6. Conclusion
La documentation montre que les personnes aînées, en particulier celles qui dépendent d’autres personnes pour obtenir des soins, sont exposées à un risque accru d’être victimes de maltraitance, que ce soit de la maltraitance physique, sexuelle, psychologique ou émotionnelle, de l’exploitation financière ou de la négligenceNote de bas de page 60, de la part de membres de la famille, de partenaires intimes, d’aidants naturels et d’autres personnesNote de bas de page 61. La maltraitance envers les personnes aînées demeure une réalité cachée pour beaucoup de gens, les incidents étant rarement signalés à la police. De plus, la recherche laisse croire que la pandémie de COVID-19 a exacerbé le taux de prévalence et la gravité des incidents de maltraitance envers les personnes aînéesNote de bas de page 62.
Afin de mieux comprendre la nature et l’étendue de la maltraitance envers les personnes aînées et d’acquérir les connaissances nécessaires pour améliorer la collecte de données connexes, le ministère de la Justice du Canada a collaboré avec l’Unité de protection des personnes aînées du SPE pour examiner ses données sur la maltraitance envers les personnes aînées et comprendre ses interventions dans de tels dossiers. Les résultats de l’étude montrent que la maltraitance envers les personnes aînées demeure souvent un phénomène caché et qu’elle est souvent traitée par des moyens extérieurs au système de justice, ce qui a finalement une incidence sur les connaissances et les estimations du taux de prévalence, surtout chez les communautés autochtones et racialisées qui peuvent être confrontées à des obstacles supplémentaires lorsque vient le temps de demander de l’aide. Les victimes, les témoins et les fournisseurs de services sont exposés à un certain nombre d’autres obstacles en ce qui concerne la demande d’aide ou le signalement de cas de maltraitance. Il s’agit notamment d’obstacles logistiques et institutionnelsNote de bas de page 63, d’obstacles émotionnels et morauxNote de bas de page 64 et d’un manque de sensibilisation aux signes ainsi qu’aux mécanismes de signalementNote de bas de page 65. Ces obstacles sont aggravés par les divers modes disponibles pour demander de l’aide et signaler les incidents de maltraitance à des organismes autres que la police.
La présente étude de cas comprenait un total de 691 signalements de maltraitance envers des personnes aînées, de 2015 à 2021. Les données recueillies ont montré que le type de maltraitance envers les personnes aînées le plus souvent signalé était l’agression physique, suivi de l’exploitation financière et de la maltraitance psychologique ou émotionnelle. Cette tendance est conforme aux données nationales autodéclarées obtenues dans le cadre de l’Enquête sociale générale sur la sécurité des Canadiens (victimisation), ainsi qu’aux données policières nationales recueillies dans le cadre du Programme de déclaration uniforme de la criminalité. Cependant, les complexités de la maltraitance envers les personnes aînées ne sont généralement pas reflétées dans ces données, car un même dossier comprend généralement plusieurs types de maltraitance. Ils peuvent ne pas être reconnus par la victime comme de la violence, puisqu’ils peuvent être subtils ou difficiles à prouver. Cela s’ajoute aux défis liés à la production de statistiques sur le taux de prévalence de la maltraitance envers les personnes aînées qui reflètent plus adéquatement leurs expériences.
Les personnes interrogées ont relevé certaines tendances anecdotiques, comme l’augmentation de la fréquence, de la gravité et de la complexité de l’exploitation financière, et les défis liés aux procurations, aux directives personnelles et à d’autres enjeux liés à l’exploitation financièreNote de bas de page 66. Elles ont également parlé de l’âgisme et de son lien avec d’autres comportements discriminatoires tels que la négligence, l’abandon et l’isolement. L’âgisme est également un obstacle dans l’accès des personnes aînées à la protection, aux services et à la justiceNote de bas de page 67.
La présente étude de cas a montré que très peu de signalements de maltraitance envers des personnes aînées ont donné lieu à des accusations (20 %), et seulement 42 % de ces accusations ont mené à un verdict de culpabilité; la moitié (50 %) se sont soldés par un arrêt des procédures ou le retrait des accusations. Les données qualitatives et quantitatives tirées de la présente étude laissent croire que certains indicateurs de rendement traditionnels de la police, comme le taux d’accusations, ne sont pas des mesures appropriées du « succès » pour la résolution de dossiers complexes comme la maltraitance envers les personnes aînées. Bien que l’intervention de la police soit parfois nécessaire, la victime ne souhaite pas forcément que des accusations soient portées contre l’agresseur allégué.
Les connaissances amassées dans le cadre de la présente étude de cas comprennent des renseignements quantitatifs limités sur la nature et le résultat des incidents de maltraitance envers les personnes aînées signalés à la police. Des données supplémentaires seraient utiles pour fournir un portrait plus complet des cas de maltraitance envers les personnes aînées signalés à la police d’Edmonton. Cela pourrait inclure des renseignements sur les diverses caractéristiques des victimes et des agresseurs allégués (p. ex., consommation de substances et problèmes antérieurs de santé mentale, profession, type de résidence, origine ethnique, statut d’immigration), la nature de la maltraitance (p. ex., lieu de l’incident, arme en cause, types de maltraitance en cause, blessures de la victime) et les résultats des incidents de maltraitance envers les personnes aînées qui n’ont pas donné lieu à des accusations portées par la police.
D’autres études pourraient explorer les incidents de maltraitance envers les personnes aînées signalés à d’autres personnes à l’extérieur du système de justice, comme les mauvais traitements survenant dans des foyers de soins de longue durée signalés à des organismes législatifs, comme l’exige la Protection of Persons in Care Act en Alberta. Il serait également utile d’examiner les interventions communautaires aux incidents de maltraitance envers les personnes aînées dans un milieu nordique ou rural pour comprendre les différents contextes dans lesquels la maltraitance envers les personnes aînées peut se produire.
Malgré les limites qu’elle comporte, la présente étude fournit des renseignements qualitatifs précieux sur les pratiques et les approches communautaires plus générales, au sein desquelles une gamme de mesures de soutien, de services et de disciplines travaillent ensemble pour mieux répondre aux besoins des personnes aînées victimes de maltraitance. Les résultats peuvent aider à orienter les travaux visant à améliorer la collecte de données dans ce domaine et à fournir des données probantes à jour pour éclairer la prise de décisions.
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