RAPPORT SUR LES CONSULTATIONS
FÉDÉRALES-PROVINCIALES-TERRITORIALES

ANNEXE A : RAPPORT SUR LES ATELIERS CONCERNANT LES JEUNES

Préparé par :

Rhonda Freeman et Gary Freeman

Les auteurs tiennent à souligner l'importante contribution de Dominique Meilleur et de Denis Lafortune au processus de consultation des jeunes et à la préparation du présent rapport.

INTRODUCTION

CONTEXTE

En tant que signataire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant, le Canada reconnaît l'importance d'inclure le point de vue des enfants et des jeunes dans les consultations sur les changements à apporter aux lois et aux services. Un nombre de stratégies ont été développées pour mettre à jour les opinions des jeunes. Dans le cadre des consultations fédérales, provinciales et territoriales sur la garde, le droit de visite et les pensions alimentaires pour enfants, le ministère de la Justice du Canada a fait en sorte que les jeunes puissent discuter des services et des programmes susceptibles d'aider les familles lorsque les parents décident de se séparer. On espérait que les idées des participants aident les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux à mieux comprendre comment améliorer nos lois et nos services afin qu'ils répondent mieux aux besoins des jeunes.

Parallèlement, en mars 2001, la province de la Saskatchewan a commandité une séance pour les jeunes, distincte des consultations avec les jeunes décrites ci-dessous. Six jeunes de 15 à 17 ans ont participé à une séance de trois heures. Comme le cadre et les questions abordées lors de cette séance étaient passablement différents de ceux présentés dans le présent rapport, il n'était pas opportun de rassembler les réponses. Des renseignements pertinents, tirés de la séance de la Saskatchewan, sont cependant incorporés au texte. Afin de respecter l'entente sur le caractère confidentiel de cette séance, la provenance de ces renseignements n'est pas mentionnée.

Par ailleurs, des groupes de discussion pour les jeunes se sont réunis au Québec. Les résultats de leurs discussions ont été intégrés dans le Rapport sur les consultations du Québec, qu'on retrouve à l'annexe C.

OBJECTIFS DE LA CONSULTATION DES JEUNES

Cette partie du processus de consultation visait à :

  • donner aux jeunes l'occasion de participer aux discussions sur les politiques qui les touchent, conformément à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant;
  • offrir un contexte neutre, non menaçant et adapté aux jeunes pour qu'ils puissent s'exprimer au sujet de la séparation et du divorce, en discutant notamment de ce qui a bien fonctionné et de ce qui aurait pu être amélioré lors de la séparation ou du divorce de leurs parents;
  • recueillir l'opinion des jeunes sur les sections du Guide de discussion relatives aux rôles et responsabilités des parents et au point de vue des enfants.

MÉTHODOLOGIE

Recrutement

Outre la séance organisée par la Saskatchewan, trois ateliers consacrés aux jeunes ont eu lieu au Manitoba (Winnipeg), en Ontario (Toronto) et au Québec (Montréal). Dans chaque ville, des agences locales spécialisées dans les études de marché ont fait des appels téléphoniques au hasard afin de créer une liste d'éventuels participants. À cette étape, les critères de sélection comprenaient les variables suivantes : les parents étaient séparés depuis au moins trois mois, le ménage comptait au moins un jeune de 10 à 17 ans, le jeune était disponible le jour de la réunion prévue et prêt à participer à une discussion de groupe sur les effets du divorce sur les enfants et un des parents autorisait sa participation. Si ce parent y consentait, le nom de la famille était transmis à l'animateur de la séance.

Les animateurs de groupe ont communiqué avec les parents sélectionnés par les agences. Au cours d'une entrevue téléphonique, les parents ont été informés des objectifs des consultations. On a abordé en détail les questions portant sur le caractère confidentiel de celles-ci et sur le consentement des parents, lesquels avaient la possibilité de poser des questions sur tous les aspects du processus.

Quant à la sélection des jeunes, l'animateur s'assurait d'abord que le parent contacté pouvait légalement autoriser son enfant à participer au projet. Ensuite, le parent et l'animateur devaient évaluer si la participation du jeune pouvait d'une façon ou d'une autre compromettre son adaptation à la séparation de ses parents, dans la mesure où le sujet de discussion risquait de provoquer une réaction émotive. Enfin, si le jeune ou le parent en faisait la demande, l'animateur discutait également de la réunion prévue avec l'éventuel participant. Pour effectuer la sélection, l'animateur posait notamment des questions sur les sujets suivants :

  • l'âge et le sexe du jeune;
  • le temps écoulé depuis la séparation des parents;
  • le type de garde (exclusive, conjointe);
  • le statut juridique actuel (séparation, divorce);
  • la profession et la situation professionnelle du parent chez qui réside le jeune;
  • l'appartenance ethno-culturelle;
  • la langue parlée à la maison;
  • les antécédents de violence familiale;
  • les antécédents de violence envers les enfants;
  • la santé physique et mentale du jeune - antécédents significatifs;
  • la santé mentale dans la famille - antécédents significatifs;
  • les difficultés scolaires;
  • la socialisation en rapport avec l'âge;
  • les expériences en matière de services-conseils, notamment si l'enfant ou la famille avait reçu des services-conseils relativement à la séparation des parents.

En l'absence de contre-indications apparentes, comme de graves problèmes de santé mentale, et lorsque le parent ayant le droit de donner son consentement était d'accord, l'enfant était invité à participer. Dans les cas de prise de décisions conjointe, on exigeait le consentement des deux parents. Tous les parents et les jeunes participants devaient donner leur consentement par écrit. On a remis aux parents une pochette d'information sur les ressources qui s'offrent à eux lorsqu'ils se séparent; les jeunes participants ont également reçu de l'information sur les ressources et une rétribution à la fin de la séance de consultation.

Déroulement des séances de consultation

Les réunions de Winnipeg et de Toronto se sont déroulées en anglais avec le même animateur anglophone. Celles de Montréal se sont déroulées en français avec un animateur francophone. Deux séances ont eu lieu dans chaque ville. Des jeunes de 10 à 14 ans participaient à la première séance et des jeunes de 14 à 17 ans participaient à la deuxième. Les séances de Winnipeg se sont déroulées le samedi, une le matin et l'autre l'après-midi. Les séances de Toronto et de Montréal se sont déroulées en semaine, en fin d'après-midi et en début de soirée. Chacune des séances durait deux heures.

Les séances étaient animées par un psychologue ayant de l'expérience dans le travail avec les jeunes et les groupes. Un autre professionnel de la santé mentale (travailleur social ou psychologue) assistait aux séances pour servir de personne-ressource pour les jeunes participants et prendre des notes (sur un tableau à feuilles mobiles). Un représentant du ministère de la Justice du Canada, et dans certains cas un représentant de la province, assistait à chaque séance pour prendre des notes.

Le 31 mars 2001, six jeunes ont participé à une séance de trois heures à Moose Jaw (Saskatchewan), dirigée par un médiateur d'expérience assisté d'un coanimateur.

Les séances se sont déroulées dans des salles de réunion privées situées dans des édifices communautaires, soit une université (Montréal), une agence de recherche privée (Toronto) et un centre communautaire (Winnipeg). Aucune glace d'observation n'était utilisée et on n'a fait aucun enregistrement des réunions. Des salles d'attente distinctes ont été prévues pour les parents qui accompagnaient les participants. On a informé les participants et les parents que les renseignements recueillis au cours des séances étaient considérés comme confidentiels et ne seraient divulgués que sous forme générale. Aucun des jeunes ne serait identifié. Cette politique a été mentionnée aux jeunes au début et à la fin de chaque séance.

Les animateurs ont rappelé aux participants que chaque groupe ne se réunirait qu'une seule fois. Les participants n'étaient pas tenus d'exposer leur situation personnelle en détail. Pour se présenter, on demandait simplement aux jeunes de donner leur prénom, de décrire leur famille et de dire où ils habitaient. Un des groupes de Winnipeg a ajouté une activité supplémentaire, visant à « briser la glace ». On a informé les participants qu'il n'était pas nécessaire d'arriver à un accord sur les questions abordées. Néanmoins, les jeunes se sont entendus sur de nombreux points, résumés dans le texte ci-dessous.

Questions du groupe de consultation

Les questions suivantes ont été utilisées pour les six séances, en français pour les séances de Montréal et en anglais pour les autres. À la fin de la séance, les participants avaient également l'occasion d'ajouter des commentaires sur ce qu'ils jugeaient important.

  1. Quels sont tes souvenirs concernant la séparation de tes parents?
    • Comment cela s'est-il passé pour toi?
  2. Comment as-tu été impliqué dans la décision prise par tes parents de vivre séparément?
    • Es-tu impliqué dans ces décisions maintenant?
  3. Est-ce que quelque chose ou quelqu'un t'a aidé lorsque tes parents se sont séparés?
    • Est-ce qu'un conseiller (psychologue, travailleur social) t'a aidé?
    • Qu'est-ce qui aurait pu t'aider?
  4. Quels (autres) professionnels (avocat, juge, médiateur) as-tu rencontrés à la suite de la séparation de tes parents
    • Quel rôle ont-ils joué?
  5. Si tu avais des amis dont les parents se séparent, qu'est-ce que tu leur dirais?
  6. Qu'est-ce qui aiderait tes amis?
  7. Quels conseils donnerais-tu aux parents qui se séparent, ou aux personnes qui travaillent auprès des jeunes, pour rendre la séparation plus facile à vivre pour les enfants?

L'ÉCHANTILLON

Le 16 juin 2001, 18 jeunes ont participé aux séances de Winnipeg. Les séances de Toronto, qui regroupaient 22 jeunes, et celles de Montréal, auxquelles participaient 23 jeunes, ont eu lieu le 21 juin 2001.

Sur les 63 jeunes qui ont participé aux ateliers, 30 (47,6 %) étaient des garçons et 33 (52,3 %) étaient des filles. Le plus jeune avait 10 ans et le plus vieux, 17 ans. Treize participants (20,6 %) appartenaient à la catégorie des 10-11 ans, 15 (23,8 %) à la catégorie des 12-13 ans, 14 (22,2 %) à la catégorie des 14-15 ans et 21 (33,3 %) à la catégorie des 16-17 ans.

Lors des entrevues téléphoniques de sélection, les parents ont fourni aux animateurs les renseignements suivants. Il y avait relativement peu de séparations récentes : 3 cas (4,8 %) où les parents étaient séparés depuis moins de 1 an. Neuf participants (14,5 %) avaient des parents qui étaient séparés depuis 2 à 5 ans, 26 (41,9 %) avaient des parents qui étaient séparés depuis 6 à 10 ans et 24 (38,7 %) depuis plus de 11 ans. Dans la majorité des cas, soit 47 cas (75,8 %), un parent assumait exclusivement la prise de décisions. Dans 10 cas (16,1 %), il existait une entente relative à la prise conjointe de décisions. Dans 5 cas (8,1 %), il n'y avait aucune entente sur la prise de décisions. Compte tenu de la durée des séparations, il n'était pas surprenant que la majorité des parents (36 couples, soit 58,1 %) aient obtenu un divorce. Dix-huit parents (29,0 %) ont dit qu'ils étaient séparés et 8 parents (12,9 %) n'étaient pas sûrs de leur statut juridique. La majorité des jeunes (59 jeunes, soit 95,2 %) vivaient surtout avec leur mère.

Les familles des jeunes participants représentaient tout l'éventail social du Canada. Les parents ont indiqué qu'ils occupaient des emplois qui allaient de travailleur non spécialisé à professionnel. La plupart des parents ayant la garde des enfants travaillaient (47, soit 75,8 %) et les autres ont déclaré être sans emploi ou recevoir une aide gouvernementale.

On a demandé aux parents ayant la garde à quel groupe ethno-culturel ils appartenaient. Quarante-trois familles (69,4 %) ont dit appartenir au groupe ethno-culturel « canadien ». Dans quatre familles (6,5 %), l'un des parents ou les deux étaient autochtones (Premières nations ou Métis). Dans 15 familles (24,2 %), l'un des parents ou les deux étaient nés à l'étranger. La plupart des parents (58, soit 93,5 %) ont déclaré parler couramment l'une des deux langues officielles ou les deux.

Seize familles (25,8 %) ont signalé des antécédents de violence familiale. Sept parents (11,3 %) ont mentionné des problèmes de violence envers les enfants. Dans 11 cas (17,7 %), les parents ont signalé des situations préoccupantes dans les antécédents médicaux des enfants (chirurgie, blessure à la tête à la suite d'un accident de la route, maladie chronique). Des problèmes de santé mentale (hyperactivité avec déficit de l'attention, dépression clinique) ont été signalés chez huit jeunes participants (12,9 %) et dans 14 familles (22,6 %). Chez les membres de la famille autre que les jeunes participants eux-mêmes, on signalait comme problèmes l'alcoolisme ou la toxicomanie et les problèmes de gestion de la colère. Des difficultés scolaires ont été signalées pour 18 participants (29,0 %). Dans seulement quatre cas (6,5 %), les parents ont fait état de problèmes de socialisation chez leur enfant. Un nombre relativement limité de participants, soit six cas (9,7 %), avaient suivi des séances de services-conseils liées à la séparation et au divorce. Enfin, 13 jeunes (21,0 %) avaient reçu des services-conseils à propos d'autres problèmes.

RAPPORT SUR LES ATELIERS

APERÇU

« Le divorce, c'est une affaire de loi et de sentiment; on doit faire en sorte que chaque chose reste à sa place. »(un jeune participant)

Les participants et les parents ont manifesté de l'enthousiasme pour ce projet. Bon nombre de jeunes sont surpris que le gouvernement s'intéresse à leur point de vue et lui accorde de l'importance. Par exemple, un des jeunes a dit : « On ne paye pas d'impôt et on ne vote pas. Notre opinion ne compte pas. » Les séances étaient vivantes et les jeunes avaient des idées importantes à faire connaître, ainsi que des conseils à donner aux parents, aux professionnels et aux décideurs.

Les participants n'ont pas été sélectionnés en fonction de leur niveau de compétence verbale ni de leur facilité à s'intégrer à un groupe. Très peu se connaissaient avant les séances; seuls deux jeunes d'un groupe se sont reconnus, car ils vivaient dans le même quartier. Aucun des participants n'avait eu l'occasion de rencontrer l'animateur ou la personne-ressource auparavant. Malgré tout, les jeunes ont été rapidement à l'aise et ont répondu aux questions de façon réfléchie. L'animateur et la personne-ressource ont fait en sorte que chacun ait l'occasion de répondre aux questions pendant la séance.

Les séances de consultation représentaient pour les jeunes une occasion unique de se réunir et de parler de l'expérience de la séparation ou du divorce de leurs parents. Leurs idées et commentaires sont résumés ci-dessous. Dans la mesure du possible, leurs arguments sont illustrés à l'aide de citations.

Pour plusieurs de ces jeunes, dont les parents sont séparés depuis de nombreuses années, les souvenirs de la séparation étaient atténués par le temps. Ils décrivent toutefois l'influence importante et persistante dans leur vie des changements survenus dans la famille. Dans ce qui semblait être un message pour les animateurs, les parents et les décideurs, un participant déclare : « Les mots peuvent faire plus de mal que vous ne le pensez. Ils peuvent laisser des cicatrices pour la vie. » Au cours des séances, les jeunes ont défini les différentes conséquences de la séparation ou du divorce de leurs parents. Leurs expériences sont résumées ci-dessous à la suite de chaque question qui leur a été posée.

En dépit des principales variables énoncées ci-dessus (l'âge et l'étape de développement, la durée de la séparation, le type de plan d'aménagement des responsabilités parentales), six thèmes sont ressortis au cours des réunions :

  • les conflits parentaux;
  • l'abandon des parents ou le manque d'intérêt pour l'enfant;
  • la voix de l'enfant;
  • la disponibilité, la sensibilité et l'imputabilité des professionnels;
  • les pensions alimentaires pour enfants;
  • les préoccupations au sujet de l'avenir.

Dans chaque ville, quels que soient l'âge de l'enfant ou la durée de la séparation, les participants insistent à maintes reprises sur l'effet négatif des conflits parentaux persistants. L'un d'eux parle de la façon dont il a rêvé de voir le conflit entre ses parents se régler. « J'ai rêvé qu'un policier mettait mes parents en prison. Ils étaient menottés au sol jusqu'à ce qu'ils se mettent d'accord. »

Comme nous le verrons plus loin, les opinions divergent sur la question de la participation des enfants aux décisions qui concernent leur prise en charge après la séparation des parents. Toutefois, la grande majorité des participants souhaitent que les services et les lois sur le divorce prévoient un moyen qui leur permette de se faire entendre au moment où les décisions sont prises.

De nombreux participants estiment que les professionnels (santé mentale ou juridique) pourraient être des ressources importantes pour les enfants dont les parents se séparent. À Montréal, peu de jeunes avaient été en contact avec des professionnels de la santé mentale avant d'assister à la consultation. Ils expriment néanmoins des doutes quant à la capacité des psychologues (en particulier) à répondre aux besoins des jeunes. En revanche, plusieurs participants de Winnipeg recommandent fortement que chaque enfant dont les parents se séparent ait l'occasion de parler à un conseiller.

Au cours des réunions, il est devenu évident que la disponibilité et la sensibilité des conseillers sont essentielles pour les jeunes. Ils aimeraient que des conseillers soient disponibles dans des lieux agréables et prévus pour les jeunes. Un participant déclare : « Si vous avez des jouets dans votre bureau, ça me donne l'impression que vous aimez les enfants. » Les plus âgés insistent sur l'importance de pouvoir rencontrer un conseiller sans rendez-vous. Les jeunes s'accordent à dire que, même si l'écoute est importante, les conseillers ne doivent pas simplement prendre des notes, mais également dialoguer avec les enfants, donner leur avis, faire des suggestions et discuter avec eux.

Les jeunes attachent également une importance extrême à l'imputabilité des professionnels. Un participant déclare qu'il a vu plusieurs avocats : « J'ai pu m'exprimer, mais je ne sais pas s'ils ont rapporté ce que j'ai dit au tribunal. » Un autre décrit de façon poignante le sentiment de trahison que lui a laissé un évaluateur : « L'évaluateur a dit que notre conversation serait confidentielle, mais j'ai appris plus tard que tout ce que j'avais dit se trouvait dans le rapport au tribunal. »

Les réunions avec les jeunes portaient sur les questions liées au plan d'aménagement des responsabilités parentales, plutôt que sur les pensions alimentaires pour enfants. Toutefois, les jeunes ont soulevé cette question dans toutes les réunions. Ils sont fortement convaincus de l'importance des pensions alimentaires pour enfants. Ils estiment que le paiement de la pension alimentaire est une façon pour les parents payeurs de montrer qu'ils s'intéressent à leurs enfants et s'en soucient. Ils comptent sur le gouvernement pour faire appliquer rigoureusement les ententes sur les pensions alimentaires.

Les jeunes se disent également préoccupés par l'avenir. Ils se demandent comment leur vie et leurs relations seront influencées par le divorce de leurs parents. Par exemple, un participant interrompt la discussion pour dire : « J'ai peur pour ma génération. Nous ne connaissons que le divorce. » Ce jeune veut savoir si les autres pensent se marier et avoir des enfants quand ils seront adultes.

Quels sont tes souvenirs concernant la séparation de tes parents? Comment cela s'est-il passé pour toi ?

« Ma vie est une suite de montagnes russes. »

C'est là la description du divorce qu'a donnée un participant. Un autre dit qu'il a l'impression de vivre dans « deux mondes. » Tous semblent toutefois accepter l'idée que certaines relations d'adultes se soldent par un échec. Le divorce n'est pas considéré comme une éventualité déraisonnable. Par exemple, un jeune nous dit : « Le divorce, c'est bien. Si le mariage ne marche pas, il faut y mettre fin. » Certains déclarent avoir entendu des versions différentes de leurs parents. Presque tous insistent sur l'importance d'être honnête avec les enfants. Les participants s'accordaient pour dire que les enfants avaient le droit de recevoir des renseignements exacts et de comprendre et de connaître en détail les plans d'aménagement des responsabilités parentales. Ils insistent sur l'importance pour les parents de tenir compte des conséquences de leurs décisions et de leurs comportements sur les enfants.

Les participants décrivent tout un éventail de réactions et de sentiments au sujet de la séparation (frustration, confusion, colère, etc.). Un jeune déclare qu'il s'est mis en colère et a dit à ses parents : « Vous devez divorcer, vous ne devriez pas être ensemble. » Un autre fait cette réflexion : « Je ne me sens plus chez moi. » Un autre dit encore : « Même à quatre ans, je ressentais la pression liée à la séparation de mes parents. Je sentais la tension et les disputes. »

D'autres participants, dont les parents sont séparés depuis longtemps, disent que « maintenant, ça semble normal ». Certains autres font remarquer qu'ils n'ont pas eu de réaction apparente au moment de la séparation, mais qu'elle s'est manifestée des années plus tard. Les membres de ce groupe décrivent les conséquences de leurs réactions et de leurs émotions sur leurs relations avec leurs frères et soeurs et avec leurs camarades de classe. Plusieurs indiquent qu'ils sont devenus plus agressifs et irresponsables. Ils attribuent ces comportements à leur insatisfaction à l'égard de leur situation familiale.

Quatre grands thèmes sont ressortis de cette discussion. Le premier a trait à la disponibilité des deux parents. De nombreux participants affirment se sentir abandonnés par l'un de leurs parents. Parlant des visites, un jeune déclare : « J'ai attendu, attendu. Il n'est pas venu. Finalement ça m'est devenu égal. » Un autre dit : « S'il faisait partie de ma vie, il n'aurait pas besoin de me poser toutes ces questions : il saurait tout ça. » Les jeunes parlent d'abandon en termes de temps (disparaître de la vie d'un enfant ou ne pas être fiable) et de ressources financières (manquer à ses engagements en matière de pension alimentaire pour enfant). En revanche, un participant dit que le divorce de ses parents a eu très peu, voire pas du tout d'effet sur sa vie, car il voit souvent ses deux parents. Les participants conviennent qu'il est important que les parents respectent leurs obligations financières envers les enfants et continuent d'être psychologiquement et physiquement présents après la séparation.

Le deuxième thème abordé est celui des conflits prolongés entre les parents. Les jeunes indiquent à quel point il est difficile d'entendre un parent critiquer l'autre et s'en plaindre. Ils soutiennent que les conflits entre les parents peuvent avoir des effets sur le calendrier de résidence de l'enfant. À leur avis, cela est injuste et entraîne des conséquences négatives sur leur vie. Plusieurs affirment que les conflits perpétuels entre les parents représentent un mauvais exemple pour les enfants. Les participants s'accordent pour dire qu'il est important que les parents règlent leurs différends et collaborent pour élever ensemble les enfants, quelle que soit leur situation familiale.

Le troisième thème concerne le temps que les enfants passent avec le parent qu'ils visitent. Beaucoup d'entre eux expriment des sentiments de déception et de colère du fait que cette période ne répond pas à leurs besoins et devient une obligation plutôt qu'une perspective agréable. Certains se demandent si le parent qui n'a pas la garde s'intéresse vraiment à eux. De nombreux participants estiment que la maison du parent qu'ils visitent n'est pas adaptée à leurs besoins et à leur vie. Ils n'apprécient pas qu'on les fasse garder par un ami ou un membre de la famille plutôt que par leur parent. D'autres n'aiment pas partager tout leur temps avec leur parent et le nouveau partenaire de ce dernier. Les participants s'accordent pour dire que les parents qui n'ont pas la garde devraient veiller à la qualité du temps qu'ils passent avec leurs enfants.

Enfin, de nombreux participants parlent également de l'impact des nouveaux partenaires des parents. Plusieurs déclarent que les nouvelles unions sont difficiles à vivre pour eux, car ils n'ont ni pouvoir, ni voix sur ce qui se passe. En outre, il y a souvent d'autres enfants en cause. Ils reconnaissent que les relations sont compliquées et qu'elles laissent souvent moins de temps pour les enfants. Un jeune déclare : « Quand je pense qu'il est disponible pour le nouveau bébé et pas pour moi, ça me fait mal. » Les participants s'accordent pour dire que les parents devraient faire attention lorsqu'ils s'engagent dans une nouvelle relation et réduire autant que possible les risques d'effets négatifs des unions précédentes sur les enfants.

Comment as-tu été impliqué dans la décision prise par tes parents de vivre séparément? Es-tu impliqué dans ces décisions maintenant?

À propos de la prise de décisions concernant les enfants, les jeunes ont des opinions et des expériences variées. Un d'entre eux conclut : « C'est une question de pouvoir. Les parents ont plus de pouvoir que les enfants. »

Certains disent avoir beaucoup participé aux décisions familiales. Un jeune dit qu'il a aidé sa mère à choisir les factures à payer car il n'y avait pas assez d'argent pour couvrir toutes les dépenses. Un autre déclare qu'il garde des enfants et contribue ainsi aux gains de la famille pour l'aider à joindre les deux bouts. D'autres soulignent avec force que ce n'est pas aux enfants de prendre des décisions, en particulier celles qui concernent le calendrier de résidence. Les réactions diffèrent quant à l'organisation actuelle de leur résidence. Deux participants de villes différentes déclarent qu'il n'est pas pratique de passer d'une maison à l'autre. Un autre suggère que les enfants devraient peut-être rester dans une maison et laisser les parents se déplacer.

De longues discussions ont eu lieu sur la façon dont les parents et les professionnels peuvent savoir si un enfant est prêt à contribuer à la prise de décisions. Les jeunes définissent un certain nombre de facteurs, comme le degré de colère de l'enfant, les expériences précédant le divorce et la volonté de l'enfant de blâmer ou de punir un parent. Ils en viennent à la conclusion que chaque cas est différent et qu'on ne peut pas se limiter à une seule méthode ou une seule règle en matière de prise de décisions. Un jeune affirme que « le mieux pour l'enfant, ce serait une combinaison des idées des parents et de celles des enfants. » Les participants s'entendent pour dire qu'on ne devrait demander l'opinion de l'enfant que si elle est susceptible d'influencer le processus décisionnel.

D'autres participants soulignent aussi à quel point la participation aux décisions peut être difficile pour les enfants. Les participants parlent des problèmes de loyauté qui surviennent lorsque les enfants doivent choisir entre deux parents. Les plus âgés se sont demandés si les jeunes enfants « sont suffisamment mûrs » pour contribuer à la prise de décisions. Ils font remarquer qu'un jeune enfant peut être dérouté ou influencé par les promesses des parents. Plusieurs mentionnent le cas de parents qui affirment que si l'enfant déménage avec eux, ils n'auront pas à payer de pension alimentaire.

Un petit groupe soulève la question du retour d'un parent. Il s'agit des parents qui expriment le désir de reprendre contact avec les enfants après une longue période d'absence. On fait état des difficultés qui accompagnent ce processus de rétablissement. Plusieurs participants mettent en doute l'intérêt et les motivations du parent qui revient. Mais, à l'opposé, des enfants qui ont été abandonnés par un parent disent espérer reprendre contact avec lui. Certains signalent que, plus tard, ils se mettront à la recherche de leur parent.

La plupart sont en faveur d'un processus qui permettrait aux enfants de faire connaître leurs désirs et leurs préférences. Un participant met au défi les décideurs et le système juridique en déclarant : « Ne prenez pas de décisions pour nous, prenez-les avec nous. » Les participants s'entendent pour dire que les frères et soeurs devraient rester ensemble et que les plans d'aménagement des responsabilités parentales devraient favoriser au maximum la stabilité en ce qui concerne l'école et les camarades. Ils soulignent l'importance de s'organiser pour que chaque maison des parents soit un lieu où les enfants se sentent à l'aise.

Dans chaque séance, les jeunes recommandent qu'un professionnel, comme un médiateur ou un juge, aide les parents à s'entendre sur les modalités de garde de leurs enfants.

Est-ce que quelque chose ou quelqu'un t'a aidé lorsque tes parents se sont séparés? Est-ce qu'un conseiller (psychologue, travailleur social) t'a aidé? Qu'est-ce qui aurait pu t'aider?

Les jeunes participants mentionnent quatre types d'aide qui ont eu une influence positive sur leur expérience au moment du divorce de leurs parents. Comme nous l'avons vu, ils insistent sur la nécessité de résoudre les conflits. Ils laissent entendre que l'enfant s'adapte plus facilement lorsque les parents vivent relativement près l'un de l'autre (de préférence dans le même quartier, mais au moins dans la même ville) que lorsqu'ils sont loin. Ils s'attendent à ce que leurs parents établissent des ententes en matière de partage des responsabilités parentales ainsi que des relations parent/enfant constructives. La plupart insistent sur le fait que les enfants ne devraient pas avoir à comparaître devant le tribunal, ni à témoigner au sujet de leurs parents. Les participants conviennent que les parents ont besoin d'apprendre l'art de bien communiquer à propos des enfants.

Ensuite, les participants soulignent l'importance des réseaux de soutien. Les frères et soeurs sont mentionnés comme les principales ressources sur ce plan. Les amis et autres membres de la famille, comme les grands-parents, sont également considérés comme jouant un rôle important dans la vie des enfants. Certains recommandent de tenir un journal, d'autres mentionnent les animaux comme source de soutien. D'autres encore signalent que certaines occupations et activités les ont aidés.

Certains mentionnent les livres qu'ils ont lus ou les vidéos qu'ils ont eu l'occasion de voir. Les opinions divergent sur les ressources les plus intéressantes pour les enfants. Cependant, les jeunes demandent instamment aux décideurs de faire en sorte que les ressources soient actualisées, traitent de situations réalistes et visent un groupe d'âge en particulier. Les participants conviennent que les enfants devraient participer à la création des ressources pour en assurer l'utilité et l'acceptation par les groupes visés.

Plusieurs participants indiquent que les professionnels de la santé mentale comme les travailleurs sociaux ou les psychologues sont des ressources qui pourraient s'avérer précieuses pour les enfants. Un certain nombre de jeunes insistent sur le fait qu'il ne sert à rien de forcer les enfants à suivre des séances de services-conseils. La plupart semblent saisir l'importance de reconnaître ses émotions. Un jeune déclare : « Le problème est que je garde tout en moi. Je garde ma colère. » Un autre fait le commentaire suivant : « J'aurais aimé participer à un groupe (et que mes parents y participent aussi) et avoir l'avis d'un professionnel. » Le message d'un autre participant aux décideurs est clair : « Ne laissez pas les enfants se sentir seuls ou désemparés. » Les participants conviennent de l'importance des systèmes de soutien pour aider les enfants à déterminer, comprendre et confronter la kyrielle d'émotions que suscite le divorce des parents.

Les participants sont ensuite revenus sur le sujet de l'abandon. Ils soulignent l'importance de garder le contact avec les deux parents. Un jeune conseille aux autres de « s'assurer d'avoir toujours leur numéro de téléphone et de garder le contact ». Un autre signale que, dans son cas, la place que son père continue d'occuper dans sa vie compte beaucoup.

Enfin, on aborde le thème de la sécurité. Les participants soulignent l'importance de protéger les enfants contre la violence émotive et physique. Ils estiment que c'est un droit fondamental de l'enfant et une obligation pour les adultes.

Quels (autres) professionnels (avocat, médiateur, juge) as-tu rencontrés lorsque tes parents se sont séparés? Quel rôle ont-ils joué?

Peu de participants ont été représentés sur le plan juridique. Plusieurs estiment que si les parents ne peuvent pas s'entendre, les enfants devraient avoir un représentant juridique afin que leur point de vue soit entendu. Comme un jeune le fait remarquer : « Tu peux avoir besoin de quelqu'un qui parle en ton nom. » En revanche, certains indiquent que « les questions des avocats et des membres de la famille m'ont donné l'impression que je devais prendre parti pour un de mes parents ». Un autre dit : « Je me sentais obligé de répondre à des questions alors que je n'étais pas au courant de tout. » Les participants recommandent fortement que les avocats aient une formation en psychologie et soient plus sensibles aux questions et aux préoccupations touchant le développement de l'enfant.

Comme les réponses aux questions sur les antécédents l'ont montré, certains des jeunes ont déjà été en contact avec des professionnels de la santé mentale. Dans certains cas, ce soutien est jugé très important alors que, dans d'autres cas, il ne l'est pas. Les participants s'accordent pour dire que les professionnels qui travaillent avec les enfants devraient définir clairement leur rôle et l'objet du contact. Ces professionnels devraient être attentifs et veiller à ce que les enfants aient l'occasion d'exprimer leur point de vue.

Les participants soulignent l'importance pour les professionnels d'écouter vraiment le point de vue des enfants. Selon eux, les services-conseils seraient plus utiles si le professionnel de la santé mentale dialoguait ouvertement avec les enfants, répondait exactement à leurs questions et respectait les accords de confidentialité. Ils précisent les éléments des services-conseils qui les aideraient : donner des conseils sur la façon de faire face à la situation; aider à maîtriser sa colère et aider à se « débarrasser de l'énergie qui est en moi ». Un participant exprime clairement ce que les jeunes ne veulent pas : « Je ne veux pas de pitié. Je ne veux pas qu'on me demande si je vais bien. » Les participants recherchent également un soutien face à leurs parents : « Ne me demandez pas de parler à mes parents alors que je ne veux pas les voir. » Les participants conviennent que les professionnels doivent prendre les enfants plus au sérieux.

Beaucoup de participants semblent comprendre que lorsque les parents ne s'entendent pas sur les modalités de garde, on peut faire appel à un professionnel pour faire enquête et en rendre compte au tribunal. Plusieurs déclarent que, dans les cas de conflits graves, il serait utile de pouvoir expliquer à un tiers neutre comment ils sont traités. Les participants s'accordent pour dire que dans ces cas, les professionnels ont la responsabilité de mettre les enfants à l'aise. Selon eux, cela voudrait dire que les professionnels examinent avec eux les rapports ou autres documents avant de les soumettre au tribunal.

Si tu avais des amis dont les parents se séparent, qu'est-ce que tu leur dirais? Qu'est-ce qui aiderait tes amis?

Les participants suggèrent plusieurs façons d'aider d'autres jeunes dont les parents se séparent. Dans chacune des six séances, on souligne à maintes reprises l'importance de faire comprendre aux enfants qu'ils ne sont pas responsables du divorce. Une participante déclare qu'elle dirait à son amie : « Ne cherche pas à savoir ce que tu as fait de mal. » Un autre dit : « Tes parents ne te détestent pas. Ne les déteste pas. » Ils conseilleraient fortement aux autres jeunes de ne pas « se laisser prendre au milieu » ni « de prendre parti ».

Certains estiment que les enfants ont une certaine responsabilité dans le maintien de la paix à la maison. D'autres suggèrent : « Si tu ne vois qu'un parent, essaie de vivre ta vie sans te préoccuper de l'autre. » Ils encourageraient leurs amis à rester calmes.

Dans toutes les séances, les jeunes déclarent souvent qu'ils ne veulent pas que la séparation ou le divorce des parents soit au centre de leur vie. Ils nous disent qu'ils conseilleraient ainsi leurs amis : « la vie continue après le divorce. » Ils inciteraient leurs amis à être positifs et à faire des activités pour se distraire des difficultés à la maison et des conflits parentaux.

Malgré un certain scepticisme dans un des groupes au sujet de l'utilité des professionnels, la plupart des participants disent qu'ils recommanderaient à leurs amis de « parler à quelqu'un ».

Quels conseils donnerais-tu aux parents qui se séparent, ou aux personnes qui travaillent auprès des jeunes, pour rendre la séparation plus facile à vivre pour les enfants?

L'analyse des discussions révèle cinq types de préoccupations ou de conseils. Les participants soulignent l'importance de déterminer les besoins des enfants lorsque les parents divorcent, et d'en tenir compte. Ils affirment que « les enfants ont besoin de stabilité ». Ils donnent l'impression de penser que les parents et les professionnels ne réfléchissent pas toujours aux répercussions de leurs décisions sur la vie des enfants. Certains estiment que les parents pensent plus à eux-mêmes qu'à leurs enfants. Beaucoup d'entre eux disent qu'ils auraient aimé pouvoir rencontrer d'autres jeunes dans la même situation, « dans un groupe comme celui-ci » (atelier). Les participants s'accordent pour dire que les enfants ont besoin d'être renseignés sur les changements qui se produisent dans la famille et de temps pour s'y adapter.

Le deuxième thème dégagé est celui des conflits parentaux. Les participants sont explicites et catégoriques. Plusieurs recommandent que les parents suivent une thérapie. Comme l'un des jeunes nous l'a rappelé : « Les parents ne devraient pas oublier qu'ils sont des exemples pour les enfants. » Ils nous demandent instamment de dire aux parents et aux décideurs que « dans tous les cas, les parents doivent appuyer leurs enfants. Ils doivent séparer les enfants du reste du divorce. Les enfants ne sont pas simplement un bien qu'on possède. » Les participants s'accordent pour dire qu'ils s'attendent à ce que les parents règlent leurs conflits et collaborent pour le bien des enfants.

Troisièmement, les participants pressent fortement les professionnels et les parents de trouver des moyens concrets pour que les enfants soient entendus dans la prise de décisions. Comme un jeune l'a déclaré de façon succincte : « On n'est pas stupide, on connaît certaines choses. » Ils recommandent qu'on demande aux enfants d'exprimer leurs idées plutôt que de les forcer à choisir entre leurs parents. Par exemple, un jeune dit qu'il veut un endroit où se réfugier « où personne ne me demanderait de prendre parti ». Ils savent qu'il faut avoir différentes options et désirent que les parents « écoutent plus et nous prennent plus au sérieux ». Un participant s'est demandé si « vous pourriez adopter une loi qui forcerait les parents à être responsables ». Plusieurs mentionnent que les enfants doivent apprendre à se faire entendre. Les participants s'accordent pour dire que les adultes (les parents et les professionnels) doivent créer des situations qui encouragent les enfants à parler sans crainte des récriminations ou de la censure.

Quatrièmement, les participants expriment des préoccupations au sujet de la longueur du processus et de l'apparente difficulté à résoudre les problèmes et à obtenir le divorce. Plusieurs disent que « le divorce coûte trop cher ». Un jeune se demande pourquoi « le divorce devait être une bataille judiciaire de huit mois ». Un autre recommande : « Il devrait y avoir des bourses pour les parents » qui ont besoin d'un soutien financier pour entamer des démarches juridiques. Les participants s'accordent pour dire que les décisions qui touchent la vie des enfants devraient être prises plus rapidement et que l'on devrait inclure des dispositions visant à modifier les décisions lorsque les besoins de développement et les circonstances le justifient.

Le cinquième thème avait trait aux pensions alimentaires pour enfant. Comme nous l'avons vu, de nombreux participants (en particulier à Toronto et Winnipeg) connaissent très bien ce sujet et expriment de graves préoccupations au sujet du défaut de paiement des pensions alimentaires pour enfants. Ils préconisent que le gouvernement impose des mesures d'exécution très strictes. Ils considèrent les pensions alimentaires comme une expression de l'amour et de l'intérêt du parent payeur. Ils y attachent beaucoup d'importance, même si le parent destinataire a des ressources économiques suffisantes pour s'occuper des enfants. Un jeune déclare que « l'argent pourrait être nécessaire plus tard. Ce serait bien de savoir qu'il est là. Je pourrais m'en servir pour mes études universitaires ».

Enfin, les jeunes sont revenus sur leurs préoccupations au sujet des nouvelles relations de leurs parents. Ils demandent que les parents « prennent leur temps ». Un d'entre eux déclare : « J'ai consacré ma vie à cette famille. Comment peut-il (le beau-père) arriver et s'imposer? » Plusieurs ont déjà vécu dans une famille reconstituée. Un jeune décrit les conséquences d'une nouvelle relation sur les enfants d'une première union : « Les parents sont égoïstes, ils s'occupent d'abord de leurs propres relations. Je ne pouvais pas parler à mon père devant sa copine, alors j'ai cessé de lui parler. »

CONCLUSION

Les participants aux ateliers des jeunes ont expliqué comment la séparation et le divorce touchaient leur vie. D'un côté, ils désapprouvent les parents qui sont incapables de résoudre leurs conflits ou qui ne le veulent pas. Comme un jeune l'a expliqué : « J'aime toujours mes parents, mais je dois comprendre que c'est comme ça. C'est difficile de respecter les parents à cause de leur comportement. »

En revanche, ils semblent pouvoir accepter le fait que toutes les relations ne sont pas durables et que certaines doivent se terminer. De nombreux participants peuvent voir dans le divorce des aspects positifs, comme une plus grande indépendance, le fait d'apprendre de ses erreurs et de devenir plus fort. Ils estiment que les parents ne font pas toujours suffisamment d'efforts dans leur relation, ni avant ni après le divorce. Bon nombre de jeunes reconnaissent qu'il leur est plus difficile de faire confiance aux adultes. Pour certains, il est évident que le divorce de leurs parents est difficile à porter ou qu'ils ont des responsabilités trop lourdes pour leur âge (participation aux décisions financières). Un jeune conseille aux autres : « Vous devez vous occuper de votre mère, car votre père n'est plus là. »

Ils demandent aux parents et aux décideurs de créer des services efficaces et adaptés qui soutiennent les enfants lorsque les parents ne vivent plus ensemble. Ils s'attendent à ce que les pensions alimentaires pour enfants soient payées. Ils veulent acquérir des compétences qui leur permettront de contribuer à la prise de décisions. Ils s'attendent à ce que les professionnels soient disponibles, qu'ils connaissent les jeunes et soient sensibles à leurs besoins. Ils s'inquiètent de l'avenir et de leur capacité à avoir des relations durables. Ils recherchent des modèles et veulent que les parents assument une plus grande responsabilité pour les préparer à la vie adulte.

Cette consultation visait à incorporer le point de vue des jeunes au débat sur les réformes législatives et les services. Il est tout indiqué de conclure ce rapport par deux commentaires des jeunes participants :

  • « Un programme et un questionnaire ne sont pas suffisants, car les circonstances et les expériences sont toutes différentes. »

  • « Les enfants d'abord. Nous sommes l'avenir. »

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