Étude sur les services juridiques au Nunavut

4. COÛT DE LA PRESTATION DES SERVICES

4. COÛT DE LA PRESTATION DES SERVICES (suite)

4.2 INCIDENCE DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL

Les décisions des autorités fédérales ont une incidence importante sur le coût de la prestation des services juridiques au Nunavut. Ces répercussions sont occasionnées par :

« On nous a promis dans [la nouvelle loi sur la justice pour adolescents] que tous les moins de 18 ans pourraient avoir accès à un avocat sans égard au budget […] On n'a pas pensé aux conséquences pour l'aide juridique. Il est peu probable que [le gouvernement fédéral] examine comment le Nunavut va s'y prendre pour respecter cet engagement […] Dans un monde idéal, chaque loi fédérale prévoirait l'incidence sur l'aide juridique, et la situation du Nunavut serait spécifiquement examinée. »

Tous ces inducteurs de coûts sont présentés en détail ci-dessous.

4.2.1 Législation fédérale

La législation fédérale influe sur le coût de la prestation des services d'aide juridique. Selon les répondants, certains coûts sont liés à des textes de lois spécifiques, actuels ou projetés, et d'autres, à des préoccupations plus générales quant aux tendances de la législation et à son élaboration.

Parmi les textes de loi qui posaient problème à certains répondants, on trouve :

Au nombre des tendances de la législation et de son élaboration qui, selon les répondants, accroissent les coûts de la CSJN, mentionnons les suivantes:

« Et puis, il y a la guerre contre les drogues […] On croit à tort que la cause fondamentale de tous les maux dans le Nord est la consommation de substances intoxicantes plutôt que la pénurie d'emploi. C'est pourquoi le système s'attaque aux affaires de drogues plutôt qu'aux causes sous-jacentes de la criminalité.

Presque tous les crimes sont liés à l'abus d'alcool […] »

4.2.2 Politiques fédérales

Les répondants et les participants aux ateliers ont relevé quatre façons par lesquelles les politiques fédérales influent sur le coût de la prestation des services d'aide juridique :

Des répondants ont indiqué que l'incidence de ces politiques varie énormément selon l'agent, l'avocat ou le juge qui les applique. Ils estiment que certains font preuve d'une certaine souplesse dans l'application des politiques fédérales, alors que d'autres se montrent intransigeants. Selon certains répondants, cette rigidité est source de pressions sur le système de justice et entraîne une hausse des coûts de la prestation des services juridiques.

Actions de la GRC

Les répondants ont relevé plusieurs facteurs qui font que les actions de la GRC contribuent à accroître les coûts de la prestation des services juridiques en raison de la demande accrue de services qu'elles entraînent pour la CSJN. En voici quelques-uns :

Cependant, en examinant la portée des actions de la GRC, bon nombre de répondants et de participants aux ateliers ont aussi admis qu'ils étaient conscients que les agents avaient un très faible pouvoir discrétionnaire ou très peu de latitude dans l'exécution de leurs fonctions. Selon ces personnes, s'ils jouissaient d'un plus grand pouvoir discrétionnaire, les agents de la GRC pourraient faire respecter la loi tout en satisfaisant les besoins de la collectivité et en fondant leurs décisions sur leur connaissance de la situation locale.

Actions du procureur de la Couronne

Les répondants et les participants aux ateliers ont aussi signalé des raisons pour lesquelles les actions du procureur de la Couronne font augmenter le coût de la prestation des services juridiques :

Actions des juges

Enfin, les répondants ont indiqué que, dans certains cas, les juges ont institué leurs propres politiques, qui ajoutent à la charge de travail des avocats de la CSJN et, donc, font augmenter les coûts de la prestation des services juridiques. On a cité notamment la politique instaurée par un juge, selon laquelle l'accusé doit comparaître de nouveau devant le tribunal après une période donnée. L'accusé est alors représenté une deuxième fois par un avocat de service de la CSJN, ce qui ajoute une charge additionnelle à la tâche déjà lourde des avocats de service de la CSJN ainsi qu'à celle des conseillers parajudiciaires et des agents de probation.

Activités de VIJ

Les activités de VIJ, dont le gouvernement fédéral assume la responsabilité à l'échelle nationale, peuvent avoir une incidence importante sur la demande que connaît la CSJN au fur et à mesure que les gens comprennent mieux leurs droits garantis par la loi. Ceci crée un problème important quand aucun financement fédéral supplémentaire n'est offert pour aider la CSJN à combler cette demande en recrutant plus de personnel ou en réalisant ses propres activités de VIJ. Un récent exemple de cette incidence : l'effort déployé par les autorités fédérales pour informer les Canadiennes et les Canadiens de leur droit à la pension alimentaire pour enfants après un divorce a entraîné une hausse de la demande d'aide juridique que la CSJN a été incapable de gérer en raison de la pénurie de ressources humaines inadéquates. Cela a entraîné un important arriéré d'affaires en droit de la famille. On s'y attaque maintenant grâce à l'arrivée de deux avocats spécialisés dans ce domaine à la CSJN.

4.2.3 Répartition des ressources fédérales

« La capacité [de la Couronne] augmente plus rapidement que celle des avocats de la défense. [Elle mène] parfois le jeu […] [Elle] est prête à entamer les discussions à propos des aveux, pour éviter que les témoins [qui ne résident pas dans le territoire] aient à se déplacer […] En général, la réaction [de l'avocat de la défense] est : « Nous n'avons pas le temps maintenant. » »

Les répondants ont signalé des décisions concernant la répartition des ressources fédérales qui ont une incidence sur le coût de la prestation des services juridiques. La plus importante est, de loin, celle qui donne lieu à un déséquilibre dans la répartition des ressources entre la magistrature, la Couronne et la CSJN qui, selon eux peut être vu du point de vue des ressources humaines mises à la disposition de chaque « groupe » au sein du système de justice.

Bon nombre de répondants estiment que la CSJN possède une « puissance de feu » inférieure à celle de la Couronne, ce qui signifie que cette dernière peut :

Il convient toutefois de noter aussi que des répondants sont d'avis que le bureau du procureur de la Couronne manque aussi de ressources par rapport à sa charge de travail. Ils ne souhaitent donc pas que les ressources soient réaffectées de la Couronne à la CSJN, mais plutôt que les deux groupes reçoivent un financement adéquat pour remplir leur mandat respectif.

En comparant les ressources affectées à la CSJN à celles fournies par le gouvernement fédéral aux bureaux de la Couronne, de nombreux répondants ont fait remarquer que les services d'aide juridique semblent être moins généreusement appuyés. En outre, contrairement aux bureaux de la Couronne, la CSJN, avec son administration centrale située dans la collectivité éloignée de Gjoa Haven, a une présence et une visibilité dans toutes les régions éloignées du Nunavut et est chargée d'offrir des services juridiques en droit de la famille et en droit civil, des services de vulgarisation et d'information juridiques en plus de s'occuper de nombreuses affaires pénales exigeantes.

D'autres décisions concernant la répartition des ressources fédérales ont été mentionnées par les répondants, dont celles-ci :

4.3 SOMMAIRE DE LA SECTION 4.

Le tableau suivant résume les points importants de la section 4.

Tableau 4.2 : Sommaire de la section 4.