L'efficacité des pratiques de la justice réparatrice : Méta-analyse

5. Discussion

En général, nous avons estimé que, comparativement aux approches non réparatrices classiques, la justice réparatrice permet mieux d'atteindre chacun de ses quatre objectifs principaux. En d'autres termes, d'après les conclusions de la présente méta-analyse, les programmes de justice réparatrice représentent une méthode plus efficace d'amélioration de la satisfaction de la victime et du délinquant, ils permettent aux délinquants de se conformer davantage aux accords de dédommagement et ils réduisent la récidive des délinquants par rapport aux solutions plus traditionnelles de la justice pénale (c.-à-d. incarcération, probation, ordonnance de dédommagement, etc.). En fait, les programmes de justice réparatrice étaient beaucoup plus efficaces que ces méthodes pour les quatre résultats (à l'exclusion du cas particulier de la satisfaction du délinquant).

5.1 Biais du libre choix

Les résultats positifs de la présente méta-analyse sont toutefois tempérés par le biais du libre choix, qui était évident dans les études sur les programmes de justice réparatrice. La justice réparatrice, de par sa nature même, est un processus volontaire. Il en résulte un groupe étudié de participants (délinquants et victimes) qui ont choisi de participer au programme et qui peuvent donc être plus motivés que le groupe de contrôle. Le taux élevé d'attrition dans nombre d'études de la méta-analyse corroborent cette préoccupation. McCold et Wachtel (1998), par exemple, ont constaté des différences évidentes dans les taux de récidive des participants aux programmes de justice réparatrice (20 %) par rapport aux personnes qui ont refusé de participer aux programmes (48 %) et comparativement au groupe de référence (35 %). En fait, ces auteurs soutiennent qu'il n'y avait aucun effet de traitement sur la récidive résultant de la participation à un programme de justice réparatrice autre que l'effet du libre choix.

Il s'agit d'un problème inhérent à la recherche sur la justice réparatrice. Il est impossible de répartir réellement au hasard des participants dans des groupes étudiés et des groupes de contrôle. Si un individu est forcé de participer à un programme de justice réparatrice, la plupart soutiendront que le programme n'est plus réellement un programme de justice réparatrice. Par conséquent, nous croyons qu'il faut recourir à une autre méthode pour déterminer l'efficacité de la justice réparatrice. Nous recommandons d'administrer des questionnaires conçus pour mesurer la motivation des participants avant qu'ils participent au programme. Cela permettrait aux chercheurs d'examiner la motivation du groupe de contrôle, des participants à un programme de justice réparatrice et de ceux qui refusent d'y participer. Un plan de recherche de ce genre permettrait d'établir une comparaison des individus très motivés, assez motivés et non motivés dans chaque groupe. Si les taux de satisfaction ou de récidive, par exemple, étaient améliorés dans le groupe de la justice réparatrice, et si nous tenions compte de la motivation, nous pourrions alors être davantage convaincus qu'il existe un effet de traitement résultant de la participation au processus de justice réparatrice.

Malgré la question du biais du libre choix, les résultats de la présente méta-analyse, à l'heure actuelle, représentent le meilleur indicateur de l'efficacité des pratiques en matière de justice réparatrice. Il semble, à tout le moins, que les individus qui choisissent de participer à des programmes de justice réparatrice trouvent le processus satisfaisant, qu'ils aient tendance à afficher des taux de récidive moins élevés et qu'ils risquent davantage de se conformer aux accords de dédommagement.

5.2 Traitement approprié

Alors que les effets de la participation à un programme de justice réparatrice sur la récidive restent assez incertains en raison du biais du libre choix, plusieurs soutiennent qu'il est naïf de croire qu'une intervention limitée dans le temps comme la médiation entre la victime et le délinquant aura un effet spectaculaire sur la modification du comportement criminel et délinquant. D'autres facteurs, comme les pairs antisociaux, l'abus d'alcool et d'autres drogues et les collectivités criminogènes, qui ont été reliés au comportement criminel (Hawkins et coll, 1998; Lipsey et Derzon, 1998) ne sont pas abordés adéquatement dans le processus de justice réparatrice. Andrews et Bonta (1998) ont également défini plusieurs facteurs criminogènes qu'il est essentiel, à leurs yeux, d'aborder dans le traitement des délinquants afin de réduire efficacement la récidive. En général, ils ont recensé les attitudes anti-sociales, les associés ayant une propension au crime, les facteurs relatifs à la personnalité, les facteurs familiaux et les faibles niveaux d'instruction et d'emploi. En fait, les travaux antérieurs dans le domaine de la méta-analyse effectués par Dowden (1998) et Andrews et coll. (1990) ont montré qu'un traitement correctionnel « approprié » (c.-à-d. les programmes qui répondaient aux principes pertinents sur le plan clinique du risque, du besoin et de la réceptivité[2]) affichait une valeur de l'effet moyenne beaucoup plus élevée (+0,26 et 0,30 respectivement) pour la récidive que les résultats de la justice réparatrice (+0,07) présentés ici. En d'autres termes, même si les programmes de justice réparatrice peuvent produire une réduction de la récidive comparativement aux réponses plus classiques de la justice pénale au crime, ils n'avaient pas une incidence aussi forte sur la récidive qu'un traitement psychologique spécialisé.

Il semble, toutefois, que la justice réparatrice et un traitement de réadaptation soient des approches complémentaires (Crowe, 1998). Par conséquent, le recours aux processus de la justice réparatrice et à un « traitement approprié » à titre de réponse globale au comportement criminel serait une expérience valable en théorie. Cette combinaison permettrait de tirer parti des points forts des deux méthodes et de réduire au minimum leurs points faibles. Plus précisément, les processus de la justice réparatrice pourraient accroître la satisfaction de la victime et du délinquant et la conformité aux accords de dédommagement tandis que les processus de réadaptation pourraient avoir une incidence importante sur la récidive.

5.3 Variables modératrices

Même si nous n'avons pas observé de différences importantes dans les résultats signalés d'après le genre de modèle (c.-à-d. médiation entre la victime et le délinquant par rapport à conférence), les modèles de médiation entre la victime et le délinquant ont obtenu des taux de satisfaction de la victime et des taux de satisfaction du délinquant plus élevés (sauf pour le cas particulier). Le faible nombre de valeurs de l'effet, toutefois, ainsi que l'absence d'un écart important ne permettent pas de tirer une conclusion rigoureuse. En théorie, cependant, le grand nombre de participants à une conférence plutôt qu'à la médiation entre la victime et le délinquant pourrait contribuer aux taux de satisfaction moins élevés de la victime et du délinquant. Dans la documentation sur la justice réparatrice, on se préoccupe du fait qu'il est parfois difficile d'en arriver à un accord satisfaisant au cours d'une séance, en particulier lorsque de nombreuses personnes aux antécédents variés participent au processus (Hooper et Busch, 1996). Cette possibilité est certainement accrue dans le cas des conférences.

Fait intéressant, nous n'avons pas décelé de différences entre les programmes offerts aux divers points d'entrée dans le système de justice pénale, sauf en ce qui concerne la satisfaction des délinquants. Cette différence n'est toutefois pas convaincante en raison du cas particulier et du fait que les points d'entrée étaient difficiles à coder (plus de la moitié des programmes avaient des points d'entrée mixtes). Par conséquent, nous recommandons que les chercheurs codent de façon plus explicite le point d'entrée de leur programme ou qu'ils séparent les analyses selon cette variable.

Malheureusement, il y avait plusieurs questions auxquelles nous n'avons pas pu répondre en raison du manque de données dans la littérature. Par exemple, nous désirions examiner si les caractéristiques de l'animateur avaient une incidence modératrice importante sur l'efficacité du programme de justice réparatrice. Toutefois, à peu près aucune étude ne donnait des renseignements sur le niveau d'études, les antécédents professionnels ou la formation des animateurs. Il vaut la peine de le signaler, car les animateurs des programmes de justice réparatrice peuvent avoir une incidence importante sur le résultat d'une séance. Les ouvrages sur le traitement correctionnel corroborent cette affirmation, car on y mentionne que les caractéristiques et les comportements du personnel du programme ont une incidence importante sur l'efficacité de celui-ci (Dowden et Andrews, à l'étude). De plus, il y avait des données assez limitées sur d'autres variables importantes comme les antécédents criminels des délinquants (c.-à-d. délinquants primaires par rapport aux récidivistes), les infractions précises (c.-à-d. infractions mineures par rapport à infractions graves, infractions contre les biens par rapport à crimes de violence) et les relations entre les délinquants et les victimes (c.-à-d. famille, voisin, étranger).

En général, nous n'avons pas pu donner une explication adéquate de la gamme étendue de valeurs de l'effet indiquées pour chacun des résultats. Il est possible que les facteurs importants de la détermination d'un programme de justice réparatrice plus efficace n'aient pas été indiqués dans la documentation (c.-à-d. caractéristiques du moniteur, genres d'infraction, antécédents criminels). Afin de favoriser une meilleure compréhension de l'efficacité de la justice réparatrice, nous recommandons que les futures études indiquent les résultats, comme la récidive ou la satisfaction, séparément pour les groupes de délinquants au moyen de variables comme le sexe, l'âge, les antécédents criminels, les genres d'infraction et les relations entre la victime et le délinquant. De plus, nous recommandons que les études présentent des renseignements plus détaillés sur les processus utilisés dans le cadre des programmes de justice réparatrice et par les moniteurs.

5.4 Autres questions relatives à la recherche

Une question que les futures études pourraient examiner est l'effet de la conformité des délinquants aux accords de dédommagement sur la satisfaction des victimes. Les restrictions résultant des procédures de la méta-analyse empêchent une telle analyse. Morris et Maxwell (1998), toutefois, ont signalé que la raison invoquée le plus souvent de l'insatisfaction de la victime dans une évaluation d'un programme de conférence des familles en Nouvelle-Zélande était l'impossibilité d'obtenir un dédommagement adéquat. Il conviendrait également d'effectuer plus de travaux de recherche empiriques sur les conditions d'un dédommagement réussi (c.-à-d. le genre de dédommagement, l'importance de celui-ci, la période allouée pour s'y conformer). De plus, le même genre d'analyse pourrait être effectué au sujet des conditions du dédommagement et de la satisfaction de la victime et du délinquant. Enfin, il n'y a pas d'études concernant les effets à long terme sur les victimes qui participent à un processus de justice réparatrice. Il conviendrait d'effectuer à l'avenir des études sur les relations entre la conformité éventuelle à un accord de dédommagement et la satisfaction générale de la victime à l'égard de la justice réparatrice. En outre, il serait avantageux de déterminer si les victimes croient toujours qu'ils ont bénéficié d'un apaisement ou d'une guérison six mois ou un an après le processus de justice réparatrice.


[2] Pour une description détaillée des principes du risque, du besoin et de la réceptivité et de leur importance dans le traitement correctionnel efficace, voir Andrews et Bonta (1998).