Accès aux services aux victimes et aux mesures de soutien

Selon une enquête multisite menée au début des années 2000 auprès de victimes d’actes criminels, près de 90 % des personnes interrogées ont déclaré avoir reçu de l’aide par l’entremise du système de justice pénale (Prairie Research Associates Inc., 2004). Toutefois, même si l’absence de données sur les services ventilées selon les groupes racisés empêche d’établir avec précision les taux de recours aux services chez les victimes noires, les recherches menées auprès de victimes noires d’actes criminels indiquent systématiquement que celles-ci sont moins susceptibles d’utiliser les services aux victimes que l’ensemble de la population (Sharpe, Aqil et coll., 2024; Sharpe, 2015). Les données tirées de l’examen de la portée de Sharpe et coll. (2025) et des consultations communautaires sur la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires (Jeffers, 2023) montrent que les obstacles sont intégrés aux systèmes traditionnels de services aux victimes, notamment dans leur conception, leurs critères d’admissibilité et leur fonctionnement.

Ces obstacles ne touchent pas tous les personnes noires vivant avec les répercussions d’un homicide ou d’un acte de violence de la même manière. Les femmes noires endeuillées par un homicide ou touchées par la violence armée doivent composer avec les systèmes de services aux victimes dans un contexte marqué par le racisme et le sexisme anti-noirs. Leur crédibilité est fréquemment remise en question, et leur accès à des services tenant compte du caractère intersectionnel des préjudices raciaux et genrés est fortement limité (Maynard, 2025). Les jeunes Noirs, et plus particulièrement les jeunes hommes noirs, sont surreprésentés parmi les victimes de violence armée. Ils sont souvent confrontés à des systèmes qui les considèrent d’abord comme des auteurs potentiels plutôt que comme des victimes à part entière, ce qui limite d’emblée leur accès à un accompagnement (Clark, 2025; ministère de la Justice Canada, 2022). Les membres des communautés 2ELGBTQ+ rencontrent des obstacles cumulés, enracinés dans le ciblage de longue date pratiqué par les autorités d’application de la loi à l’encontre des communautés noires et queer, engendrant une profonde méfiance institutionnelle et une quasi-absence de services aux victimes adaptés à leur culture et à leur identité (Maynard, 2025). Lorsque plusieurs de ces identités se recoupent, ce qui est fréquent, les obstacles se multiplient. Par exemple, une femme transgenre noire endeuillée par un homicide pourrait simultanément devoir composer avec le profilage racial, le mépris fondé sur le genre et le manque total de services permettant de prendre en compte toute la complexité de son expérience. Reconnaître ces besoins à la fois distincts, mais interreliés n’est pas une considération secondaire, mais une condition fondamentale de tout cadre de prestation de services aux victimes qui vise à répondre aux besoins des personnes noires touchées par la violence armée et des personnes endeuillées par un homicide.