Les effets du divorce sur les enfants : Analyse documentaire

3. LES FACTEURS QUI INFLUENT SUR L'ADAPTATION DES ENFANTS APRÈS LE DIVORCE (suite)

3. LES FACTEURS QUI INFLUENT SUR L'ADAPTATION DES ENFANTS APRÈS LE DIVORCE (suite)

3.3 Les caractéristiques circonstancielles

3.3.1 L'absence ou le remariage d'un parent

Jusqu'à tout récemment, on supposait couramment dans les études sur le divorce qu'un milieu où les deux parents et l'enfant habitaient ensemble était plus propice au développement de celui-ci qu'une famille monoparentale. Selon cette conception, l'absence de l'un des parents dans le ménage pose problème pour la socialisation des enfants. Même si certaines données viennent appuyer cette notion, il ne semble pas que l'absence d'un parent soit le seul facteur influant sur le bien-être des enfants après le divorce.

On a constaté qu'à la suite d'un divorce, beaucoup d'enfants ont des contacts moins fréquents et de moindre qualité avec le parent qui n'assume pas la garde (Amato, 1987; Schlesinger, 1982). Stolba et Amato (1993) soutiennent cependant que le bien-être des adolescents n'est pas uniquement lié à la perte du parent n'assumant pas la garde. Ils concluent plutôt que les familles non traditionnelles peuvent être propices à l'éducation des adolescents si elles procurent un soutien, un contrôle et une surveillance. Toutefois, ils estiment qu'une famille monoparentale élargie pourrait être moins bénéfique pour les enfants plus jeunes.

Les opinions divergent quant au caractère bénéfique ou néfaste, pour les enfants, du remariage du parent qui assume la garde. Les chercheurs qui mettent l'accent sur l'importance des facteurs économiques ou de l'absence d'un parent soutiennent que le mariage du parent assumant la garde devrait être bénéfique pour les enfants parce qu'il entraîne normalement une augmentation du revenu familial et du degré de surveillance et de soutien parentaux dispensé aux enfants. Par contre, on a fait valoir que l'arrivée dans la famille d'un nouvel adulte, peut-être mal accueilli, pouvait représenter pour les enfants une source de stress et de rivalité (Hetherington et Camara, 1988). Simons (1980) estime que les enfants peuvent éprouver du ressentiment en raison du temps d'attention qu'ils perdent auprès du parent qui assume la garde par suite de la présence du nouveau conjoint. En outre, les fréquentations et le remariage peuvent détruire chez les enfants la croyance que leurs deux parents se remarieront ensemble. Enfin, le remariage est souvent déroutant pour les enfants parce qu'ils doivent apprendre à s'adapter et à accepter encore une autre nouvelle structure familiale. Fait digne de mention, cependant, les enfants qui vivent avec un beau-père sont beaucoup plus susceptibles d'affirmer que leur beau-père est un membre de leur famille que de considérer leur père biologique non résidant comme membre de la famille (Furstenber et Nord, 1985, cités dans Seltzer, 1994).

Même si les beaux-fils et belles-filles jouissent d'avantages financiers évidents par rapport aux enfants des familles monoparentales, les études menées jusqu'à présent n'ont pas réussi à montrer l'existence d'un effet bénéfique du remariage sur le succès ou le comportement des enfants. Dans le cadre d'une étude longitudinale nationale des enfants (âgés de 12 à 16 ans), Peterson et Zill (1986) ont observé davantage de problèmes de comportement chez les filles que chez les garçons dans les familles où la mère s'était remariée. Ayant réalisé une étude de suivi auprès des mêmes enfants à l'âge de 18 à 22 ans, Zill et coll. (1993) ont conclu que le remariage n'avait pas d'effet protecteur sur les enfants. Hetherington et ses collègues (Hetherington, 1993; Hetherington et coll., 1985) ont découvert que le remariage était associé à un plus grand nombre d'effets négatifs. Par exemple, le remariage de la mère assumant la garde avait eu plus d'effets néfastes sur les filles que sur les garçons, tandis que le divorce lui-même avait eu plus d'effets néfastes et prolongés sur les garçons. Avec le temps, cependant, les enfants s'adaptent au remariage et l'on constate une amélioration (Hetherington, 1993; Peterson et Zill, 1986; Zill et coll., 1993).

3.3.2 Le temps écoulé depuis la rupture du mariage

Divers chercheurs ont soutenu que, même si l'on observe souvent des effets négatifs immédiatement après le divorce, les enfants s'adaptent avec le temps à l'éclatement de la famille. Par exemple, Amato (1987) a constaté l'existence d'un lien entre la période écoulée depuis la rupture du mariage et le bien-être des enfants. En effet, interrogés plusieurs années après le divorce, la plupart des enfants ont affirmé qu'ils avaient accepté la situation et s'étaient raisonnablement bien adaptés. De plus, Walsh et Stolberg (1989) ont découvert que la période écoulée depuis la séparation présentait une corrélation significative avec l'adaptation de l'enfant (c.-à-d., les croyances à propos du divorce, l'adaptation comportementale décrite par les parents, les émotions autoévaluées par les enfants). Ils ont observé que l'hostilité entre les conjoints provoquait l’expression d’une plus grande colère chez les enfants dont les parents s’étaient séparés récemment et une colère moindre lorsque la séparation remontait plus loin. Ils ont en outre constaté que, dans le cas des séparations récentes, un nombre élevé d'événements négatifs était lié à un nombre moindre d'idées fausses sur le divorce, qu'il n'y avait aucune relation entre les deux variables à mi-période, mais que le nombre d'idées fausses était plus grand dans le cas des séparations survenues dans un passé plus lointain.

3.3.3 Les conflits

Les répercussions des conflits entre les parents sur l'adaptation des enfants après le divorce ont fait l'objet d'une attention considérable dans les travaux de recherche. La plupart des théoriciens s'accordent à dire que les conflits entre les parents ont à tout le moins certaines influences négatives sur l'adaptation des enfants à la rupture du mariage. Par exemple, on a constaté que les conflits pouvaient influer sur l'estime de soi des enfants, leur capacité d'adaptation, leur compétence sociale et leur comportement (voir Grych et Fincham, 1992, pour une étude documentaire sur la question).

Johnston et coll. (1985) ont examiné en profondeur la nature des conflits parentaux dans 39 familles où il y avait mésentente sur les modalités de garde ou d'accès. Signalons que cet échantillon est biaisé, car le taux d'agressivité verbale et physique que l'on y trouve est beaucoup plus élevé que dans un échantillon normal de couples qui divorcent. Il nous donne cependant une indication des effets dévastateurs que les conflits peuvent avoir sur les enfants. Selon ces parents, les enfants sont exposés à un grand nombre d'incidents de violence verbale et physique, mais à beaucoup moins de raisonnements verbaux liés à ces incidents. Les chercheurs ont constaté que les parents mêlaient les enfants aux conflits à titre de témoins, d'armes passives, de voies de communication ou de participants actifs chargés de recueillir des preuves, d'espionner ou de transmettre des menaces ou des insultes. Seuls 5 pourcent des parents ont affirmé protéger régulièrement leurs enfants contre les disputes ou les comportements consécutifs aux disputes (p. ex., dépression). Les réactions des enfants à ces conflits différaient selon l'âge. Les jeunes enfants présentaient surtout des réactions de détresse soumises et avaient davantage tendance que les enfants plus âgés à s'efforcer de refréner la dispute. Les deux tiers des enfants cherchaient à esquiver la dispute, tandis que le quart des enfants présentaient des réactions de détresse agressives. Il importe à nouveau de souligner que ces enfants semblent être davantage affligés et plus susceptibles de ressentir de la colère que les enfants issus d'une famille où il n'y a pas de conflits, mais les sujets des deux groupes tentent de refréner la dispute, d'en faire abstraction et de l'esquiver. Selon Johnston et coll., on peut prédire les problèmes affectifs et comportementaux des enfants selon le degré de participation de ceux-ci aux conflits, le degré d'inversion des rôles avec les parents, le degré de mésentente entre les parents et la durée des conflits relatifs à l'enfant.

Certaines études franchissent un pas de plus et montrent que les conflits, plutôt que le divorce en soi, sont le principal facteur déterminant de l'adaptation des enfants. Par exemple, Bishop et Ingersoll (1989) ont découvert que les conflits conjugaux avaient des répercussions plus importantes que la structure familiale sur le concept de soi des adolescents. Dans la même veine, Mechanic et Hansell (1989) ont observé que les conflits familiaux avaient davantage d'effets directs sur les changements à long terme dans le bien-être (p. ex., dépression, anxiété, symptômes physiologiques, estime de soi) que le divorce, la séparation actuelle d'avec les parents ou la mort d'un parent. En outre, d'après ces chercheurs, le degré de bien-être des adolescents vivant dans une famille intacte où les conflits sont nombreux est inférieur à celui des adolescents touchés par un divorce s'accompagnant de peu de conflits. Selon une récente enquête menée auprès de 9 816 étudiants du secondaire aux Pays-Bas, le degré de bien-être des enfants vivant avec leur mère seule est plus élevé que celui des étudiants habitant dans une famille biparentale où les conflits entre les parents sont nombreux; le bien-être des enfants qui habitent dans une famille monoparentale dirigée par la mère, où il n'y a pas de conflits entre les parents, et qui ont beaucoup de contacts avec leur père est inférieur à celui des enfants vivant dans une famille biparentale dépourvue de conflits parentaux; enfin, le degré de conflits entre les parents après le divorce joue un rôle plus important dans le bien-être des enfants que le degré de contacts avec le père qui a quitté le foyer (Dronkers, 1996).

À partir de données produites par les enquêtes longitudinales nationales sur lajeunesse aux États-Unis, Jekielek (1996) a conclu que les conflits entre les parents aussi bien que la rupture du mariage étaient liés à une diminution du bien-être chez les enfants, mais que les enfants continuant de vivre dans un milieu marqué par de nombreux conflits s'en tiraient moins bien que les enfants ayant vécu de nombreux conflits, mais dont les parents avaient divorcé au moins deux ans plus tôt. Les résultats laissent penser que le divorce des parents après d'intenses conflits pourrait en réalité accroître le bien-être desenfants comparativement au maintien dans un milieu marqué par les forts conflits. À la suite d'une étude longitudinale s'étendant sur 12 ans, Amato, Loomis et Booth (1995) ont en outre découvert que les conséquences du divorce dépendaient du degré de conflits entre les parents avant la rupture du mariage. Une fois devenus de jeunes adultes, les enfants issus de familles où les conflits étaient nombreux présentaient un plus haut degré de bien-être lorsque leurs parents avaient divorcé que lorsqu'ils étaient restés ensemble. Dans les familles où il y avait peu de conflits, cependant, les enfants à l'âge adulte présentaient un degré plus élevé de bien-être lorsque les parents avaient continué d'habiter ensemble au lieu de divorcer. Dans les mariages qui ne se sont pas terminés par un divorce, les conflits entre les parents présentaient un lien négatif avec le bien-être des enfants.

D'autre part, certains chercheurs ont soutenu que, bien que les conflits soient un facteur important, le lien entre ceux-ci et l'adaptation des enfants après le divorce n'est ni généralisé, ni simple, ni direct. Par exemple, selon Cockett et Tripp (1994), même si les conflits conjugaux étaient liés à des résultats médiocres chez les enfants (sur le plan de la santé, du comportement, des succès scolaires, des amitiés et de l'estime de soi), la réorganisation de la famille semblait être le principal facteur défavorable. De plus, Buehler et Trotter (1990) ont découvert que la compétence sociale de l'enfant était plus fortement liée à la concurrence entre les parents qu'aux conflits ou à la collaboration entre eux. Hess et Camara (1979) ont conclu que l'harmonie entre les parents était un meilleur prédicteur du comportement des enfants que la situation de famille, mais ils ont également constaté que la relation parent-enfant semblait exercer l'influence la plus puissante sur l'adaptation sociale et scolaire de l'enfant et avoir plus de poids que l'harmonie entre les parents. Kelly (1993) soutient que les effets des conflits sont indirects: ils sont modulés par les autres comportements des parents, ou ils dépendent des stratégies adoptées pour régler les conflits, ou encore ils sont liés à la mesure dans laquelle les parents ont directement exprimé leurs conflits au moyen et par l'intermédiaire des enfants. Dans les ménages divorcés et non divorcés, les enfants étaient moins agressifs et manifestaient moins de problèmes de comportement lorsque les parents obtenaient des scores plus élevés sur les échelles de mesure de la collaboration que lorsque les parents adoptaient un style négatif et combatif de règlement des conflits (Camara et Resnick, 1989). Par surcroît, certains chercheurs (p. ex., Cohen, 1995; Heath et MacKinnon, 1988; Hoffman, 1995) ont conclu que la collaboration entre les parents présentait une corrélation élevée avec la relation père-enfant et était un prédicteur de la compétence sociale de l'enfant, ce qui indique l'importance des interactions familiales axées sur la collaboration après le divorce.

Kelly (1993) affirme que les enfants peuvent échapper aux conséquences négatives des conflits parentaux lorsqu'ils ne sont pas entraînés dans ceux-ci par les parents, lorsque les parents évitent les extériorisations directes et agressives des conflits devant eux ou lorsque les parents adoptent des styles de règlement des conflits axés sur le compromis. Selon Buchanan et coll. (1991), les adolescents qui habitent une partie du temps avec chacun des deux parents ressentent plus fortement les effets de la discorde entre les parents et ont tendance à se sentir piégés au milieu du conflit. Les enfants qui sont entraînés dans les désaccords entre leurs parents et qui estiment devoir gérer les relations entre ceux-ci pour aplanir les difficultés sont les plus susceptibles de se sentir déprimés et de manifester des comportements déviants (Buchanan, 1991). Par conséquent, les conflits en soi ne sont pas nécessairement le meilleur prédicteur de l'adaptation et l'on ne devrait peut-être pas s'en servir comme unique facteur déterminant lorsqu'on prend les décisions relatives à la garde et à l'accès. L'utilisation des conflits à titre de facteur déterminant dans les décisions de garde et d'accès pose un autre important problème en ce sens que les conflits diminuent presque inévitablement avec le temps (Kelly, 1990; Maccoby, Depner et Mnookin, 1990) et qu'un couple peut tour à tour entrer en conflit et régler ses différends à maintes reprises tant avant qu'après la séparation et le divorce (Neale et Smart, 1997).

Ayant examiné diverses hypothèses courantes concernant les effets du divorce sur les enfants, Kalter et coll. (1989) n'ont rien trouvé qui vienne confirmer l'hypothèse relative à l'hostilité entre les parents. Ils estiment plutôt que lorsque divers agents stressants (p. ex., dénuement économique, hostilité entre les parents, fardeau occasionné par le rôle de parent unique) usent les forces de la mère qui assume la garde, les enfants s'en tirent moins bien. Cependant, lorsque les parents sont psychologiquement en mesure de procurer une relation d'amour, les agents stressants que le divorce peut engendrer auront des effets moindres sur les enfants et ceux-ci se développeront harmonieusement (Cohen, 1995).

3.3.4 La violence conjugale[5]

Peut-être davantage que toute autre étude, l'Enquête sur la violence envers les femmes (EVEF) de Statistique Canada, qui a fait oeuvre de pionnier, a clairement montré que la violence faite aux femmes dans le contexte familial était loin d'être rare au Canada. Vingt-neuf pour cent des femmes qui avaient déjà été mariées ou avaient vécu avec un homme dans le cadre d'une union de fait avaient connu au moins un épisode de violence exercée par le conjoint (Johnson, 1996). Par surcroît, près de la moitié (48 pourcent) des femmes qui avaient été mariées auparavant ou avaient vécu dans le passé avec un conjoint de fait avaient été victimes d'une quelconque forme d'agression ou de menaces de la part de ce conjoint antérieur. Les relations marquées par la violence sont donc plus susceptibles de prendre fin que les relations pacifiques et, dans certains cas, la décision prise par la femme de mettre un terme à la relation engendre une réaction violente chez son conjoint. En outre, le risque de violence meurtrière est considérablement plus élevé chez les couples séparés que chez les couples mariés habitant ensemble: entre 1974 et 1992, le taux des meurtres perpétrés contre la conjointe était six fois plus élevé dans le cas des femmes séparées que dans le cas des femmes qui habitaient toujours avec l'accusé au moment du meurtre (Wilson et Daly, 1994). De nombreux hommes se livrent à une recrudescence des voies de fait contre leur conjointe lorsque celle-ci pose des gestes pour quitter le foyer conjugal (Johnson, 1996). Les couples en voie de séparation sont donc particulièrement à risques. Par ailleurs, selon l'EVEF, dans 39 pourcent des couples touchés par la violence, la victime a déclaré que les enfants avaient été témoins d'incidents violents et que, lorsque les enfants avaient assisté à des agressions contre leur mère, celle-ci avait subi des blessures corporelles dans 61 pourcent des cas et, dans 52 pourcent des cas, la violence était grave au point que la victime craignait pour sa vie. Il est clair que toute façon de traiter les questions liées au divorce, à la garde et à l'accès est incomplète si elle n'englobe pas une compréhension de la dynamique de la violence familiale. La méconnaissance des cas de violence ne peut qu'accroître les traumatismes affectifs des personnes touchées ou, pis encore, peut accroître le danger physique auquel elles font face.

Les recherches ont montré non seulement que la violence est répandue en milieu familial, mais aussi que les enfants victimes de violence et les enfants témoins de la violence entre leurs parents souffrent beaucoup et risquent eux-mêmes de faire usage de violence une fois parvenus à l'âge adulte (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990; O'Keefe, 1995; Pagelow, 1993; Saunders, 1994; Johnson, 1996) . Il serait impossible ici de rendre justice à la foule de constatations concernant les effets de la violence conjugale sur les enfants, mais on peut affirmer avec toute certitude que ces effets sont dévastateurs et varient considérablement selon l'âge et le sexe de l'enfant, son stade de développement et son rôle dans la famille. Par exemple, les enfants en bas âge souffrent de la perturbation de leurs besoins fondamentaux d'attachement à leur mère ou du bouleversement de leurs habitudes quotidiennes de sommeil et d'alimentation. Ils peuvent également être blessés lors d'un épisode de violence. Les enfants plus âgés en viennent à considérer la violence comme une façon appropriée de réagir aux conflits dans les relations humaines, ce qui influe sur leur adaptation en milieu scolaire et leurs rapports avec leurs camarades. Souvent, ces enfants souffrent de graves problèmes affectifs, ils vivent dans la honte, leur identité est amoindrie et ils ont peu confiance dans l'avenir. Ils sont anxieux, vivant dans la crainte et dans l'attente du prochain épisode de violence. Les adolescents peuvent réagir en faisant des fugues ou en adoptant des comportements délinquants, ou encore en cherchant à assumer la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité dans la famille. Ce qu'il y a de cruellement ironique, pour ces enfants, c'est que les personnes mêmes dont ils dépendent pour obtenir sécurité et soins ne peuvent leur procurer ni sécurité, ni soins (Jaffe, Wolfe et Wilson, 1990).

Il faut que l'on tienne dûment compte de la portée de ces constatations dans les discussions relatives à la garde et à l'accès. La simple fréquence du problème de la violence et la dynamique qui l'entoure indiquent clairement que toute hypothèse quant à un partenariat d'égal à égal est hors de question dans ces cas. D'une part, la majorité des femmes ne signalent jamais les agressions dont elles sont victimes ou, à vrai dire, n'en parlent jamais à quiconque (Johnson, 1996) et elles ne seront peut-être pas crues si elles en parlent pour la première fois au moment de la séparation. Les victimes de violence peuvent éviter de s'adresser aux tribunaux par crainte de représailles, crainte qui n'est pas sans fondement compte tenu des données sur l'escalade de la violence au moment de la séparation. Les femmes peuvent accepter tout ce que réclame leur conjoint en vue de l'apaiser et, en cours de route, peuvent renoncer à des biens ou à d'autres avantages économiques auxquels elles ont droit, dans le cadre de ce qu'elles considèrent comme un échange pour obtenir la garde des enfants. Si l'on ne reconnaît pas les effets de la violence, on pourra avoir l'impression qu'une femme est instable ou émotive et percevoir son conjoint violent comme sûr de lui, rationnel et en bonne situation financière (Rosnes, 1997). Par surcroît, il importe de relier à l'agresseur les effets négatifs de la violence conjugale sur les enfants, pour éviter de juger la mère inapte du simple fait qu'elle est victime de violence familiale. En réalité, la quasi-totalité des résultats de recherche infirme l'orientation que, selon Rosnes, l'on constate actuellement dans l'enceinte des tribunaux:

«[…] les juges supposent que la violence contre la conjointe ne porte pas forcément préjudice à l'enfant et que le fait d'être violent ne nuit pas nécessairement à la capacité du père de bien s'acquitter de son rôle de parent […]. En outre, les recherches qui montrent comment les femmes battues renoncent à leurs droits juridiques et comment les femmes et les enfants se trouvent en danger lors des visites ou des transferts de garde sans surveillance ont également été corroborées.» (Rosnes, 1997, p. 33)

3.3.5 Les réseaux de soutien

Les réseaux de soutien peuvent aider à atténuer certains des effets négatifs liés au divorce. Le soutien en question peut être dispensé par les parents, les membres de la famille élargie, les pairs, les enseignants, etc. Kelly et Wallerstein (1977) affirment que les réseaux de soutien intrafamiliaux et extrafamiliaux revêtent une importance particulière pour les enfants en période de crise, surtout lorsque la crise conduit au bouleversement de la structure familiale. Les enfants plus âgés ont généralement des relations avec des camarades qui leur procurent un soutien, mais fréquemment, les jeunes enfants ne disposent pas de cette ressource. Ceux-ci dépendent souvent entièrement de leurs parents pour l'obtention de soutien durant le processus de divorce. Ou encore, ils peuvent en venir à compter sur des membres de la famille élargie pouvant les aider à faire face au stress provoqué par le divorce et leur procurer le sentiment de continuité et de stabilité dont ils ont besoin. Les grands-parents et les autres membres de la famille peuvent intervenir pour atténuer les tensions affectives et les perturbations engendrées chez les enfants par le divorce. Ces autres adultes peuvent offrir un soutien social qui allège le fardeau du parent n'ayant pas quitté le domicile et contribue à améliorer la qualité des interactions avec les enfants. La présence d'un beau-père peut également accroître le bien-être des enfants en réduisant le degré de stress et d'insécurité auquel la mère doit faire face (Seltzer, 1994). Ce réseau externe joue un rôle particulièrement crucial car on a constaté que le soutien dispensé par les parents peut diminuer durant cette période de crise, alors que les adultes tentent de faire face au stress qu'ils éprouvent euxmêmes en raison du divorce (Jacobson, 1978; Wallerstein, 1980). Cependant - et ce n'est peut-être pas étonnant - , les contacts des enfants avec le père qui a quitté le domicile diminuent lorsque la mère se remarie, ce qui peut menacer le bien-être des enfants, le stress engendré par l'adaptation à la présence d'un nouveau membre dans la famille venant se combiner à la perte de liens avec le père (Seltzer, 1994).

De nombreux chercheurs ont conclu que le soutien parental - tout particulièrement, la relation parent-enfant - , joue un rôle très important dans l'adaptation des enfants après le divorce. En fait, Hess et Camara (1979) ont constaté que ce soutien exerçait une influence plus puissante sur l'adaptation sociale et scolaire des enfants que l'harmonie entre les parents. Même si certains auteurs ont affirmé que seule une très bonne relation avec la mère avait un quelconque effet d'atténuation (Hetherington et coll., 1979; Wallerstein et Kelly, 1975), d'autres, comme Hess et Camara (1979), ont découvert que la relation de l'enfant avec le père n'assumant pas la garde était d'égale importance. De plus, Hess et Camara soutiennent que selon ce qu'ils ont observé, une relation parentenfant positive, même avec un seul parent, atténue grandement les effets négatifs du divorce.

D'autres recherches indiquent qu'un soutien autre que celui des parents peut être suffisant pour assurer l'adaptation positive des enfants. Stolba et Amato (1993) ont conclu que les structures familiales non traditionnelles pouvaient être propices à l'éducation des adolescents, si elles procurent à ceux-ci soutien, contrôle et surveillance. Toutefois, ils ont également constaté que, dans le cas des jeunes enfants, la famille monoparentale élargie pouvait être moins bénéfique. En outre, Heath et MacKinnon (1988) ont observé que le recours par la mère aux réseaux de soutien était un prédicteur de la perception de compétence sociale chez les filles, mais non chez les garçons. Ils concluent que même si le recours à des réseaux externes de soutien peut être souhaitable, pour le bien-être des enfants, il est également souhaitable que la mère soit autonome.

Le soutien par la fratrie a été qualifié d'important facteur d'atténuation des stress du divorce (Neugebauer, 1989), mais d'autres conclusions de recherche n'apportent qu'un appui mitigé à cette constatation. Kelly et Wallerstein (1977), par exemple, ont découvert que les interactions entre les frères et soeurs pouvaient devenir négatives et avoir pour effet d'accroître les sentiments d'aliénation, d'injustice et de colère chez un enfant. D'autre part, on a constaté que les enfants uniques vivant la rupture du mariage de leurs parents présentaient des niveaux plus élevés de stress et d'aliénation.

3.3.6 Le processus judiciaire du divorce

Au Canada, le processus de divorce peut être extrêmement long. Dans une instance en divorce, les avocats veillent aux intérêts de leurs clients: les parents. Les enfants, à l'instar de leurs parents, souffrent souvent du stress engendré par de longs litiges concernant les questions financières et les questions de garde. Or, il est fréquent que les modalités de garde fixées représentent la meilleure solution pour les parents, mais ne tiennent pas compte des désirs ou des besoins des enfants (Wallerstein, 1985b).

Outre les effets de la décision de divorcer, le processus même de divorce peut avoir des répercussions négatives sur l'adaptation des enfants. Par exemple, Saayman et Saayman (1989) soutiennent que la nature accusatoire du système judiciaire a des effets néfastes sur l'adaptation psychologique des enfants au divorce. Ils ont observé qu'à la suite de l'instance en divorce, un pourcentage appréciable des enfants examinés étaient considérés comme névrosés ou antisociaux. Cet effet était présent peu importe l'attitude ou la conduite des professionnels du système judiciaire ayant pris part au processus. Par conséquent, ces chercheurs préconisent la médiation dans les affaires de divorce. On a également constaté que des problèmes de comportement chez les enfants étaient liés à la durée et au degré d'animosité des conflits juridiques entre les parents (Healy et coll., 1990; Saayman et Saayman, 1989). Les partisans de la médiation font valoir que celle-ci peut favoriser la collaboration et produire de meilleurs résultats pour les enfants qui, sinon, risquent d'être exposés à de longs litiges judiciaires (Dillon et Emery, 1996). En outre, une plus grande satisfaction envers les méthodes de règlement des différends peut accroître le respect ultérieur des ententes (Kelly, 1991; Kelly et Duryee, 1992).

Margulies et Luchow (1992) estiment que la médiation est plus appropriée que la procédure de contestation judiciaire et de négociation par l'entremise des avocats pour les couples qui en viendraient à régler les questions liées au divorce par une entente négociée. Ils soutiennent que la médiation est conçue pour favoriser les comportements adaptatifs plutôt que les comportements mésadaptés d'antagonisme, qu'elle est généralement plus rapide et qu'elle est moins coûteuse. Saayman et Saayman (1989) recommandent aussi de substituer au processus accusatoire une médiation assurée par les tribunaux de la famille. Ils affirment que le médiateur peut contribuer à un dépistage précoce et à une médiation dans le cas des enfants les plus vulnérables. Ils prétendent en outre que les médiateurs possèdent des compétences que n'ont pas les avocats pour mener des négociations et faire des évaluations.

Dans le cadre d'un suivi effectué auprès de clients ayant fait l'objet d'une médiation en matière de divorce, Duryee (1991) a observé une forte préférence pour la médiation par rapport à la contestation judiciaire. De surcroît, contrairement à l'assertion selon laquelle la médiation engendrerait des déséquilibres de pouvoir au détriment des femmes, les résultats de cette étude montrent que les femmes avaient une opinion sensiblement plus favorable que les hommes sur la médiation. En réponse à l'argument voulant que les médiateurs imposent leurs propres valeurs, rien n'indiquait que les clients avaient l'impression de s'être vu imposer les valeurs du médiateur. Dans l'ensemble, les clients se disaient heureux d'avoir eu l'occasion d'exprimer leur propre point de vue et de se concentrer sur les questions importantes. Ils étaient cependant plus équivoques envers la nature des ententes conclues et exprimaient de la méfiance quant au respect ultérieur des ententes par leur conjoint. Aucun lien n'a été décelé entre la satisfaction des clients et la présentation ou non d'une recommandation au tribunal par le conseiller.

Ainsi, même si certaines indications portent à croire que le degré de satisfaction est élevé chez les parents qui ont recours à la médiation, les constatations basées sur une comparaison entre la contestation judiciaire et la médiation selon des facteurs comme l'introduction d'une nouvelle instance et le respect des ententes après le divorce demeurent non concluantes, en grande partie à cause des différences entre les divers programmes de médiation et les clientèles respectivement desservies (Dillon et Emery, 1996).

L'élaboration d'un «plan parental» est une autre solution de rechange au processus judiciaire traditionnel. Ce plan est un document rédigé de concert par les deux parents qui énonce divers critères relatifs à la prise des décisions, au temps de séjour, à l'accès et au règlement des conflits. Il vise à faire en sorte que les parents discutent et s'entendent entre eux plutôt que de se voir imposer une décision par le tribunal. On espère ainsi que les ententes conclues seront mieux respectées. Le Washington State Parenting Act, adopté en 1987, est un exemple de loi qui prévoit l'élaboration de plans parentaux. Ellis (1990) a interrogé des avocats et des juges, examiné la jurisprudence et observé des séances de tribunal afin d'évaluer l'utilité de cette loi. Elle a conclu que la loi avait pour effet d'accroître le nombre de décisions prises en commun ainsi que le degré de partage de la garde, et tentait d'imposer des restrictions dans les cas de violence. Cependant, elle a également constaté que la plupart des plans parentaux contenaient un nombre limité de formules concernant la prise de décisions, le temps de séjour et le règlement des conflits. En outre, il n'y avait aucune preuve directe que les plans avaient aidé les parents à se concentrer sur les besoins des enfants ou à prévenir les conflits. On ne disposait d'aucune information sur les effets à long terme de cette loi.

Même si les plans parentaux et les services de médiation semblent être des solutions de rechange viables aux contestations judiciaires pour les questions de garde et d'accès, leur efficacité est relativement mal connue. Il faudra donc mener beaucoup de recherches additionnelles sur les diverses solutions de rechange. Par exemple, puisqu'il existe de nombreux types différents de services de médiation, il sera nécessaire de comparer les résultats des divers types à ceux du processus judiciaire officiel. En outre, la médiation soulève plusieurs enjeux sur lesquels il faudra se pencher (p. ex., le risque d'un déséquilibre des pouvoirs entre les femmes et les hommes).

3.3.7 Les modalités de garde et d'accès

Les répercussions des modalités de garde et d'accès sur les enfants ont fait l'objet de beaucoup de débats, mais peut-être pas d'un nombre suffisant d'études systématiques. Pour les fins de notre analyse, il serait utile de distinguer six formules en matière de garde: la garde exclusive (l'un des parents assume la garde et l'autre n'a pas accès aux enfants); la garde unique (l'un des parents assume la garde et l'autre a accès aux enfants); la garde légale conjointe (les parents partagent les responsabilités décisionnelles envers les aspects de la vie des enfants); la garde physique conjointe, ou garde partagée (les parents partagent la responsabilité des soins quotidiens dispensés aux enfants et de leur éducation); enfin, la garde scindée (les enfants sont répartis entre les parents).

D'importants changements d'orientation dans le domaine du droit de la famille ont favorisé une transformation des structures familiales postérieures au divorce dansplusieurs pays, tout particulièrement aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. De plus en plus, on privilégie l'entente entre les parents, par opposition aux conflits, et l'on tente d'intensifier ou de maintenir les relations entre le père et les enfants. Jusqu'à tout récemment, dans la majorité des cas, la mère obtenait la garde des enfants et le père obtenait des droits de visite, mais certaines données indiquent qu'un virage s'est amorcé. Little (1991) a constaté que la garde légale conjointe était plus courante que la garde légale unique à Los Angeles. Cependant, la garde physique unique par la mère restait le mode de garde le plus souvent décrété et la garde physique conjointe était rare (moins d'une famille sur six). En outre, les formules basées sur la garde par la mère semblent être plus stables que les autres: les enfants qui vivent avec leur mère après le divorce sont plus susceptibles de rester dans cette structure familiale durant les trois ou quatre premières années qui suivent la séparation, alors que plus de la moitié des enfants dont la garde est initialement partagée entre les parents ou assumée par le père font l'objet d'au moins un changement de structure (Maccoby et Mnookin, 1992). Au Canada, les données indiquent que, depuis 1978, la proportion des cas où la mère obtient la garde est passée de 79 pourcent à 73 pourcent. La proportion des cas où le père obtient la garde est demeurée autour de 15 pourcent, tandis que la proportion des cas de garde conjointe s'est sensiblement accrue, passant de 1 pourcent en 1986 à 14 pourcent en 1990 (Statistique Canada, 1993).

Kelly (1993) affirme qu'en Californie, la garde légale conjointe ne présentait pas de lien significatif avec une participation accrue du père à la prise des décisions ou un temps plus considérable passé avec les enfants, et n'entraînait pas un plus grand respect des dispositions relatives à la pension alimentaire pour enfants, une fois la variable du revenu établie. Une légère diminution de la discorde a été observée chez les parents assumant la garde légale conjointe une fois le divorce prononcé, mais il n'y avait pas augmentation correspondante de la communication axée sur la collaboration. Toutefois, Bahr et coll. (1994) citent des données de recensement américaines indiquant que les pères assumant la garde partagée ou jouissant de privilèges de visite sont plus susceptibles de verser la pension alimentaire pour enfants. En ce qui concerne les tendances dans les modalités de garde, les résultats de l'étude de Bahr sont les suivants: la garde légale conjointe a été adoptée dans 21 pourcent des cas; la mère continuait d'obtenir la garde unique dans la majorité des cas (70 pourcent); les pères obtenant la garde unique représentaient une faible minorité (6 pourcent); enfin, la garde était scindée dans environ 5 pourcent des cas. Fait digne de mention, ces tendances ne se sont pas sensiblement modifiées entre 1970 et 1993.

Peu importe les modalités de garde et d'accès, dans la grande majorité des cas, les pères divorcés ont eu tendance à cesser de voir leurs enfants et ceux qui ont maintenu des contacts ont eu tendance à réduire la fréquence de leurs visites. Selon Seltzer (1991), environ un père divorcé sur cinq n'a pas vu ses enfants au cours de la dernière année et moins d'un père sur deux voit ses enfants plus souvent que quelques fois par année. En outre, plus la période où le père et ses enfants n'habitent pas ensemble est longue, plus les contacts se raréfient. Les mères qui n'assument pas la garde semblent être plus susceptibles de maintenir les contacts avec leurs enfants que les pères dans la même situation; cependant, dans les familles où le parent qui n'assume pas la garde maintient des contacts, il est susceptible de voir ses enfants une fois par semaine ou davantage, qu'il s'agisse du père ou de la mère. Il reste que certains pères demeurent présents dans la vie de leurs enfants après le divorce : près de 25 pourcent des pères n'assumant pas la garde voient leurs enfants au moins une fois par semaine et plus du tiers de ceux qui voient leurs enfants passent aussi des périodes prolongées avec eux dans le cadre de visites qui durent plus longtemps qu'un week-end (Seltzer, 1993). Les pères qui voient leurs enfants sont également plus susceptibles de maintenir des contacts par téléphone ou par lettre, tandis que les pères qui n'assument pas la garde et qui ne voient pas leurs enfants ne compensent pas leur absence par une augmentation des contacts par lettre ou par téléphone.

Ayant étudié les répercussions du Children Act au Royaume-Uni, loi qui favorise non seulement les contacts continus, mais en fait l'exercice conjoint des responsabilités parentales, Neale et Smart (1997) ont recueilli des données laissant penser que les pères réévaluent la question des enfants et semblent vouloir que ceux-ci vivent avec eux après le divorce. Il est toutefois impossible de déterminer s'il s'agit là d'une tendance nouvelle ou croissante. Ces chercheurs signalent en outre que les ressources matérielles et affectives permettant de soutenir l'exercice conjoint des responsabilités encouragé par cette loi sont très rares et qu'il n'existe aucune véritable infrastructure adéquate favorisant cet exercice conjoint durant le mariage - et encore moins après le divorce.

Même si l'attribution de la garde unique à un parent et de privilèges d'accès à l'autre a représenté la norme, il est admis que, dans certains cas (p. ex., les cas de violence), la garde exclusive est indispensable. Selon l'opinion générale, le refus de privilèges d'accès au parent qui n'assume pas la garde est une mesure extrême qui peut avoir des effets néfastes sur l'enfant. Les travaux de recherche ont montré que la réduction des contacts avec le parent qui n'habite plus au foyer a des répercussions négatives sur la relation entre ce parent et l'enfant (McKinnon et Wallerstein, 1988) et qu'une rupture du lien parent-enfant peut avoir des effets néfastes sur le développement affectif et social de l'enfant (Lund, 1984; Magid et Oborn, 1986), de même que sur ses comportements (Pesikoff et Pesikoff, 1985).

La question de l'accès au parent qui n'assume pas la garde, cependant, est peut-être plus complexe qu'on ne le croyait auparavant. Par exemple, Johnston, Kline et Tschann (1989) ont constaté que les enfants ayant plus fréquemment accès à leurs deux parents présentaient davantage de troubles affectifs et comportementaux que ceux pour lesquels cet accès était plus rare. Les résultats ont été les mêmes, peu importe que les parents adoptent ou non des comportements agressifs l'un envers l'autre (il faut cependant signaler que toutes les familles faisant l'objet de cette étude étaient engagées dans des litiges concernant la garde et l'accès). Healy et coll. (1990) ont observé que, dans le cas des jeunes enfants et des garçons, les visites fréquentes et régulières chez le père n'assumant pas la garde accroissaient l'estime de soi, mais engendraient davantage de problèmes de comportement. Chez les enfants plus vieux et les filles, les visites fréquentes et régulières étaient liées à une moins bonne estime de soi, mais à un nombre moindre de problèmes de comportement. Même si le parent qui n'assume pas la garde est autorisé à voir l'enfant, il peut le faire ou ne pas le faire. Kelly (1993) affirme que l'on a réalisé peu de recherches sur les facteurs déterminants du décrochage du père après la séparation; elle estime cependant que le refus de l'accès (par les tribunaux ou par la mère assumant la garde) pourrait en être la cause. Elle soutient que les contacts avec le parent n'assumant pas la garde ne sont pas unidimensionnels ni toujours bénéfiques, mais qu'ils sont plutôt fonction de l'âge et du sexe de l'enfant, de l'étroitesse de la relation antérieure au divorce, des conflits, de l'adaptation de la mère et du père ainsi que de l'hostilité de la mère après la séparation.

En général, les études ont permis de constater que les enfants préfèrent nettement les contacts souples et dénués de restrictions avec le parent qui n'habite plus à la maison (Mitchell, 1988; Neugebauer, 1989; Wallerstein, 1980).

On a affirmé que la garde conjointe pourrait être plus bénéfique que la garde unique parce qu'elle indique aux enfants que leurs deux parents tiennent à eux (Glover et Steele, 1989). Par contre, les enfants soumis à des modalités de garde conjointe peuvent avoir de la difficulté à s'adapter aux différences entre les deux ménages sur le plan de la morale, des valeurs ou des pratiques (Wilson, 1985). En outre, la garde conjointe peut occasionner par inadvertance une augmentation des occasions de conflits entre les parents, surtout sur des questions clés comme l'heure du coucher des enfants, la discipline et le temps que les enfants sont autorisés à passer devant la télévision (Kurtz et Derevensky, 1994).

Les constatations empiriques à l'appui de la garde conjointe sont, au mieux, équivoques. Cela peut provenir du fait que les recherches menées sur les deux types de garde conjointe (légale et physique) ont été mal décrites. Selon Kurtz et Derevensky (1994), les études sur la garde conjointe portent le plus souvent sur la garde légale, ce qui donne lieu à des incidences très limitées ou à des conclusions erronées sur la garde physique. Bien qu'il soit généralement admis que les enfants issus d'une famille intacte sont les mieux adaptés, certains chercheurs ont observé que les enfants soumis au régime de la garde physique conjointe étaient affectivement et socialement mieux adaptés que ceux qui faisaient l'objet d'une garde unique (Glover et Steele, 1989; Neugebauer, 1989). Cependant, McKinnon et Wallerstein (1987) ont constaté qu'il était impossible de faire la distinction entre les enfants soumis à la garde conjointe et à la garde unique sur le plan de la détresse initiale et des réactions à la rupture du mariage. Dans la même veine, Kline, Tschann, Johnston et Wallerstein (1989) n'ont relevé aucune différence entre la garde physique conjointe et la garde par la mère pour ce qui est de l'adaptation comportementale, affective ou sociale des enfants.

Dans le cadre des études portant sur les conditions qui favorisent le succès de la garde conjointe, on a constaté que, parmi les personnes qui avaient choisi d'exercer conjointement les responsabilités parentales, certaines étaient très satisfaites et d'autres l'étaient peu. Kurtz et Derevensky (1994) estiment que, pour que la garde conjointe soit un succès, les deux parents doivent être axés sur l'enfant, avoir à coeur de s'acquitter de leur rôle parental, se respecter l'un l'autre à titre de parents, être souples, faire preuve d'esprit de collaboration, fournir une stabilité affective et pouvoir faire abstraction des conflits qui surviennent entre eux et de leurs besoins personnels dans l'intérêt du maintien de la formule conjointe. Comme l'affirment Neal et Smart (1997):

«L'établissement et le maintien d'une formule d'exercice conjoint des responsabilités parentales exigent énormément de temps, de travail affectif et de sacrifices. Cette formule est susceptible d'occasionner des négociations et des rajustements constants concernant les modalités, ainsi que de fréquents débats sur les soins à dispenser aux enfants et la discipline à appliquer. Il faut jongler avec les besoins des nouveaux conjoints, des enfants et de l'autre parent. On se soucie constamment de l'adaptation des enfants à une existence non sédentaire de même qu'à deux styles de vie et à deux milieux.»(p. 208)

Kelly (1993) estime que la formule de garde n'est pas le seul prédicteur de l'adaptation des enfants après le divorce; elle considère plutôt que le degré d'adaptation est lié à une gamme complexe de facteurs socioéconomiques et psychologiques et dépend moins de la structure familiale postérieure au divorce que de la qualité, la stabilité et la fiabilité des soins reçus, surtout de la part du principal parent qui assume la garde. Par exemple, une garde physique conjointe ordonnée par un tribunal engendre moins de satisfaction qu'une entente à l'amiable et, dans les cas où il y a des conflits, les enfants faisant l'objet d'une garde conjointe s'en tirent moins bien. Enfin, Kelly soutient qu'aucune différence n'a été constatée entre la garde par la mère et la garde par le père selon diverses variables.

Kurtz et Derevensky (1994) signalent que des recherches additionnelles s'imposent dans ce domaine, par exemple: une étude factorielle visant à examiner les effets de diverses formules de garde sur le système familial; une étude longitudinale conçue pour observer les différences entre la garde physique conjointe et la garde légale conjointe sur le plan de la dynamique familiale; un examen des types de parents et d'enfants pour lesquels l'exercice conjoint des responsabilités parentales est bénéfique; enfin, un examen des effets de l'exercice conjoint des responsabilités parentales sur les relations entre les deux parents.

3.3.8 Les changements de milieu

Les déplacements géographiques sont courants chez les familles touchées par un divorce. Schlesinger (1982) a observé que 40 pourcent des enfants de la séparation ou du divorce avaient changé de quartier à la suite du divorce de leurs parents. Fulton (1979) a constaté que les enfants avaient déménagé deux fois en moyenne, et même jusqu'à huit fois, après la rupture du mariage. La réalité, pour les enfants et les parents uniques, c'est que le divorce signifie souvent un changement d'école, de quartier et de groupe d'amis. Le déménagement peut, au bout du compte, influer sur de nombreux aspects de la vie de l'enfant, notamment le rendement scolaire, les relations avec les camarades, le bien-être psychologique et la santé physique. Peu de recherches ont été menées dans ce domaine, mais les travaux réalisés donnent à penser que les changements de cet ordre peuvent avoir un effet négatif sur certains aspects du fonctionnement des enfants (Grych et Fincham, 1992). Par exemple, Stolberg et Anker (1983) soutiennent que le changement est le principal facteur déterminant de l'apparition de psychopathologies chez certains enfants du divorce. Dans le cadre de leur étude, ils ont constaté que les enfants du divorce réagissaient différemment des enfants provenant d'une famille intacte aux changementsde milieu. À mesure que ces changements s'accroissaient, les pathologies du comportement augmentaient chez les enfants du divorce, alors qu'elles diminuaient chez les enfants issus d'une famille intacte. Dans la même veine, Hodges et coll. (1984) ont observé que les enfants se sentaient de plus en plus déprimés et manifestaient davantage d'anxiété à mesure que se produisaient d'importants changements de milieu.


[5] Nous concentrerons ici notre attention sur la violence faite aux femmes, tout en reconnaissant pleinement que les femmes peuvent être violentes envers leur conjoint. Cependant, les données statistiques indiquent que la vaste majorité (90 pourcent, dans la plupart des études) des victimes de la violence conjugale sont des femmes, que la dynamique de la violence a des effets néfastes particuliers sur les femmes et que la violence peut avoir des conséquences dévastatrices pour un grand nombre de femmes.

Date de modification :