Dépistage rapide et orientation des familles vivant une séparation ou un divorce fortement conflictuel

CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

Ce projet de recherche s’inscrit dans le cadre des initiatives prises par le ministre fédéral de la Justice en vue de répondre aux conclusions et aux recommandations formulées par le Comité mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants. Il s’agissait, dans le cadre de ce travail, de mieux cerner les caractéristiques des familles qui se trouvent empêtrées dans ce qu’on peut appeler des divorces fortement conflictuels. Nous nous sommes également penchés sur les enseignements tirés des divers projets cliniques et juridiques ainsi que de l’activité des professionnels qui tentent d’orienter les familles fortement conflictuelles vers des services susceptibles de faciliter le règlement des différends.

Cet intérêt porté aux familles fortement conflictuelles vient du fait qu’on s’est aperçu, comme il a été rappelé à de multiples reprises dans le cadre des travaux du Comité spécial mixte, que les familles en question consacrent aux disputes entourant des questions de garde, de droits de visite et de pension alimentaire, une proportion démesurée de leurs propres ressources émotionnelles et financières. Elles font, en outre, une très grande consommation de services juridiques et judiciaires ainsi que de services de consultations médico-sociales et thérapeutiques. Cette étude est partie de l’idée que, si les recherches, aussi bien cliniques qu’empiriques, permettent de conclure que le divorce a, pour les enfants, des conséquences généralement néfastes, les divorces fortement conflictuels leur feraient vraisemblablement encore plus de tort. En établissant qu’il en est effectivement ainsi et en formulant des critères permettant d’évaluer les niveaux de conflit, on faciliterait la mise en place de programmes de prévention et de restauration conçus de manière à atténuer ces effets nocifs chez les enfants aux prises avec ce genre de difficultés familiales.

Il s’est agi, dans le cadre de cette recherche, d’abord de procéder à une étude complète des travaux effectués en ce domaine, puis de mener une série d’entrevues auprès de chercheurs et de spécialistes de la santé mentale qui s’intéressent particulièrement aux familles divorcées et à leurs enfants. Nous avons notamment contacté des travailleurs sociaux, des psychologues et des psychiatres qui font de la thérapie et qui procèdent à des évaluations des mesures de garde et des droits de visite afin d’élaborer des plans parentaux à l’intention des familles séparées et divorcées.

Parmi les ouvrages étudiés, relevons plusieurs types de travaux de recherche :

Comment le divorce affecte-t-il les enfants?

La plupart des travaux empiriques, qu’ils soient fondés sur l’étude de petits échantillons ou sur de grands échantillons tels que dans les études longitudinales, constatent que le divorce fait du mal aux enfants. Non seulement les enfants traversent-ils une période d’adaptation difficile lorsque leurs parents se séparent, mais certains d’entre eux vont, pendant de nombreuses années, avoir à lutter contre les conséquences du divorce de leurs parents. Ajoutons que ces conséquences entraînent souvent pour eux des problèmes lorsqu’ils atteignent l’âge adulte.

Pour évaluer les problèmes que le divorce des parents pose aux enfants, il faudrait parvenir à cerner de plus près les changements structurels, relationnels et émotionnels qui se produisent dans la famille, et à mieux voir les résultats néfastes que ces divers facteurs peuvent entraîner chez les enfants. Les recherches citées dans cette étude ont démontré que les changements suivants se produisent dans les familles qui divorcent. Ces changements sont également appelés facteurs de risque pour les enfants :

Certains travaux indiquent, en outre, que les incidents de violence conjugale sont plus fréquents au moment de la séparation et peuvent augmenter dans les familles où la garde des enfants ou les droits de visite donnent lieu à des conflits.

Ces changements ou facteurs de risque posent des problèmes particuliers chez les enfants dont les parents divorcent, difficultés que les enfants vivant dans des familles intactes parviennent généralement à éviter. Notons, parmi les principales difficultés encourues dans ce genre de situation :

La manière dont les enfants répondent à ces défis et font face à ces difficultés dépendent d’un certain nombre de facteurs. De nombreuses études démontrent que le principal facteur favorisant l’adaptation des enfants est la capacité des parents à s’adapter eux-mêmes à la séparation. Cette étude démontre que le parent qui prend l’initiative d’une séparation ressentira en général moins de colère, de tristesse et de troubles que le parent qui se sent abandonné. Celui-ci éprouvera souvent en effet des sentiments d’abandon et d’impuissance et ces sentiments semblent entraîner une baisse de son attention parentale. Selon ces études, il y a certaines choses que les parents doivent faire pour aider les enfants à s’adapter à la scission de la famille. Il s’agit, notamment :

Lorsque vient le temps de se séparer, de nombreux parents se sentent à la fois accablés et débordés, ce qui les portent à se concentrer surtout sur leurs propres besoins en matière de sécurité, d’amitié ou de revanche. Dans ce cas-là, les enfants vont en souffrir.

Selon certaines études, le divorce des parents n’entraîne souvent chez les enfants aucun préjudice durable, mais des travaux empiriques permettent de constater que la majorité des enfants passent par une période de transition très difficile et qu’un nombre sensible d’entre eux souffriront, jusqu’à l’âge adulte, des conséquences néfastes de cette séparation. Pour mieux cerner les facteurs de risque les plus néfastes à long terme, il faudra multiplier les recherches même si les travaux dont nous disposons montrent déjà qu’un nombre non négligeable d’enfants éprouvent, après la séparation de leurs parents, des problèmes, notamment :

Bon nombre de ces enfants conserveront, toute leur vie durant, une méfiance générale en matière de relations avec les autres, et, selon certaines études de longue haleine, ces personnes auront, en général, une vie plus difficile que les personnes issues d’une famille intacte.

Les programmes de pédagogie du divorce s’adressent aux parents qui ont déjà décidé de se séparer. Ce qui pourrait aider un nombre croissant d’enfants canadiens à faire face aux difficultés connues liées à une séparation et à un divorce serait un programme de sensibilisation nationale qui permettrait à tous les parents de prendre conscience des risques que comporte le divorce pour les enfants.

Recommandation nº 1

Il conviendrait de prendre, en matière d’éducation publique, des mesures comparables à celles qui permettent de faire connaître les dangers du tabac ou de la conduite en état d’ébriété, afin de sensibiliser un beaucoup plus grand nombre de personnes aux effets néfastes que le divorce peut avoir sur les enfants. Une meilleure connaissance des risques que le divorce fait courir aux enfants encouragerait peut-être les parents à recourir davantage à des services thérapeutiques ou à des consultations médico-sociales qui permettraient peut-être, dans certains cas, d’éviter le divorce.

La majorité des études recensées concluent qu’après un divorce ou une séparation, le maintien d’une relation avec les deux parents est un des meilleurs moyens d’atténuer les conséquences néfastes chez les enfants. Certaines études démontrent, cependant, que les mesures de garde conjointe ou de garde partagée sont souvent plus satisfaisantes pour les adultes que pour les enfants. Un certain nombre d’études récentes portent par contre à conclure que les mesures de garde conjointe et l’égalité d’accès aux enfants entraînent souvent une accentuation des conflits entre les parents, et donc des conséquences néfastes chez les enfants. Selon ces études, il faudrait engager de nouvelles recherches sur les conséquences à long terme des mesures de garde conjointe.

Recommandation nº 2

Afin de comparer, à long terme, l’adaptation des enfants ayant fait l’objet de mesures de garde conjointe et les enfants qui, bien qu’on ait veillé au maintien de leurs relations avec les deux parents, passent la plupart de leur temps chez l’un d’eux, il y aurait lieu d’engager de nouveaux travaux de recherche basés sur des données longitudinales.

Recommandation nº 3

Afin de recueillir davantage d’information sur les divers modes de partage des responsabilités parentales, au-delà des modèles traditionnels qui sont soit la garde conjointe, soit la garde unique, il y aurait lieu d’instaurer de nouveaux programmes de pédagogie à l’intention des familles qui se séparent.