Introduction
En date d’août 2022, la pandémie mondiale de COVID-19Note de bas de page5 s’était propagée dans plus de 200 pays et avait causé plus de 6 millions de décès dans le monde (Organisation mondiale de la santé s.d.). Les gouvernements du monde entier ont dû déterminer la façon de réagir à une menace mondiale qui, à l’époque, était généralement méconnue.
En mars 2020, en vue de réduire au minimum la propagation de la COVID-19 au Canada, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux (FPT), les municipalités et les dirigeants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont présenté un éventail de mesures de santé publique. Parmi ces mesures, notons les ordres de rester à la maison, les fermetures d’écoles et de garderies, les fermetures d’entreprises non essentielles ainsi que des restrictions sur les rassemblements et les déplacements (Gouvernement du Canada 2021). À divers moments pendant la pandémie, les Canadiens devaient porter des masques à l’extérieur de leur maison, limiter leur exposition à des personnes ne faisant pas partie de leur ménage, éviter les déplacements non essentiels et améliorer les protocoles d’hygiène, comme le lavage des mains et le nettoyage et la désinfection des surfaces et des objets. D’autres dispositions, comme les protocoles de dépistage et les exigences d’isolement, ont été énoncées dans des arrêtés d’urgence et des modifications réglementaires. La mise en place de ces diverses mesures a contraint les personnes, les collectivités, les entreprises, les systèmes et les sociétés à s’adapter, à réagir et à continuer de progresser tout en luttant contre une pandémie mondiale. La pandémie, ainsi que les interventions collectives face à celle-ci, a grandement influencé le fonctionnement des diverses sphères et institutions sociales et économiques, y compris le système de justice pénale (SJP).
Avant le début de la pandémie de COVID-19, les décideurs et les législateurs du Canada avaient amorcé des travaux de modernisation du SJP afin de lutter contre la surreprésentation des personnes autochtones, vulnérables et marginalisées et d’améliorer les procédures judiciaires ainsi que le soutien aux victimes et aux survivants d’actes criminels.Note de bas de page6 Au milieu de ces améliorations continues, la pandémie a incité les décideurs et les législateurs à adapter davantage le SJP. Ils ont donc adopté des approches technologiques supplémentaires, éliminé les règles et les processus qui constituaient des obstacles à l’accès à la justice et trouvé des moyens créatifs de fournir aux personnes de l’information juridique et d’autres soutiens.
Compte tenu de l’incidence que peut avoir la pandémie de COVID-19 sur le rendement du SJP, l’édition de 2022 du rapport sur l’état du système de justice pénale met l’accent sur la surveillance des changements clés qui se sont produits pendant cette période. Il compare les indicateurs de rendement avant le début de la pandémie de COVID-19 à ceux établis jusqu’à deux ans depuis le début de la pandémie, pour lesquels des données ont été recueillies et mises à disposition.Note de bas de page7 Il fournit également de l’information contextuelle qui permet de mieux comprendre l’incidence immédiate de la COVID-19 sur la police, les tribunaux et les opérations correctionnelles, ainsi que sur les personnes qui interagissent avec le SJP.Note de bas de page8 Pour cette raison, le rapport a été structuré en fonction des différentes étapes du SJP, plutôt que des résultats de l’état du système de justice pénale.
On trouve une évaluation complète du rendement du SJP fondée sur tous les indicateurs du Cadre de l’état du système de justice pénaleNote de bas de page9 dans le premier Rapport sur l’état du système de justice pénale de 2019. Une autre évaluation complète sera effectuée en 2024.
La COVID-19 et les inégalités préexistantes
La pandémie a mis en évidence et accentué de nombreuses inégalités sociales préexistantes au Canada dans les domaines de l’éducation, des soins de santé, du logement, de l’emploi et d’autres sphères socio‑économiques. Ces inégalités se sont recoupées avec d’autres facteurs de marginalisation, comme le contexte ethnoculturel et le sexe, aggravant ainsi les répercussions négatives de la COVID-19 pour certains groupes et certaines personnes.
Les recherches émergentes sur l’incidence de la COVID-19 sur différents groupes de populations au Canada ont fait ressortir certaines des façons dont le racisme systémique et structurel a mené à une exposition accrue des Autochtones et des personnes noires et racisées à la COVID-19 (Centre for Research & Education on Violence Against Women & Children 2021). Ces groupes sont depuis longtemps victimes d’inégalités en matière d’éducation, de revenu et d’emploi à cause de la discrimination systémique. Par conséquent, un nombre disproportionné de personnes autochtones, noires et racisées sont des travailleurs essentiels à faible salaire qui sont directement exposés au virus (ibid.). L’Agence de la santé publique du Canada (2021a) a également constaté que les zones résidentielles à forte concentration de personnes racisées étaient touchées de manière disproportionnée par la COVID-19; au Canada, les personnes racisées affichaient des taux de mortalité plus élevés.
La pandémie de COVID-19 a également contribué à l’accroissement de la disparité liée au sexe entre les travailleurs et les travailleuses. Au Canada, le secteur des services a été l’une des industries les plus touchées au chapitre des pertes d’emploi pendant la pandémie. Ce secteur emploie une plus grande proportion de travailleuses; dans l’ensemble, en février 2020, 90 % des femmes employées travaillaient dans le secteur des services, par rapport à 68 % des hommes. Par conséquent, les femmes ont souffert davantage de pertes d’emploi et de réductions d’heures de travail que les hommes, ce qui a contribué à creuser l’écart entre les sexes au chapitre du chômage au Canada (Grekou et Lu 2021).
Des événements survenus récemment en Amérique du Nord ont aussi mis en lumière la présence continue du racisme systémique et son incidence sur les peuples autochtones et les communautés noires et racisées. À titre d’exemple, en mai 2020, l’assassinat d’un homme noir, George Floyd, par des policiers de Minneapolis, au Minnesota, a amplifié le mouvement Black Lives Matter ainsi que les appels à cesser de financer la police. En outre, en mai 2021, 215 tombes non marquées ont été découvertes près du site du pensionnat indien Kamloops à Kamloops, en Colombie-Britannique, sur les terres de la Première Nation Tk'emlúps te Secwépemc.
Ces découvertes et événements montrent comment le racisme systémique et la discrimination au Canada donnent lieu à une répartition inéquitable des risques pour la santé. Dans ce contexte, il est essentiel de reconnaître l’existence, avant la pandémie, d’inégalités fondées sur l’identité ethnoculturelle et sur le sexe pour comprendre pourquoi certains groupes de personnes ont été inégalement touchés par la COVID-19.
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