Les programmes de participation et de soutien à l'intention des enfants dont les parents se séparent ou divorcent

3. PROGRAMMES À L'INTENTION DES ENFANTS DONT LES PARENTS SE SÉPARENT OU DIVORCENT

Divers programmes visent les enfants dont les parents se séparent ou divorcent et la plupart d'entre eux ont pour objet de répondre aux besoins des enfants précisés par la recherche décrite à la section 1. Toutefois, bien qu'il existe des programmes pour enfants dans la plupart des provinces canadiennes (se reporter à l'annexe A pour des exemples), ces programmes ne sont pas toujours disponibles et, selon les fournisseurs, ils ne suffisent pas actuellement pour répondre à la demande.

Dans la présente section, il sera question du genre d'appui qu'offrent les programmes pour enfants, des types de programmes, de même que de la recherche sur leur efficacité. Presque toute la documentation nord-américaine décrit les programmes américains. La plupart des évaluations portent également sur les programmes américains, de sorte que ce sont ces données qui seront présentées le plus souvent. L'annexe C décrit quelques-uns des principaux programmes américains dont la plupart ont été évalués. L'annexe A présente quelques programmes communautaires et rattachés aux tribunaux, de même que les évaluations disponibles.

3.1  Objectifs et contenu des programmes

Les programmes à l'intention des enfants qui vivent l'éclatement de leur famille offrent en règle générale l'un ou plusieurs des contenus suivants :

  • Éducation et information concernant les procédures et les termes juridiques relatifs à la séparation et au divorce, de même que les répercussions concrètes et juridiques du divorce sur la vie des enfants. Ces renseignements peuvent être présentés d'une manière didactique aux enfants plus âgés, mais devraient être « montrés  » aux enfants par diverses activités, comme la visite d'une salle d'audience et des jeux de r ôle dans lesquels l'enfant est le juge ou l'avocat.
  • Éducation et information permettant de montrer comment des enfants, tout comme eux, vivent le divorce de leurs parents, réagissent habituellement (p. ex. : en souhaitant une réconciliation), et ce à quoi ils peuvent s'attendre de leurs parents et d'eux‑mêmes. Puisque les enfants plus jeunes assimilent les renseignements principalement par leurs sentiments, ces renseignements leur sont transmis par des jeux de r ôle et des jeux, de même que par des discussions.
  • Soutien affectif afin de calmer les enfants et de les aider à déterminer, à cerner, à normaliser et à accepter la douleur qu'ils ressentent. Les enfants disposent d'un milieu rassurant dans lequel ils peuvent exprimer leurs sentiments et parler de leur expérience avec d'autres enfants qui vivent les mêmes problèmes, et habituellement, avec un adulte compatissant. Les programmes qui s'adressent à des enfants plus jeunes offrent également des activités diverses.
  • Soutien thérapeutique affectif afin d'aider les enfants à mieux comprendre leurs sentiments concernant le divorce, y compris le vain espoir d'une réconciliation, le bl âme jeté sur eux‑mêmes ou sur leurs parents, la dépression, la colère, l'anxiété, le repli sur soi, le passage à l'acte et les sentiments d'incompétence et de faible estime de soi (voir Pedro‑Carroll et Cowen 1985; Pedro‑Carroll et al. 1986; annexe C). Les programmes de soutien thérapeutique destinés aux très jeunes enfants offrent surtout des activités et ils sont dirigés par des thérapeutes ou des conseillers qualifiés. Plus l'enfant est en situation de détresse ou plus difficile est la séparation des parents, plus le soutien doit être intensif.
  • Un soutien thérapeutique pour aider les enfants à faire face à leurs sentiments et à leur réaction au divorce et au rôle des parents après la séparation, notamment, maîtriser leur colère, respecter les règles, s'entendre avec d'autres enfants, résoudre des problèmes personnels et faire face aux conflits de loyauté. Les programmes qui offrent ce type de soutien prévoient habituellement des activités pour les enfants plus jeunes. Ils sont donnés par des thérapeutes ou des conseillers qualifiés. Plus l'enfant est en situation de détresse ou plus difficile est la séparation des parents, plus le soutien doit être intensif.
  • Aider les enfants à acquérir des compétences qui leur permettront de ne pas participer au conflit entre leurs parents et de ne pas être manipulés par ces derniers et particulièrement des moyens qui leur permettront de ne pas être pris entre les deux.

3.2  Structure et prestation des programmes

Les programmes pour enfants sont offerts à des groupes ou à des particuliers. En règle générale, les programmes qui s'adressent aux particuliers sont des programmes de counseling individuel et familial qui offrent un appui thérapeutique intensif aux enfants qui sont en situation de crise ou qui ont des problèmes graves. Les organismes canadiens de services aux familles qui offrent des programmes de groupes aux enfants dont les parents se séparent ou divorcent ont également habituellement des programmes individuels qui visent ces enfants, de même que leurs parents (p. ex. : les programmes Familles en Transition de la Family Services Association Metropolitan Toronto). Au sein du système judiciaire, un projet pilote intégré rattaché au tribunal à Corner Brook (Terre‑Neuve-et-Labrador) offre en même temps un counseling à court terme individuel aux enfants, ou aux enfants et à leurs parents, la médiation et d'autres services aux familles en litige pour des questions de garde et de droit de visite, y compris le refus de permettre le droit de visite (Reynolds, communication personnelle, voir l'annexe D).

La plupart des programmes de groupes semblent offrir à la fois une formation, de l'information, un soutien émotionnel et des moyens de réagir sous une forme ou sous une autre, mais certains programmes offrent également une thérapie intensive. La plupart des programmes de groupe sont offerts à de quatre à dix enfants habituellement regroupés selon leur âge au moyen d'une série de rencontres hebdomadaires. Ces programmes sont moins onéreux que les programmes individuels, mais les chercheurs et les organismes fournisseurs reconnaissent leur valeur thérapeutique. La recherche révèle que quand un enfant peut discuter du divorce avec d'autres enfants qui ont vécu une situation analogue, cela l'aide à normaliser l'expérience et lui permet de bénéficier d'un réseau d'aide potentiel important (Kalter et al. 1988, Pedro‑Carroll et Cowen 1987, cités dans Grych et Fincham 1992; Vallant 1999). En outre, beaucoup d'enfants se sentent plus à l'aise de discuter de questions difficiles et délicates au sein d'un groupe plut ôt que seuls avec un adulte qu'ils ne connaissent pas (Pedro-Carroll et Cowen 1987, cité dans Grych et Fincham 1992). Même s'il s'agit d'enfants qui ont des difficultés plus graves, les séances de groupe qui s'adressent aux familles et aux enfants peuvent faire progresser les séances de counseling individuel en permettant aux thérapeutes d'acquérir une vision globale de tout ce qui concerne la famille et l'enfant, ce que ne permet pas le contexte d'une thérapie individuelle (Gertner, communication personnelle, voir l'annexe D).

Plusieurs sites Internet présentent également certains faits, de même que des questions et réponses pour les enfants. Par exemple, iConnect est un site web interactif qui s'adresse aux jeunes de 12 à 15 ans et qui est offert par des professeurs de l'University of Illinois (http://www.aces.uiuc.edu/). Banana Splits (New York, N.Y.) offre au moyen d'un groupe de thérapie axé sur l'art un soutien émotionnel aux jeunes de 5 à 11 ans dont les parents se séparent ou divorcent (http://www.divorcesource.com/NY/DS/rosenberg.html).

3.2.1  Programmes communautaires et programmes rattachés au tribunal destinés aux groupes

La plupart des programmes canadiens à l'intention des enfants mentionnés dans la présente recherche sont des programmes communautaires. Beaucoup d'entre eux sont offerts par des organismes de services sociaux qui ont la capacité nécessaire en matière de counseling ou par des établissements de santé mentale. Certains programmes sont donnés par des bénévoles, par exemple le programme Rainbows au Canada et aux États‑Unis qui est offert dans les écoles, les églises, les organismes sociaux et d'autres organismes communautaires.

La majorité des programmes américains sont également des programmes communautaires et la plupart sont offerts par les établissements scolaires (Grych et Fincham 1992). Les programmes scolaires américains s'adressent notamment aux enfants qui participent à des programmes pour parents et enfants imposés par le tribunal lors d'une séparation et d'un divorce. Ils s'adressent aussi à d'autres familles. La plupart des programmes américains qui sont rattachés aux tribunaux sont également offerts par des organismes communautaires (Geasler et Blaisure 1999). Ce sont souvent les conseillers scolaires qui gèrent les programmes scolaires américains, par exemple, le programme Rollercoasters (voir l'annexe C). On croit que le fait d'offrir les programmes en milieu scolaire a fait augmenter le nombre d'enfants susceptibles d'y participer parce que ces programmes sont habituellement gratuits. L'école est également un environnement familier qui peut offrir un réseau naturel de soutien à l'enfant (Cowen et al. 1989, cité dans Grych et Fincham 1992). L'un des programmes américains qui a été évalué le plus rigoureusement et qui s'adresse aux enfants, le Children of Divorce Intervention Program, est principalement donné dans les écoles primaires et intermédiaires, 50 programmes étant offerts dans la région de Rochester (N.Y.) (voir l'annexe C).

Quelques cours provinciales canadiennes ont des programmes à l'intention des enfants. Au Manitoba, le programme Coincé entre les deux aide les enfants dont les parents sont en instance de séparation ou de divorce à mieux comprendre leurs préoccupations et sentiments concernant la séparation et à ne pas participer au conflit de leurs parents (voir l'annexe A pour plus d'information). Le tribunal de la famille de St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador) offre un programme de groupe mené par un conseiller qui a pour objet d'aider les enfants à normaliser leurs sentiments et à trouver des stratégies qui leur permettront de faire face à la réalité. Le programme Confidences du Centre jeunesse de Montréal vise les enfants dont les parents participent à un processus de médiation ordonné par le tribunal. À Vancouver, un programme de groupes financé par la province, rattaché au Burnaby-New Westminster Family Justice Centre et dirigé par un conseiller, a pour objet d'aider les enfants à exprimer et à comprendre leurs sentiments concernant le divorce ou la séparation de leurs parents.

3.2.2  Programmes de groupes interdépendants et autonomes pour les enfants

Les programmes pour enfants peuvent être autonomes, mais ils sont souvent liés à des programmes parallèles offerts aux parents. La plupart des groupes de soutien affectif par les pairs sont autonomes (par exemple, Rainbows en Amérique du Nord, ou Relateen au Royaume-Uni). Toutefois, de nombreux programmes pour enfants qui sont liés à des tribunaux aux États‑Unis sont rattachés à des programmes d'éducation des parents imposés par le tribunal lors d'un divorce ou d'une séparation. Aucun des programmes d'éducation des parents actuellement donnés dans les provinces canadiennes n'a de composante qui s'adresse aux enfants, mais la Colombie‑Britannique et l'Alberta envisagent ce type de programme. Les organismes communautaires américains et canadiens offrent également des programmes destinés aux enfants et liés à des programmes d'éducation et de soutien pour les parents.

Les programmes pour les parents et les enfants peuvent être interdépendants de diverses fa çons. Il arrive souvent que les parents et les enfants participent à des séances parallèles qui ont un programme complémentaire (par exemple, Focus on Children in Separation ou FOCIS à Jackson, Missouri). Ou encore, les parents et les enfants suivent un programme parallèle la plupart du temps, mais les deux groupes se rencontrent périodiquement ou à la fin des séances (par exemple, le programme américain Rollercoasters, imposé par le tribunal).

Chaque enfant peut rencontrer ses parents périodiquement ou à la fin du programme, avec le conseiller du programme. Ces rencontres ont habituellement pour objet de consolider et de renforcer les apprentissages et peut‑être de déterminer les objectifs que pourront viser les parents par la suite, compte tenu de ce que l'enfant a dit (par exemple, le programme du Jewish Child and Family Service de Toronto, Picking Up the Pieces). Même s'il n'y a aucun programme parallèle à l'intention des parents, ces derniers peuvent participer au programme des enfants lors de séances familiales à divers moments au cours du programme (par ex., It's Still O.K. de la Healthcare Corporation de St. John's (Terre‑Neuve-et-Labrador).

Les programmes thérapeutiques intensifs pour enfants sont souvent liés à des programmes semblables pour les parents. Dans un programme de médiation pour des groupes donné dans le comté d'Alameda en Californie, par exemple, un programme de soutien émotionnel thérapeutique destiné aux enfants est lié à un programme de médiation intensive pour dénouer les impasses s'adressant aux parents qui vivent un grave conflit et sont continuellement en litige. Ces programmes pour enfants sont donc directement liés aux instances en matière de garde et de droit de visite dans lesquelles sont engagés leurs parents.

Au Canada, certains programmes autonomes pour enfants sont aussi directement liés aux instances en matière de garde et de droit de visite. Toutes les fois que cela est possible, les médiateurs participent à la séance familiale finale du programme Confidences des Centres jeunesse de Montréal. Le Québec examine également la possibilité de mettre sur pied une composante à l'intention des enfants dans le cadre de la restructuration d'une séance d'information pour parents qui fait actuellement l'objet de discussions (Tanguay, communication personnelle, voir l'annexe D). Les employés de l'organisme qui offre le programme collectif de soutien par les pairs à Vancouver communiquent régulièrement avec le Burnaby‑New Westminster Family Justice Centre qui leur envoie la plupart des familles participant au programme. Les parents des enfants qui participent au programme de base de Toronto, Familles en Transition, qui se rassemblent avec leurs enfants et le responsable du dossier à la fin du programme aux fins d'établir des objectifs et de préciser de nouveaux besoins, font souvent ensuite appel au processus de médiation pour élaborer ou réviser les accords parentaux et y incorporer les résultats du programme pour enfants (Freeman, communication personnelle, voir l'annexe D).

3.2.3  Programmes à accès restreint et programmes accessibles à tous

En règle générale, les programmes communautaires d'éducation, d'information et de soutien, notamment Rainbows ou Circle of Friends en Colombie-Britannique (voir l'annexe A), sont accessibles à tous les enfants qui vivent ou qui ont vécu l'éclatement de leur famille (voir les annexes A et C pour plus de détails). Les programmes communautaires axés sur la thérapie sont soit accessibles à tous ou uniquement aux familles qui vivent un conflit ou un litige grave. Le programme pour enfants, Familles en Transition, de la Family Services Association of Metropolitan Toronto, par exemple, accueille les enfants qui, selon les conseillers, bénéficieront d'un environnement de groupe, y compris les familles qui vivent de graves conflits mais sont néanmoins disposées à écouter les conseils et à changer (Freeman, communication personnelle, voir l'annexe D).

Certains programmes excluent les enfants qui ont connu la violence familiale. Ces derniers sont plut ôt renvoyés en thérapie individuelle au motif qu'ils ne pourront pas communiquer leurs sentiments à leurs parents. Le programme, Giving Children Hope, du Family Centre de Winnipeg, n'est offert qu'aux parents qui vivent des conflits graves et sont devant les tribunaux.

La plupart des programmes provinciaux offerts par les tribunaux visent les enfants de parents qui sont en litige concernant la garde et le droit de visite ou s'appliquent uniquement à eux (par exemple, le programme Coincé entre les deux du Manitoba, le groupe de soutien par les pairs de l'ARK Child Services Society de Vancouver, de même que le programme Confidences des Centres jeunesse de Montréal).

Puisque les programmes qui s'adressent aux enfants aux États-Unis sont souvent liés à des programmes obligatoires d'éducation des parents, la plupart des programmes américains ne sont accessibles qu'aux enfants dont les parents sont devant les tribunaux pour des questions de séparation ou de divorce. En Californie, les programmes pour enfants sont souvent liés à la médiation d'une impasse ou à d'autres programmes intensifs de médiation à l'intention des parents qui sont parties à un litige.

3.2.4  Durée des programmes

La plupart des programmes de groupe sont courts. Quelquefois, les programmes d'information et d'éducation ne comportent qu'une ou deux séances et les programmes de soutien émotionnel, trois ou quatre séances seulement. Selon nombre d'organismes fournisseurs, un soutien émotionnel de brève durée lors de la séparation ou du divorce est suffisant dans la plupart des cas pour aider les enfants à comprendre ce qui se passe, à accepter la réalité et à reconnaître leurs propres sentiments à cet égard et à y faire face (Nichols, communication personnelle, voir l'annexe D). La plupart des parents dont les enfants complètent le programme du Jewish Child and Family Service de Toronto, One Family, Two Homes, par exemple, ne suivent pas le programme plus intensif, Picking Up the Pieces, parce qu'ils jugent qu'eux et leurs enfants ont obtenu ce dont ils avaient besoin (Gertner, communication personnelle, voir l'annexe D). Cependant, le Marriage Council de Philadelphie offre aux enfants des séances pendant une période qui peut durer jusqu'à quatre mois et, en leur permettant de participer à plus d'un groupe, ils peuvent même les suivre pendant un an (voir l'annexe C pour plus de détails). Le Children of Separation and Divorce Center du Maryland fait participer les parents et les enfants pendant longtemps en leur donnant une formation qui leur permettra d'apporter leur contribution à des séminaires sur l'art d'être parent et de jouer le r ôle de conseillers auprès de leurs pairs (Davis et al. 1997).

3.3  Disponibilité des programmes

Aux États-Unis, le nombre de programmes rattachés aux tribunaux qui visent les enfants du divorce ou de la séparation a beaucoup augmenté pendant les années 1990. Une enquête nationale (Geasler et Blaisure 1999) a révélé que le pourcentage de comtés et de villes américaines qui offraient ce type de programme était passé de 10 p. 100 en 1994 à 21 p. 100 en 1998. Les tribunaux qui ont répondu au sondage ont dit que le changement le plus important qu'ils voulaient apporter aux programmes d'éducation sur le divorce était l'ajout d'un programme pour enfants. L'augmentation du nombre de programmes pour enfants correspond à une multiplication par trois du nombre de programmes d'éducation des parents aux États‑Unis entre 1994 et 1998 (Geasler et Blaisure 1999).

Presque toutes les provinces canadiennes offrent aujourd'hui des programmes d'éducation des parents soit par l'entremise des tribunaux, soit en achetant ce service des organismes communautaires. Toutefois, nombre de ces programmes sont très récents (Bacon et McKenzie 2001). Le nombre de programmes en éducation des parents d'accès général et financés par les institutions publiques a augmenté très rapidement depuis 1997 année o ù un sondage national avait permis de relever environ 140 de ces programmes au pays (Bacon et McKenzie 2001). Comme il a été mentionné cependant, aucun programme financé par les tribunaux ne comprend de programme complémentaire à l'intention des enfants.

Compte tenu de leurs liens avec les programmes d'éducation des parents, un grand nombre des nouveaux programmes américains pour les enfants sont des programmes d'éducation et d'information qui offrent même à l'occasion, un soutien émotionnel (par exemple, le programme offert dans le comté de Jackson, Missouri, Focus on Children in Separation). En 1998, la plupart des programmes pour enfants rattachés aux tribunaux visaient les enfants des écoles primaires (99), des écoles intermédiaires (85), des écoles secondaires (62) puis des centres préscolaires (21). Les organismes communautaires offraient la plupart des programmes (une nette augmentation par rapport à 42 p. 100 en 1994) et près des deux tiers des programmes étaient obligatoires pour les enfants de parents qui se séparaient ou divor çaient (Geasler et Blaisure 1999).

Le nombre de programmes communautaires autonomes dont le contenu vise principalement l'éducation, l'information ou le soutien par les pairs semble augmenter au Canada et aux États‑Unis. Par exemple, le programme de soutien par les pairs, Rainbows, offert par des bénévoles peut, gr âce à un permis, être offert dans toutes les provinces, sauf en Saskatchewan (voir les annexes A et C). Néanmoins, ces programmes ne sont pas toujours disponibles; Rainbows est actuellement offert dans la plupart des écoles de Durham (Ontario), à l'est de Toronto, par exemple, mais il n'est offert qu'à deux endroits dans l'Île‑du‑Prince‑Édouard. Au Yukon, on envisage également la possibilité d'offrir des programmes d'éducation pour les enfants au sein du système scolaire (McLeod, communication personnelle, voir l'annexe D).

Les programmes de soutien émotionnel ou de thérapie intensive dirigés par des conseillers sont offerts dans les villes principales de plusieurs provinces canadiennes et sont habituellement rattachés à d'autres services à la famille fournis par les organismes communautaires, les h ôpitaux ou les établissements de santé mentale.Note de bas de la page 1 On ignore si le nombre de ces programmes augmente. Les fournisseurs disent que les services et les ressources sont limités (communication personnelle, fournisseurs de services communautaires d'un bout à l'autre du pays). Dans le même ordre d'idées, toutes les administrations offrent des services de thérapie et de counseling individuels mais presque toujours uniquement dans les grands centres et en très petit nombre (voir l'annexe A).

Le nombre de programmes thérapeutiques rattachés aux tribunaux semble avoir augmenté récemment en Colombie‑Britannique, mais un programme intensif de l'Ontario pour les enfants dont les parents vivent un grave conflit et un litige — For Kids' Sake — n'est plus offert depuis peu. Le Royaume‑Uni et l'Australie offrent également certains programmes communautaires, de même que des programmes rattachés aux tribunaux à l'intention des enfants, mais leur nombre n'est pas connu. Les programmes pour enfants sont souvent offerts dans le cadre des services de médiation et de conciliation en Angleterre, au pays de Galles et en Écosse. Les programmes qui sont rattachés aux services de médiation et de conciliation sont plus susceptibles d'offrir un soutien émotionnel thérapeutique afin d'aider les enfants à exprimer leurs sentiments, à mieux communiquer avec leurs parents et à commencer à faire face à leurs sentiments et à leurs expériences. Le tribunal de la famille d'Australie offre également des programmes pour enfants à certains endroits dans le cadre de ses services de médiation disponibles partout au pays (Strategic Partners 1999).

Dans l'ensemble, la plupart des fonctionnaires des tribunaux et des fournisseurs de services communautaires disent qu'il faut augmenter le nombre de programmes de toutes sortes à l'intention des enfants.

3.4  Types de programmes et évaluation de leur efficacité

Il est difficile de classer les programmes existants dans différentes catégories compte tenu de leur très grande diversité. Dans le présent rapport, nous les avons répartis en cinq grands groupes selon les objectifs visés, le fondement stratégique, le contenu, le mode de prestation et la présence de services cliniques ou thérapeutiques. Il existe peu d'évaluations rigoureuses, même des principaux programmes, quoique les sondages auprès des ex‑participants aux programmes d'éducation et de soutien émotionnel permettent de dire que les clients en sont très satisfaits.

3.4.1  Programmes d'éducation et d'information

Les programmes pour enfants dont le nombre augmente le plus sont ceux qui sont rattachés aux programmes d'éducation des parents ou qui leur sont accessoires. Ces programmes sont très divers, mais en règle générale, ils offrent de l'information et de l'éducation, de même qu'un soutien émotionnel. En pratique, il est difficile de distinguer ces deux composantes quand il s'agit de très jeunes enfants puisque ces derniers réagissent principalement par leurs émotions. Toutefois, un grand nombre de programmes pour enfants rattachés à un programme d'éducation des parents, en particulier les programmes imposés par les tribunaux, mettent l'accent sur l'éducation et l'information concernant les répercussions juridiques et émotionnelles du divorce sur les enfants (par exemple, les programmes Kids First offerts à Hawaii et décrits à l'annexe C). La plupart semblent également donner des moyens pratiques de faire face aux comportements inopportuns des parents ou à leur propres agissements. Toutefois, les programmes sont souvent courts, comportant peut-être une ou deux séances et ils peuvent regrouper jusqu'à 35 à 40 enfants comme c'est le cas pour les programmes Kids First (Anaya, communication personnelle, voir l'annexe D). Les programmes d'éducation concernant les aspects juridiques du divorce peuvent s'avérer très concrets. Le programme Kids First commence par une visite du tribunal o ù les enfants sont encouragés à s'asseoir sur le banc du juge et à se servir du maillet (Anaya, communication personnelle, voir l'annexe D) (Di Bias 1996).

Lorsque les programmes pour enfants qui sont rattachés à des programmes d'éducation des parents offrent un soutien émotionnel, leur contenu viendra sans doute appuyer les objectifs du programme des parents, à savoir sensibiliser les parents aux besoins et aux sentiments de leurs enfants et les amener à tenir compte davantage des intérêts de leurs enfants plut ôt que de leurs propres intérêts. En aidant les enfants à cerner et à exprimer leurs sentiments concernant la séparation, on vise notamment à faciliter la communication parents-enfants, particulièrement au sujet du divorce, de manière à sensibiliser davantage les parents. Ces cours enseignent des stratégies d'adaptation pratiques aux enfants pour qu'ils soient protégés au cas o ù leurs parents ne retireraient rien de leurs propres programmes.

Par exemple, le programme One Family, Two Homes du Jewish Child and Family Service de Toronto est lié à des ateliers d'éducation des parents donnés simultanément. Ce programme a pour objet principal d'améliorer la communication entre les parents et l'enfant, en aidant celui‑ci à s'exprimer et en aidant les parents à écouter et à répondre aux besoins de leurs enfants. Le programme a été mis sur pied il y a deux ans à cause des longues listes d'attente du programme plus thérapeutique, Picking Up the Pieces. Les deux programmes permettent aux enfants de disposer d'un milieu rassurant dans lequel ils pourront exprimer leurs sentiments et explorer des stratégies d'adaptation; ce qui les distingue le plus, c'est que dans le programme One Family, Two Homes, les questions sont abordées de fa çon générale alors que dans Picking Up the Pieces, les conseillers travaillent avec chaque enfant individuellement en se centrant sur les sentiments et les actes de ces derniers (Gertner, communication personnelle, voir l'annexe D). (Le programme plus intensif exclut également les enfants d' âge préscolaire.)

Comme il a été mentionné, les programmes axés sur l'éducation peuvent être autonomes (par exemple, le programme rattaché au tribunal de St. John's (Terre‑Neuve-et-Labrador) est autonome et offre à la fois un soutien émotionnel et de l'éducation). Certaines familles qui ont suivi avec succès le court programme, One Family, Two Homes,suivent ensuite le programme plus intensif, mais d'autres disent que le premier programme a été suffisant pour répondre à leurs besoins (Gertner, communication personnelle, voir l'annexe D).

3.4.1.1  Évaluations

Il existe peu d'évaluations des programmes pour enfants axés sur l'éducation et celles qui existent sont très succinctes. Nous n'avons trouvé aucune évaluation qui mesure les résultats concrets obtenus relativement à la connaissance, à l'attitude ou au comportement des enfants ayant participé à un programme d'éducation. Néanmoins, les évaluations des programmes d'éducation des parents peuvent nous offrir un aper çu. Les études révèlent que les programmes non didactiques d'éducation pour les parents (les programmes didactiques n'ont aucune incidence selon Arbuthnot et al. 1997) peuvent être efficaces pour permettre aux parents d'acquérir pour de bon de nouvelles connaissances et de changer d'attitude (Arbuthnot et Gordon 1996; McKenzie et Guberman 1997, cités dans Kirby 1998). Les parents ont dit que leur comportement avait changé dans plusieurs études (p. ex : Gray et al. 1997). Toutefois, selon une étude qui a également mesuré leur comportement réel, la plupart des comportements problématiques n'avaient pas changé (Arbuthnot et Gordon 1996).

Une évaluation du programme obligatoire Families in Transition donné à Louiseville dans l'État du Kentucky (voir l'annexe C) a mesuré au moyen du Divorce Adjustment Inventory les résultats à court terme chez les personnes qui avaient suivi les programmes pour enfants et parents. L'évaluation a révélé que la plupart de ces personnes s'étaient adaptées de « fa çon satisfaisante  » au divorce (Brown et al. 1994). Le programme offre à la fois un contenu éducatif et un soutien émotionnel. Les évaluateurs ont également signalé que moins de 10 p. 100 des familles qui avaient complété le programme obligatoire s'étaient adressées de nouveau aux tribunaux pour des questions liées aux enfants. Toutefois, en l'absence d'un groupe témoin à des fins de comparaison, les répercussions du programme ne sont pas claires puisque, quoi qu'il en soit, à la longue, la plupart des familles s'adaptent de fa çon satisfaisante au divorce. D'ailleurs, relativement peu de parents qui divorcent et se séparent se retrouvent de nouveau en litige par la suite et les familles qui suivent les cours sont probablement celles qui veulent le plus collaborer et qui ont le plus à cœur le bien‑être de leurs enfants.

Les programmes américains à l'intention des enfants qui sont liés à des programmes obligatoires d'éducation des parents font toutefois face à une difficulté : le faible taux de participation (voir par exemple, Comté de Jackson, Missouri, le programme Focus on Children in Separation, à l'annexe C).

3.4.2  Programmes qui offrent un soutien émotionnel thérapeutique

Un autre type de programme assez courant fait appel à des moyens thérapeutiques afin d'aider les enfants à s'adapter et à faire face à leurs réactions sur le plan des émotions, notamment l'anxiété, le bl âme, la colère, les actes intempestifs et la dépression, réactions aux divorces qui non seulement sont les plus douloureuses, mais qui peuvent également freiner le développement de l'enfant. Ces programmes offrent, outre l'information et l'éducation, un milieu rassurant dans lequel les enfants peuvent s'exprimer et parler de leurs sentiments avec d'autres enfants, ainsi qu'avec des adultes compatissants. Ils s'inscrivent dans un continuum par rapport aux programmes axés sur l'éducation décrits plus haut; d'ailleurs, la distinction entre les programmes individuels des deux catégories n'est peut‑être que purement théorique.

Ces programmes peuvent être offerts par des organismes de services à la famille, des établissements de santé mentale, des centres de counseling ou des conseillers scolaires et peuvent être donnés dans les écoles ou dans les locaux de ces organismes. Certains peuvent avoir des liens avec les programmes d'éducation des parents ou avec des programmes pour les parents qui utilisent également des techniques thérapeutiques. Plusieurs programmes sont des programmes autonomes.

3.4.2.1  Programmes aux États-Unis

Aux États‑Unis, le programme Rollercoasters est en grande partie donné par les conseillers scolaires qui utilisent un programme plus ou moins fondé sur les six « t âches  » de Wallerstein pour les enfants suivant la séparation et le divorce et dont nous avons parlé à la section 1 (Fischer 1997).

Le Children of Divorce Intervention Program (CODIP)est également un programme scolaire autonome qui combine les techniques de counseling et le soutien émotionnel, l'information et l'éducation et qui enseigne des habilités concrètes d'adaptation (Pedro-Carroll et Cowen 1985; Pedro-Carroll et al. 1986). Ce programme, qui constitue une mesure de prévention en matière de santé mentale, est bien connu pour avoir été souvent évalué et pour avoir obtenu des résultats positifs (voir plus loin). Ses composantes sont beaucoup utilisées dans ce genre de programmes scolaires partout au pays. Le programme visait d'abord les enfants d' âge préscolaire, mais différentes versions ont maintenant été adaptées pour les enfants plus âgés allant jusqu'à la huitième année scolaire.

Le CODIP est fondé sur un programme antérieur prometteur, le Divorce Adjustment Program (DAP), qui visait les enfants en bonne santé sur le plan psychologique âgés de 7 à 13 ans dont les parents se séparaient ou divor çaient, de même que leurs parents (Stolberg et Garrison 1985, cité dans Shaw et Ingoldsby 1999). Les 12 séances du groupe de soutien pour enfants du programme DAP étaient divisées en deux parties égales : une discussion sur divers sujets liés au divorce et l'enseignement de moyens pour réagir de manière à pouvoir résoudre des problèmes, maîtriser sa colère, faciliter la communication et mettre les enfants à l'aise. Le CODIP a réduit l'importance qu'il accordait à la partie du cours portant sur la maîtrise de la colère et a ajouté une composante plus générale de soutien émotionnel (Pedro-Carroll et Cowen 1985). Le DAP visait également des parents qui faisaient partie de groupes de soutien communautaires pour chef de famille monoparentale et des groupes formés à la fois d'enfants et de parents.

Un autre programme américain, Kid's Turn, vise essentiellement les mêmes problèmes que le CODIP et Rollercoasters, mais son programme pour enfants est rattaché à un programme parallèle à l'intention des parents (les deux parents participent si c'est possible mais à des séances différentes). À la fin du cours, les enfants et les parents sont réunis dans le cadre d'un repas‑partage.

3.4.2.2  Programmes au Canada

La recherche effectuée pour le présent rapport a révélé qu'il existait au Canada des programmes offrant un soutien émotionnel thérapeutique et aidant les enfants à s'adapter. À titre d'exemples, mentionnons les programmes Familles en Transition de la Family Services Association of Metropolitan Toronto, It's Still O.K. de St. John's (Terre-Neuve-et-Labrador), de même que Coincé entre les deux, du gouvernement du Manitoba. Les deux premiers s'adressent à tous les enfants, mais leurs directeurs affirment que les enfants qui y participent ont tendance à vivre une plus grande détresse que la moyenne (Sinclair, Freeman, communication personnelle, annexe D), particulièrement à Toronto.

Dans la plupart des programmes, les parents sont appelés à participer individuellement à un moment donné; les organismes fournisseurs sont donc d'avis que les parents doivent participer pour que le programme ait un effet thérapeutique, c'est-à-dire pour assurer le bien-être de l'enfant et pour qu'il s'adapte au plan émotif et comportemental. Le processus de sélection de plusieurs programmes était très élaboré et s'échelonnait sur plusieurs heures (par exemple, le programme principal de la Family Services Association of Metropolitan Toronto, Familles en Transition). Lorsque les programmes pour enfants et parents sont liés, le responsable du dossier familial peut être appelé à faire le suivi avec les parents; les directeurs des deux programmes se rencontrent régulièrement afin de s'assurer que les bonnes questions sont abordées comme il se doit au sein des groupes.

Les fournisseurs conviennent que leurs programmes sont plus efficaces lorsque les deux parents participent. Toutefois, lorsque les deux parents participent à un programme quelconque à l'intention des parents, en règle générale, ils le font séparément. Les fournisseurs ont également insisté sur la nécessité d'établir des groupes formés de personnes des deux sexes.

3.4.2.3  Évaluations

Les évaluations de ces programmes sont parmi les meilleures disponibles pour les programmes pour enfants.

Children of Divorce Intervention Program

Les évaluations des deux programmes pilotes Children of Divorce Intervention Program (CODIP) sont parmi les rares à faire état de résultats positifs (Pedro-Carroll et Cowen 1985; Pedro-Carroll et al. 1986). Les études faites avant et après la mise en œuvre du programme ont révélé que les enfants avaient un taux moins élevé d'anxiété (et moins d'anxiété que les enfants du groupe témoin) et une attitude moins négative à l'égard d'eux-mêmes et concernant le divorce. On n'a constaté aucun changement relativement à la perception des enfants quant à leurs compétences et leur estime de soi. Toutefois, les parents, les enseignants et les directeurs de programmes ont dit que les enfants étaient moins timides ou anxieux à l'école, qu'ils avaient moins de problèmes scolaires, qu'ils étaient plus compétents (c'est-à-dire qu'ils se montraient moins frustrés, étaient plus sociables, respectaient davantage les règles et s'affirmaient d'une fa çon plus opportune), se bl âmaient moins et étaient, dans l'ensemble, moins angoissés (Pedro-Carroll et Cowen 1985).

Un deuxième programme pilote qui a comparé les enfants de familles séparées ou divorcées à des enfants de familles intactes a révélé, encore une fois, que la très grande majorité des enfants du programme étaient moins angoissés. Les parents, les enseignants et les animateurs ont encore une fois dit qu'il y avait eu amélioration sur presque tous les points. Pour ce qui est d'un grand nombre de mesures scolaires et d'autres mesures externes, les enfants du programme avaient rattrapé ceux du groupe témoin par rapport à qui ils avaient du retard au moment de l'évaluation antérieure à la mise en œuvre du programme (Pedro-Carroll et al. 1986).

Un récent suivi effectué auprès de participants au programme deux années plus tard a révélé que les enfants du CODIP étaient toujours moins angoissés que les autres enfants du divorce d'un groupe témoin (Pedro‑Carroll et Sutton 1999). Les parents ont également mentionné une amélioration des habiletés d'adaptation de leurs enfants et de leurs habilités à faire face efficacement aux préoccupations concernant le divorce. Les enfants de parents divorcés du groupe témoin avaient plus de problèmes comportementaux et rendaient visite à l'infirmière scolaire plus souvent.

Rollercoasters

Selon l'évaluation du programme Rollercoasters, 85 p. 100 des parents ont signalé une amélioration d'au moins un des cinq facteurs mesurés suivants : le niveau général de communication de l'enfant, son niveau de communication concernant le divorce, sa volonté d'exprimer ses sentiments, ses agissements et son estime de soi (Fischer 1997). Les enfants qui communiquaient davantage avant le programme étaient plus susceptibles d'être encore plus communicatifs par la suite. Les parents étaient plus susceptibles de constater une amélioration relative au passage à l'acte, à l'expression des sentiments et à l'estime de soi si l'enfant était en de çà de la moyenne sur ces points avant le programme. Toutefois, les enseignants ont dit qu'il n'y avait eu aucun changement des comportements négatifs des enfants (à l'aide du Behaviour Problems Index). L'évaluation ne tenait pas compte de l'auto-évaluation des enfants.

Divorce Adjustment Program

L'évaluation du Divorce Adjustment Program (DAP) a également révélé d'importantes améliorations de la perception de soi et des habilités d'adaptation sociale chez les enfants du programme pendant la période qui a suivi le traitement et cinq mois plus tard (Stolberg et Garrison 1985, cité dans Shaw and Ingoldsby 1999). Toutefois, le DAP a révélé que les résultats étaient différents selon qu'il s'agissait du programme autonome pour enfants, du programme combiné enfants-parents ou du programme autonome pour parents. Seuls les enfants du programme autonome s'étaient améliorés, et seuls les parents du programme autonome pour parents s'étaient améliorés. Ni les parents, ni les enfants qui avaient participé au programme commun ne s'étaient améliorés (Stolberg et Garrison 1985, cité dans Pedro‑Carroll et al. 1986). Une étude effectuée pendant les années 1980 par le fondateur du programme de Toronto, Familles en Transition, a également évalué diverses combinaisons de programmes; selon les résultats obtenus, les programmes parents-enfants étaient les plus efficaces, tandis que les programmes pour parents seuls étaient plus efficaces que les programmes pour enfants seuls (Freeman, communication personnelle, voir l'annexe D).

Une étude effectuée plus tard au sujet du DAP a examiné les effets du programme sur des enfants beaucoup plus perturbés (la moitié d'entre eux avaient des problèmes cliniques importants). On avait ajouté au programme des travaux écrits pour aider les enfants à appliquer les compétences acquises pendant le programme à leur vie de tous les jours (Stolberg et Mahler 1994, cité dans Shaw et Ingoldsby 1999). Cette étude a donné des résultats semblables pour ce qui touche les enfants, mais les travaux écrits n'avaient fait aucune différence quant aux gains réalisés. En outre, le seul résultat positif toujours présent une année plus tard était l'amélioration du comportement des enfants à la maison (Stolberg et Mahler 1994, cité dans Shaw et Ingoldsby 1999).

Malgré les résultats un peu prometteurs de certaines études du groupe témoin, d'autres études de groupes témoins de programmes semblables n'ont révélé aucun résultat positif (Lee et al. 1994; voir également les citations dans Pedro‑Carroll et Cowen 1985). Sept études d'interventions auprès des parents à l'aide de groupes témoins ont amené à des conclusions aussi décevantes (Lee et al. 1994). Les études sans groupe témoin ont révélé des résultats mitigés semblables (p. ex., voir les citations dans Crosbie-Burnett et Newcomer 1990).

Confidences

Une récente évaluation du programme Confidences des Centres jeunesse de Montréal, même si elle ne mesurait pas les résultats obtenus chez les enfants, a révélé que 80 p. 100 des 112 enfants participants avaient l'impression que le programme les avait aidés. Trente-six pour cent ont dit que le fait de parler de la séparation de leurs parents les avait aidés et 15 p. 100 ont dit que le fait d'en parler les avait aidés à comprendre la séparation (Vallant 1999). Les parents ont indiqué que le sentiment de sécurité de leur enfant avait augmenté après qu'il ait vu d'autres enfants dans la même situation; presque autant de parents croyaient que le programme avait aidé leur enfant à s'exprimer plus facilement au sujet de la séparation. Un quart des parents ont mentionné que leur enfant était plus calme et un cinquième que leur enfant s'exprimait plus facilement concernant la séparation (voir l'annexe A).

3.4.3  Programmes non spécialisés qui offrent un soutien émotionnel par les pairs

D'autres programmes procurent, eux aussi, un milieu rassurant dans lequel l'enfant peut, avec l'aide de bénévoles qualifiés, explorer avec d'autres enfants les sentiments qu'il éprouve face au divorce de ses parents, particulièrement les sentiments de perte, de crainte et même de désespoir. Les programmes vont de simples échanges informels jusqu'à des activités plus structurées. Ils peuvent inclure l'enseignement de techniques d'adaptation qui aideront l'enfant à ne pas être tiraillé entre ses deux parents et une explication des termes et processus juridiques concernant la séparation et le divorce, de même que leurs effets sur les enfants. À Brighton, en Angleterre, par exemple, les conseillers du programme Relateen offrent des séances de discussions informelles aux jeunes âgés de 11 à 18 ans dont les parents se sont séparés et ont divorcé (http://www.brightonrelate.org.uk).

Au Canada et aux États-Unis, le programme Rainbows offre 12 séances hebdomadaires à des groupes d'enfants d' âge semblable, plus deux jours consacrés aux multigroupes. Le programme est accessible à tous les enfants, y compris ceux dont les parents sont séparés ou divorcés depuis plusieurs années et ceux qui ont perdu un membre de leur famille. Il est mené par des enseignants, des adultes compatissants et quelquefois des conseillers qui ont suivi une courte période de formation. Au Canada, Rainbows peut être donné dans 1 070 endroits, c'est-à-dire que 1 070 organismes ont re çu la formation nécessaire et sont autorisés à offrir le programme. En l'an 2000, environ 9 000 cahiers de travail ou journaux ont été envoyés aux divers endroits o ù le programme était offert.

En Colombie-Britannique, l'ARK Child Services Society de Vancouver a également élaboré un programme à l'intention des groupes de soutien par les pairs, le programme Connections, donné par des professionnels ayant re çu une formation en écoute active. Les Boys and Girls Clubs de la province offrent également des groupes de soutien aux enfants d' âge scolaire et aux adolescents qui ont subi une perte, y compris l'éclatement de leur famille.

Une évaluation de 97 enfants de quatrième, cinquième et sixième années qui ont participé au programme Rainbows dans 28 écoles près de Chicago a fait état d'une réaction positive, mais les enfants en auraient peu bénéficié comparativement à un groupe témoin (Kramer et Laumann 2000). Dans les familles qui vivent des conflits très graves, les évaluations menées avant et après l'application du programme ont révélé une certaine amélioration de la perception des enfants à l'égard d'une des habiletés d'adaptation : la réévaluation positive, c'est-à-dire la capacité de voir le bon c ôté des choses. Les enfants eux‑mêmes n'ont constaté aucun changement en matière d'adaptation, de la qualité de leur relation avec le parent avec lequel ils passent le plus de temps et d'autres habilités d'adaptation notamment, la capacité d'obtenir le soutien de ses pairs, d'éviter des stratégies fondées sur le désespoir ou le bl âme et de tenter d'obtenir l'aide d'autres adultes. Les perceptions qu'avaient les enfants de leur bien-être n'avaient pas changé, mais les enfants de familles en conflit grave du groupe témoin étaient d'avis que leur bien‑être avait diminué. Cette constatation laisse à penser que le programme peut offrir une certaine aide stabilisatrice à ces enfants.

Les conseillers ont dit qu'ils se demandaient si les animateurs non spécialistes de ces programmes non spécialisés étaient en mesure de détecter les signes indiquant que les enfants des familles en conflit grave ou en détresse pour toute autre raison réagissaient mal à ce qui se passait dans le groupe. Ces programmes semblent toutefois permettre de normaliser facilement le processus de divorce et de séparation.

3.4.4  Programmes ciblés d'enseignement de certaines habiletés : Les enfants du divorce

Il arrive souvent que les parents qui divorcent ou se séparent amènent leur enfant à participer à leur conflit en exigeant qu'il prenne parti et qu'il aide un parent à nuire à l'autre. Les programmes pour enfants ont souvent une composante qui a pour objet d'enseigner aux enfants des stratégies pour les aider à éviter ce type de situation. De nombreux organismes communautaires axent leur programme sur les documents vidéo du programme Les enfants du divorce. Puisque le programme vise tant les parents que les enfants, il est souvent utilisé comme fondement des programmes d'éducation des parents qui comprennent une composante à l'intention des enfants. Le programme pour enfants a été distribué à plus de 500 organismes fournisseurs de services en Amérique du Nord.

Les programmes de thérapie et de médiation visant les parents qui ont de graves différends et sont en litige, sont également susceptibles de s'adresser aux enfants pris entre les deux, puisque la situation est très fréquente lorsque les parents vivent de graves conflits. Cependant, les familles qui ont de graves conflits ont des problèmes d'une toute autre portée que les autres familles. Ces parents ont tous énormément de difficulté à écouter leurs enfants et leur ex‑conjoint. Le programme Les enfants du divorce, axé sur l'éducation, n'est pas destiné à ces familles.

Le programme rattaché aux tribunaux au Manitoba, Coincé entre les deux, vise les enfants dont les parents sont en litige pour des questions de garde et de droit de visite (Bewski, communication personnelle, voir l'annexe D). Même s'il porte essentiellement sur le fait d'être pris entre les deux parents, il est con çu en vue d'offrir un soutien émotionnel thérapeutique plus général et d'enseigner aux enfants des habiletés d'adaptation à peu près comme les autres programmes susmentionnés.

Il y a eu beaucoup d'évaluations de divers programmes Les enfants du divorce même si c'est surtout la version « éducation des parents  » du programme qui a été ciblée (voir Arbuthnot et al. 1997; Arbuthnot et Gordon 1996, pour les évaluations les plus rigoureuses). Toutefois, une petite étude de 33 enfants de quatrième, cinquième et sixième année a révélé une amélioration importante sur le plan du niveau de stress des enfants (Kearnes et al. 1991). Dans un suivi effectué quatre semaines après le programme, les enfants ont parlé de la fréquence et du niveau de stress ressenti quand ils s'étaient sentis pris entre leurs deux parents. Selon les déclarations des enfants, ceux‑ci avaient beaucoup moins de stress que les enfants d'un groupe témoin qui avaient regardé un vidéo sur le divorce, When Mom and Dad Break Up, vidéo qui n'enseignait aucune habileté d'adaptation. Les améliorations ont été importantes, du point de vue clinique, pour 50 p. 100 des enfants. Le programme semble n'avoir eu aucun impact sur la fréquence du stress.

3.4.5  Interventions thérapeutiques ou cliniques

Ces types de programmes se distinguent par l'importance accordée à l'élément thérapeutique, qu'il s'agisse des programmes pour enfants ou des programmes pour les parents. Très souvent, les groupes pour enfants sont menés par deux thérapeutes (ou un thérapeute et un assistant). Ils sont axés sur le soutien émotionnel et l'enseignement d'habiletés d'adaptation, dans un environnement thérapeutique, aux fins d'aider l'enfant à faire face à ses sentiments, notamment le désespoir et la dépression, à atténuer sa colère et à ne plus passer aux actes. Lorsque le programme pour enfants est rattaché à un programme pour les parents, ce dernier sera également très intense puisque des petits groupes de couples sont conseillés par deux thérapeutes qui tentent d'identifier et de résoudre les comportements destructeurs chez les parents.

Ces programmes intensifs visent habituellement les enfants qui, selon toute évidence, sont en détresse ou les enfants de familles qui vivent des conflits graves, de même qu'un divorce ou une séparation. Ils sont souvent rattachés à des services thérapeutiques familiaux et individuels (les parents ou les enfants peuvent recevoir les deux types de soins en même temps ou ils peuvent passer de l'un à l'autre). Ils peuvent être offerts par des organismes des services à la famille, des centres de counseling et de thérapie, de même que par des établissements de santé mentale. Les cliniciens qui travaillent avec ces familles affirment catégoriquement que ces parents sont typiquement hostiles et intransigeants et qu'il est extrêmement difficile de les amener à reconnaître la souffrance de leurs enfants et à en tenir compte (Hood, communication personnelle, l'annexe D).

Les programmes qui lient les programmes pour les enfants et pour les parents peuvent également être rattachés aux tribunaux. Les familles sont souvent renvoyées à ces programmes parce qu'elles se trouvent dans une impasse devant les tribunaux; il est souvent question de violence et de mauvais traitements. Le programme pour les parents a pour objectif ultime de régler ces litiges au moyen de la combinaison d'une thérapie intensive de groupe et de la médiation. Dans ce contexte, le programme pour enfants permet à ces derniers de recevoir une aide émotionnelle thérapeutique et d'apprendre à mieux s'adapter. Toutefois, le programme vise principalement à donner une rétroaction aux parents concernant les besoins et les préoccupations de leurs enfants et à renforcer et à intensifier la thérapie pour modifier la compréhension et le comportement des parents (Johnston et Campbell 1988, cité dans Brown 1995). Pour bien des experts, ces programmes constituent un moyen moins mena çant pour les enfants de transmettre à leurs parents leurs préoccupations concernant le conflit et la séparation (Brown 1995).

Le centre californien du programme, Familles en Transition, a été un chef de file dans l'élaboration d'interventions thérapeutiques rattachées au tribunal dans cet État (Johnston et Campbell 1988, cité dans Brown 1995). Les services au tribunal de la famille du comté d'Alameda, par exemple, offrent des programmes pour parents et enfants aux familles en litige. Le programme est accessible aux enfants qui vivent une certaine détresse et aux parents qui n'ont pas réussi à s'entendre en médiation à au moins deux reprises. Les programmes pour enfants sont des programmes de soutien par les pairs. Après une préparation très méticuleuse des parents et des enfants, les deux groupes sont réunis pour une séance vers la moitié du programme de huit séances (Schepard 1998). Dans ces types de programmes, les enfants transmettent les messages à leurs parents en tant que groupe en utilisant divers moyens tels que des histoires, des vidéos préenregistrés, des jeux de r ôles ou des enregistrements (Brown 1995).

Ces techniques sécuritaires utilisées pour transmettre de l'information aux parents sont également utilisées dans des programmes parallèles pour enfants et parents qui sont moins intensifs du point de vue clinique et au cours desquels les parents et les enfants se rencontrent à un moment donné. Dans plusieurs autres programmes, les enfants préparent ces messages ensemble dans le cadre de leurs activités (il leur arrive souvent de composer une lettre de groupe) et ils les livrent individuellement à leurs parents.

Le programme du Family Centre de Winnipeg, Giving Children Hope, vise les parents et les enfants de familles en conflit grave (souvent devant les tribunaux) et combine la thérapie et la médiation pour les adultes. Plusieurs thérapeutes dirigent les séances pour les enfants qui commencent quelques semaines avant les séances pour les parents. Les parents doivent suspendre l'instance pendant le programme. Une évaluation du programme est en cours.

Nous n'avons trouvé aucune évaluation d'autres programmes thérapeutiques intensifs pour les enfants. Les évaluations des programmes mixtes (médiation et thérapie) ne mesuraient que les résultats sur les parents. Un suivi effectué deux ou trois ans après deux études de familles en situation de conflit grave a révélé que les deux tiers d'entres elles avaient été en mesure de renégocier leurs propres accords concernant les questions de garde et de droit de visite et d'éviter de retourner devant les tribunaux (voir citations dans Johnston 1994).

3.4.6  Aper çu des évaluations

Dans l'ensemble, il y a eu peu d'évaluations des programmes pour enfants et celles qui existent tendent à être compromises par la petitesse de l'échantillon et par l'utilisation de très peu de méthodes de recherche, souvent à cause des paramètres externes (Fischer 1997; Grych et Fincham 1992). Il semble n'y avoir eu aucun suivi à long terme.

Un grand nombre d'évaluations de programmes que nous avons trouvées dans la documentation ne font qu'établir le degré de satisfaction des participants et leur volonté de recommander le programme à d'autres personnes. Les programmes pour enfants obtiennent d'excellents résultats à cet égard. Les programmes d'éducation à l'intention des parents également. Toutefois, peu d'éléments permettent de dire que ces programmes arrivent à réellement modifier l'attitude des parents et encore moins ou pas du tout de dire qu'ils changent leur comportement (voir plus haut). Il est encore plus difficile d'évaluer l'impact des programmes pour enfants sur leurs émotions, attitudes et comportements puisque, dans beaucoup d'études, les évaluations sont fondées sur les rapports des parents, des enseignants ou des animateurs sur les sentiments et l'adaptation des enfants. Par contre, les auto‑évaluations préparées par les enfants ne sont peut‑être pas plus précises que celles des parents en ce qui concerne la mesure dans laquelle ceux-ci sont sensibles aux besoins et aux sentiments de leurs enfants, communiquent bien avec leurs enfants ou mettent leurs enfants au milieu du conflit parental.

Dans un aper çu des études existantes effectuées au début des années 1990, les chercheurs ont soulevé plusieurs autres préoccupations (Grych et Fincham 1992). Premièrement, ils ont souligné que la plupart des évaluations ne déterminent pas si les objectifs du groupe ont été atteints (p. ex., si les enfants ont une meilleure compréhension du divorce) avant d'évaluer si le programme a amélioré la capacité de fonctionner des enfants. Une seule étude mentionnée plus haut (Roseby et Deutsch 1985, cité dans Grych et Fincham 1992) a évalué précisément si les enfants avaient compris la signification du divorce, par exemple, avant d'évaluer les résultats en termes d'adaptation.

Deuxièmement, les professeurs et les parents qui ont évalué l'adaptation des enfants étaient, en règle générale, tout à fait conscients du fait que l'enfant avait participé à un programme et ils ont donc pu être influencés par cela (l'effet de halo). Dans les évaluations du programme Children of Divorce Intervention Program, cet effet possible concernant l'évaluation faites par les adultes a été atténué par la propre évaluation des enfants des changements dans leur adaptation.

Troisièmement, les chercheurs prétendent que les études d'évaluation devraient faire la distinction entre les enfants qui vivent dans des familles monoparentales et ceux qui vivent dans des familles reconstituées puisque les expériences et les problèmes de ces deux groupes d'enfants peuvent être très différents (Grych et Fincham 1992). Dans le même ordre d'idées, certaines études ne distinguent pas les enfants dont les parents se sont séparés récemment de ceux qui ont peut‑être divorcé il y a plusieurs années.

Les chercheurs ont soulevé un autre problème : l'absence d'outils fiables permettant de mesurer le degré d'adaptation des enfants (p. ex. : Freeman 1995; Pedro-Carroll et Cowen 1985). Les propriétés psychométriques de plusieurs mesures qui sont presque toujours utilisées n'ont pas encore été déterminées. En outre, certains chercheurs se disent préoccupés par le fait que les mesures du comportement en particulier sont souvent centrées uniquement sur les résultats comportementaux négatifs. Il existe peu de mesures permettant d'évaluer les résultats positifs du point de vue du comportement (p. ex. : Amato 1994).

Le petit nombre d'évaluations des programmes pour enfants limite la détermination de leur valeur. Cela veut également dire qu'il n'y a aucune recherche susceptible d'aider les décideurs qui doivent déterminer, par exemple, s'il est plus efficace de donner des ressources aux programmes pour les parents (peut-être des programmes d'éducation des parents, peut-être des groupes de soutien) ou aux programmes pour enfants ou seulement aux programmes qui offrent des services aux deux groupes afin d'atténuer la détresse des enfants et d'améliorer leur bien‑être.

Dans le même ordre d'idées, même si les tribunaux américains ont manifestement tendance à lier les programmes pour enfants aux programmes d'éducation des parents, il semble que les tribunaux australiens et britanniques offrent des programmes pour enfants qui sont plut ôt accessoires aux processus de médiation ou de conciliation. Pour l'instant, aucune recherche ne permet de dire lequel de ces moyens est le plus efficace, pour les enfants directement, pour leurs parents ou pour un processus décisionnel en matière de garde et de droit de visite dans le cadre duquel on se fait un devoir de protéger l'intérêt de l'enfant.

Une autre question importante est celle de savoir si les interventions ciblées, plus intensives, s'adressant aux enfants confrontés à de nombreux facteurs de stress après la séparation et qui n'ont ni parents pour les appuyer ni soutiens sociaux (Wolchik et al. 2000) seraient plus utiles que les interventions générales pour les enfants. Après tout, selon la recherche, les enfants se remettent rapidement du grave sentiment de détresse qu'engendrent la séparation et le divorce à condition que leurs parents s'en remettent aussi.

Malgré l'absence d'évaluation des programmes pour les enfants dont les parents se séparent ou divorcent (mentionnée comme étant la principale raison du très petit nombre d'évaluations des programmes canadiens), ces programmes semblent être très appuyés par les organismes communautaires, notamment de services sociaux, ainsi que par les parents. Les organismes fournisseurs sont convaincus de l'utilité des programmes pour enfants. Ils croient, pour la plupart, que les parents devraient également participer, mais pas nécessairement dans le cadre d'un programme parallèle ou relié. Dans de nombreux programmes, les parents veulent absolument que leurs enfants participent et ils veulent connaître l'évaluation des conseillers à la fin des séances (Filion, Gertner, Freeman, communication personnelle, voir l'annexe D).

Les fournisseurs de programmes de soutien émotionnel dirigés par des non‑spécialistes ont exprimé certaines préoccupations concernant les programmes dirigés par des conseillers, et les responsables de programmes dirigés par des conseillers se sont dits préoccupés par les programmes dirigés par des non‑spécialistes. Ces deux types de programmes ont pour objet d'aider les enfants à comprendre le sens du divorce, c'est-à-dire à accepter que leurs parents ne se réconcilieront probablement pas, mais qu'ils n'abandonneront pas leurs enfants. Toutefois, un groupe de soutien offre moins de structure. L'efficacité relative des diverses approches et les groupes d'enfants qui bénéficieraient d'une de ces approches n'ont pas non plus fait l'objet d'une étude. En outre, comme il a été mentionné, la seule étude sur l'incidence de la compréhension de la situation (Roseby et Deutsch 1987, cité dans Grych et Fincham, 1992) a révélé que cette compréhension ne contribuait pas à l'adaptation des enfants.

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