Enquête menée auprès des survivantes de violence sexuelle dans trois villes canadiennes
4. Conclusion
Le but de la présente étude était de mieux comprendre les expériences d’un certain nombre de survivantes de violence sexuelle. Les participantes ont fait part de leurs expériences de violence et/ou d’agression sexuelle et ont décrit les effets émotionnels difficiles des expériences qu’elles ont subis. Les effets émotionnels décrits par les survivantes, tels que la dépression, l’anxiété, les symptômes liés au trouble de stress post-traumatique (TSPT) et les troubles de comportement, sont conformes à d’autres recherches effectuées par le passé sur les effets émotionnels et psychologiques de la VSE et/ou de l’ASA (Mullers and Dowling, 2008; Wathen 2012). Les participantes ont également décrit un certain nombre de mécanismes d’adaptation qu’elles utilisent pour faire face à leur expérience de victimisation, des mécanismes tant positifs que négatifs. Bon nombre des mécanismes d’adaptation décrits, tels que les services de soutien et l’automutilation, sont des mécanismes communs auxquels ont recours les victimes d’actes criminels (Hill 2009).
Les résultats de l’Enquête sociale générale de 2009 sur la victimisation montrent que 88 % des victimes d’agression sexuelle autodéclarées n’ont pas signalé l’incident à la police (Perreault and Brennan 2010). Conformément à ces résultats, la plupart des survivantes de VSE et d’ASA ayant participé à la présente étude n’ont pas signalé leur incident de violence et/ou d’agression sexuelle à la police, ou n’ont pas demandé à une personne de signaler à la police l’incident de violence et/ou d’agression à leur place. Les survivantes ont fourni un certain nombre de motifs pour ne pas avoir signalé l’incident à la police. Parmi les survivantes de VSE, les motifs invoqués le plus souvent comprennent le manque de soutien familial, le fait de ne pas savoir qu’elles pouvaient signaler l’incident et la crainte de l’agresseur. Parmi les survivantes d’ASA, les motifs invoqués le plus souvent comprennent la honte et la gêne, le manque de confiance dans le système de justice pénale et la crainte de l’agresseur.
On a également demandé aux participantes comment elles avaient appris à connaitre le système de justice pénale. Les réponses comprenaient différentes formules (par exemple, rencontres en personne, médias) et différentes sources (p. ex., police, centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle). Les survivantes ont également fait part d’un certain nombre de choses que les survivantes de violence sexuelle devraient savoir à propos du système de justice pénale et ont formulé des suggestions quant à la façon dont cette information devrait être transmise aux survivantes, notamment par l’entremise des programmes et des conseillers en milieu scolaire, des services aux victimes, des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle et des médias.
La majorité des participantes à la présente étude faisaient montre d’un faible niveau de confiance envers le système de justice pénale. Bon nombre d’entre elles estimaient ne pas avoir été traitées de façon juste par le système de justice et un grand nombre de survivantes estimaient avoir été « re-victimisées » par le processus et les professionnels impliqués. Les survivantes ont formulé des suggestions à l’égard de la façon dont le système de justice pénale pourrait mieux répondre aux besoins des survivantes. Les suggestions étaient principalement axées sur trois (3) thèmes : veiller à ce que les survivantes se sentent en sécurité et à l’aise; fournir de l’information et de la formation, et apporter des changements au système de justice pénale dans son ensemble.
Au cours de cette étude, il est devenu évident que les survivantes ne comprennent pas le système de justice pénale, ni le fonctionnement de celui-ci. En effet, un des suggestions formulées le plus souvent par les survivantes sur la façon dont le système de justice pénale pourrait être amélioré était de fournir de l’information et de la formation sur le système de justice pénale aux survivantes et au grand public. En outre, certaines survivantes ont suggéré que des fonctions/services qui existent déjà soient mis en place (p. ex., ne pas rendre publique l’information concernant le dossier, permettre à la Commission des libérations conditionnelles du Canada d’entendre le témoignage de la victime). Cela montre non seulement un manque de compréhension du système de justice, mais aussi que certains services ne fonctionnent pas de la façon dont ils devraient fonctionner. Il est possible que les victimes ne soient pas au courant des services/fonctions qui existent parce que l’information ne leur a pas été fournie, ou si l’information leur a été fournie, elle n’a pas été comprise. Il est important que les victimes reçoivent la documentation de vulgarisation et d’information juridiques (VIJ) qui est facile à comprendre. De plus, les participantes ont proposé que tous les Canadiens et Canadiennes reçoivent de la formation sur le système de justice pénale dès leur jeune âge afin de s’assurer que les citoyens sont au courant du fonctionnement du système de justice.
Le manque de compréhension à l’égard du système de justice pénale peut également jouer un certain rôle dans le faible niveau de confiance qu’on décrit les participantes envers le système de justice. Certaines participantes étaient insatisfaites à l’égard de la façon dont le système de justice a traité leur dossier et des divers résultats obtenus (p. ex., décisions relatives à la détermination de la peine). En disposant d’un peu plus d’information sur le fonctionnement du système de justice pénale, sur les facteurs qui les procureurs de la Couronne doivent prendre en considération au moment de décider de porter ou non des accusations, et sur les facteurs que les juges doivent prendre en considération quand vient le moment de décider de déclarer coupable un délinquant et quelle peine lui infliger, la survivante pourrait être moins encline à percevoir le système de justice comme injuste.
Bien que le fait de comprendre le système de justice soit très important pour les victimes et les témoins, la recherche montre qu’un traumatisme, tel qu’une agression sexuelle, a une incidence sur l’apprentissage (voir McDonald 2000, 2002; Horsman 1999). Un traumatisme peut donner lieu à de nombreux résultats cognitifs négatifs, notamment des problèmes de mémoire, des troubles décisionnels, une susceptibilité accrue à l’influence sociale, des problèmes de désorientation et de concentration, tous des symptômes qui peuvent avoir une incidence sur l’apprentissage (Horsman 1999; Rundle and Ysabet- Scott 1995). En raison de l’incidence d’un traumatisme sur l’apprentissage, certaines personnes pourraient ne pas comprendre ou retenir l’information qui leur est fournie par les fournisseurs de services aux victimes. Une formation sur les répercussions d’un traumatisme sur l’apprentissage devrait être donnée aux intervenants des services aux victimes et aux professionnels de la justice pénale afin qu’ils soient mieux équipés pour transmettre de l’information d’une façon telle que les survivantes sont en mesure de comprendre, de retenir et d’appliquer l’information qui leur est fournie.
Bien que cette étude permette d’obtenir un aperçu des expériences d’agression sexuelle subies par les survivantes dans les provinces canadiennes, elle est limitée aux administrations qui y ont participé et ne peut être généralisée à l’ensemble des survivantes de violence sexuelle au Canada. Par ailleurs, les participantes à la présente étude représentent les survivantes qui sont allées chercher l’aide dans des centres précis d’aide aux victimes d’agression sexuelle et, par conséquent, ne reflètent pas nécessairement les mêmes opinions que celles qui sont allées chercher de l’aide dans d’autres centres, ou qui ne sont pas allées chercher de l’aide du tout. Par conséquent, les expériences de ces survivantes ne sont pas nécessairement les mêmes que celles d’autres survivantes. Afin d’obtenir une compréhension entière et globale des expériences subies par les survivantes de violence sexuelle dans l’ensemble du pays, d’autres recherches devront être effectuées en vue d’examiner les expériences des survivantes de chacune des provinces et de chacun des territoires, y compris celles qui n’ont pas accès à des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle qui ont participé à la présente étude.
Les expériences des survivantes d’agression sexuelle sont vastes et leurs besoins sont très variés. En comprenant mieux ces expériences et ces besoins, les fournisseurs de services aux victimes et le système de justice dans son ensemble seront mieux placés pour appuyer les survivantes de violence sexuelle dans le contexte du système de justice pénale.
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