Maintien des contacts pères/enfants après la séparation : le point de vue des hommes

IV. RELATIONS PÈRES/ENFANTS APRÈS LA SÉPARATION :LES ATTENTES DES PÈRES ET DES MÈRES

Cette section cherche à comparer les attentes des pères et des mères séparés en regard de la prise en charge des enfants et du degré de satisfaction dont ils font état face aux modalités en vigueur au moment de l’enquête. Malgré le fait que les pères et les mères rejoints par l’ESG ne parlent pas des mêmes enfants, nous voulons explorer à quel point les mères et les pères séparés expriment des opinions semblables à l’égard du mode de garde, de la fréquence des contacts et du soutien financier des enfants. Les mères sont-elles plus ou moins satisfaites que les pères de la fréquence des contacts pères/enfants lorsque les pères ne voient, par exemple, que très rarement leur enfant? En d’autres termes, nous cherchons à apprécier si le niveau de satisfaction, pour une fréquence donnée de contacts, varie selon le sexe du parent répondant.

A. LIMITE DES DONNÉES

Avant d’entamer cette analyse, il convient d’abord de revenir sur les différences notées dans la déclaration des enfants par les parents séparés de sexe masculin et féminin, puisque ces différences auront un impact sur les résultats. Comme on l’a vu dans la section (II.A) présentant l’ESG sur la famille de 1995, les pères séparés ont tendance à sous-déclarer les enfants qu’ils ont eus dans le passé, et ce surtout lorsqu’ils n’ont que fort peu de contacts avec ces enfants. Ce problème de sous-dénombrement apparaît clairement au tableau 12. Alors que le nombre d’enfants ayant passé cinq mois ou plus chez leur père est très semblable, peu importe le sexe du parent répondant (127 les pères contre 113 les mères), le nombre d’enfants qui ne voient presque jamais leur père est plus de deux fois plus élevé lorsque la mère, plutôt que le père, a répondu à l’enquête (231 contre 98).

Un autre élément ressort aussi nettement des résultats présentés au tableau 12 : la prise en charge des enfants à temps plein après une séparation est davantage l’affaire des femmes que des hommes, et ce même si notre échantillon surestime le temps que les pères passent avec leurs enfants. Ainsi, alors que seulement un enfant sur six (67 sur 418) a été déclaré par son père comme vivant à temps plein chez lui, cette situation est le lot de 85 % des enfants déclarés par la mère (576 sur 676). Ce fait est loin d’être sans conséquences pour notre analyse, étant donné que certaines questions n’ont pas été posées aux répondants qui ont déclaré vivre à temps plein avec leurs enfants, en raison de la complexité des cheminements suivis dans le questionnaire de l’ESG.

Seules les questions portant sur la satisfaction des parents eu égard aux modalités de garde ont été posées pour chaque enfant biologique déclaré par les mères et les pères séparés. Quant aux autres aspects de la prise en charge des enfants, on ne dispose d’information que pour les enfants qui ont passé une certaine fraction de l’année à la fois chez l’un et l’autre de leurs deux parents séparés. Dans bien des cas, l’intérêt de comparer l’information amassée chez les pères et les mères qui n’ont pas la garde à temps plein de leurs enfants est assez limité, étant donné que ces informations sont disponibles seulement pour les 15 % des enfants que les femmes ont déclarés comme ne vivant pas à temps plein avec elles.

Tableau 12 : Effectifs d’enfants retenus pour l’étude de certaines questions concernant les arrangements de garde, selon le sexe du parent répondant et selon le temps passé avec le père
  Temps passé avec le père
  Enfants déclarés par leur mère
  Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
Effectifs totaux a 231 194 138 113 676
Exclusions
1- Enfants déclarés vivant à temps plein chez le répondant -219 -190 -131 -36 -576
Effectifs retenus 12 4 8 77 100
2- Enfants ayant vécu 365 jours chez l’autre parent -0 -0 -0 -14 -14
Effectifs retenus 231 194 138 99 662

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

  Temps passé avec le père
  Enfants déclarés par leur père
  Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
Effectifs totaux a 98 95 98 127 418
Exclusions
1- Enfants déclarés vivant à temps plein chez le répondant -0 -3 -3 -61 -67
Effectifs retenus 98 92 95 66 351
2- Enfants ayant vécu 365 jours chez l’autre parent -81 -0 -0 -0 -81
Effectifs retenus 17 92 95 66 337

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.
a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.

Par exemple, pour les enfants vivant à temps plein chez le parent répondant, on ignore l’opinion de ce parent en regard de sa contribution aux besoins financiers de l’enfant ou du degré de satisfaction exprimé face à la fréquence des contacts avec l’enfant; cette situation touche les 67 enfants qui ont été déclarés comme vivant à temps plein avec leur père et les 576 autres déclarés par leur mère (voir le tableau 12). De façon corollaire, pour les enfants qui ont été déclarés comme vivant à temps plein avec leur « autre parent », on ne connaît pas l’opinion des répondants au sujet de la contribution financière de l’autre parent et de la fréquence des contacts avec les enfants; cette situation touche, par exemple, 81 des enfants déclarés par les pères mais seulement 14 enfants déclarés par les mères.

Une précision supplémentaire s’impose au sujet de la comparabilité des opinions des hommes et des femmes en ce qui a trait à la contribution des pères aux besoins financiers des enfants. Comme répondants, seuls les pères ayant déclaré fournir un soutien financier ont eu à préciser s’ils étaient ou non satisfaits de leur contribution; les mères, par contre, ont exprimé leur degré de satisfaction face au soutien fourni par le père, peu importe que ce dernier ait ou non fourni un soutien économique.

Malgré les limites mentionnées ci-dessus, l’ESG de 1995 sur la famille permet certaines analyses intéressantes, à la condition que les effectifs à l’étude soient clairement circonscrits. Premièrement, les données de l’ESG permettent de comparer le niveau de satisfaction rapporté directement par les hommes et les femmes en regard des modalités de garde (avec qui vit l’enfant), puisque cette question a été posée pour chaque enfant. Deuxièmement, on peut comparer sans problème la satisfaction exprimée par les hommes et les femmes à propos du temps que les pères ont passé avec leurs enfants. Les pères ont répondu à cette question, sauf pour les enfants qui vivaient à temps plein avec eux; de même, les mères ont donné leur avis sur la fréquence des contacts pères/enfants, sauf pour les enfants vivant à temps plein chez leur père. Les deux questions couvrent donc des populations comparables. La seule limitation est que nous ignorons l’opinion des parents (les mères comme les pères) lorsque le père vit à temps plein avec l’enfant. Enfin, on peut comparer le niveau de satisfaction des hommes et des femmes au sujet de la contribution financière des pères, mais en se limitant aux enfants pour lesquels les pères ont fourni un soutien financier; il faut donc exclure de l’étude les enfants dont les mères ont déclaré que le père n’avait fourni aucun soutien financier pour l’enfant.

B. SATISFACTION FACE AUX MODALITÉS DE GARDE

Lieu où vit l’enfant et personne avec laquelle il vit

Les modalités de garde de l’enfant ne semblent pas poser de problèmes majeurs pour la grande majorité des pères et des mères séparés qui ont été rejoints par l’enquête : pour 78,6 % des enfants qu’ils ont déclarés, les hommes se sont dits satisfaits du lieu où vivait l’enfant et de la personne avec qui il vivait, et les femmes ont fait de même pour 94,0 % de leurs enfants (voir le tableau 13). Il n’en reste pas moins que quatre fois plus de pères que de mères se montrent insatisfaits des modalités de garde (18,4 % contre 4,5 %).

Chez les pères interviewés, on observe une association étroite entre la fréquence des contacts avec l’enfant et le degré de satisfaction enregistré : plus les contacts pères/enfants sont fréquents, plus les pères se montrent satisfaits. Parmi les enfants ayant passé au moins cinq mois chez leur père, près de neuf fois sur dix (88,3 %) les hommes se sont dits satisfaits des modalités concernant chaque enfant, comparativement à sept fois sur dix lorsque l’enfant avait passé moins de deux mois chez son père; on notera toutefois que les pères sont plus souvent sans opinion au sujet des enfants qu’ils ne voient presque jamais. L’examen des données détaillées (non présentées) a en fait montré que, dans le cas de 95 % des enfants passant plus de la moitié de l’année avec eux, les pères sont satisfaits des modalités de garde, tandis qu’à l’autre extrême, ils se disent insatisfaits dans le cas du tiers des enfants avec qui ils n’avaient eu aucun contact au cours de l’année précédant l’enquête.

Tableau 13 : Répartition (en %) des enfants âgés de 0-17 ans selon le niveau de satisfaction des pères et des mères concernant 1) les modalités de résidencea et 2) la fréquence des contacts entre le père et l’enfant, et selon le temps passé avec leur père

1) Les modalités de résidence - Père b
  Temps passé avec le père
Niveau de satisfaction Moins d'une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Satisfait 70,1 69,5 83,2 88,3 78,6
- Insatisfait 20,7 27,7 15,7 11,7 18,4
- Sans opinion 9,2 2,8 1,1 - 3,0
Total 100 100 100 100 100
N c 95 95 98 127 415

χ 2 = 29,088; p = 0,001; Nb cas manquants : 3

1) Les modalités de résidence - Mère b
  Temps passé avec le père
Niveau de satisfaction Moins d'une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Satisfaite 93,9 97,4 95,4 86,6 94,0
- Insatisfaite 3,7 1,9 4,4 10,6 4,5
- Sans opinion 2,4 0,7 0,2 2,8 1,5
Total 100 100 100 100 100
N c 228 194 138 113 673

χ 2 = 18,705; p = 0,005; Nb cas manquants : 3

2) La fréquence des contacts entre le père et l’enfant d - Père
  Temps passé avec le père
Niveau de satisfaction Moins d'une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Satisfait 39,0 62,3 76,9 81,6 63,6
- Insatisfait 53,3 37,7 23,1 18,4 34,3
- Sans opinion 7,7 - - - 2,1
Total 100 100 100 100 100
N c 95 92 95 66 348

χ 2 = 53,043; p = 0,001; Nb cas manquants : 3

2) La fréquence des contacts entre le père et l’enfant d - Mère
  Temps passé avec le père
Niveau de satisfaction Moins d'une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Satisfaite 47,8 63,5 81,9 87,3 65,6
- Insatisfaite 47,0 33,8 16,5 10,0 31,1
- Sans opinion 5,2 2,7 1,6 2,7 3,3
Total 100 100 100 100 100
N c 226 194 138 98 656

χ 2 = 69,921; p = 0,001; Nb cas manquants : 6

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a « Living arrangement » dans la version anglaise du questionnaire a été traduit par « Le lieu et avec qui l’enfant vit ».
  • b Pour chaque catégorie de contact, sauf à cinq mois et plus, la différence entre la satisfaction des pères et des mères est significative à 0,01.
  • c Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial
  • d Question posée seulement pour les enfants ne vivant pas à temps plein chez leur père : 351 enfants déclarés par les pères; 662 par les mères

Figure 6 : Proportion des pères satisfaits des modalités de résidence et le temps passé avec les enfants

Figure 6 : Proportion des pères satisfaits des modalités de résidence et le temps passé avec les enfants

[ Description ]

Au total, les hommes se sont déclarés insatisfaits des modalités de garde pour 74 enfants et les femmes, pour 18 enfants (données non présentées). En d’autres mots, comme la figure 6 nous montre clairement, les pères ont exprimé plus d’insatisfaction à cet égard que les mères. Les raisons invoquées sont diverses. Les hommes voyant peu leurs enfants auraient aimé passer davantage de temps avec eux, et ceux les voyant souvent auraient souhaité avoir la garde légale. Les hommes ont mentionné une « autre raison » dans environ la moitié des cas et les femmes, dans plus de 60 % des cas; sous cette appellation, on trouve une variété de raisons reliées à la vie de l’enfant chez l’autre parent et qui s’apparentent à des « reproches » la façon dont l’autre parent s’acquitte de son rôle parental (style de vie, présence d’une nouvelle conjointe, environnement physique, manque d’affection ou de discipline, etc.).

Nombre de contacts entre le père et l’enfant

Le niveau de satisfaction exprimé par les mères et les pères diminue considérablement quand la question porte directement sur le nombre de contacts entre le père et son enfant (voir la deuxième section du tableau 13). En ce qui a trait à environ le tiers des enfants déclarés, les hommes (34,3 %) aussi bien que les femmes (31,1 %) se déclarent insatisfaits de la fréquence des contacts pères/enfants. Dans les deux cas, l’insatisfaction apparaît la plus fréquente lorsque le père a très peu vu son enfant au cours de l’année précédant l’enquête : près d’une fois sur deux, les pères (53,3 %) ou les mères (47,0 %) se disent insatisfaits de la fréquence des contacts entre l’enfant et son père. Le degré de satisfaction croît au fur et à mesure que le temps passé par les pères avec leurs enfants augmente, et ce tant chez les mères que chez les pères. La similarité observée entre les hommes et les femmes n’est peut-être pas sans liens avec les biais de l’échantillon; en raison des cheminements suivis dans le questionnaire, les enfants vivant à temps plein chez leur père se trouvent exclus de l’analyse, faisant en sorte que les échantillons d’enfants déclarés par les pères ou les mères se ressemblent davantage.

Quelles raisons sont invoquées pour justifier l’insatisfaction exprimée? En très grande majorité (85,6 %), les hommes déclarent qu’ils auraient souhaité avoir des contacts plus fréquents avec leurs enfants; en corollaire, presque autant de femmes mentionnent que les contacts pères/enfants sont inexistants ou trop restreints.

De l’analyse qui précède, il ressort que les pères, tout en étant relativement satisfaits du lieu où vit l’enfant et de la personne avec qui il vit, se plaignent néanmoins de passer trop peu de temps avec leurs enfants. En d’autres termes, on peut supposer que les pères ne veulent pas tant avoir la garde de leurs enfants que simplement accroître la fréquence des contacts avec eux (figure 7), auquel cas ils feront peut-être porter le blâme à la mère, qui les empêche de voir leurs enfants. De leur côté, la quasi totalité des mères se disent satisfaites des modalités de garde de leurs enfants, mais elles aussi aimeraient que le père ait des contacts plus fréquents avec ses enfants; dans ce cas-ci, on peut présumer qu’elles soulèveront le manque d’intérêt manifesté par le père.

Figure 7 : Proportion des mères et des pères insatisfaits des modalités de résidence selon le niveau de contact père/enfant

Figure 7 : Proportion des mères et des pères insatisfaits des modalités de résidence selon le niveau de contact père/enfant

[ Description ]

C. LE SOUTIEN FINANCIER POUR SUBVENIR AUX BESOINS DE L’ENFANT

Au-delà du manque de renseignements sur certains groupes d’enfants, l’imprécision des questions rend difficile l’analyse du soutien financier des pères. Aux parents répondants, on a demandé : « Fournissez-vous un soutien financier pour subvenir aux besoins de votre enfant? »; on leur a également posé une question similaire au sujet du soutien offert par l’autre parent. Ces questions semblent avoir été interprétées par certains répondants comme touchant strictement au paiement d’une pension alimentaire et par d’autres, comme renvoyant à un soutien beaucoup plus général. Par conséquent, on ignore si le soutien financier que déclarent les pères vivant quelques mois par an avec leur enfant concerne le versement d’une pension à la mère ou s’il renvoie aux coûts assumés lorsque l’enfant habite chez eux. L’interprétation des réponses est d’autant plus difficile lorsque la quantité des contacts pères/enfants est élevée. Un certain nombre de pères ont, par exemple, déclaré n’avoir fourni aucun soutien financier pour un enfant qui a passé au moins cinq mois chez eux au cours de l’année précédant l’enquête; ces pères ont vraisemblablement interprété la question comme renvoyant au paiement d’une pension alimentaire.D’autres ont déclaré fournir un soutien financier, lequel pourra ou non comprendre le versement d’une pension alimentaire à la mère de l’enfant.

On se rappellera, par ailleurs, que la propension des pères à déclarer les enfants qu’ils ont eus d’une union précédente est étroitement liée au soutien financier fourni par le père, les hommes étant davantage portés à déclarer les enfants qu’ils voient régulièrement et pour lesquels ils paient une pension alimentaire (voir la section II.A). Ce constat ressort clairement de l’examen du tableau 14. On y découvre que la proportion de pères séparés rejoints par l’ESG de 1995 qui affirment contribuer au soutien financier de leurs enfants est nettement plus élevée que ce que les statistiques sur les pensions alimentaires nous ont appris à penser, et plus élevée selon que le répondant est le père plutôt que la mère (77,9 % contre 51,6 %). Peu importe les biais de l’échantillon des enfants déclarés par les pères, la propension des pères à fournir un soutien financier pour subvenir aux besoins de l’enfant est plus faible (61,0 %) chez les pères qui ne voient presque jamais leur enfant que chez ceux (plus de 80 %) qui passent entre une semaine et cinq mois avec leur enfant.

L’association observée entre la fréquence des contacts pères/enfants et le soutien financier apporté par le père est plus nette lorsqu’on prend le point de vue des femmes. Selon les déclarations des mères, trois fois plus d’enfants ayant passé plus d’une semaine par année avec leur père ont bénéficié de son soutien financier que les enfants n’ayant que très peu de contacts avec leur père (plus de 60 % contre 21,8 %). Au dire des mères, près du quart des enfants ayant passé au moins cinq mois avec leur père pendant l’année précédant l’enquête n’auraient cependant fait l’objet d’aucun soutien financier; vraisemblablement, il s’agit de femmes qui ont interprété la question sur le soutien financier comme renvoyant strictement au paiement d’une pension alimentaire.

Table 14: Répartition (en %) des enfants âgés de 0-17 ans selon 1) qu’ils bénéficient ou non d’un soutien financier de leur père et 2) le niveau de satisfaction concernant ce soutien financier; selon le sexe du parent répondant et le temps passé avec le père a

1) Soutien financier des pères b : Père
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Oui 61,0 83,5 91,2 75,8 77,9
- Non 39,0 16,5 8,8 24,2 22,1
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 27,748; p = 0,001; Nb cas manquant : 1

1) Soutien financier des pères b :Mère
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Oui 21,8 65,8 62,4 76,8 51,6
- Non 78,2 34,2 37,6 23,2 48,4
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 127,391; p = 0,001; Nb cas manquants : 8

2) Niveau de satisfdction concernant ce soutien financier c : Père
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Satisfait 68,6 76,4 73,9 89,8 76,5
- Insatisfait 23,8 23,6 24,7 10,2 21,5
- Sans opinion 7,6 --- 1,4 --- 2,0
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 16,701; p = 0,010; Nb cas manquants : 4

2) Niveau de satisfdction concernant ce soutien financier c : Mère
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine 1 semaine à 2 mois
2 à 5 mois
5 mois et plus
Total
- Insatisfaite 63,3 50,9 76,8 88,5 67,8
- Insatisfaite 36,3 45,6 23,2 10,6 30,6
- Sans opinion 0,4 3,5 --- 0,9 1,6
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 37,212; p = 0,001; Nb cas manquants : 4

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.
  • b Question posée seulement pour les enfants ne vivant pas à temps plein chez leur père : 351 enfants déclarés par les pères; 662 par les mères.
  • c Parmi les enfants pour lesquels les pères fournissent un soutien financier : 273 enfants déclarés par les pères; 337 par les mères.

Seuls les pères qui ont répondu avoir contribué aux besoins financiers de leur enfant ont été interrogés sur la satisfaction qu’ils éprouvent à l’égard de leur contribution. Nous ignorons donc l’opinion des pères concernant les 77 enfants aux besoins desquels ils ont répondu ne pas contribuer financièrement; à ceux-ci s’ajoutent les 67 enfants vivant à temps plein chez leur père au sujet desquels on n’a pas posé aux pères de question sur le soutien financier. Parmi les 269 enfants qui ont fait l’objet d’un soutien financier, les pères se disent satisfaits de leur contribution dans plus des trois quarts des cas; le niveau de satisfaction est particulièrement élevé lorsque la fréquence des contacts est de cinq mois ou plus par année.

Dans environ 20 % des cas au total, les pères se disent insatisfaits du soutien financier apporté. La raison la plus souvent invoquée est le fait de payer trop (dans 45,1 % des cas), sauf parmi les pères passant peu de temps avec leurs enfants qui affirment rarement payer trop cher (données non présentées). Pour près du tiers des enfants, les pères considèrent que leur contribution est insuffisante; pour un autre quart (22,5 %), ils se disent insatisfaits pour « d’autres raisons », souvent liées au sentiment que l’argent ne bénéficie pas directement à l’enfant ou à leur propre incapacité de payer.

À des fins de comparaison, nous avons examiné l’avis des mères au sujet de la contribution financière du père seulement dans les cas où celui-ci a effectivement fourni un soutien économique; les enfants dont la mère a déclaré que le père ne contribuait pas à leurs besoins ont ainsi été exclus de l’analyse. Même si les femmes affirment plus souvent que les hommes être insatisfaites du soutien économique fourni par le père (30,6 % contre 21,5 %), dans sept cas sur 10, elles se montrent néanmoins satisfaites quand le père contribue. Tout comme les pères, les mères sont moins enclines à se dire insatisfaites lorsque l’enfant vit une bonne partie de l’année chez son père. Enfin, la source principale de l’insatisfaction exprimée par les mères concerne le montant du soutien accordé, qui est jugé insuffisant (données non présentées); dans le quart des cas, le père n’aurait pas, au dire de la mère, payé le montant imposé par le tribunal.

D’autres recherches (Seltzer, 1994) donnent à croire que le paiement de la pension alimentaire par les pères dépend plus de la satisfaction qu’ils éprouvent à l’égard des modalités de garde que du type de garde lui-même. Les données de l’ESG de 1995 ne révèlent a priori aucune association de la sorte : que l’on s’intéresse au lieu où vit l’enfant et à la personne avec qui il vit ou au nombre des contacts pères/enfants, la proportion de pères qui déclarent fournir un soutien financier pour subvenir aux besoins de l’enfant ne varie pas en fonction du degré de satisfaction exprimé (données non présentées). On ne saurait toutefois conclure de façon définitive à l’absence de liens entre ces variables, le biais noté du côté de l’échantillon des enfants déclarés par leurs pères ou l’imprécision de la question sur le soutien économique pouvant tout aussi bien expliquer les résultats obtenus.

D. LE RÔLE DU TRIBUNAL DANS LA PRISE EN CHARGE DES ENFANTS

Une erreur de cheminement dans le questionnaire de l’ESG a fait en sorte que les deux questions portant sur le rôle du tribunal dans la prise en charge des enfants n’ont pas été posées au sujet des enfants ayant passé 12 mois chez leur autre parent au cours de l’année précédant l’enquête. On ne dispose donc pas de cette information pour les 81 enfants déclarés par leur père comme ayant vécu 12 mois chez leur mère l’année précédente, soit près de 20 % de l’échantillon des enfants déclarés par les pères, c’est-à-dire ceux qui ne voient presque jamais leur père. Heureusement, ce problème affecte beaucoup moins souvent les enfants déclarés par les mères; seulement 14 enfants déclarés par les mères ont passé toute l’année précédant l’enquête chez leur père, soit à peine 2 % de l’échantillon des enfants déclarés par les mères. Si l’on veut évaluer le rôle que le tribunal joue dans la prise en charge de l’ensemble des enfants de parents séparés, mieux vaut alors se fier aux déclarations des femmes. Par contre, pour ce qui est des enfants qui voient leur père plus d’une semaine par année, l’information fournie par les hommes et les femmes est comparable (voir le tableau 15).

Tableau 15 : Répartition (en %) des enfants âgés de 0-17 ans selon 1) que la garde a ou non été décidée par le tribunal et 2) la conformité des répondants à la décision de la cour; selon le sexe du parent répondant et le temps passé avec le père a

1) La garde ou non a été décidée par le tribunal b - Père
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois 5 mois et plus Total
- Oui - 60.8 56.6 58.0 -
- Non - 39.2 43.4 42.0 -
Total - 100 100 100 -

χ2 non calculé c

1) La garde ou non a été décidée par le tribunal b - Mère
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois 5 mois et plus Total
- Oui 58.6 55.2 54.7 42.7 54.4
- Non 41.2 44.8 45.3 57.3 45.6
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 7,170; p = 0,067; Nb cas manquants : 4

2) La conformité des répondants à la décision de la cour d - Père
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois 5 mois et plus Total
- autant de temps - 41.2 48.0 65.0 -
- moins de temps - 45.7 7.1 4.5 -
- plus de temps - 13.1 44.9 30.5 -
Total - 100 100 100 -

χ 2 non calculé c

2) La conformité des répondants à la décision de la cour d - Mère e
  Temps passé avec le père
Moins d’une semaine
1 semaine à 2 mois 2 à 5 mois 5 mois et plus Total
- autant de temps 38.6 56.0 67.0 53.8 51.5
- moins de temps 60.1 40.0 33.0 22.0 43.9
- plus de temps 1.3 4.0 - 24.2 4.6
Total 100 100 100 100 100

χ 2 = 62,355; p = 0,001; Nb cas manquants : 17

Source : Statistique Canada, Enquête sociale générale (ESG) sur la famille, 1995.

  • a Données pondérées ramenées à la taille de l’échantillon initial.
  • b Question posée seulement pour les enfants ne vivant pas à temps plein chez l’autre parent : 337 enfants déclarés par les pères; 662 par les mères.
  • c χ2non calculé pour les enfants déclarés par les pères puisque les cas manquants sont surtout le fait des enfants qui ne voient jamais leur père
  • d Question posée seulement si la garde de l’enfant a été décidée par le tribunal : 190 enfants déclarés par les pères; 358 par les mères.
  • e L’information fournie par les répondantes sur le temps relatif qu’elles passaient avec l’enfant a servi pour calculer cette distribution; si la répondante déclarait passer plus de temps que prévu avec l’enfant, on supposait que le père passait moins de temps, et vice versa.

 

Dans un peu plus de la moitié des cas, la garde de l’enfant a été décidée par le tribunal. L’existence d’une décision de la cour ne semble cependant pas avoir une influence significative sur le temps passé chez le père.

Quant aux enfants dont la garde a été décidée par le tribunal, on a demandé aux répondants si le temps passé avec l’enfant correspondait à ce qui avait été décidé par le tribunal. À des fins de comparaison entre hommes et femmes, nous avons inversé les réponses des mères à cette question. En d’autres termes, lorsque la femme a répondu passer plus de temps avec son enfant que prévu par la décision de la cour, nous avons conclu que c’était parce que le père avait passé moins de temps avec son enfant; inversement, nous avons conclu que le père voyait plus souvent que prévu son enfant lorsque la mère a répondu qu’elle passait moins de temps avec cet enfant.

Les parents se conforment-ils à la décision du tribunal en ce qui a trait à la fréquence des visites? Cela semble être le cas de la moitié des enfants visés par une ordonnance de la cour qui ont été déclarés par leur père ou leur mère. Pour l’autre moitié, la plus large fraction des pères ont déclaré voir leurs enfants plus souvent que prévu, mais il faut se rappeler ici que les pères qui ont le moins de contacts avec leurs enfants sont, au départ, exclus de l’analyse. L’image fournie par les mères est diamétralement opposée : aux dires de celles-ci, moins de 5 % des enfants visés par une ordonnance du tribunal verraient leur père plus souvent que la fréquence décrétée par la cour. L’écart observé entre les réponses des hommes et des femmes est intimement lié au fait que les pères qui ne voient à peu près jamais leurs enfants sont exclus de l’analyse, mais il traduit sans doute également des différences dans la perception que les pères et les mères ont du temps qu’ils passent avec leurs enfants (Lin et al., 1998). En effet, même lorsqu’on se concentre sur les enfants qui ont passé au moins deux mois par année avec leur père, des différences subsistent dans les déclarations des hommes et des femmes, les mères étant toujours proportionnellement plus nombreuses à trouver que les pères passent moins de temps que prévu avec leurs enfants. Ces différences entre les sexes soulignent l’intérêt d’étudier directement les perceptions à la fois des pères et des mères si l’on espère trouver des avenues pour maintenir, voire accroître, les contacts pères/enfants.