents sont vivants mais pas ensemble 443 732
Effectifs de parents des enfants dans l’échantillon 311 449
Autres cas exclus :
- Enfants exclus par manque d’information 25 56
Pour les analyses basées sur le temps passé chez le père :
Effectifs des enfants 418 676
Effectifs des parents 291 414

Source: Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Dans les analyses qui suivent, nous utiliserons parfois l’échantillon des enfants, parfois l’échantillon des pères comme unité de base. L’examen des variables qui sont construites à partir de questions posées séparément pour chaque enfant (p. ex. quantité et nature des contacts, âge de l’enfant à l’enquête et au moment de la séparation, satisfaction à l’égard des modalités de garde) sera mené à partir de l’échantillon des enfants. Par contre, nous aurons recours à l’échantillon des pères lorsqu’il s’agira d’étudier les caractéristiques des pères au moment de l’enquête (p. ex. âge des pères, niveau de scolarité, revenu et perceptions de leur rôle de pères).

Pour mieux apprécier les liens entre les deux échantillons que nous avons construits, le tableau 2 présente la répartition par âge des pères et des mères, selon le nombre et l’âge de leurs enfants. Trois catégories d’âges ont été définies pour décrire la situation des enfants déclarés par un même parent : 1) le parent répondant a au moins un enfant d’âge préscolaire (0 à 5 ans); 2) le parent n’a aucun enfant d’âge préscolaire mais a au moins un enfant en âge de fréquenter l’école primaire (6 à 11 ans); 3) tous les enfants ont l’âge d’aller à l’école secondaire (12 à 17 ans).

Tableau 2 : Répartition des répondants qui ne vivaient pas avec l’autre parent biologique de leurs enfants au moment de l’enquête, selon leur sexe et leur âge, et selon le nombre et le groupe d’âge de leurs enfants
  Père Mère
Groupe d’âge Groupe d’âge
< 30 ans 30-39 40-49 50 et + N a % < 30 ans 30-39 40-49 50 et + N a %
Effectifs 50 120 115 26 311 --- 113 210 115 11 449 ---
% 16,2 38,5 37,0 8,3 --- 100 25,1 46,8 25,7 2,4 --- 100
Nombre d’enfants de 0-17 ans :
1 82,4 54,1 61,6 77,0 197 63,4 64,3 44,4 45,3 86,2 227 50,6
2 13,3 40,7 33,1 23,0 99 31,9 26,2 38,8 46,6 13,8 166 371
3 et plus 4,3 5,2 5,3 --- 15 4,7 9,5 16,8 8,1 --- 56 12,3
Total 100 100 100 100 311 100 100 100 100 100 449 100
Groupe d’âge des enfants :
Au moins 1 enfant de 0-5 ans 83,6 22,2 9,2 --- 79 25,5 79,5 26,9 4,1 --- 151 33,6
Au moins 1 enfant de 6-11 ans (aucun 0-5 ) 16,4 52,0 36,2 14,6 116 37,3 20,5 41,6 35,3 9,6 152 33,9
Tous les enfants âgés de
12-17 ans
--- 25,8 54,6 85,4 116 37,2 --- 31,5 60,6 90,4 146 32,5
Total 100 100 100 100 311 100 100 100 100 100 449 100

Source: Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

On remarquera d’abord que les mères qui n’habitent pas avec le père de leurs enfants sont plus jeunes que les pères vivant une telle situation. Alors que les trois quarts des pères et des mères ont entre 30 et 49 ans, une mère sur quatre a moins de 30 ans comparativement à un père sur six. Cela tient sûrement en partie à l’écart d’âge qu’on observe traditionnellement entre conjoints. Les mères déclarent aussi un plus grand nombre d’enfants que les pères. Près des deux tiers (63,4 %) des pères n’ont déclaré qu’un seul enfant âgé de moins de 18 ans au moment de l’enquête, comparativement à la moitié des mères; par contre, moins de 5 % des premiers mentionnent trois enfants ou plus contre 12,3 % des secondes. L’âge des parents est étroitement lié au nombre et à l’âge des enfants déclarés. Par exemple, les pères âgés de 30 à 49 ans sont proportionnellement plus nombreux à avoir deux enfants ou plus; on peut supposer que les pères âgés de moins de 30 ans ont à peine entamé leur carrière paternelle, alors que les pères de 50 ans et plus ont des enfants qui ont déjà atteint l’âge de la majorité. Enfin, on remarquera que si la très grande majorité des pères (environ 75 %) n’ont pas d’enfant de moins de 6 ans, presque tous les pères âgés de moins de 30 ans à l’enquête avaient un enfant de cet âge.

C. DÉFINITION DE LA FRÉQUENCE DES CONTACTS PÈRES/ENFANTS

Dans le cadre de l’ESG sur la famille, on a demandé aux répondants qui ne vivaient pas avec l’autre parent de leurs enfants de préciser le nombre d’heures, de jours, de semaines ou de mois qu’ils avaient passés avec chacun de leurs enfants au cours des 12 mois précédant l’enquête; on leur a également demandé d’estimer le temps que chaque enfant avait passé avec son autre parent. Ces informations, recodées en nombres de jours dans le fichier de micro-données produit par Statistique Canada, nous ont permis d’établir une classification des enfants en fonction de la fréquence du temps passé avec le père[1] ; faute de données disponibles pour cette variable, 25 enfants ont dû être écartés de l’analyse, ramenant ainsi notre échantillon à 418 enfants (et 291 pères; voir le tableau 1).

On trouve au tableau 3 la répartition des enfants déclarés par les pères selon le nombre de jours, regroupés en huit catégories, qu’ils ont passés ensemble au cours de l’année précédant l’enquête. Trois enfants sur 10 (30,4 %)[2] ont vécu cinq mois ou plus chez leur père; environ un enfant sur huit y a vécu 10 mois ou plus et, à l’autre bout de l’échelle, un enfant sur six n’a passé aucun moment avec son père dans les 12 mois précédents. Il convient de rappeler ici que notre échantillon d’enfants surestime le nombre de jours passés avec les pères, puisque les enfants qui vivent moins de deux mois par an chez leur père sont nettement sous-représentés (Juby et Le Bourdais, 1999). La proportion d’enfants qui voient peu leur père risque donc d’être passablement plus élevée que celle observée ici, comme le laissent entendre les réponses des mères. Aux dires de celles-ci, un enfant sur quatre n’a pas vu son père dans les 12 mois précédant l’enquête, et seulement 16,8 % des enfants (soit la moitié moins que le pourcentage déclaré par les pères) ont passé cinq mois ou plus avec lui.

Tableau 3 : Répartition des enfants biologiques ou adoptés âgés de 0 17 ans déclarés par leur père ou leur mère, selon le nombre de jours passés avec leur père au cours des douze mois précédant l’enquête
Nombre de jours passés avec le père Parent répondant
Père a Mère b
%
Aucun 16,8 24,7
1-6 jours (moins d’une semaine) 6,6 9,4
7-29 jours (moins d’un mois) 8,2 11,6
30-59 jours (1 à 2 mois) 14,6 17,0
60-149 jours (2 à 5 mois) 23,4 20,5
150-209 jours (5 à 7 mois) 13,5 6,7
210-299 jours (7 à 10 mois) 4,0 3,3
300-365 jours (10 mois et plus) 12,9 6,8
Total 100  100 
N c 418  676 

Source: Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • aExclut 25 cas dont l’information sur le nombre de jours passés avec le père est manquante. Ces cas sont exclus des tableaux suivants.
  • bExclut 56 cas dont l’information sur le nombre de jours passés avec le père est manquante. Ces cas sont exclus des tableaux suivants.
  • cDonnées pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Dans les analyses qui suivent, nous avons regroupé les enfants en quatre catégories, en fonction du temps passé chez leur père. Nous avons d'abord cherché à identifier les enfants qui avaient à toutes fins pratiques perdu contact avec leur père, et regroupé ensemble les enfants qui avaient passé moins de sept jours chez celui-ci au cours de l'année précédant l'enquête. À l'opposé, nous avons voulu isoler les enfants qui avaient maintenu un contact très étroit avec leur père, et nous avons inclus dans une même catégorie tous ceux qui l'avaient vu cinq mois (150 jours) ou plus au cours de la dernière année [3].Les deux catégories intermédiaires regroupent, l’une les enfants qui ont passé entre une semaine et deux mois (7 à 59 jours) chez leur père, l’autre ceux qui y ont passé entre deux et cinq mois (60-149 jours). La répartition des enfants à la base de presque toutes les analyses qui suivent se résume ainsi :

  1. moins d’une semaine : le contact est quasi absent (23,4 % des enfants);
  2. entre une semaine et deux mois : contact faible (22,8 % des enfants);
  3. entre deux et cinq mois : contact régulier (23,4 % des enfants);
  4. cinq mois et plus : contact fréquent (30,4 % des enfants).

On reprochera peut-être à l’approche adoptée ici que le fait de passer du temps avec quelqu’un n’est pas la seule manière de maintenir des liens. Téléphoner ou écrire peuvent en effet s’avérer des moyens efficaces de garder contact, surtout lorsque la distance empêche les visites fréquentes. En nous appuyant sur les données de l’ESG, nous avons tenté de mesurer à quel point ces moyens pouvaient se substituer aux visites. Précisons tout de suite que les résultats obtenus et qui sont présentés au tableau 4 et à la figure 1 nous ont rassurées quant aux risques que nous courions de sous-estimer la fréquence des contacts pères/enfants en ayant recours seulement au nombre de jours que les pères avaient passés avec leurs enfants.

Dans le cadre de l’ESG de 1995, on a demandé aux répondants séparés de préciser la fréquence des contacts par lettre ou par téléphone qu’ils avaient eus avec chacun de leurs enfants dans les 12 mois précédant l’enquête lorsqu’ils ne vivaient pas ensemble; on leur a également demandé d’estimer cette fréquence de contacts pour l’autre parent. Bien sûr, on n’a pas posé la première question aux répondants qui ont dit vivre à temps plein avec leurs enfants; par conséquent, 67[4] des 418 enfants déclarés par leur père sont exclus de l’analyse qui suit.

Tableau 4 : Répartition (en %) des enfants âgés de 0-17 ans ne vivant pas à temps plein chez leur père, selon le temps passé avec leur père et selon la fréquence des contacts par lettre ou par téléphone au cours de l’année précédant l’enquête
  Temps passé avec le père
Fréquence des contacts par lettre ou par téléphone a Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus Total
Chaque jour 5,6 4,0 10,8 31,3 11,4
Au moins une fois par semaine 17,3 56,3 67,1 47,3 46,9
Au moins une fois par mois 22,9 22,8 13,2 8,0 17,4
Moins d’une fois par mois 17,4 9,1 2,2 4,5 8,.6
Jamais 36,8 7,8 6,7 8,9 15,7
Total 100 100 100 100 100
N b 98 92 95 66 351

2 = 111,717; p = 0,001; Nb cas manquant : 1

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • aExclut 67 enfants déclarés comme vivant à temps plein chez leur père.
  • bDonnées pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Figure 1: Fréquence des contacts par lettre ou téléphone selon le temps passé avec le père

Figure 1: Fréquence des contacts par lettre ou téléphone
selon le temps passé avec le père

[ Description ]

L’examen de la figure 1 montre clairement que le contact par lettre ou par téléphone est loin d’être utilisé comme un substitut aux visites par les pères qui voient rarement leurs enfants. Au contraire, on remarquera que moins les pères voient leurs enfants, moins ils ont tendance à communiquer avec eux par lettre ou par téléphone. Près de 80 % des enfants qui voient leur père fréquemment (5 mois ou plus) ont des contacts avec lui par téléphone ou par lettre au moins une fois par semaine lorsqu’ils séjournent chez leur mère, comparativement à moins du quart des enfants qui ne le voient presque jamais (moins d’une semaine). En fait, plus de la moitié des enfants qui ont passé moins d’une semaine par année avec leur père n’ont pas eu avec lui de contacts par lettre ou téléphone sur une base mensuelle. On remarquera, par ailleurs, que les enfants qui voient peu leur père mais qui entretiennent avec lui des contacts réguliers par lettre ou par téléphone ne semblent pas recourir à cette stratégie à cause de la distance qui les sépare. Dans près de la moitié des cas, les enfants vivaient en fait à moins de 10 kilomètres du domicile de leur père et très peu habitaient à plus de 100 kilomètres (données non présentées). Vraisemblablement, la variable construite pour qualifier la fréquence des contacts pères/enfants semble décrire de façon satisfaisante l’importance des liens effectifs qu’ont eus les pères séparés et leurs enfants au cours des 12 mois précédant l’enquête.

Certaines analyses seront, on l’a vu plus tôt, menées à partir de l’échantillon des pères plutôt qu’à partir de celui des enfants. Comme nous voulons caractériser les pères séparés en fonction de la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants, la question suivante s’est posée : comment classer les pères ayant des enfants qu’ils voient à des fréquences différentes? Des 291 pères des enfants retenus pour l’analyse (voir le tableau 1), 110 avaient en fait plus d’un enfant, et 40 % d’entre eux ont déclaré passer un nombre différent de jours avec chacun de leurs enfants. Dans 60 % des cas, la fréquence des contacts varie d’un enfant à l’autre, et ce même lorsque le nombre de jours est regroupé en quatre catégories. Fallait-il alors privilégier le temps passé par le père avec l’aîné ou avec le cadet de ses enfants comme mesure représentative des contacts pères/enfants? Après un examen détaillé des données, nous avons conclu que le calcul de la moyenne du nombre de jours passés par le père avec ses enfants s’avérait la meilleure façon de résumer le nombre des contacts pères/enfants. Le nombre moyen de jours ainsi établi a ensuite été regroupé en fonction des quatre catégories retenues pour l’analyse. La répartition des deux échantillons de pères et d’enfants établie en fonction du temps passé chez le père est comparée au tableau 5. On remarquera l’écart très faible qui sépare les deux séries de pourcentages.

Tableau 5 : Effectifs des enfants et des pères selon la fréquence des contacts père-enfant

Effectifs des enfants
  Fréquence des contacts père-enfant
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois 5 mois
et plus
Total
N a 98 95 98 127 418
% 23.4 22,8 23,4 30,4 100
Effectifs des pères
  Fréquence des contacts père-enfant
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois 5 mois
et plus
Total
N a 67 69 68 87 291
% 23,1 23,8 23,3 29,8 100

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
aDonnées pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.


  • [1] Pour un certain nombre d’enfants, il nous a fallu apporter des corrections au nombre de jours rapportés par les parents répondants. Par exemple, comme on n’a pas demandé le nombre de jours passés avec leurs enfants aux pères ayant déclaré que leurs enfants vivaient à temps plein dans leur ménage, nous avons estimé ce nombre en soustrayant de 365 le nombre de jours que ces enfants avaient passés avec leur mère. Par ailleurs, lorsque la somme des jours passés avec le père et la mère dépassait 365, nous avons imputé comme nombre de jours passés avec le parent répondant la différence entre 365 et le nombre de jours que l’enfant a vécus chez l’autre parent.
  • [2] Soit la somme de (13,5 + 4,0 + 12.9).
  • [3] Dans le fichier de micro-données, on observe un regroupement des répartitions autour des multiples de 30 (30 jours, 60 jours, etc.).
  • [4] Le nombre des enfants exclus de cette analyse dépasse quelque peu le nombre des enfants qui ont été classés au tableau 3 comme ayant passé de 10 à 12 mois chez leur père. Cela tient au fait que, parmi les pères ayant déclaré que leurs enfants vivaient à temps plein dans leur ménage (et auxquels on n’a pas posé de questions sur les contacts par lettre ou par téléphone), certains mentionné que leurs enfants avaient passé une fraction non négligeable de temps avec leur mère au cours de l’année précédant l’enquête.