Garde des enfants, droits de visite et pension alimentaire : Résultats tirés de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes

II - LES TRAJECTOIRES COMPLEXES DE LA VIE FAMILIALE DES ENFANTS AU CANADA (suite)

Les enfants nés d'un couple en union libre sont plus susceptibles de voir leurs parents se séparer un jour

Le choix que font les parents de cohabiter, plutôt que de se marier, est lourd de conséquences pour les chances de survie de la cellule familiale. La figure 4 présente le pourcentage cumulé d'enfants canadiens nés d'une famille comptant les deux parents et qui ont connu la séparation des parents -- selon le genre d'union adoptée par ceux-ci. L'analyse repose ici sur les cohortes de 1983 et 1984, où se trouvent les enfants qui avaient atteint l'âge de 10 ans au moment du premier cycle de l'ELNEJ.

Nous faisons la distinction entre quatre types d'union parentale :

  1. les parents qui se marient directement, sans avoir cohabité auparavant;
  2. les parents qui ont cohabité auparavant, mais qui se sont mariés avant la naissance de l'enfant;
  3. les parents qui cohabitent au moment de la naissance de l'enfant, mais qui se sont mariés par la suite;
  4. les parents qui ne se sont pas mariés et qui cohabitent toujours en union libre.

Dans les cohortes de 1983 et 1984, 60 p. 100 des enfants sont nés de parents s'étant mariés sans avoir cohabité auparavant, et 24 p. 100, de parents s'étant mariés après avoir cohabité. Dix pour cent sont nés de parents en cohabitation; dans 3 p. 100 de ces cas, les parents ont contracté un mariage avant le dixième anniversaire de naissance de l'enfant. Les enfants nés d'un parent seul (6 p. 100) sont exclus de l'analyse.

Figure 4 : Pourcentage cumulé des enfants canadiens nés dans une famille biparentale et qui ont connu la séparation de leurs parents, selon le type d'union -- cohortes de 1983-1984 -- ELNEJ 1994-1995

Figure 4 : Pourcentage cumulé des enfants canadiens nés dans une famille biparentale et qui ont connu la séparation de leurs parents, selon le type d'union -- cohortes de 1983-1984 -- ELNEJ 1994-1995

[ Description de Figure 4 ]

Comme le laisse voir la figure 4, les parents ayant cohabité avant de se marier sont plus susceptibles de se séparer que les parents s'étant mariés sans avoir cohabité au préalable; mais ils sont en même temps moins susceptibles de se séparer que les couples qui continuaient à cohabiter. De fait, comme l'union libre est devenue presque la norme pour qui choisit d'entamer une vie conjugale, les études montrent que les couples qui se sont mariés après avoir d'abord cohabité ressemblent de plus en plus aux couples qui se sont mariés directement.

Le risque de séparation est le plus élevé dans les familles où les parents vivent en union libre : au moment où les enfants nés en 1983-1984 atteignaient l'âge de dix ans, 63 p. 100 d'entre eux avaient déjà connu la séparation des parents, par opposition à seulement 14 p. 100 des enfants nés de parents qui s'étaient mariés sans avoir cohabité au préalable.

Cette tendance vaut-elle pour l'ensemble du pays, ou la situation est-elle différente dans le cas du Québec, où la cohabitation est parfois considérée comme une façon d'éviter la formalité du mariage, bien que les conjoints en union libre soient aussi « engagés » l'un face à l'autre que les couples qui se marient?

La figure 5 illustre le pourcentage cumulé d'enfants dont les parents se sont séparés avant qu'ils n'aient six ans, en fonction du type d'union adopté par les parents au Québec et en Ontario. Le graphique confirme le fait que les unions libres sont plus stables, ou devrions-nous dire moins instables, au Québec qu'en Ontario. Au Québec, 37 p. 100 seulement des enfants nés entre 1983 et 1988 de parents en union libre ont connu la séparation de leurs parents avant d'avoir six ans, par opposition à 61 p. 100 en Ontario. Néanmoins, les unions libres demeurent moins stables que les mariages. En outre, bien que les unions libres soient moins instables au Québec, le fait qu'un plus grand nombre d'enfants naissent et sont élevés dans de telles unions (20 p. 100 au Québec par rapport à 5 p. 100 en Ontario dans le cas des cohortes de 1983-1988) annule clairement les avantages que peut procurer une stabilité relativement plus grande des unions libres au Québec.

Figure 5 : Pourcentage cumulé des enfants nés dans une famille biparentale et dont les parents se sont séparés avant qu'ils aient six ans, selon le type d'union -- cohortes de 1983-1988 -- ELNEJ 1994-1995

Figure 5 : Pourcentage cumulé des enfants nés dans une famille biparentale et dont les parents se sont séparés avant qu'ils aient six ans, selon le type d'union -- cohortes de 1983-1988 -- ELNEJ 1994-1995

[ Description de Figure 5 ]

La figure 5 illustre l'expérience vécue par les enfants nés durant les années 1980. Qu'arrivera-t-il aux enfants nés de couples en union libre durant les années 1990, époque où la cohabitation est nettement plus répandue comme cadre de vie pour fonder une famille? Ces unions demeureront-elles aussi instables qu'elles l'ont été durant les années 1980? Cela reste à voir, mais la réponse porte à conséquence, étant donné que plus de 40 p. 100 des enfants nés au Québec en 1993-1994 ont des parents ayant choisi l'union libre.

Ayant décrit brièvement l'évolution de la situation familiale des enfants au Canada, tournons-nous maintenant vers les questions que posent la garde légale, l'accès au parent non gardien et le versement des pensions alimentaires pour le nombre croissant d'enfants dont les parents sont séparés.

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