Origines des préjudices subis par les personnes noires au Canada
Trois concepts clés encadrent l’analyse qui suit. Le capitalisme racial désigne le processus par lequel les systèmes économiques tirent profit de l’exploitation, de la dépossession et de l’exclusion de groupes racisés, de sorte que les communautés ethniques et les inégalités économiques constituent des phénomènes indissociables qui se renforcent mutuellement (Robinson, 1983). La violence structurelle renvoie aux façons dont les structures sociales, notamment les lois, les politiques et les institutions, portent systématiquement préjudice à certains groupes, non seulement par l’exercice direct de la force, mais aussi par une répartition organisée des désavantages qui limite l’accès aux ressources, à la sécurité et à un traitement équitable (Galtung, 1969; Farmer, 2004). Farmer, 2004). Le traumatisme intergénérationnel désigne la transmission, d’une génération à l’autre, des effets psychologiques, sociaux et physiologiques de préjudices graves ou prolongés. Les communautés exposées à une violence raciale persistante peuvent ainsi perpétuer des schémas de stress, de méfiance et de vulnérabilité qui influencent les expériences actuelles de préjudice et le recours à l’aide (Brave Heart, 1998). Considérés dans leur ensemble, ces concepts s’enchaînent logiquement : le capitalisme racial a créé les conditions de dépossession et d’exploitation; la violence structurelle les a ancrées dans les lois, les politiques et les inégalités sociales; et le traumatisme intergénérationnel en représente l’effet cumulatif dans la vie des personnes et des communautés qui en subissent encore les conséquences. Le cadre analytique qu’ils définissent révèle que l’histoire raciale du Canada n’est pas simplement une toile de fond de la violence contemporaine, mais qu’elle en est un déterminant actif et actuel.
Toute analyse rigoureuse de l’homicide, de la violence armée et des expériences des personnes touchées au sein des communautés noires au Canada doit tenir compte des effets profonds et persistants de la construction sociale de communautés noires, enracinée dans l’esclavage et toujours perceptible de nos jours. Les mécanismes de contrôle qui régissaient autrefois la vie des personnes noires réduites en esclavage n’ont pas disparu avec l’abolition de l’esclavage; ils se sont transformés. Après l’abolition officielle de l’esclavage, le stigmate autrefois associé au statut d’« esclave » s’est progressivement transféré à l’identité noire elle-même, façonnant la manière dont les institutions percevaient et traitaient les personnes noires (Maynard, 2025). Cette stigmatisation raciale s’est enracinée dans de nombreuses institutions canadiennes. Elle s’est notamment manifestée dans les systèmes scolaires ségrégués qui limitaient les possibilités d’avancement (Howard et Smith, 2011), dans les politiques d’immigration conçues pour restreindre l’entrée des personnes noires au pays (Calliste, 1994) et dans les pratiques policières et judiciaires qui ciblaient de façon disproportionnée les communautés noires (Warde, 2013). Ces structures ancrées de longue date ont produit des inégalités matérielles tout en institutionnalisant des pratiques de surveillance et de sanction; elles continuent de façonner tant la répartition de la violence que les réponses apportées aux victimes noires et à leurs familles, qui se heurtent souvent à des obstacles lorsqu’elles cherchent à obtenir du soutien ou à faire valoir leurs droits après avoir subi un préjudice (Sharpe et coll., 2025).
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