Gérer les difficultés de contact : une approche axée sur l'enfant

2003-FCY-5F

5.0 CONCLUSION

Misant sur l'examen de la documentation et sur un processus de consultation d'informateurs clés du Canada et d'autres pays, le présent mémoire décrit la nature des difficultés de contact enfant-parents après le divorce. En nous fondant sur cet examen, nous concluons qu'il est plus efficace de cerner les comportements parentaux qui influencent les relations après le divorce que d'utiliser des étiquettes telles que le syndrome d'aliénation parentale (SAP). Le fait de déterminer les comportements problématiques, par exemple ce qui mine ou entrave la relation de l'enfant avec l'autre parent, fournit une base d'intervention auprès des parents. La compréhension des comportements de ceux-ci aide aussi à clarifier le genre de soutien dont les enfants peuvent avoir besoin. L'utilisation du terme SAP a pour effet d'accroître les tensions et engendre un débat au sujet de l'exactitude de cette étiquette.

Trois décennies de recherche sur le divorce nous ont aidés à comprendre que, dans la plupart des situations, les enfants bénéficient d'un contact avec les deux parents après le divorce. Nombre de variables liées aux enfants et aux parents et de variables systémiques influent sur la nature des relations enfant-parents après le divorce. Les conflits non résolus entre les parents sont souvent signalés comme facteur déterminant dans la relation enfant‑parents. Du point de vue de l'enfant, lorsque survient un conflit en matière de contacts, il transforme souvent la relation enfant-parents en « obligation planifiée », selon les dires de Nicholson (2002a). Les bienfaits de cette relation s'étiolent lorsque l'enfant vit le drame mettant aux prises ses parents.

Il n'y a pas de statistiques au sujet du concept d'aliénation dans les familles divorcées au Canada. Les informateurs clés et la documentation donnent à penser qu'environ 20 % des divorces sont très conflictuels. Au sein de ce groupe à conflit aigu, on estime à 2 % le pourcentage de familles aux prises avec des comportements aliénants graves. La recherche limitée effectuée jusqu'à maintenant révèle que les mères et les pères font preuve également de tels comportements. Dans les cas où le retranchement sur ses positions est le plus marqué, il n'est pas rare que l'un des parents ou les deux allèguent faussement une agression physique ou sexuelle. Cependant, la faible proportion de familles divorcées qui font preuve de comportements aliénants mobilise une part disproportionnée des ressources du système judiciaire et du système de santé mentale.

Les difficultés de contact éprouvent les enfants, les parents, les spécialistes et les tribunaux. Ce qu'il faut, c'est une stratégie axée sur l'enfant qui favorise l'intérêt supérieur de celui-ci. Pour atteindre ce but, la raison d'être des contacts entre l'enfant et le parent et leurs avantages pour l'enfant doivent être clairement énoncés et bien compris par tous les intéressés. La nature et le genre de contacts doivent correspondre aux besoins de développement de l'enfant concerné. Il n'est pas réaliste d'envisager une solution universelle pour gérer les difficultés de contact. Au chapitre 4, nous avons exposé un certain nombre de stratégies à cette fin, soit le recours à des évaluateurs et à des coordonnateurs parentaux compétents et neutres, la responsabilisation des parents face à leurs comportements et la mise en œuvre de processus de résolution de conflits à la fois accessibles, rapides et efficaces.

Notre examen de la documentation et la consultation d'informateurs clés ont mis au jour deux autres enjeux liés aux difficultés de contact. Tout d'abord, au cours de la dernière décennie, médias et spécialistes ont porté une attention considérable au débat entourant le concept de l'aliénation. Un problème qui est souvent oublié et qui a de profonds effets surtout sur les enfants, c'est l'abandon par un parent. Pour diverses raisons (Wallerstein, 1980; Wallerstein et Blakeslee, 1997), un parent peut disparaître de la vie d'un enfant. Les participants à la consultation des jeunes au sujet de la Loi sur le divorce voient dans cet abandon l'un des aspects les plus pénibles du divorce (Freeman et Freeman, 2001).

Deuxièmement, les enfants disposent rarement d'un moyen sûr et significatif de se faire entendre dans le processus du divorce. Smart (2002 : 318) note que l'aspect le plus pénible pour les enfants est de ne pas avoir la mainmise sur leur propre vie. Ainsi, elle écrit :

...les enfants ont dû rétablir leurs relations avec leurs parents, ce qui dépendait en grande partie de la confiance et de la chaleur existant avant la séparation, puis de la qualité du comportement parental par la suite. La majorité des enfants ont clairement exprimé qu'ils ne voulaient pas être forcés à faire des choix, mais qu'ils voulaient avoir la possibilité de s'exprimer et savoir ce qui se passait.

Wallerstein et Kelly ont relevé ce thème pour la première fois en 1985. Smart signale aussi que les enfants ont besoin de temps pour s'adapter aux modalités et qu'ils veulent une certaine latitude pour faire les changements qui s'imposent. À son avis, la question est de savoir si les parents sont prêts à écouter ce que l'enfant a à dire.

Malgré le défi que représentent les difficultés de contact, il existe un certain nombre de stratégies qui peuvent permettre d'en favoriser le règlement. Le fait d'encourager la recherche et d'appuyer les discussions continues chez les intervenants nous aidera à mieux comprendre les stratégies efficaces d'intervention.

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