Victimisation secondaire

La victimisation secondaire des personnes noires touchées par la violence armée et de celles endeuillées par un homicide n’est pas une simple défaillance ponctuelle de certains professionnels, mais bien une caractéristique structurelle de systèmes qui n’ont pas été conçus en fonction de leurs besoins. Les personnes noires endeuillées par un homicide vivent souvent leurs interactions avec la police, les tribunaux et les services aux victimes comme des expériences qui aggravent leur traumatisme plutôt que de l’atténuer. Le fait d’être contraintes de relater à répétition des événements traumatisants, de ne pas recevoir suffisamment d’information sur leurs droits et les procédures, et d’assister à la remise en cause publique de la réputation de leurs proches décédés est reconnu comme une source de préjudice secondaire qui intensifie le deuil et accroît la méfiance envers les institutions (Sharpe et Iwamoto, 2022). La couverture médiatique constitue un facteur important et peu étudié de victimisation secondaire pour ces deux populations. Les récits médiatiques empreints de biais raciaux présentent les victimes noires comme moins innocentes et plus responsables de la violence qu’elles ont subie, ce qui aggrave la souffrance des familles endeuillées et influence le contexte social dans lequel elles doivent faire leur deuil (Collins, 2014; Sharpe, Bailey, et coll., 2024). La victimisation secondaire se manifeste de façons différentes selon les facteurs identitaires qui se recoupent. Pour les femmes noires endeuillées par un homicide, le fait que leur expérience soit à la fois minimisée en raison de leur race et de leur genre peut rendre leur deuil doublement invisible, leurs réponses émotionnelles étant simultanément scrutées et ignorées (Maynard, 2025). Pour les personnes noires touchées par l’homicide et la violence armée en situation de handicap, la victimisation secondaire peut comprendre le fait de se voir refuser des moyens de communication adaptés ou de voir leurs témoignages remis en question en raison de leur race et de leur état de santé cognitive ou mentale (Niles et coll., 2025; Arnason et coll., 2023). La recherche permet de constater une tendance selon laquelle les mères noires endeuillées par un homicide composent avec une couverture médiatique qui présente leur enfant comme étant responsable de son propre décès, des procédures judiciaires qui les excluent de toute véritable participation et de réactions institutionnelles qui considèrent le deuil visible comme un comportement erratique plutôt que comme une réaction normale à une perte catastrophique et violente (Sharpe, Bailey et coll., 2024; Collins, 2014).