Enquête menée auprès des survivantes de violence sexuelle dans trois villes canadiennes
3. Constatations
3.1 Données démographiques
Toutes les participantes à cette étude étaient des femmes Note de bas de la page 5. L’âge des survivantes varie de 20 à 70 ans et l’âge médian est de 44 ans. La plupart des participantes se sont identifiées comme des personnes de race blanche (85 %, n=97), comme des Autochtones (4 %, n=5) et des personnes de races mixtes (4 %, n=4). Le reste des participantes se sont identifiées comme des Noires, des Sud-Asiatiques, des Arabes et des Chinoises. Bon nombre des participantes étaient célibataires (38 %, n=43), un peu plus d’un cinquième d’entre elles étaient mariées (21 %, n=24), et le reste fréquentaient quelqu’un, vivaient en union de fait, et étaient séparées ou divorcées. Un peu moins d’un cinquième des participantes (16 %, n=18) ont indiqué que le plus haut niveau d’études qu’elles aient réussi à atteindre était l’école primaire, tandis qu’un peu plus d’un cinquième d’entre elles (22 %, n=25) ont indiqué que le plus haut niveau d’études qu’elles aient réussi à atteindre était l’école secondaire. Par ailleurs, 22 % (n=25) ont indiqué qu’elles avaient réussi à faire quelques années d’études universitaires ou collégiales, 18 % (n=20) ont réussi à terminer leurs études universitaires, 16 % (n=18) ont réussi des études collégiales et 7 % (n=8) ont réussi à obtenir une maîtrise ou un doctorat. Le revenu annuel de plus de la moitié des participantes (58 %, n=63) était inférieur à 15 000 $.
3.2 Violence sexuelle durant l’enfance (VSE)
Plus de la moitié (52 %, n=59) des participantes à cette étude ont indiqué avoir été victimes de VSE et d’ASA. Dans cette section et la section 3.3, les deux types d’expériences sont étudiées en détail séparément; cependant, dans le reste du rapport, les expériences sont prises en compte ensemble, à moins d’indication contraire.
Plus des trois quarts des participantes (76 %, n=87) ont indiqué avoir été victimes de violence sexuelle durant l’enfance. Parmi les femmes qui ont été victimes de VSE, la plupart (80 %, n=70) ont vécu de multiples incidents de violence sexuelle. Les participantes ont avoué avoir été victimes de VSE entre les âges de deux (2) et 17 ans, et la fourchette d’âges la plus commune où les participantes ont subi des actes de VSE est entre six (6) et dix (10) ans. La plupart des survivantes connaissaient leur agresseur (87 %, n=76) et bon nombre d’entre elles ont été agressées par leur père, leur frère, leur oncle ou un ami de la famille.
Les participants ont subi différentes formes de violence sexuelle, des attouchements à la pénétration. Plus du tiers des participantes (36 %, n=29) ont décrit avoir été menacées verbalement par l’agresseur et un peu plus d’un cinquième d’entre elles (21 %, n=17) ont affirmé que l’agresseur avait proféré des menaces verbales à la sécurité d’autres personnes. Plus de la moitié des participantes (54 %, n=44) ont indiqué que la force physique avait été utilisée par l’agresseur, et dans 21 cas (24 %), cette force a donné lieu à des blessures. Six participantes (7 %) ont indiqué que l’agresseur avait utilisé une arme durant l’agression. Dans ces six cas, l’agresseur a utilisé un couteau ou de multiples couteaux. Neuf participantes ont avoué s’être fait administré une substance intoxicante (p. ex., de l’alcool) avant la perpétration de l’infraction.
3.2.1 Signaler la violence sexuelle durant l’enfance
Parmi les personnes qui ont été victimes de VSE, 64 % (n=56) ont choisi de ne pas signaler l’agression à la police ou à une autre personne qui l’aurait ensuite signalé à la police. Au moment de l’entrevue, aucune participante n’envisageait la possibilité de signaler à la police la violence sexuelle. Certaines participantes ont choisi de ne pas signaler l’agression à la police parce qu’elles n’avaient pas le soutien de leur famille, qu’elles avaient peur de l’agresseur, qu’elles ne savaient pas qu’elles pouvaient signaler l’agression ou qu’elles avaient l’impression que personne ne les croiraient. Le Tableau 1 montre les motifs communs invoqués par les participantes pour ne pas avoir déclaré l’acte de violence sexuelle dont elles ont été victimes.
| Motif invoqués pour ne pas avoir signalé la VSE | n (%) |
|---|---|
| Pas d’appui de la famille | 18 (32 %) |
| Ne savait pas qu’on pouvait signaler | 15 (27 %) |
| Peur de l’agresseur | 15 (27 %) |
| Avait l’impression qu’on ne la croirait pas | 12 (21 %) |
| Honte/gêne | 11 (20 %) |
| Pour le bien de la famille | 10 (18 %) |
| Pas confiance dans le système de justice pénale | 2 (4 %) |
| Estimait qu’il n’y avait pas assez d’éléments de preuve | 2 (4 %) |
| Mauvaise expérience de signalement (auparavant) | 2 (4 %) |
Source : Enquête auprès des personnes ayant survécu à la violence sexuelle, 2009
Vingt-six participantes (30 %) ont déclaré l’incident de violence sexuelle. Note de bas de la page 7 De ce nombre, la plupart (69 %, n=18) l’ont fait parce qu’elles ressentaient le besoin de prendre des mesures. D’autres motifs pour signaler ont été invoqués, notamment les conseils de la famille en faveur d’un signalement (32 %, n=8), des thérapeutes (8 %, n=2) ou des amis (8 %, n=2), et le besoin de relâcher des sentiments refoulés (12 %, n=3). Le temps qu’il a fallu aux participantes pour signaler l’incident de violence sexuelle varie de « immédiatement après l’incident » à « 30 ans après ».
3.3 Agression sexuelle à l’âge adulte (ASA) Note de bas de la page 8
Quatre-vingt-six participantes (75 %) ont indiqué avoir été victimes d’agression sexuelle à l’âge adulte. De ce nombre, 54 % (n=46) ont indiqué avoir été victimes d’agressions sexuelles multiples. Les participantes ont indiqué avoir subi une ASA entre 15 et 61 ans, et l’âge le plus commun mentionné par les participantes est 18 ans. Dans 70 % des cas (n=60), la participante a indiqué qu’elle connaissait l’agresseur. Bon nombre des agresseurs ont été décrits comme étant des partenaires intimes (33 %, n=20), des amis (17 %, n=10) et des connaissances (17 %, n=10).
Les participantes ont mentionné différentes formes d’agression sexuelle et différents niveaux de gravité, allant des attouchements à la pénétration. Un peu plus d’un quart (26 %, n=22) des participantes ont indiqué qu’elles avaient été menacées verbalement par l’agresseur et cinq participantes ont indiqué que l’agresseur avait formulé des menaces à l’écart de la sécurité d’autres personnes (par exemple, des membres de la famille et des amis). Plus des deux tiers (67 %, n=58) des participantes ont affirmé que l’agresseur avait fait usage de force physique durant la perpétration de l’infraction, ce qui a donné lieu à des blessures chez 45 % (n=39) des participantes. Un peu moins d’un tiers (30 %, n=26) des participantes ont eu besoin de consulter un médecin après l’agression sexuelle.
Seize participantes (19 %) ont affirmé qu’une arme avait été utilisée durant la perpétration de l’infraction, y compris des couteaux et des armes à feu. Dix-sept participantes (20 %) ont indiqué qu’une substance intoxicante avait été utilisée durant la perpétration de l’infraction, y compris de l’alcool, des drogues, de la drogue versée dans des boissons alcoolisées ou un linge imbibé d’une substance chimique placé sur le visage de la victime.
3.3.1 Signaler l’agression sexuelle à l’âge adulte (ASA)
Comme c’était le cas pour la VSE, bon nombre de participantes (59 %, n=51) qui ont été victimes d’ASA ont choisi de ne pas signaler l’agression à la police ou à une autre personne qui l’aurait ensuite signalé à la police. Au moment des entrevues, deux participantes envisageaient la possibilité de signaler à la police l’incident d’agression sexuelle vécu à l’âge adulte. Les motifs invoqués le plus souvent pour ne pas signaler l’incident à la police comprennent la honte et la gêne, le fait que les victimes n’avaient pas confiance dans le système de justice pénale, ou qu’elles avaient peur de l’agresseur. Le Tableau 2 ci-dessous montre les motifs communs invoqués pour ne pas signaler l’ASA à la police.
| Motif pour ne pas signaler l’ASA à la police | n (%) |
|---|---|
| Pas confiance dans le système de justice pénale | 18 (36 %) |
| Honte/gêne | 17 (34 %) |
| Peur de l’agresseur | 12 (24 %) |
| Avait l’impression qu’on ne la croirait pas | 11 (22 %) |
| Autre Note de bas de la page 10 | 9 (18 %) |
| Pour le bien de la famille | 7 (14 %) |
| Ne savait pas qu’on pouvait signaler | 6 (12 %) |
| Pas d’appui de la famille | 5 (10 %) |
| Mauvaise expérience de signalement (auparavant) | 5 (10 %) |
| Estimait qu’il n’y avait pas assez d’éléments de preuve | 4 (8 %) |
Source : Enquête auprès des personnes ayant survécu à la violence sexuelle, 2009
Plus d’un tiers (36 %, n=32) des participantes qui ont subi une ASA ont signalé l’agression à la police ou ont demandé à une autre personne de signaler l’agression à la police. Les motifs invoqués pour avoir signalé l’agression comprenaient le besoin de prendre des mesures, un membre de la famille, un ami ou un thérapeute a conseillé de signaler l’agression, et la victime avait besoin de prendre en considération ses sentiments négatifs. Le temps qu’il a fallu aux participantes pour signaler l’agression à la police varie de « immédiatement après l’agressions » à « 16 ans plus tard ».
3.4 Les aidants naturels et les aidants professionnels
Les aidants, naturels et professionnels, jouent un rôle important pour ce qui est d’aider à atténuer les répercussions d’un acte de victimisation avec violence, plus particulièrement dans les cas de violence sexuelle (Hill 2009). Que le soutien provienne d’aidants naturels, tels que la famille ou les amis, ou de services d’aidants professionnels, tels que des thérapeutes ou des professionnels de la santé, certaines participantes ont affirmé qu’elles avaient des personnes pour l’appuyer dans la période qui a suivi l’agression. Un grand pourcentage (65 %, n=56) des participantes qui ont subi une ASA ont indiqué qu’elles avaient eu dans leur vie des aidants durant la période qui a suivi l’agression, comparativement à celles qui ont indiqué avoir été victimes de VSE (28 %, n=24). On verra à la section 3.6 à quel point le recours à ces mesures de soutien peut contribuer à atténuer les répercussions de la violence sexuelle et/ou de l’agression sexuelle.
3.5 Effets émotionnels et psychologiques
Le traumatisme est – je veux dire, c’est absolument intolérable.
On a demandé aux participantes si elles avaient subi des blessures émotionnelles et/ou psychologiques à la suite de leur(s) expérience(s). Chaque participante qui a répondu à cette question a indiqué qu’elle avait souffert d’une certaine forme de traumatisme. On leur a également demandé de décrire, dans le cadre d’une question ouverte, les effets émotionnels et psychologiques qu’elles ont eus. Les blessures psychologiques subies à la suite d’actes de violence sexuelle durant l’enfance sont presque les mêmes que celles subies à la suite d’agressions sexuelles à l’âge adulte, et les participantes ont décrit un certain nombre d’effets émotionnels et psychologiques différents.
Les participantes ont indiqué que les effets étaient continus et à long terme. Elles ont expliqué qu’elles ressentaient les effets de nombreuses années après l’incident, et bon nombre d’entre elles ont affirmé qu’elles ressentaient encore des effets de l’acte de violence/de l’agression au moment de l’entrevue.
Dépression
…il m’a volé mon âme…
L’effet psychologique et émotionnel de la victimisation le plus communément mentionné par les participantes est la dépression et les sentiments qui y sont associés, comme le mépris de soi, la détresse, l’impuissance, la tristesse, le manque de motivation et les idées suicidaires. Les participantes ont décrit des sentiments de trahison, de dévastation, de torpeur, d’insécurité et, pour celles qui ont subi de multiples expériences de victimisation, le sentiment d’être traumatisée de nouveau. Bon nombre d’entre elles ont affirmé être devenues introverties, timides, et n’avoir envie que de s’isoler et de se replier sur elles-mêmes, après l’expérience de victimisation.
Un certain nombre de participants ont indiqué souffrir de faible estime de soi, de perte de respect de soi et d’auto identité, et manquer d’assurance. Bon nombre de participantes ont indiqué ressentir de la honte par rapport à leur corps et avoir l’impression que leur corps « a quelque chose de mal ». De plus, les participantes ont décrit des sentiments de trahison, de choc, de confusion, de dégoût et d’incrédulité. Il est également très fréquent pour les participantes de ressentir de la culpabilité, de la honte, de l’humiliation est un sentiment général de diminution. Une des participantes a affirmé ce qui suit :
Cette agression m’a fait sentir souillée, sale et malade - comme si je n’étais qu’un déchet.
Confiance et établissement de relations
Les participantes ont indiqué avoir éprouvé des difficultés à faire confiance après leur expérience de victimisation. Pour bon nombre d’entre elles, cette expérience a eu pour conséquence qu’elles ont de la difficulté à établir des relations et des liens avec d’autres personnes. Bien que certaines participantes aient indiqué qu’elles avaient de la difficulté à faire confiance à d’autres personnes, certaines ont affirmé qu’elles ont tendance à faire confiance trop facilement, qu’elles peuvent facilement être manipulées et qu’elles ont des problèmes par rapport aux limites à ne pas franchir. D’autres ont indiqué qu’elles avaient peur que des personnes se mettent en colère et qu’elles avaient de la difficulté à faire affaire à des personnes qui sont en colère ou contrariées. Pour certaines participantes, les problèmes de confiance se limitent aux hommesNote de bas de la page 11. Une participante a décrit les raisons qui justifient cette méfiance :
… Il m’est difficile de faire confiance à un homme... même maintenant, parce que j’ai toujours l’impression, vous savez, qu’une personne pourrait me duper. Je me dis que si ça m’est déjà arrivé, cela pourrait se produire à nouveau...
Bon nombre de participantes ont indiqué avoir de la difficulté à bâtir des saines relations avec des hommes et éprouver des problèmes par rapport à l’intimité, surtout durant les rapports sexuels. Bien que certaines aient indiqué éprouver des difficultés à avoir des rapports sexuels avec les hommes, d’autres ont affirmé qu’elles laissent les hommes leur faire ce qu’ils veulent, et certaines estiment que la seule façon d’obtenir l’attention d’un homme est par les rapports sexuels.
Anxiété, peur et stress
Parmi les effets les plus communs décrits, on compte également l’anxiété, la peur et le stress. Certaines des participantes ont indiqué qu’elles souffraient d’un sentiment général d’anxiété et de nervosité, et certaines ont ajouté qu’elles sursautaient facilement, qu’elles étaient très vigilantes et qu’elles étaient toujours inquiètes. Quelques participantes nous ont confié qu’elles avaient de la difficulté à sortir de chez elles. Pour certaines, le niveau élevé d’anxiété a mené à la dépression. Pour d’autres participantes, la peur se limitait aux hommes ou à l’agresseur en particulier. Des flashbacks et des crises de panique ont également été mentionnées parmi les effets les plus communs, et certaines participantes ont indiqué avoir souffert d’un trouble panique et de symptômes liés à un trouble du stress post-traumatique.
Il était également courant pour les participantes de décrire un besoin constant d’être en contrôle et d’avoir un plan. Certaines participantes ont indiqué qu’elles sont maintenant hyper-vigilantes par rapport à leurs enfants et qu’elles craignent que leurs enfants ne soient aussi victimes de violence/d’agression sexuelle.
Réactions physiques
Un grand nombre de participantes ont souffert de réactions physiques en raison des effets psychologiques et émotionnels, notamment la difficulté à dormir, à manger ou à se concentrer, des migraines et des maux de tête, des terreurs nocturnes et des cauchemars, des hernies, des crises d’asthme et des pertes de mémoire.
Autres réactions
Les participantes ont subi d’autres effets psychologiques et émotionnels. Certaines ont indiqué avoir ressenti de la colère, la frustration et de l’amertume. Ces sentiments se reflètent dans la façon dont certaines participantes traitent les autres, et quelques-unes ont avoué manquer de respect envers d’autres personnes, avoir une attitude défensive, être excédées à l’égard d’autres personnes et se montrer beaucoup trop sévères à l’égard de celles-ci. Un certain nombre de participantes ont indiqué nourrir des sentiments de revanche, et certaines ont indiqué avoir du ressentiment à l’égard des hommes et avoir de la difficulté à s’en faire des amis.
En outre, certaines participantes ont affirmé avoir souffert de graves troubles mentaux, notamment le trouble de la personnalité limite, le trouble dissociatif de l’identité et des tendances obsessivo-compulsives. On ne sait pas vraiment si ces troubles étaient présents avant la violence/l’agression sexuelle.
Effets multiples et continus
Même si les effets psychologiques et émotionnels sont décrits séparément, la majorité des participantes ont indiqué avoir subi des effets multiples et profonds sur les plan psychologique et émotionnel. Une des participantes a décrit les répercussions émotionnelles de la façon suivante :
Crainte, honte et culpabilité. Peur de sortir dehors. Peur de réaliser mes rêves. Ruptures. Manque d’estime de soi. Sentiment de ne pas être valorisée – pendant toute ma vie.
3.6 Mécanismes d’adaptation
Les participantes ont également décrit, dans le cadre d’une question ouverte, les mécanismes auxquels elles ont eu recours pour faire face aux effets de leur traumatisme. La majorité d’entre elles ont indiqué avoir eu recours à de multiples stratégies d’adaptation, tant positives que négatives. Des 79 participantes qui ont décrit les mécanismes auxquels elles ont eu recours pour faire face à la VSE, 52 (66 %) ont indiqué avoir adopté des stratégies d’adaptation positives et négatives, tandis que 22 (28 %) ont indiqué n’avoir adopté que des stratégies d’adaptation négatives. Des 78 participantes qui ont décrit les mécanismes auxquels elles ont eu recours pour faire face à l’ASA, 45 (58 %) ont indiqué avoir adopté des stratégies d’adaptation positives et négatives, tandis que 22 (28 %) ont indiqué avoir adopté des stratégies d’adaptation positives et 12 (15 %) ont indiqué n’avoir adopté que des stratégies d’adaptation négatives. Bon nombre des stratégies d’adaptation utilisées par les victimes de VSE ont également été utilisées par les victimes d’ASA.
3.6.1 Stratégies d’adaptation positives
Les participantes ont indiqué avoir adopté des stratégies d’adaptation positives, notamment l’adaptation axée sur les émotions, des activités visant la prise en charge, les aidants naturels et professionnels, la religion et la spiritualité, et le bénévolat pour aider d’autres personnes.
Thérapie axée sur les émotions
Une des stratégies d’adaptation les plus communes décrites par les participantes est la thérapie axée sur les émotions, « c’est-à-dire participer à des activités qui tentent de changer directement la façon dont la victime se sent » [traduction] (Hill 2009, 47). Les participantes ont décrit s’être adonnées à plusieurs activités qui les aident à relaxer et à penser à autre chose qu’à leur traumatisme, notamment faire de la lecture, faire de l’exercice, faire des études, écouter de la musique, écrire dans un journal intime et travailler. Certaines participantes ont indiqué qu’elles aiment parfois passer du temps avec des animaux, ou dans la nature, et qu’elles trouvent l’eau très relaxante.
Bon nombre de participantes ont également affirmé qu’elles ont recours à différentes techniques de réflexion pour se prendre en charge et centrer leurs pensées; ces techniques comprennent la technique de prise de conscience, le discours intérieur positif et la pensée positive en général.
Activités de prise en charge
Les participantes ont également décrit des stratégies d’adaptation axées sur la prise en charge de leur vie. Bon nombre d’entre elles ont expliqué comment elles sont devenues plus indépendantes et fortes à la suite du traumatisme. D’autres ont affirmé avoir laissé derrière la situation dans laquelle elles se trouvaient, soit en déménageant, en fuyant le foyer familial ou en passant du temps à l’extérieur de la maison.
En outre, certaines participantes ont dit qu’elles étaient maintenant conscientes des éléments déclencheurs qui peuvent les troubler. D’autres ont indiqué qu’elles sont maintenant beaucoup plus prudentes dans des situations sociales, qu’elles ne fréquentent plus les bars ou qu’elles y sont très prudentes, et qu’elles ont pris des cours d’autodéfense. Parmi les activités de prise en charge décrites par les participantes, il y a : confronter l’agresseur, planifier de signaler la violence/l’agression sexuelle à la police, ou procéder au signalement, et la recherche d’informations.
Aidants naturels et professionnels
Les aidants naturels, y compris les membres de la famille, les amis et les membres de la collectivité (p. ex., médecins, aînés, prêtres et intervenants) constituent en fait une autre stratégique d’adaptation positive. Un nombre plus élevé de survivantes d’ASA ont indiqué qu’elles parlaient à des aidants naturels de leur expérience de victimisation, comparativement à celles qui ont subi de la violence sexuelle durant l’enfance.
Bon nombre de participantes ont indiqué s’être adressées à des professionnels pour obtenir de l’aide, y compris des thérapeutes, des médecins, des psychologues, des psychiatres et des groupes de soutien. Le recours à des aidants professionnels comme mécanisme d’adaptation est aussi fréquent chez les victimes de VSE que les victimes d’ASA. Cependant, les adultes avaient davantage tendance à se tourner vers des organismes de soutien pour obtenir de l’aide, tels que des refuges, des maisons de transition, les lignes téléphoniques d’urgence, des programmes de rétablissement et les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle, et elles sont nombreuses à avoir nommé les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle qui participent à la présente étude. Une des participantes a souligné les bienfaits qu’a eu pour elle le centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle :
Jusqu’à ce que je communique avec le centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle, je n’arrivais pas à travailler à mes problèmes et, je n’aurais jamais pu m’imaginer à quel point le fait de consulter un thérapeute spécialisé dans le traitement des traumatismes. La différence est incroyable.
Religion et spiritualité
Un autre des mécanismes d’adaptation ciblés par les survivantes est la religion, notamment assister à la messe et aux prières, et la spiritualité en général. Une participante a expliqué à quel point la spiritualité l’a aide à faire face à son traumatisme :
Je savais que j’allais m’en sortir. Je savais que quelque chose allait m’aider à surmonter cette épreuve et c’est ce qui m’aide encore aujourd’hui.
Faire du bénévolat et aider les autres
Certaines participantes ont commencé à donner de leur temps et à aider les autres comme mécanisme d’adaptation. Certaines ont fait part de leur expérience de victimisation à des groupes d’enfants et se sont impliquées dans la collectivité, tandis que d’autres ont choisi de prendre soin des autres et de les protéger.
3.6.2 Stratégies d’adaptation négatives
Bien que de nombreuses participantes aient eu recours à des approches positives pour faire face à la violence et/ou l’agression sexuelle, des approches négatives ont également été adoptées. Les stratégies d’adaptation négatives adoptées par les participantes comprenaient : les comportements de dépendance, les actes autodestructeurs non suicidaires, les tentatives de suicide, le déni et l’isolation, le fait d’éviter d’attirer l’attention ou de chercher à l’attirer, l’agressivité et les relations malsaines.
Comportements de dépendance
La stratégie d’adaptation négative la plus commune décrite par les survivantes de VSE et d’ASA est le comportement de dépendance, notamment la consommation abusive d’alcool, de drogues, de cigarettes et de médicaments. La consommation de drogues et la consommation d’alcool sont particulièrement présentes comme mécanismes d’adaptation, et ont été utilisées autant par les survivantes de VSE que d’ASA. Certaines participantes ont également été aux prises avec un cycle continu de dépendance.
Actes autodestructeurs non suicidaires
En plus de l’abus de drogues ou d’alcool, les participantes ont décrit d’autres actes autodestructeurs non suicidaires et comportements autodestructeurs. Bon nombre de participantes, plus particulièrement celles qui ont été victimes de VSE, ont indiqué souffrir d’un trouble alimentaire. D’autres exemples d’actes autodestructeurs comprennent l’automutilation (s’infliger des brûlures ou des lacérations, s’empiffrer, avoir des comportements sexuels inappropriés à un jeune âge et adopter un comportement débauché). Une des participantes a décrit ses sentiments à l’égard de son comportement débauché :
…le sexe n’avait aucune signification pour moi… pour moi, ça représentait quelque chose qu’une personne prendrait si elle le voulait; ce que j’en pensais ne changeait rien, vous comprenez?
De plus, certaines participantes ont avoué se placer elles-mêmes dans des situations dangereuses ou adopter des comportements à risque, comme l’autostop ou la prostitution.
Tentatives de suicide
Certaines participantes ont également indiqué avoir tenté de se suicide pour faire face à leur expérience de victimisation. Un plus grand nombre de survivantes de VSE ont décrit la tentative de suicide comme un mécanisme d’adaptation que les survivantes d’ASA.
Évitement, déni et isolement
Une des formes les plus communes d’adaptation était le fait d’éviter de penser au traumatisme et de bloquer tous les souvenirs liés à la violence/l’agression sexuelle. Comme l’a expliqué une des participantes :
Je me suis dissociée de cet incident et j’ai rangé ces souvenirs dans une partie de mon cerveau que j’ai ensuite éteinte complètement…
Certaines participantes ont également indiqué réprimer les souvenirs et d’autres ont indiqué qu’elles évitaient mentalement de réfléchir à la violence/l’agression sexuelle dont elles avaient été victimes, qu’elles s’en dissociaient ou qu’elles rêvassaient. Certains ont ajouté qu’elles se dissociaient durant l’incident de violence sexuelle ou l’agression sexuelle même, surtout les survivantes qui ont subi des actes de violence sexuelle multiples et/ou continus.
Le déni est un autre mécanisme d’adaptation très commun. En effet, certaines participantes ont indiqué avoir rationalisé l’incident de violence, ou minimisé la gravité de l’incident, et même avoir essayé d’en rire. Certaines ont indiqué avoir changé leur histoire dans leur tête et se mentir à elles-mêmes et aux autres. Comme le précise une des participantes :
Souvent, je me suis dit et je disais aux gens qu’il ne s’agissait pas d’une agression. J’ai l’impression que c’était pour me faire sentir mieux; pour me répéter, souvent, que je ne suis pas une victime.
Un autre des mécanismes d’adaptation très communs est l’isolement. De nombreuses participantes ont indiqué qu’elles ne socialisaient pas avec d’autres personnes, ou qu’elles limitaient leur socialisation. Certaines ont précisé qu’elles choisissent de rester célibataires ou de ne pas avoir de relations avec des homes, et d’autres choisissent de se tenir à l’écart des hommes un point c’est tout. Il est également commun pour les participantes de rester tranquilles de manière à ne pas attirer l’attention. De plus, elles ont indiqué avoir tendance à se replier sur elles-mêmes, à cacher leurs émotions et ne pas se permettre de ressentir des émotions. D’autres ont indiqué avoir érigé une barrière autour d’elles :
Je tenais les gens à une certaine distance et je ne les laissais pas s’approcher de moi, parce qu’ils risquaient de voir quelque chose que je ne voulais pas qu’ils voient…
Éviter d’attirer l’attention et chercher à l’attirer
Bien que certaines participantes aient indiqué centrer leur attention sur les autres comme stratégie d’adaptation positive, d’autres ont utilisé cette stratégie comme moyen d’éviter de ressentir leurs propres émotions ou d’avoir à y faire face. Certaines survivantes ont indiqué qu’elles mettaient l’accent sur leurs enfants et qu’elles prenaient soin des autres au point de s’oublier elles-mêmes.
D’autres, inversement, ont décrit leur besoin d’attention et leur façon de constamment chercher à attire l’attention par l’entremise de divers mécanismes, tels que les mauvais comportements et les actes de rébellion à l’école, le fait de toujours avoir un partenaire, et de permettre aux hommes de profiter d’elles.
Agressivité
Certaines participantes ont avoué faire face à ces expériences de victimisation en ayant des comportements agressifs envers les autres, tels que les cris, les bagarres ou le fait de contester l’autorité.
Relations malsaines
Un autre des mécanismes d’adaptation consiste à établir des relations malsaines avec des hommes, ainsi qu’à tirer avantage des hommes et à utiliser le sexe comme un outil de manipulation contre eux.
3.7 Système de justice pénale
On a également posé aux participantes des questions au sujet du système de justice pénale. D’abord, on leur a demandé comment elles ont appris à connaître le système de justice pénale et dans quelle mesure elles ont confiance en lui. En outre, elles ont dû répondre à des questions concernant leurs expériences relatives au système de justice pénale y compris, pour celles qui ont signalé l’incident à la police, comment on les a tenues au courant du processus de justice pénale, et pour celles dont l’affaire a été portée en cour, quels étaient les détails du procès.
3.7.1 Apprendre à connaître le système de justice pénale
Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, les participantes ont appris à connaître le système de justice pénale par l’entremise de différentes sources. Les sources d’information les plus communes sur le système de justice pénale comprenaient les médias, la police et les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle. En plus des sources d’information mentionnées ci-dessous, les participantes ont également indiqué apprendre à connaître le système de justice pénale par l’autoapprentissage, l’école, le travail et le bénévolat et le bouche à oreille.
| Source d’information sur le SJP | Nombre de participantes (n, %) |
|---|---|
| Médias | 61 (70 %) |
| Police | 57 (50 %) |
| Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle | 53 (47 %) |
| Amis | 42 (37 %) |
| Famille | 39 (34 %) |
| Vulgarisation et information juridique et documents d’information (p. ex., brochures) | 33 (29 %) |
| Psychologue/Psychiatre/Thérapeute | 22 (20 %) |
| Internet | 22 (19 %) |
| Services aux victimes/Services communautaires | 21 (18 %) |
| Couronne/avocat | 17 (15 %) |
| Médecins/Infirmières | 17 (15 %) |
| Expérience personnelle | 12 (11 %) |
Source : Enquête auprès des personnes ayant survécu à la violence sexuelle, 2009
3.7.2 Confiance dans le système de justice pénale
On a demandé aux participantes d’évaluer dans quelle mesure elles font confiance à la police, au processus judiciaire et au système de justice pénale en général. Comme on peut le constater en regardant le Tableau 4 ci-dessous, environ la moitié des participantes n’ont pas confiance en la police, tandis qu’environ deux tiers d’entre elles n’ont pas confiance dans le processus judiciaire et le système de justice pénale en général.
| Très confiant | Plutôt confiant | Pas très confiant | Pas confiant du tout | Ne sais pas | |
|---|---|---|---|---|---|
| Police | 13 (12 %) | 37 (33 %) | 37 (33 %) | 22 (20 %) | 4 (4 %) |
| Processus judiciaire | 4 (4 %) | 17 (15 %) | 40 (35 %) | 35 (31 %) | 17 (15 %) |
| Système de justice pénale en général | 5 (4 %) | 26 (23 %) | 38 (33 %) | 36 (32 %) | 9 (8 %) |
Source : Enquête auprès des personnes ayant survécu à la violence sexuelle, 2009
3.7.3 Se tenir au courant tout au long du processus de justice pénale
Dans l’ensemble, 55 participantes ont avoué avoir signalé à la police, soit elles-mêmes soit par l’entremise d’une autre personne, la violence durant l’enfance ou l’agression à l’âge adulte qu’elles ont subie. De ce nombre, 35 (64 %) participantes ont affirmé qu’on les avait tenues informées du processus de justice pénale. Certaines participantes (34 %, n=12) ont indiqué avoir reçu de l’information de multiples sources. Le mécanisme le plus commun par lequel les participantes se tenaient au courant par l’entremise de la police (94 %, n=33), notamment par des contacts en personne, des téléphones et des courriels. Les autres sources d’information mentionnées comprenaient les poursuivants de la Couronne, les services d’aide aux victimes, l’aide juridique, la Commission des libérations conditionnelles, les centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle et les foyers de groupe.
3.7.4 Information sur le procès et communication des dossiers de tiers
Vingt-deux des dossiers ont fait l’objet d’un procès. Deux participantes ne savaient pas que leur dossier allait faire l’objet d’un procès. Il y a eu une déclaration de culpabilité dans 18 des cas et les quatre autres ont été rejetés. Dans cinq des cas, la défense a demandé que les dossiers des tiers soient communiqués. Les dossiers demandés étaient des dossiers de médecins, des dossiers de santé mentale, des dossiers d’études, des dossiers de counselling et des casiers judiciaires. Une participante ne savait pas quels types de dossiers avaient été demandés. Des dossiers ont été communiqués dans deux des cas, n’ont pas pu être communiqués dans deux autres cas, et dans l’autre cas, la participante ne savait pas si des dossiers avaient été communiqués. Dans les cas où des dossiers ont été communiqués, des dossiers partiels ont été communiqués dans un des cas et l’ensemble des dossiers ont été communiqués dans l’autre cas. Une des participante dont les dossiers ont été communiqués a indiqué qu’elle était très troublée la communication de ses dossiers.
3.8 Suggestions
On a demandé aux participantes de formuler des suggestions à l’intention des survivantes de VSE et d’ASA, ainsi qu’à l’égard du système de justice pénale, dans le cadre de questions ouvertes. On leur a demandé ce que les victimes d’agression sexuelle devraient savoir à propos du système de justice pénale, ce qui serait la meilleure façon de transmettre cette information (selon elles) et comment le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivantes de violence sexuelle.
3.8.1 Ce que les survivantes ont besoin de savoir au sujet du système de justice pénale
En premier lieu, on a demandé aux participantes d’indiquer ce que les victimes d’agression sexuelle devraient savoir au sujet du système de justice pénale. Les conseils fournis par les participantes reflétaient à la fois les aspects positifs et négatifs du système de justice pénale.
Certaines participantes ont insisté sur le fait qu’il est important que les survivantes en savent le plus possible sur le système de justice pénale en posant des questions et en connaissant leurs droits. Elles ont également encouragé les survivantes à signaler rapidement l’incident à la police et à porter des accusations, mais elles ont indiqué que si la survivante ne signale pas l’incident immédiatement, elle pourra tout de même le faire à une date ultérieure. Bon nombre de participantes ont ajouté que les survivantes devraient être au courant qu’il existe de l’aide, telle que les services d’aide aux victimes, et que ces services sont très utiles. Les participantes ont mentionné que les survivantes devraient savoir que les professionnels du système de justice pénale sont là pour encourager et appuyer les survivantes et que le fait de passer par le processus de justice pénale peut contribuer à la guérison.
Certaines participantes qui sont passées par les processus de justice pénale ont eu de mauvaises expériences qui les ont amené à penser que la survivante n’a pas autant de droits que l’agresseur, et que certains professionnels de la justice pénale ne sont pas là pour aider les survivantes ou ne sont pas réceptifs aux besoins de ces dernières. Des participantes ont indiqué qu’il est facile de penser que le système de justice fonctionne mieux pour les personnes qui sont fortunées. Certaines participantes ont ajouté que les survivantes devraient se préparer à un long processus et à un résultat non escompté.
3.8.2 Informer les survivantes
On a également demandé aux participantes ce qui, selon elles, serait la meilleure façon d’échanger l’information susmentionnée avec les survivantes d’agression sexuelle. Les mécanismes suggérés le plus souvent pour l’échange d’information avec les survivantes d’agression sexuelle sont les conseillers et programmes en milieu scolaire (p. ex., inviter une survivante qui a déjà passé par le processus de justice pénale à parler de son expérience), les services d’aide aux victimes (p. ex., par l’entremise des conseillers qui travaillent aux centres) et les médias (p. ex., par l’entremise d’une section des nouvelles visant à fournir ce genre d’information). Le Tableau 5 ci-dessous présente les mécanismes suggérés pour échanger de l’information avec les survivantes.
| Meilleure façon d’échanger de l’information | Nombre de participantes |
|---|---|
| Programmes et conseillers en milieu scolaire | 43 (39 %) |
| Services aux victimes et Centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle | 39 (35 %) |
| Médias | 37 (33 %) |
| Brochures et affiches | 31 (28 %) |
| Cliniques médicales | 22 (20 %) |
| Bibliothèques et centres récréatifs | 20 (18 %) |
| Internet | 15 (14 %) |
| Postes de police | 14 (13 %) |
| Ligne d’urgence pour la violence | 13 (12 %) |
| Tableaux d’affichage | 6 (5 %) |
Source : Enquête auprès des personnes ayant survécu à la violence sexuelle, 2009
N manquant =3
3.8.3 Comment le système de justice pénale pourrait-il mieux répondre aux besoins des survivantes?
Les participantes ont formulé un certain nombre de suggestions quant à la façon dont le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivantes de violence sexuelle. Ces suggestions reflètent trois thèmes généraux : veiller à ce que les survivantes se sentent en sécurité et à l’aise; fournir de l’information et de la formation, et apporter des changements au système de justice pénale dans son ensemble.
3.8.3.1 Veiller à ce que les survivantes se sentent en sécurité et à l’aise
Les participantes ont formulé de nombreuses suggestions qui reflètent le besoin des survivantes de se sentir en sécurité et à l’aise dans le cadre de leur participation au processus de justice pénale. Dans le cadre de ce thème général, quatre sous-thèmes – qui sont tous interreliés -- sont ressortis : accroître le soutien offert aux survivantes, faciliter le témoignage des survivantes, traiter les survivantes avec respect et former les professionnels de la justice pénale.
Soutien
Je pense qu’il est vraiment important que toute personne qui a subi une agression sexuelle obtienne de l’aide et qu’elle ait autour d’elle des gens qui la font sentir en sécurité, qui la rassure que ce qui est arrivé n’était pas de sa faute et qu’elle n’a aucune raison de se sentir coupable. La personne doit pouvoir se sentir en sécurité et à l’aise et …sentir qu’on prend vraiment soin d’elle et qu’on est à l’écoute de ses besoins.
La citation ci-dessus montre à quel point il est important d’appuyer les survivantes. En effet, une des suggestions formulées le plus souvent par les participantes était que l’on fournir plus d’aide et de soutien aux survivantes. Bon nombre de participantes ont indiqué que le soutien sous toutes ses formes, y compris l’aide psychologique, doit être fourni aux survivantes dans le cadre de tout le processus de justice pénale, dès le moment où a eu lieu l’incident jusqu’à la tenue du procès, et même après. En outre, plusieurs participantes ont indiqué qu’il faudrait qu’il y ait davantage de services pour les survivantes et que les services aux victimes ont besoin de plus de financement. Également, un certain nombre de participantes ont ajouté que de l’aide financière devrait être offerte aux survivantes, de même que des services de counselling gratuits. De nombreuses participantes ont indiqué que les survivantes ont besoin de plus de forums où elles peuvent parler de leurs expériences et de leurs préoccupations. Comme l’a indiqué une des participantes :
…la victime doit avoir un choix.
Les participantes ont offert un certain nombre de suggestions sur la façon dont le système de justice pénale pourrait offrir davantage de soutien aux survivantes d’agression sexuelle :
- Effectuer plus de sensibilisation auprès des survivantes (p. ex., demander à une personne d’aborder la survivante pour lui offrir de l’aide);
- Offrir du soutien et de l’information aux survivantes de la part d’une personne qui s’y connaît en matière de violence sexuelle, comme d’autre survivantes;
- Établir plus de groups de survivantes où les survivantes peuvent s’appuyer entre eux;
- Dans le cas des survivantes, veiller à ce que les aidants professionnels soient des femmes et non pas des hommes;
- Fournir pour les jeunes et les adultes des conseillers autochtones qui parlent couramment les langues autochtones;
- Permettre aux survivantes de travailler avec le même professionnel tout au long du processus de justice pénale, afin de réduire le nombre de fois où la survivante aura à raconter son récit à différents professionnels.
Faciliter le témoignage/déroulement du procès pour les survivantes
Dans l’optique du même objectif de veiller à ce que les survivantes se sentent en sécurité et qu’ils soient à l’aise, un certain nombre de suggestions ont été formulées pour faciliter le témoignage/déroulement du procès pour les survivantes. Ces suggestions comprennent :
- S’assurer que les poursuivants de la Couronne qui mènent les poursuites sont spécialisés dans les affaires de violence sexuelle;
- Veiller à ce que le juge rencontre le survivant et l’accusé dans des pièces séparées;
- Offrir des services de médiation;
- Ne pas rendre publique l’information concernant l’affaire; Note de bas de la page 15
- Utiliser les dispositifs d’aide au témoignage prévus dans le Code criminel.
Traiter les survivantes avec respect
Je pense que la victime devrait être traitée avec le plus grand respect, en tout temps. Si on a des preuves, on a des preuves... et si on n’en a pas, on n’en a pas. Mais il est inutile de manquer de respect à une victime. Il faut se fonder sur des preuves. La victime ne peut pas être humiliée à nouveau.
Plusieurs participantes ont fait valoir leur préoccupation à l’égard de la façon que les survivantes sont traitées dans le cadre du processus de justice pénale, surtout dans le cadre d’un procès. Certaines participantes ont indiqué avoir l’impression que l’accusé a plus de droits que le survivant et que le système protège l’accusé avant de protéger le survivant. En outre, certaines ont ajouté que les survivantes sont traitées comme s’ils étaient l’agresseur et comme s’ils faisaient l’objet de la poursuite. À ce sujet, une participante a affirmé ce qui suit :
…la femme est coupable, elle doit prouver qu’elle est innocente – qu’elle n’a pas commis le crime. La situation est donc renversée. C’est le monde à l’envers ce soi-disant système de justice.
Les participantes ont formulé des suggestions sur la façon dont le système de justice pourrait traiter les survivantes avec plus de respect :
- Lorsque la police vient parler aux survivantes, s’assurer qu’elle le fait en privé;
- Utiliser un langage qui décrit précisément la réalité et la gravité de l’expérience subie (p. ex., ne pas utiliser l’expression « faire l’amour » lorsque la survivante n’interprète de toute évidence pas l’incident de cette façon);
- Mettre l’accent sur la survivante plutôt que sur l’agresseur;
- Éviter le langage et les gestes qui font sentir à la survivante qu’elle est à blâmer pour cet incident.
Former les professionnels de la justice pénale
Certaines participantes ont décrit les sentiments de re-victimisation par rapport à la façon dont elles ont été traitées par les professionnels de la justice pénale (p. ex., juges, avocats et policiers). De nombreuses participantes ont indiqué qu’elles estimaient que les professionnels de la justice pénale, plus particulièrement les policiers, bénéficieraient grandement d’une formation sur le travail auprès des victimes de violence sexuelle. Certaines des éléments pour lesquels les participantes ont indiqué que les professionnels auraient besoin de formation comprennent :
- Les répercussions de la violence sexuelle;
- Comment faire preuve d’empathie à l’égard des survivantes;
- Traiter les survivantes avec respect;
- La prévalence de la violence sexuelle;
- L’information à fournir aux survivantes;
- Comment parler à des survivantes de violence sexuelle et comment les interviewer.
Une des participantes a fourni des éléments additionnels sur les professionnels de la justice qui devraient obtenir de la formation :
… Je pense qu’ils ont besoin de vraiment comprendre qu’il faut mieux former les responsables de l’application de la loi ou les représentants du système judiciaire, afin qu’ils comprennent pourquoi si peu d’incidents d’agression sexuelle sont signalés, pourquoi les victimes ont si honte, pourquoi les victimes ont tendance à se blâmer ou à se sentir responsables […], pourquoi les agresseurs semblent s’en sauver et pourquoi les victimes hésitent à déclarer ces agressions…
En plus des suggestions ci-dessus, d’autres participantes ont proposé que les professionnels de la justice passent plus de temps avec les intervenants de première ligne ou avec d’autres personnes qui s’y connaissent en matière d’agression sexuelle et de répercussions qui s’y rattachent, et qu’ils passent plus de temps seul à seul avec les survivantes avant la tenue du procès.
3.8.3.2 Information et formation
Un autre des thèmes soulevés était le besoin d’information et de formation. Plusieurs participantes ont indiqué que les survivantes doivent recevoir plus d’information, notamment sur les droits des victimes, le système de justice pénale en général et sur ce à quoi ils doivent s’attendre du système de justice pénale. Bon nombre de participantes ont indiqué que les survivantes doivent être tenus au courant de l’état d’avancement de leur dossier et que l’information doit être fournie au survivant en temps opportun et tout au long du processus, et même après que l’affaire sera conclue. Une des participantes a proposé que la prestation de renseignements à jour au survivant soit obligatoire. En outre, les participants ont indiqué que les survivantes et leurs familles devraient recevoir de l’information au sujet des services de soutien disponibles et sur comment obtenir ces services, y compris de l’information sur la façon d’obtenir de l’aide financière. Les participants ont formulé d’autres suggestions sur l’information à fournir aux survivantes :
- Offrir de l’information sur les statistiques (p. ex., le nombre de personnes qui portent des accusations de violence sexuelle et le nombre de résultats positifs obtenus dans le cadre des procès), afin que les survivantes puissent évaluer les risques et les avantages de dénoncer l’agression ou de porter des accusations;
- Fournir aux survivantes une ventilation simplifiée (p. ex., un diagramme) au sujet du système de justice pénale après qu’ils ont terminé leur examen médical;
- Dans les situations où l’affaire a fait l’objet d’un procès et où un jugement a été rendu, expliquer le jugement à la survivante;
- Informer la survivante de la date à laquelle l’agresseur sera remis en liberté et à quel endroit.
De plus, de nombreuses participantes ont suggéré que les enfants et les jeunes devraient recevoir de la formation sur la violence sexuelle, ainsi que sur le système de justice pénale. En effet, elles ont proposé que tout le monde devrait recevoir de la formation sur la violence sexuelle et sur les étapes à suivre si on est victime d’agression sexuelle. Les autres suggestions concernant la formation comprennent :
- Fournir de la formation aux enseignants et aux éducateurs de garderie afin qu’ils puissent détecter les signes de violence;
- Former les survivantes afin qu’elles apprennent à ne pas minimiser les effets de la violence sexuelle;
- Former les jeunes sur les répercussions de la perpétration d’une infraction.
3.8.3.3 Changements au système de justice pénale
Je crois que vous savez qu’il faudrait vraiment traiter leur dossier en priorité, le plus rapidement possible. Parce que les victimes ne peuvent aller de l’avant et vivre pleinement leur vie tant que l’affaire ne sera pas réglée et classée et que les choses sont hors de leur contrôle.
La citation ci-dessus met en évidence l’opinion d’une des participantes concernant le besoin pour le système de justice pénale de traiter de façon plus accélérée les plaines des survivantes, opinion également partagée par un certain nombre de participantes. De plus, certaines participantes ont proposé que les agresseurs devraient recevoir une aide psychologique pour diminuer la possibilité de récidiver et que des programmes qui apprennent aux agresseurs quels sont les répercussions de la violence sexuelle devraient être mis en place. Un certain nombre d’autres suggestions ont également été formulées concernant les changements qui devraient être apportés au système de justice pénale :
- Mettre sur pied une division/équipe spécialisée des crimes à caractère sexuel qui est formée seulement en matière de violence sexuelle et qui répond aux affaires de violence sexuelle*;
- Avoir une équipe de femmes seulement, y compris des femmes policières et des femmes juges;
- Rendre le système plus accessible (p. ex., fournir du transport);
- Permettre à la Commission des libérations conditionnelles du Canada d’entendre les survivantes*;
- Accroître la collaboration entre le système de justice pénale et les services de soutien;
- Prendre en considération les déclarations des victimes lors de la détermination de la peine*;
Établir l’équilibre entre le traitement des survivantes et des délinquants
Bon nombre de participants ont exprimé des frustrations à l’égard de la perception d’injustice entre la façon dont les survivantes et les accusés sont traités par le système de justice pénale. Il y une perception selon certaines participantes selon laquelle ce sont les survivantes qui sont blâmées et qui doivent faire face aux expériences traumatisantes, tandis que les accusés ne sont pas punis, ou alors lorsqu’il y a une punition pour les accusés, celle-ci ne reflète pas la gravité de leur acte criminel. Une survivante de VSE a affirmé ce qui suit :
Pour moi par exemple, j’ai eu une peine à vie. Ce traumatisme ne me quittera jamais, il sera toujours présent. Nous ne pouvons que le gérer, espérer de vivre notre vie et d’avoir une vie heureuse et comblée. Mais, je suis maintenant âgée de 40 ans et je n’y suis pas arrivée encore. Pourquoi n’inflige-t-on pas à ces délinquants aucune peine d’emprisonnement, ou alors une peine minimale, alors qu’ils voler de l’argent et on considérerait cela davantage comme un acte criminel. En quoi sommes-nous si peu importantes que nous ne méritons pas qu’on nous rende justice…?
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