Maintien des contacts pères/enfants après la séparation : le point de vue des hommes

RÉSUMÉ

Ce rapport présente les résultats d’un projet de recherche mené à l’hiver 1999-2000 pour l’Équipe sur les pensions alimentaires pour enfants du ministère de la Justice du Canada. On a demandé aux auteures du rapport d’analyser la fréquence des contacts pères/enfants après la séparation des parents à partir des données de l’Enquête sociale générale (ESG) (cycle 10) sur la famille, réalisée par Statistique Canada en 1995. Pour la première fois au Canada, on a recueilli, dans le cadre de cette enquête, des informations non seulement auprès de mères séparées mais également auprès de pères. Les répondants séparés ont répondu à des questions portant sur les contacts qu’ils avaient eus avec chacun de leurs enfants au cours de l’année précédant l’enquête ainsi que sur le temps que ces derniers avaient passé avec leur autre parent. Ces informations ont permis d’adopter une approche centrée sur les pères plutôt que sur les mères, et de tenir compte des attitudes et perceptions des hommes face à leur rôle parental.

Ce rapport présente :

  • Un profil des pères séparés en fonction de la fréquence des contacts qu’ils ont avec leurs enfants.
  • Une comparaison des déclarations des mères et des pères séparés au sujet de leurs attentes face à la prise en charge des enfants (mode de garde, fréquence des contacts, pension alimentaire).
  • Une analyse des facteurs susceptibles d’accroître la fréquence des contacts entre les pères et leurs enfants.

PRINCIPAUX RÉSULTATS

Les enfants de parents séparés que leur père a déclarés le voient de façon très inégale

Près du tiers des enfants déclarés par leur père l’ont vu très régulièrement, c’est-à-dire qu’ils ont passé cinq mois ou plus avec lui au cours des 12 mois précédant l’enquête. À l’autre bout de l’échelle, près du quart des enfants n’ont eu à peu près aucun contact avec leur père (moins de sept jours), et un enfant sur six n’a passé aucun moment avec lui. En réalité, le portrait risque d’être nettement plus sombre que celui brossé ici, étant donné la sous-représentation des pères qui voient peu ou pas leurs enfants au sein de l’échantillon rejoint par l’ESG de 1995.

Les contacts par lettre ou par téléphone ne constituent pas un substitut aux visites du père aux enfants auquel il aurait recours en raison de la distance qui le sépare du domicile de ceux-ci

Plus les hommes voient leurs enfants, plus ils paraissent enclins à communiquer fréquemment avec eux par lettre ou par téléphone. De plus, les pères qui communiquent régulièrement par téléphone ou par lettre avec leurs enfants habitent en majorité relativement près de la résidence de ces derniers.

La vie conjugale et parentale de la majorité des pères séparés ne s’arrête pas à la relation ayant donné lieu à la naissance de l’enfant

Plus de la moitié des pères séparés avaient conclu une nouvelle union entre le moment de la séparation et la tenue de l’enquête; environ un père sur huit avait vécu avec les enfants d’une nouvelle conjointe, et une proportion sensiblement égale avait eu des enfants biologiques au sein d’une autre union.

Les pères séparés ont sensiblement les mêmes comportements avec chacun de leurs enfants, une fois les caractéristiques de chacun de ces enfants contrôlées

L’analyse de régression multi-niveaux a montré que la plus grande partie de la variation observée dans le nombre de jours que les pères passent avec leurs enfants vient de différences entre les pères, ce qui signifie que les différences observées entre enfants d’un même père sont relativement faibles.

L’âge des enfants au moment de la séparation parentale est un facteur déterminant du nombre de contacts entre les pères et leurs enfants

Dans l’ensemble, plus les enfants étaient âgés au moment de la séparation de leurs parents, plus la fréquence des contacts au moment de l’enquête était élevée. Ainsi, le nombre de jours que les enfants passent avec leur père croît dans un premier temps à mesure que l’âge des enfants au moment de la séparation augmente, et ce jusque vers 5,5 ans; il stagne plus ou moins par la suite, avant de se remettre à croître de façon marquée chez les enfants qui étaient âgés de 10 ans ou plus lors de la séparation.

Plus la distance géographique entre les domiciles respectifs des parents séparés est grande, moins les pères passent de temps avec leurs enfants

Les enfants qui habitent à 50 kilomètres ou plus du domicile de leur père le voient nettement moins souvent que ceux qui résident à moins de 10 kilomètres.

Les pères occupant un emploi à temps partiel passent clairement moins de temps avec leurs enfants que ceux qui travaillent régulièrement à temps plein

Ce résultat traduit peut-être le fait que les hommes occupant un emploi régulier de jour ont des horaires fixes qui s’accordent mieux avec ceux de leurs enfants que les horaires des travailleurs à temps partiel, qui sont souvent variables, et que ces hommes ont des revenus plus élevés auxquels est associée une fréquence plus grande de contacts pères/enfants. Ce résultat donne à croire que les pères dont les revenus ne leur permettent pas de s’acquitter de leurs obligations alimentaires auront parfois tendance à couper les liens avec leurs enfants plutôt que de maintenir une situation qu’ils jugent trop difficile.

Les pères qui entretiennent des attitudes positives envers la paternité passent plus de temps avec leurs enfants

Les pères qui considèrent que le fait d’avoir un enfant les a rendus plus heureux, et qui se montrent satisfaits des modalités de garde et du temps qu’ils passent avec leurs enfants, sont aussi ceux qui passent le plus de temps avec eux. Ces résultats renvoient l’image de pères impliqués auprès de leurs enfants, image qui contraste avec celle, souvent véhiculée dans les médias, des pères absents se désintéressant de leurs enfants.

CONCLUSION

La propension des pères à s’acquitter de leurs obligations alimentaires envers leurs enfants après une séparation est étroitement liée à la fréquence des contacts qu’ils ont avec eux. La détermination des facteurs susceptibles d’accroître la fréquence des contacts pères/enfants constitue donc une étape cruciale si l’on veut réduire les risques de pauvreté auxquels sont confrontés les enfants de parents séparés. La présente analyse des données de l’ESG de 1995 constitue un premier pas dans cette direction, mais l’on devra procéder à de nouvelles analyses si l’on espère mieux comprendre les processus en cours au lendemain d’une séparation.

Dans un premier temps, le recours à des études longitudinales qui permettent de suivre les mêmes individus à mesure qu’ils traversent différentes étapes de leur vie s’impose. De telles données sont nécessaires pour qu’on arrive à distinguer l’effet associé aux cohortes de l’effet du simple passage du temps dans les résultats que nous avons observés. L’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), qui suit un vaste échantillon d’enfants canadiens à mesure qu’ils grandissent, pourra être utilisée de façon à mettre en lumière la dynamique des relations parents/enfants au lendemain d’une séparation. Cependant, comme très peu de pères ont répondu au questionnaire de l’ELNEJ, l’enquête ne permet pas d’aborder l’étude des contacts pères/enfants directement du point de vue des hommes. À cet égard, l’Enquête sociale générale sur la famille, qui sera menée par Statistique Canada en 2001, offre un potentiel de recherche intéressant. D’une part, la majorité des difficultés (dont les problèmes de cheminement dans le questionnaire) que nous avons éprouvées devraient avoir été aplanies; d’autre part, l’échantillon visé est nettement plus grand et devrait donc permettre la poursuite d’analyses plus précises que celles que nous avons menées ici. De plus, étant donné la croissance du nombre d’enfants vivant la séparation de leurs parents, la proportion des hommes enquêtés ne vivant pas avec la mère de leurs enfants devrait être plus élevée que dans le passé.

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