Séparation et divorce très conflictuels : options à examiner

2004-FCY-1F

7. OPTIONS À EXAMINER

Les options à examiner dans ce domaine du droit de la famille sont nombreuses et variées, mais quatre retiennent principalement l’attention. Avant d’en débattre, un bref commentaire à propos des limites constitutionnelles s’impose. Dans ce domaine du droit de la famille, le gouvernement du Canada n’a compétence que dans les affaires de divorce. Les provinces ont le pouvoir d’administrer la justice. Ces deux ordres de gouvernement devront donc collaborer pour toutes les questions concernant le divorce très conflictuel. En fait, le gouvernement fédéral a choisi de promouvoir les interventions fédérales-provinciales-territoriales coordonnées pour garantir le bien-être des enfants dont les parents divorcent. L’auteur de ce document est pleinement conscient des limites de la compétence fédérale dans ce domaine et de la nécessité de respecter les pouvoirs des provinces et des territoires. Ce document vise à aider tous les gouvernements à s’interroger, collectivement, sur les meilleurs moyens de prévenir ou de réduire les effets du divorce très conflictuel.

7.1 PREMIÈRE OPTION

La première option : ne pas faire de distinction entre les familles aux prises avec un conflit aigu et celles à faible degré de conflit, mais veiller à ce qu’il y ait des mécanismes pour faire face aux situations très conflictuelles quand elles se présentent. Dans cette option, les cas de divorce très conflictuel ne sont pas stigmatisés et singularisés comme des cas nécessitant un traitement spécial, mais simplement considérés comme l’une des extrémités d’un continuum de conflits propres au divorce. Les composantes de cette option devraient converger sur les changements qui, en théorie, pourraient toucher toute la gamme des divorces, des cas à degré de conflit variant de faible à moyen jusqu’aux divorces très conflictuels. Ces composantes seraient les suivantes :

  1. un tribunal du divorce unifié qui veillerait autant que possible à ce qu’un même juge instruise toutes les questions ayant trait à un divorce contesté;
  2. la capacité de désigner un avocat spécial ou un arbitre pour aider à résoudre les points litigieux;
  3. les cours obligatoires sur les responsabilités parentales;
  4. la médiation obligatoire;
  5. la capacité de désigner un conseiller juridique indépendant pour les enfants du couple qui divorce.

Voici un aperçu de ces composantes pour stimuler le débat sur ces questions et promouvoir l’esprit de collaboration entre le gouvernement fédéral, les provinces et les territoires :

Outre ces propositions, les recommandations suivantes peuvent être considérées :

7.2 DEUXIÈME OPTION

Dans cette option, on propose de traiter directement les cas de divorce très conflictuel au moyen de lignes directrices limitées. Encore une fois, ces lignes directrices sont proposées dans l’optique d’une approche coordonnée entre les administrations fédérale-provinciales/territoriales; elles ne visent pas à empiéter sur les pouvoirs des provinces à cet égard. L’option est plus limitée que le projet de protocole exposé ci‑après dans la troisième option. Elle est plus limitée, car elle ne crée pas de mécanisme spécial de suivi pour les divorces très conflictuels. Cependant, elle tente de définir ce type de divorce en utilisant la plupart des indicateurs décrits par Stewart (2001). À vrai dire, d’autres définitions du divorce très conflictuel peuvent être utilisées si le ministère de la Justice du Canada et ceux des provinces et des territoires en décident ainsi. Les lignes directrices lient cette définition aux éléments qui devraient figurer dans un plan de responsabilités parentales.

Lignes directrices pour les cas de divorce très conflictuel

  1. Un divorce est qualifié de très conflictuel si la procédure de divorce comprend les indicateurs suivants :

    1. l’une des parties a été condamnée au criminel pour une infraction sexuelle ou un acte violent (ou encore a commis ou est présumée avoir commis une telle infraction ou un tel acte);
    2. les organismes de protection de l’enfance ont dû intervenir dans le conflit;
    3. il y a eu de fréquents changements d’avocat;
    4. des points touchant la procédure de divorce ont été soumis au tribunal à plusieurs reprises ou souvent;
    5. l’affaire a été examinée pendant longtemps par les tribunaux sans être réglée convenablement;
    6. la procédure de divorce comporte de nombreuses déclarations sous serment;
    7. les moments où un parent pouvait avoir accès à l’enfant ont fait l’objet de conflits répétés.
  2. Quand le tribunal établit qu’un divorce est très conflictuel, le plan de responsabilités parentales qu’il approuve à l’égard de ce divorce doit :

    1. être conçu de manière à réduire les risques de conflit entre les parents;
    2. maximiser le temps que les enfants passent avec les deux parents, pourvu que ceux-ci les connaissent et les aiment, qu’ils soient des gardiens assurant leur sécurité et qu’ils consentent à exercer leurs responsabilités parentales;
    3. tenir compte des besoins de développement des enfants.
  3. 3. Le plan de responsabilités parentales relatif à un divorce très conflictuel doit exposer en détail les droits et les obligations des parents, notamment :

    1. tenir un registre destiné à accompagner les enfants dans leurs déplacements de manière que les renseignements concernant les repas, les médicaments, les activités, etc., puissent être communiqués avec le moins de contacts possible entre les parents et sans que les enfants aient à transmettre des messages;
    2. effectuer les transferts dans des lieux publics, comme un restaurant, une bibliothèque ou une garderie (si le conflit continue de poser problème au moment de la transition, la transition surveillée peut être utile);
    3. prévoir la présence séparée ou en alternance des parents aux événements spéciaux pour les enfants;
    4. permettre des contacts privés et non restreints par téléphone entre les enfants et le parent n’ayant pas la garde;
    5. donner au parent n’ayant pas la garde, si la communication entre les parents le permet, la possibilité de s’occuper des enfants avant de prendre des arrangements avec un tiers;
    6. si l’aliénation parentale est établie, prévoir une thérapie continue avec un professionnel de la santé après le divorce si cela est indiqué;
    7. inclure un plan visant à résoudre les problèmes que pose le plan de partage des responsabilités parentales exposé dans le jugement, y compris le recours à un processus extrajudiciaire de règlement des différends, au besoin;
    8. s’il y a lieu, désigner un coordonnateur des tâches parentales chargé d’arbitrer les désaccords entre les parties à propos de l’élaboration ou de l’application du plan de partage des responsabilités parentales. Le coordonnateur doit être habilité à faire des recommandations visant à modifier ce plan.

7.3 TROISIÈME OPTION

Cette option porte sur les façons de régler les questions soulevées dans les cas de divorce très conflictuel. Voici à cet égard les deux possibilités générales.

La première possibilité est l’élaboration d’un manuel traitant de tous les aspects du divorce très conflictuel. Ce manuel s’inspirerait de l’Idaho Benchbook, Protecting Children of High-Conflict Divorce (Brandt, 1998). Il permettrait aux juges de se renseigner sur tous les aspects du divorce très conflictuel et comprendrait des documents traitant de l’impact du divorce très conflictuel sur les enfants, un protocole à suivre dans de tels cas, les lois actuelles régissant la garde et les visites en pareil cas, des considérations spéciales dans les cas de violence familiale, une évaluation de la médiation, spéciaux, etc. Le manuel serait volumineux mais complet. Il pourrait être le meilleur outil pour renseigner les juges, les avocats et les professionnels de la santé mentale en matière de divorce très conflictuel. Bien entendu, il devrait résulter de la collaboration entre tous les paliers de gouvernement, partout au Canada.

La deuxième possibilité est la création d’un schéma détaillé de divorce très conflictuel qui serait exposé dans des lignes directrices. Cette approche serait moins instructive qu’un « Benchbook » destiné aux juges sur le divorce très conflictuel. Elle serait cependant plus détaillée que l’approche décrite à la deuxième option parce qu’elle traiterait des questions de violence familiale et de l’accélération du règlement des cas de divorce très conflictuel.

À cet égard, on propose, pour le divorce très conflictuel, d’établir un protocole qui comporterait des principes et des lignes directrices. Ce protocole s’inspirerait en grande partie de celui de l’Idaho. Voici le texte proposé pour ce protocole dont les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux devraient envisager l’adoption.

Protocole à l’intention des juges pour protéger les enfants dans les cas de divorce très conflictuel

7.4 QUATRIÈME OPTION

Cette option viserait à créer une loi distincte appelée Loi sur la protection des enfants dans les cas de divorce très conflictuel. Elle transposerait en langage juridique plusieurs des éléments du protocole décrits ci-dessus, mais en plus elle énoncerait dans un préambule une déclaration de principes établissant le contexte de la création de la loi. Les pages qui suivent présentent un projet de loi basé sur cette proposition. Compte tenu des variables entre les administrations, certains éléments nécessaires pour garantir l’efficacité de cette loi devraient être mis en œuvre par les provinces. Pour faciliter la lecture du texte, les mesures que devraient prendre les provinces sont placées entre crochets. Cette méthode vise à donner une vue d’ensemble d’une éventuelle approche coordonnée de collaboration. Elle doit être examinée par tous les ordres de gouvernement. On espère qu’elle les aidera à mieux comprendre ce qu’une tentative coordonnée de tous les gouvernements peut donner dans ce domaine du droit.

Loi sur la protection des enfants dans les cas de divorce très conflictuel