Répercussions durables de la victimisation sur les survivants et survivantes
Les répercussions de la violence armée et des homicides dépassent largement les victimes directes. Les familles, les amis et les témoins subissent de profonds traumatismes émotionnels et psychologiques pouvant se traduire par des problèmes de santé mentale durables, des perturbations dans les études ou l’emploi, ainsi que des tensions au sein de la famille. L’exposition à la violence au sein de la communauté contribue au stress chronique, réduit la cohésion sociale et affaiblit l’efficacité collective. Les communautés sont ainsi plus vulnérables à de futurs préjudices (Hipp et Wickes, 2017; Scarpa, 2003), ce qui engendre un traumatisme intergénérationnel résultant du fait que les jeunes grandissent dans des environnements marqués par des pertes répétées, un soutien insuffisant en santé mentale et une peur persistante. Pourtant, les personnes touchées et les membres de la communauté bénéficient rarement d’une reconnaissance ou d’un soutien à la hauteur des répercussions subies. Les réponses publiques demeurent généralement centrées sur l’événement mortel, de sorte que les survivants de fusillades non mortelles, les membres de la famille endeuillés et les voisins touchés sont souvent privés d’un accompagnement à long terme (Sharpe, 2008; Sharpe et Aqil, 2025). Pour les personnes noires vivant avec les répercussions d’un homicide ou d’un acte de violence en particulier, les obstacles à la recherche d’aide sont souvent exacerbés par le profilage racial, la précarité du statut d’immigration et les expériences négatives vécues avec les services policiers (Sharpe, Aqil et coll., 2024). Ces obstacles sont encore plus marqués pour celles qui se trouent à l’intersection de plusieurs formes de marginalisation. Les membres âgés des familles endeuillées, les personnes en situation de handicap, les personnes ayant un statut d’immigration précaire et les membres noirs des communautés 2ELGBTQ+ sont confrontés à des formes d’exclusion que les structures de soutien traditionnelles peinent à reconnaître et auxquelles les systèmes de données actuels ne permettent pas encore de rendre pleinement compte (Deshman, 2009; Maynard, 2025; Niles et coll., 2025). Les consultations communautaires révèlent une tendance récurrente selon laquelle des immigrants endeuillés par un homicide sont exclus des mesures de soutien proposées après un homicide et contraints de quitter le Canada, et leurs proches doivent alors assumer à la fois le deuil et les répercussions financières et logistiques de ce départ. Cette situation illustre comment le statut d’immigration peut exacerber les conséquences d’une perte déjà dévastatrice en y ajoutant une importante charge administrative et financière (Jeffers, 2023; Petrich et coll., 2023).
- Date de modification :