Maintien des contacts pères/enfants après la séparation : le point de vue des hommes

III. PROFIL DES PÈRES SELON LA FRÉQUENCE DES CONTACTS AVEC LEURS ENFANTS

A. CARACTÉRISTIQUES SOCIO-DÉMOGRAPHIQUES AYANT TRAIT AUX ENFANTS

À partir de l’échantillon des enfants, nous étudions dans cette section diverses caractéristiques socio-démographiques que des études nord-américaines et européennes ont jugées pertinentes pour l’analyse des contacts entre les pères et leurs enfants (pour une revue, voir Cooksey et Craig, 1999). Ces facteurs incluent l’âge de l’enfant au moment de l’enquête et de la séparation de ses parents, la durée écoulée depuis la séparation, le type d’union à sa naissance ainsi que divers éléments ayant trait aux modalités de garde, dont la satisfaction du père. Plusieurs des variables retenues n’étaient pas dans le fichier de micro-données sur les enfants produit par Statistique Canada. Par exemple, pour décrire la situation conjugale des parents au moment de la naissance de l’enfant, établir l’âge de l’enfant à la séparation de ses parents et calculer le temps écoulé depuis la séparation, il a fallu d’abord situer chaque enfant à l’intérieur de l’union dans laquelle il était né, le cas échéant; pour ce faire, nous avons dû combiner les informations contenues dans le fichier portant sur les enfants des répondants et celles du fichier sur les unions[5]. Le tableau 6 présente les résultats des analyses bivariées menées à partir de ces variables.

Une étude de l’histoire familiale des enfants, s’appuyant sur les données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), a révélé l’existence d’un lien étroit entre le type d’union des parents au moment de la naissance du bébé et la probabilité que cet enfant connaisse la rupture de ses parents (Marcil-Gratton, 1998). Ainsi, les enfants nés au sein d’une union libre paraissent nettement plus à risque de voir leur famille éclater que ceux dont les parents s’étaient mariés directement, et ce même au Québec où l’union libre tend à se substituer au mariage comme cadre de formation des familles. À prime abord, on aurait pu s’attendre à ce que les pères vivant en union libre soient plus enclins à maintenir des liens étroits avec leurs enfants après la séparation que les pères plus « traditionnels » mariés directement, étant donné l’égalité plus grande entre conjoints observée chez les couples qui cohabitent (Le Bourdais et Sauriol, 1998; Shelton et John, 1993). Or, nos résultats dévoilent une image différente et plus complexe. Les enfants dont les parents se sont mariés directement sont proportionnellement plus nombreux (38,1 %) à voir leur père fréquemment (5 mois et plus) que ceux dont les parents ont vécu en union libre, qu’ils se soient ou non mariés par la suite (30,0 % et 25,2 %); cependant, à l’autre bout de l’échelle, les enfants issus de parents mariés sont un peu plus nombreux (19,4 %) que les seconds (autour de 15 %) à ne presque jamais visiter leur père.

Tableau 6 : Répartition (en %) des enfants âgés de 0-17 ans selon le temps passé avec leur père et selon diverses caractéristiques socio-démographiques
  Temps passé avec le père
Caractéristiques socio-démographiques Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois
5 mois et plus
Total %
N a 98 95 98 127 418  
Type d'union à la naissance de l'enfant
Mariage direct 19,4 19,7 22,8 38,1 100 42,4
Mariage précédé d’une union libre 15,2 25,5 29,3 30,0 100 18,9
Union libre 15,9 29,9 30,0 25,2 100 10,4
Naissance hors union 34,6 21,6 20,8 23,0 100 28,3
χ2 = 19,277; p = 0,023; Nb cas manquants : 44
Âge de l’enfant à l’enquête
0-5 ans 34,0 24,2 24,3 17,5 100 19,4
6-11 ans 17,2 20,8 29,2 32,8 100 38,3
12-14 ans 20,2 25,5 17,6 36,7 100 19,5
15-17 ans 27,7 22,4 17,8 32,1 100 22,8
χ 2 = 18,925, p = 0,026
Âge de l'enfant à la séparation
0-1 an (incluant les enfants nés hors union) 36,0 25,4 20,0 18,6 100 37,8
2-5 ans 15,5 20,8 30,7 33,0 100 30,8
6-11 ans 13,7 18,9 25,8 41,7 100 24,0
12-17 ans 10,4 25,4 13,6 50,6 100 7,4
χ 2 = 38,497; p = 0,001; Nb cas manquants : 44
Durée écoulée depuis la séparation
Moins de 2 ans 17,5 18,5 19,3 44,7 100 18,1
2-4 ans 13,0 24,5 24,9 37,6 100 28,8
5-9 ans 24,4 20,0 32,0 23,6 100 36,3
10 ans et plus 39,7 28,3 11,5 20,5 100 16,8
χ 2 = 34,159; p = 0,001; Nb cas manquants : 44
Distance entre la résidence des parents
Moins de 10 km 18,3 11,2 26,0 44,5 100 33,6
10-49 km 15,2 26,3 30,1 28,4 100 25,9
50-399 km 19,0 32,5 28,7 19,8 100 19,0
400 km et plus 38,5 29,6 8,3 23,6 100 21,5
χ 2 = 52,571; p = 0,001; Nb cas manquants : 9

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Figure 2 : Répartition des enfants selon le type d’union à la naissance et le temps passé avec le père

Figure 2 : Répartition des enfants selon le type d’union à la naissance et le temps passé avec le père

[ Description ]

On pourrait penser que les pères garderont un lien plus étroit avec les enfants qui ont grandi assez longtemps auprès d’eux pour établir un rapport durable. Par conséquent, on s’attendrait à ce que les enfants nés hors union aient moins de contacts avec leurs pères que ceux nés de conjoints mariés ou cohabitants. C’est effectivement ce que l’on observe à la figure 2 : les enfants nés hors union sont carrément plus à risque de ne presque jamais voir leur père que ceux nés au sein d’une union; cette situation est le lot de près du tiers des premiers contre moins de 20 % des seconds. Moins prévisible, peut-être, est le fait que près du quart (23,3 %) des enfants nés hors union ont passé au moins cinq mois chez leur père au cours de l’année précédant l’enquête. Ce pourcentage est sans doute surestimé du fait que les enfants nés hors union qui ne voient pas leur père sont plus susceptibles de n’avoir pas été déclarés.

Nous avons examiné par la suite la variation des contacts pères/enfants en fonction de l’âge des enfants au moment de l’enquête. Les enfants ont été classés en fonction de quatre groupes d’âge, liés à des phases importantes de leur développement : la période préscolaire (0-5 ans); la période de l’école primaire (6-11 ans); et la période du secondaire, qui a été divisée en deux groupes (12 14 ans et 15-17 ans), l’hypothèse voulant que l’importance croissante des rapports avec les pairs dans la vie des adolescents se traduira, dans les statistiques, par une réduction du temps passé chez l’« autre » parent.

Le tableau 6 montre que les plus jeunes enfants sont ceux qui passent le moins de jours chez leur père : le tiers (34,0 %) des enfants d’âge préscolaire ne l’ont presque pas vu au cours des 12 mois précédant l’enquête, soit un pourcentage deux fois plus élevé que celui noté chez les enfants d’âge primaire (17,2 %). À l’autre bout de l’échelle, les proportions sont inversées : près du double des enfants (32,8 % contre 17,5 %) âgés de 6 à 11 ans ont passé cinq mois ou plus avec leur père. Les enfants âgés de 12 à 14 ans sont proportionnellement les plus nombreux à fréquenter souvent leur père : plus du tiers (36,7 %) ont passé au moins cinq mois chez lui au cours de la dernière année. Jusqu’ici, nos résultats corroborent ceux d’autres recherches, qui ont montré que les pères maintiennent des contacts plus réguliers avec leurs enfants plus âgés (Seltzer, 1991). Chez les adolescents de 15 à 17 ans, le portrait est, par contre, un peu moins clair. Si la proportion d’enfants qui voient souvent leur père se maintient légèrement en-deçà du tiers, le pourcentage n’ayant presque plus de contacts avec leur père dépasse le quart. L’on devrait sans doute relier ces différences aux changements de comportement qu’on observe au cours de l’adolescence. Celles-ci tiennent peut-être également au fait que ce groupe d’âge regroupe à la fois les enfants pour lesquels le temps écoulé depuis la séparation est le plus long, ainsi que ceux qui étaient les plus âgés au moment de la séparation, deux caractéristiques qui sont étroitement liées au nombre de contacts pères/enfants.

Figure 3 : Répartition des enfants selon l’âge à la séparation et le temps passé avec le père

Figure 3 : Répartition des enfants selon l’âge à la séparation et le temps passé avec le père

[ Description ]

L’âge de l’enfant à la séparation fournit un bon indice de la durée de la période pendant laquelle le père a pu tisser des liens avec ses enfants sur une base quotidienne (figure 3). À nouveau, nous avons défini des groupes d’âge qui correspondent aux périodes scolaires. Cependant, c’est le groupe d’âge préscolaire, cette fois, qui a été divisé en deux sous-groupes, afin d’identifier les enfants qui n’ont jamais vécu avec leurs deux parents ou encore ceux qui étaient encore très jeunes au moment de la séparation.Comme prévu, la proportion d’enfants qui passent au moins cinq mois par an chez leur père augmente régulièrement en fonction de l’âge qu’ils avaient au moment de la séparation : la moitié (50,6 %) des enfants âgés de 12 ans et plus lorsque leurs parents se sont séparés vivaient au moins cinq mois par année chez leur père, comparativement à moins du cinquième (18,6 %) des enfants âgés de moins de 2 ans. Ces derniers étaient trois fois et demie plus susceptibles que les premiers de n’avoir aucun contact, ou très peu, avec leur père (36,0 % contre 10,4 %); il faut relier ce résultat au le fait que les enfants âgés de moins de deux ans à la séparation englobent évidemment, par définition, les enfants nés hors union.

Les études sur les liens pères/enfants révèlent que les pères tendent, avec le temps, à perdre graduellement contact avec leurs enfants. Nos résultats vont tout à fait dans ce sens. Comme on le voit au tableau 6, plus récente est la séparation, plus fréquents sont les contacts pères/enfants : un peu moins de la moitié (44,7 %) des enfants qui ont connu la séparation parentale il y a moins de deux ans voient leur père au moins cinq mois par année, comparativement à moins du quart des enfants pour lesquels la séparation remonte à plus de cinq ans.

Les trois dernières variables analysées sont évidemment étroitement liées les unes aux autres. Par exemple, les enfants qui étaient très jeunes au moment de l’enquête ont connu la séparation de leurs parents en très bas âge et ils font nécessairement partie du groupe d’enfants pour lesquels le temps écoulé depuis la séparation est court. Dans la troisième étape de la recherche, nous tenterons, à partir d’une analyse multivariée, de situer l’importance relative que chacune de ces caractéristiques exerce sur la fréquence des contacts pères/enfants.

La distance géographique séparant les domiciles respectifs des parents est un facteur clé du maintien des contacts pères/enfants. La proximité géographique facilite énormément la circulation des enfants d’une résidence parentale à l’autre et, sans cette proximité, la garde partagée devient presque impossible à envisager, étant donné les difficultés d’organisation de la vie scolaire et sociale. Comme prévu, on remarque que plus la distance séparant le domicile de chacun des deux parents est faible, plus les contacts pères/enfants sont fréquents. Ainsi, la proportion (44,5 %) des enfants qui maintiennent un contact étroit avec leur père est nettement plus élevée lorsque la distance entre les résidences des parents est inférieure à 10 kilomètres.

B. CARACTÉRISTIQUES FAMILIALES ET ÉCONOMIQUES DES PÈRES

Cette section examine la fréquence des contacts pères/enfants selon la situation conjugale et familiale des pères au moment de l’enquête et selon quelques-unes de leurs caractéristiques socio-économiques. Pour mener cette analyse, nous avons recours, tout comme dans la section suivante qui porte sur les perceptions et attitudes, à l’échantillon des pères.

Situation conjugale et familiale des pères

La trajectoire conjugale et parentale que les parents empruntent après une séparation risque de modifier les rapports qu’ils entretiennent avec leurs enfants. Former une union avec une nouvelle conjointe, vivre avec les enfants de celle-ci, avoir d’autres enfants dans le cadre d’une nouvelle union, se séparer par la suite sont autant de décisions qui risquent d’influer sur le temps et le soutien financier que les parents séparés consacrent à leurs enfants. Une recherche antérieure a montré que la fréquence des contacts pères/enfants diminue avec le remariage du père (Seltzer et al., 1989). Une étude plus récente révèle toutefois l’importance de tenir compte de la présence ou non d’autres enfants au domicile du père lorsqu’on examine l’impact de la situation conjugale. Ainsi, une fois contrôlée la présence ou non d’enfants, les pères remariés seraient plus enclins à voir leurs enfants sur une base régulière que les pères cohabitants ou célibataires (c.-à-d. vivant seuls et n’ayant jamais été mariés); la naissance d’enfants au sein de la nouvelle union contribuerait, par ailleurs, à réduire la fréquence des contacts pères/enfants, mais non la présence dans le ménage des enfants de la conjointe (Cooksey et Craig, 1999). L’effet de ces événements risque donc d’être important et de varier en fonction du moment où ils surviennent.

Les données de l’ESG permettent de décrire la situation familiale des parents répondants au moment de l’enquête; elles permettent également de reconstruire les trajectoires conjugales et parentales que les répondants ont empruntées depuis la séparation. Nous avons d’abord distingué les pères séparés selon qu’ils vivaient ou non avec une nouvelle conjointe lorsqu’ils ont été rejoints par l’ESG. Nous avons cherché à savoir si les pères qui étaient sans conjointe avaient formé une autre union après la séparation; dans le cas des pères vivant en couple, nous avons précisé si le ménage regroupait des enfants autres que les enfants biologiques de l’union rompue, c’est-à-dire des enfants de la nouvelle conjointe ou nés de l’union en cours. Nous avons ainsi pu retracer l’histoire conjugale et parentale des pères à partir de la rupture de l’union dans laquelle est né leur plus jeune enfant; ont été exclus de l’analyse 29 pères pour lesquels nous ne disposions pas des informations nécessaires.

Tableau 7 : Répartition (en %) des pères a des enfants âgés de 0-17 ans selon le temps passé en moyenne avec les enfants et selon l’histoire conjugale et parentale du père
  Temps passé avec l’enfant
Situation familiale à l’enquête Moins d’une
semaine
1 semaine
à 2 mois
2 à 5
mois
5 mois
et plus
Total %
N b 59 64 61 78 262  
Vivant seul :
- sans union ultérieure 25,8 20,3 22,6 31,3 100 45,4
- a déjà vécu en unionc c 11,2 33,3 23,3 32,2 100 12,9
En couple :
- sans autres enfants présents 11,8 35,0 25,8 27,6 100 21,6
- avec autres enfants présents 34,5 15,9 23,7 25,9 100 20,1

χ 2 = 15,417; p = 0,080; Nb cas manquants : 3

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a L’histoire familiale du père, à partir du moment où il ne vivait plus avec la mère du plus jeune enfant dans l’échantillon, a été calculée seulement lorsque les données nous ont permis de situer correctement la naissance de l’enfant dans la trajectoire familiale du père (chez 271 des 291 pères).
  • b Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.
  • c Dans 3 cas, le père a vécu avec une nouvelle conjointe et les enfants qu’elle a eus d’une union antérieure.

Entre le moment de la séparation (ou de la naissance d’un enfant né hors union) et l’enquête, plus de la moitié des pères séparés ont connu au moins un autre épisode familial : 54,8 % ont formé une nouvelle union 13,6 %, ont vécu avec les enfants d’une nouvelle conjointe et 12,0 % ont eu des enfants biologiques d’une autre union (données non présentées).

Au moment de l’enquête, environ la moitié des pères vivaient sans conjointe (voir le tableau 7); parmi ces derniers, près d’un père sur cinq avait toutefois connu une union entre le moment de la séparation et la tenue de l’enquête (12,9 % sur 58,3 %). Parmi les pères vivant en couple au moment de l’enquête, les deux tiers environ ont déclaré vivre en union de fait[6], et le tiers seulement être mariés (données non présentées). La moitié des pères vivant avec une nouvelle conjointe ont déclaré vivre avec des enfants autres que ceux issus de l’union rompue (20,1 % sur 41,7 %); une fois sur deux, il s’agissait des enfants de leur nouvelle conjointe et, une fois sur deux, d’enfants nés de l’union en cours. Seulement 2 % des pères ont déclaré vivre à la fois avec des enfants de leur conjointe et des enfants issus de la nouvelle union.

Contrairement à nos attentes, la fréquence des contacts pères/enfants n’apparaît pas a priori liée de manière significative à la situation familiale ou conjugale des pères au moment de l’enquête. L’absence de liens statistiques tient sans doute, en partie, aux faibles effectifs en présence, mais aussi au biais de l’échantillon qui surreprésente les pères voyant régulièrement leurs enfants, biais qui est peut-être à mettre en rapport avec la situation familiale des pères.

Caractéristiques socio-économiques des pères

L’ESG fournit divers indicateurs de la situation socio-économique des répondants au moment de l’enquête. Le tableau 8 présente la répartition des pères en regard de certains de ces indicateurs selon la fréquence moyenne des contacts qu’ils ont avec leurs enfants.

Tableau 8: Répartition (en %) des pères des enfants âgés de 0-17 ans selon le temps passé en moyenne avec les enfants et selon diverses caractéristiques économiques du père
  Temps passé avec l’enfant
Caractéristiques économiques du père Moins d’une
semaine
1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total %
N a 67 69 68 87 291  
Niveau de scolarité atteint
Primaire et secondaire partiel 28,2 24,9 17,5 29,4 100 24,7
Secondaire 10,7 31,4 24,5 33,4 100 15,6
Post-secondaire 23,6 20,4 28,8 27,2 100 38,3
Universitaire 27,2 24,0 21,3 27,5 100 21,4
χ 2 = 8,668; p = 0,468; Nb cas manquants : 6
Revenu total au cours des 12 mois précédant l’enquête
Moins de 20 000 $ 31,8 25,6 15,0 27,6 100 24,9
20 000 $ - 29 999 $ 7,6 37,1 17,1 38,2 100 22,3
30 000 $ - 49 999 $ 30,9 18,7 29,6 20,8 100 28,5
50 000 $ et plus 4,1 17,2 37,4 41,3 100 24,3
χ 2 = 36,876; p = 0,001; Nb cas manquants : 65
Activité principale au cours des 12 mois précédant l’enquête
En emploi 23,2 20,6 26,4 29,8 100 79,9
À la recherche d’un emploi 30,4 26,7 13,2 29,7 100 9,8
Autre 18,4 46,4 12,1 23,1 100 10,3
χ 2 = 12,404; p = 0,054; Nb cas manquants : 5
Nombre de semaines travaillées au cours des 12 mois précédant l’enquête b
32 semaines ou plus 23,2 19,8 27,7 29,3 100 83,7
Moins de 32 semaines 29,7 33,4 17,6 19,3 100 16,3
χ 2 = 6,355; p = 0,096; Nb cas manquant : 1
Travail régulier le soir, la nuit ou la fin de semaine b
Oui 25,7 24,4 22,6 27,3 100 61,3
Non 22,0 18,2 31,5 28,3 100 38,7
χ 2 = 3,436, p = 0,329

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.
  • b Parmi les 267 pères qui ont travaillé à un moment donné au cours des 12 mois précédant l’enquête.

Dans l’ensemble, près du quart des pères séparés n’avaient pas terminé leurs études secondaires et un pourcentage presque aussi élevé avait achevé des études universitaires. Le quart des pères ont touché un revenu personnel de moins de 20 000 $ au cours de l’année précédant l’enquête et une proportion sensiblement égale, un revenu de plus de 50 000 $. Dans les 12 mois précédant l’enquête, quatre pères sur cinq ont déclaré comme activité principale l’exercice d’un emploi. Parmi les 20 % des pères sans emploi, la moitié était à la recherche d’un emploi et l’autre moitié a déclaré d’autres activités (études, tenir maison ou maladie de longue durée). Enfin, parmi les pères ayant occupé un emploi ou travaillé à leur compte à un moment quelconque au cours des 12 mois précédant l’enquête, la très grande majorité a travaillé 32 semaines ou plus, et près de deux pères sur trois (61,3 %) ont déclaré travailler régulièrement le soir, la nuit ou les fins de semaine. Il est difficile de savoir dans quelle mesure l’échantillon décrit est représentatif de l’ensemble des pères séparés en regard de leurs caractéristiques socio-économiques. On peut toutefois supposer, comme le laissent entendre les résultats d’une étude américaine récente, que les pères rejoints par l’ESG de 1995 ont un statut socio-économique un peu plus élevé (Lin et al., 1998).

On pourrait penser que les caractéristiques socio-économiques des pères, et plus particulièrement leurs horaires de travail, ne sont pas sans lien avec la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants. L’analyse des données de l’ESG sur la famille révèle cependant un très faible degré d’association entre ces variables. En fait, lorsque les caractéristiques socio-économiques des pères sont étudiées en relation avec le temps moyen passé avec les enfants, on remarque que ni le niveau de scolarité, ni le fait d’être ou non en emploi, ou de travailler de jour ou sur une base régulière, n’apparaissent liés de manière significative aux contacts pères/enfants (figure 4). Seul le revenu semble affecter significativement le nombre des contacts pères/enfants. Parmi les pères bénéficiant d’un revenu personnel de 50 000 $ et plus, 40 % ont mentionné avoir des contacts très étroits avec leurs enfants et seulement 4 % d’entre eux ne les voient presque jamais. Ce dernier pourcentage contraste avec la fraction (31,8 %) nettement plus élevée de pères disposant d’un revenu de moins de 20 000 $ par année qui n’ont à peu près aucun contact avec leurs enfants. Ce résultat tend à confirmer l’hypothèse avancée dans d’autres travaux (Seltzer, 1994) voulant que les pères incapables financièrement de s’acquitter de leurs obligations auraient davantage tendance à couper les liens avec leurs enfants.

Figure 4 : Répartition des pères selon le revenu annuel et le temps passé avec les enfants

Figure 4 : Répartition des pères selon le revenu annuel et le temps passé avec les enfants

[ Description ]

C. PERCEPTIONS DES PÈRES FACE À DIFFÉRENTS ASPECTS DE LA VIE CONJUGALE ET FAMILIALE

L’ESG a recueilli des informations sur les perceptions des répondants à l’égard de plusieurs aspects de la vie conjugale et familiale. Le tableau 9 présente les attitudes des pères séparés en regard de certaines facettes du rôle de père; le tableau 10 analyse les perceptions qu’ont les pères des rôles masculins et féminins; et le tableau 11 présente leurs attitudes à l’égard du bonheur.

Pour chacune des questions ayant trait aux perceptions et attitudes, les répondants devaient choisir entre quatre réponses, précisant s’ils étaient « entièrement d’accord », « d’accord », « en désaccord » ou « parfaitement en désaccord » avec l’énoncé qui leur était proposé[7]. Le fichier de micro-données produit par Statistique Canada contient aussi une autre catégorie pour les répondants sans opinion. Pour certaines variables, l’une ou l’autre des catégories extrêmes n’englobait parfois qu’un nombre très faible de pères; dans ces cas, elles ont été regroupées en fonction de la taille des effectifs. Par ailleurs, étant donné le très faible nombre de pères qui étaient « sans opinion », ces cas ont généralement été considérés comme manquants et exclus de l’analyse.

Les réponses des pères à ces questions sont analysées en fonction de la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants. En d’autres mots, nous cherchons à savoir si les pères qui voient très peu leurs enfants diffèrent de ceux qui voient souvent les leurs, en regard de leurs perceptions et attitudes. L’analyse menée ici ne peut être qu’exploratoire : elle ne nous permettra pas d’ « expliquer » les comportements des pères au chapitre des contacts avec leurs enfants à partir de leurs perceptions de divers aspects de la vie familiale au moment de l’enquête; ces perceptions peuvent tout aussi bien être le résultat que la cause des comportements observés. Elle nous fournira néanmoins quelques pistes pour interpréter les résultats observés. Dans le cadre de cette analyse, il faudra garder à l’esprit que la fréquence des contacts pères/enfants ne dépend pas uniquement des désirs ou de la volonté des pères; plusieurs autres facteurs, qui ne sont pas pris en considération ici, peuvent contribuer à accroître ou à restreindre le temps que les pères passent avec leurs enfants lorsqu’ils n’habitent pas avec la mère de ces derniers.

Les perceptions des pères face à leur rôle de père

On a demandé aux pères qui ont eu leurs enfants au sein d’une union l’effet que le divorce ou la séparation avait eu sur leurs relations avec leurs enfants. Les pères ayant eu des enfants dans le cadre d’unions différentes ont eu à répondre à cette question pour chacune des unions rompues. L’analyse qui suit porte sur l’union de laquelle est né le plus jeune enfant biologique du père. En d’autres mots, on ne s’intéresse pas aux unions rompues antérieures; sont également exclus de l’analyse les pères qui n’ont connu aucune union.

Tableau 9 : Répartition (en %) des pères des enfants âgés de 0-17 ans selon le temps passé en moyenne avec les enfants et selon diverses perceptions face à leur rôle de père
  Temps passé avec l’enfant
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois 5 mois et plus %
N a 67 69 68 87 291
Le divorce/séparation a-t-il eu un effet sur la relation avec les enfantsb b?
Positif 7,3 22,2 33,0 52,0 32,0
Aucun effet 32,7 44,2 36,3 14,9 30,8
Négatif 49,2 17,2 2,6 7,7 16,1
Très Négatif 10,8 16,4 28,1 25,4 21,1
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = = 48,466; p = 0,001; Nb cas manquants : 21 (en plus des cas sans objet)
Durant son enfance, le père se sentait-il très proche de son père?
Oui 59,7 52,0 66,8 59,0 59,2
Non 40,3 48,0 33,2 41,0 40,8
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 2,975; p = 0,395; Nb cas manquants : 17
L’homme est un meilleur père que son père
D’dccord 53,4 46,4 60,4 72,7 59,1
En désdccord 46,6 53,6 39,6 27,3 40,9
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 10,114; p = 0,018; Nb cas manquants : 40
Satisfdction avec le temps passé en géNéral avec les enfants
Très satisfait 19,2 17,0 17,8 40,5 24,6
Satisfait 26,2 40,5 53,1 47,5 42,2
Insatisfait 54,6 42,5 29,1 12,0 33,2
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 41,626; p = 0,001; Nb cas manquants : 5
Si tout était à refaire, le père n’aurait pas eu d’enfant
D’dccord 10,2 7,5 4,8 3,1 6,2
En désdccord 61,9 64,1 56,1 47,4 56,7
Très en désdccord 27,9 28,4 39,1 49,5 37,1
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 12,042; p = 0,061; Nb cas manquants : 9
Le fait d’avoir des enfants a rendu l’homme plus heureux
Très en dccord 30,3 28,1 45,6 45,4 37,9
D’dccord 54,8 53,7 47,2 53,0 52,2
En désdccord 14,9 18,2 7,2 1,6 9,9
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 18,115, p = 0,006, missing cases: 6

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon des pères.
  • b Information non présentée pour 79 pères d’enfants nés hors union et pour 29 pères pour lesquels il est impossible de préciser si les enfants sont nés dans ou en dehors d’une union.

Figure 5 : Effet du divorce sur la relation avec les enfants et le temps passé avec eux

Figure 5 : Effet du divorce sur la relation avec les enfants et le temps passé avec eux

[ Description ]

Dans l’ensemble, les pères sont à peu près aussi nombreux (environ le tiers) à déclarer que la rupture d’union a eu un effet positif, aucun effet ou un effet plus ou moins négatif sur leurs relations avec leurs enfants (tableau 9). Cependant, comme nous montre la figure 5, la perception que les pères ont de l’effet de la rupture varie de façon significative selon la fréquence des contacts qu’ils ont avec ceux-ci. Environ 60 % (49,2 % + 10,8 %) des pères qui ne voient presque jamais leurs enfants trouvent que l’effet du divorce ou de la séparation a été négatif ou très négatif; ce pourcentage est presque deux fois plus élevé que celui (autour de 30 %) observé chez les trois autres groupes de pères. On remarquera que la moitié (52,0 %) des pères ayant passé cinq mois ou plus avec leurs enfants au cours des 12 mois précédant l’enquête considèrent que la séparation a en fait amélioré leurs rapports avec leurs enfants; le quart d’entre eux jugent néanmoins très négatif l’effet de la séparation ou du divorce. La rupture semble avoir contribué à rapprocher les premiers de leurs enfants; pour les seconds, on peut supposer que la séparation a eu l’effet contraire, en réduisant la fréquence des contacts pour ces pères qui étaient au départ très proches de leurs enfants.

Le fait pour un père séparé de s’être senti très proche de son propre père durant son enfance ne semble pas influer de façon significative sur la fréquence de contacts qu’il a avec ses enfants; en fait, le pourcentage de pères se sentant proches de leur père est sensiblement le même (59 %) à la fois chez ceux qui ne voient presque jamais leurs enfants et chez ceux qui les voient cinq mois ou plus.

Dans l’ensemble, près de six hommes sur 10 se sont dits d’accord avec l’énoncé voulant qu’ils soient un meilleur père que le leur. Cette proportion varie cependant de manière significative selon la fréquence des contacts pères/enfants. Près des trois quarts des pères (72,7 %) qui voient leurs enfants cinq mois ou plus par année se jugent meilleur père que le leur. Peut-être est-ce parce qu’ils participent à l’organisation quotidienne de la vie de leurs enfants lorsqu’ils en ont la garde, alors que leurs pères, restés unis à la mère de leurs enfants, s’en remettaient à celle-ci pour la gestion de la maisonnée. Moins facile à expliquer cependant est le fait que plus de la moitié des pères qui ne voient presque jamais leurs enfants se considèrent eux aussi meilleurs que leurs pères. Peut-être s’agit-il, cette fois, de pères qui étaient assez proches de leurs enfants mais qui ont dû mettre un terme, du moins temporaire, à ces liens après une rupture vécue comme une séparation difficile qui les éloigne de leurs enfants (Quéniart, 1999).

La satisfaction exprimée par les pères en regard du temps qu’ils passent en général avec leurs enfants est étroitement associée à la fréquence des contacts qu’ils ont avec eux. Près de neuf pères sur 10 (88,0 %) parmi ceux qui voient leurs enfants cinq mois ou plus par année se montrent satisfaits de leur situation, et quatre sur 10 s’en disent même très satisfaits. À l’autre bout de l’échelle, plus de la moitié (54,6 %) des pères qui n’ont que fort peu de contacts avec leurs enfants sont insatisfaits du temps passé avec leurs enfants.

En dépit des difficultés éprouvées, les pères ne semblent pas regretter d’avoir eu des enfants. Seulement un père sur 16 affirme que, si tout était à refaire, il n’aurait pas d’enfant. Les pères qui voient leurs enfants très souvent sont les plus certains d’avoir fait le bon choix : près de la moitié (49,5 %) se disent très en désaccord avec l’énoncé voulant qu’ils n’auraient pas d’enfants si tout était à refaire, et seulement 3,1 % sont d’accord. À l’opposé, parmi les pères qui ne voient à peu près jamais leurs enfants, un sur 10 regrette sa décision, et seulement 27,9 % sont tout à fait en désaccord avec l’idée qu’ils n’auraient pas d’enfants.

Neuf pères sur dix déclarent que le fait d’avoir des enfants les a rendus plus heureux. Le degré d’assentiment avec cet énoncé varie cependant en fonction des contacts pères/enfants. Plus les pères voient leurs enfants, plus ils se disent très en accord avec l’énoncé voulant que leurs enfants les ont rendus plus heureux (45 % chez les pères voyant leurs enfants cinq mois ou plus contre 30,3 % chez ceux les voyant moins d’une semaine); à l’opposé, moins ils voient leurs enfants, plus ils sont en désaccord avec cet énoncé (14,9 % contre 1,6 %).

Les perceptions des pères face aux rôles masculins et féminins

L’ESG a recueilli des informations sur la façon dont les répondants conçoivent aujourd’hui les rôles des hommes et des femmes. Pour cela, les répondants ont eu à signifier leur accord ou leur désaccord face à une série d’énoncés comme : « La meilleure façon pour une femme d’être indépendante, c’est d’avoir un emploi »; « Un homme devrait refuser une promotion au travail si cela implique de passer trop peu de temps avec sa famille ». Le tableau 10 présente les réponses des pères à ces questions en fonction du temps qu’ils passent avec leurs enfants.

Tableau 10 : Répartition (en %) des pères des enfants âgés de 0-17 ansselon le temps passé en moyenne avec les enfants et selon leurs perceptions des rôles féminin et masculin
  Temps passé avec l’enfant
% des pères qui sont d’accord ou en désaccord avec les énoncés suivants Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois
et plus
%
N a 67 69 68 87 291
La meilleure façon pour une femme d’être indépendante, c’est d’avoir un emploi
D’accord 68,0 56,6 57,6 68,5 63,0
En désaccord 32,0 43,4 42,4 31,5 37,0
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 3,574; p = 0,311; Nb cas manquants : 26
L’homme et la femme devraient tous deux contribuer au revenu du ménage
Très en accord 3,5 15,3 12,8 13,9 11,6
D’accord 81,4 59,1 58,3 65,7 65,9
En désaccord 15,1 25,6 28,9 20,4 22,5
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 10,961; p = 0,090; Nb cas manquants : 25
Avoir un emploi, c’est bien beau, mais la plupart des femmes souhaitent réellement un foyer et des enfants
D’accord 59,9 49,8 47,6 59,4 54,6
En désaccord 40,1 50,2 52,4 40,6 45,4
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 3,064; p = 0,382; Nb cas manquants : 37
Les tâches quotidiennes liées à l’éducation des enfants ne sont pas principalement la responsabilité des hommes
D’accord 17,2 4,1 1,8 1,5 5,7
En désaccord 65,2 69,9 55,9 54,7 61,0
Très en désaccord 17,6 26,0 42,3 43,8 33,3
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 31,151; p = 0,001; Nb cas manquants : 9
Si un homme gagne suffisamment d’argent pour que sa femme et ses enfants vivent confortablement, il a rempli son rôle de père
D’accord 38,0 19,6 22,6 25,8 26,2
En désaccord 51,2 63,5 55,7 60,5 58,0
Très en désaccord 10,8 16,9 21,7 13,7 15,7
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 8,656; p = 0,194; Nb cas manquants : 6
Un homme devrait refuser une promotion au travail si cela implique passer trop peu de temps avec sa famille
D’accord 55,3 52,6 53,0 55,1 54,0
En désaccord 44,7 47,4 47,0 44,9 46,0
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 0,145; p = 0,986; Nb cas manquants : 40

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Contrairement aux questions de la section précédente, qui renvoyaient à la situation personnelle des pères, les questions sur les rôles masculins et féminins sont plus générales et ne font pas appel à l’expérience personnelle. Certains ont pu répondre à ces questions en fonction de l’image de ces rôles que la société leur renvoie plutôt que de leurs convictions personnelles. Cette différence dans la formulation des questions explique sans doute en partie le peu de variations observées dans cette deuxième série d’analyses, soit l’absence de liens significatifs entre les opinions exprimées par les pères sur les rôles masculins et féminins et la fréquence des contacts avec leurs enfants.

Seul l’énoncé voulant que « les tâches quotidiennes liées à l’éducation des enfants ne sont pas principalement la responsabilité des hommes » paraît discriminer les pères en fonction du temps passé avec leurs enfants : les pères n’ayant à peu près aucun contact avec leurs enfants sont beaucoup plus enclins à se déclarer en accord avec cet énoncé que les pères passant deux mois ou plus par année avec ceux-ci (17,2 % contre moins de 2 %), et ils sont proportionnellement moins nombreux à exprimer un fort désaccord. Cette variable est sans doute celle qui interpellait le plus directement les pères en regard de leur vie personnelle.

Les attitudes des pères à l’égard du bonheur

Le tableau 11 examine les attitudes des pères à l’égard du bonheur. Neuf hommes sur dix considèrent comme important ou très important d’avoir une relation de couple durable pour être heureux dans la vie; environ la moitié seulement considèrent le mariage comme étant important. Environ les trois quarts cependant estiment important d’avoir un enfant pour être heureux, et le quart juge que cela n’est pas important. Un rapide coup d’œil au tableau confirme ce que les analyses précédentes laissaient présager, à savoir que la fréquence des contacts que les pères maintiennent avec leurs enfants a un lien plus évident avec leurs attitudes en regard des rapports pères/enfants qu’en regard des rapports hommes/femmes.

Les deux questions sur l’importance de la conjugalité dans la vie des hommes ne paraissent pas liées de près au niveau des contacts pères/enfants. Par contre, le fait d’avoir un enfant semble associé significativement à la fréquence des contacts pères/enfants, mais pas toujours de la façon prévue. Les pères qui ont des contacts étroits avec leurs enfants sont les plus enclins (37,5 %) à considérer que le fait d’avoir un enfant est très important pour être heureux dans la vie, et les moins nombreux (14,6 %) à n’y attacher aucune importance. Dans les deux catégories intermédiaires de contacts, la proportion des pères qui reconnaissent l’effet très positif des enfants décroît à mesure que le temps passé avec les enfants diminue, tandis que le pourcentage ne leur accordant aucun effet augmente. Dans cet ordre d’idées, on se serait attendu que les pères qui ne voient presque jamais leurs enfants soient moins enclins à accorder beaucoup d’importance à l’enfant et, inversement, plus nombreux à n’y attacher aucune importance. Or, la situation observée est quelque peu différente. Cela pourrait tenir au fait, comme certaines études l’ont montré, que cette catégorie comprend à la fois des pères qui n’ont jamais été très proches de leurs enfants et des pères qui ont coupé les liens étroits qu’ils avaient avec ceux-ci après la séparation (Quéniart, 1999).

Tableau 11 : Répartition (en %) des pères des enfants âgés de 0-17 ans selon le temps passé en moyenne avec les enfants et selon leurs attitudes à l’égard du bonheur
  Temps passé avec l’enfant
% des pères qui, pour être heureux, considèrent important ou pas important le fait… Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
%
N a 67 69 68 87 291
…d’avoir une relation de couple durable
Très important 57,6 37,9 50,9 46,6 48,1
Important 31,6 50,1 40,7 44,2 41,9
Pas important 10,8 12,0 8,3 9,2 10,0
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 6,416; p = 0,378; Nb cas manquants : 2
…d’être marié
Très important 22,9 16,7 20,3 18,7 19,6
Important 38,0 29,4 30,0 27,0 30,8
Pas important 39,1 53,9 49,7 54,3 49,6
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = 4,499; p = 0,609; Nb cas manquant : 1
…d’avoir au moins un enfant
Très important 24,8 19,8 24,7 37,5 27,3
Important 55,0 47,0 44,7 47,9 48,6
Not important 20,2 33,2 30,6 14,6 24,1
Total 100 100 100 100 100
χ 2 = = 12,964; p = 0,044; Nb cas manquants : 2

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.


  • [5] Pour plus de détails sur la création et le contenu des trois fichiers produits (fichier principal, fichier des enfants et fichier des unions), voir Statistique Canada, 1997.
  • [6] Deux pères ont, en fait, déclaré vivre en union de fait avec un partenaire de sexe masculin.
  • [7] À la question portant sur l’effet de la séparation sur la relation père/enfant, les répondants devaient répondre si cet effet avait été « très positif », « positif », « négatif » ou « très négatif ».