Maintien des contacts pères/enfants après la séparation : le point de vue des hommes

I. INTRODUCTION

Au cours des 30 dernières années, l’évolution des comportements conjugaux des adultes a profondément modifié les relations entre les pères et leurs enfants. La multiplication des ruptures d’union consécutive à l’entrée en vigueur de la Loi sur le divorce en 1968 et le recul prononcé du mariage au profit de l’union libre, d’abord comme mode de formation des couples puis comme cadre familial, ont eu pour effet d’accroître passablement la proportion d’enfants qui voient leurs parents se séparer, et ce de plus en plus tôt dans la vie. Près du quart des enfants canadiens nés à la fin des années 1980 avaient ainsi connu l’expérience de la monoparentalité dès l’âge de six ans; parmi les enfants nés au début des années 1970, cette proportion n’était atteinte qu’à l’âge de 15 ans (Marcil-Gratton et Le Bourdais, 1999).

Après la séparation parentale, les enfants continuent en très grande majorité de vivre avec leur mère. Les liens qu’ils entretiennent avec leur père ne sont donc plus assurés sur une base quotidienne; la qualité et la fréquence des contacts pères/enfants doivent dorénavant être définis en fonction des attentes, souvent conflictuelles, des parents séparés. Les quelques recherches menées aux États-Unis et en Europe qui ont examiné l’impact du maintien ou non des liens pères/enfants sur le développement des enfants arrivent à des résultats mitigés (pour une revue, voir Seltzer, 1994). Elles sont toutefois unanimes à souligner l’existence d’une association positive entre le maintien des contacts et la régularité des paiements de pension alimentaire, ce qui laisse supposer que le maintien des liens pères/enfants pourrait réduire les risques de pauvreté des enfants de parents séparés (Jacobsen et Edmondson, 1993; McLanahan et al., 1994; Seltzer, 1991). Ces résultats soulignent l’intérêt d’entreprendre des analyses qui prennent directement en considération le point de vue des pères plutôt que celui des mères, comme on l’a fait traditionnellement dans la majorité des études, si l’on espère comprendre les facteurs qui favorisent ou non les contacts des pères avec leurs enfants (pour une argumentation en faveur d’une telle approche, voir Goldscheider et Kaufman, 1996). C’est là l’objet de la présente recherche, qui s’appuie sur une exploitation de l’Enquête sociale générale (ESG) sur la famille de 1995.

Plus précisément, notre recherche vise à décrire les caractéristiques ainsi que les valeurs et attitudes des pères séparés, et à repérer les facteurs et les conditions qui influent sur la probabilité de maintenir des contacts avec les enfants après la rupture d’union. L’analyse procède en trois temps. Dans un premier temps, nous brossons le profil des pères en fonction de la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants. En d’autres termes, nous cherchons à voir si le niveau de contacts observé varie en fonction des caractéristiques démographiques (p. ex. âge des enfants à la rupture, durée écoulée depuis la séparation) ou socio-économiques (éducation, revenu) des pères et en fonction de leur perception de certains aspects de la vie conjugale et familiale. Cette analyse s’appuie uniquement sur les informations recueillies directement auprès des pères.

Dans un deuxième temps, nous cherchons à mettre en contraste les déclarations des mères et des pères séparés au sujet de leurs attentes face à la prise en charge des enfants (mode de garde, fréquence des contacts, pension alimentaire) et à leur degré de satisfaction quant aux modalités en vigueur. En d’autres termes, nous cherchons à vérifier si le degré de satisfaction observé, pour une fréquence donnée de contacts pères/enfants, varie selon le sexe du parent répondant à l’enquête. Il importe de souligner ici que les mères et les pères rejoints par l’ESG de 1995 ne répondent pas au sujet des mêmes enfants. Cette comparaison est donc avant tout exploratoire, plus que, comme nous le verrons plus loin, l’échantillon de pères interrogés sur certaines questions est relativement petit.
Enfin, dans un troisième temps, nous menons une analyse multivariée afin de dégager l’effet net des facteurs qui influencent la fréquence des contacts entre les pères et leurs enfants.

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