L'efficacité des pratiques de la justice réparatrice : Méta-analyse
2. Méta-analyse
À l'instar des méthodes classiques de recherche quantitative, la méta-analyse comprend trois étapes de base :
- analyse bibliographique - déterminer et recueillir les monographies pertinentes;
- collecte de données - extraire les données au moyen de méthodes de codage déterminées au préalable;
- analyse des données - analyser les données agrégées au moyen de méthodes statistiques.
Une méta-analyse peut être considérée comme une analyse statistique d'une série d'études qui portent sur l'ampleur d'un rapport entre deux ou plusieurs variables (Glass, McGaw et Smith, 1981). Ces études peuvent différer en ce qui concerne plusieurs caractéristiques importantes comme l'opérationalisation des variables indépendantes et dépendantes, la taille de l'échantillon, les techniques de sélection de l'échantillon et la qualité du plan d'échantillonnage. Les statistiques de la méta-analyse peuvent décrire la force type de l'effet à l'étude, le degré de signification statistique ainsi que la variabilité et elle peut permettre aux chercheurs d'explorer et de définir des variables potentiellement modératrices. Le résultat d'une méta-analyse est une valeur de l'effet, qui peut être interprétée comme l'effet estimatif de la variable indépendante sur la variable dépendante. Par exemple, si l'estimation moyenne de la valeur de l'effet est de +0,10, la variable indépendante représente une variation de 10 % de la variable dépendante (Rosenthal, 1991).
Les examens fondés sur la méta-analyse sont généralement considérés comme une méthode supérieure de synthèse des recherches par rapport aux examens narratifs classiques, car les premiers sont « plus systématiques, plus explicites, plus exhaustifs et plus quantitatifs »
(Rosenthal, 1991, p.17). Les techniques de méta-analyse ont été utilisées dans divers domaines comme l'éducation et la médecine, et elles ont été adoptées récemment en sciences sociales (Lipsey et Wilson, 1993). Dans le domaine de la recherche sur la justice pénale en particulier, les études faisant appel à la méta-analyse ont porté sur la prédiction (Bonta, Law et Hanson, 1998; Dowden et Brown, sous presse; Gendreau, Little et Goggin, 1996; Hanson et Bussière, 1998) et le traitement (Andrews et coll., 1990; Dowden et Andrews, 1999, 2000; Latimer, 2001;
Lipsey, 1995; Losel, 1995; Whitehead et Lab, 1989) du comportement criminel.
Les critiques soutiennent que l'une des principales limites des techniques de méta-analyse est que les procédés d'échantillonnage sont biaisés en faveur de l'inclusion d'études dont la plus grande partie sont publiées. On soupçonne que la probabilité de publier une étude est accrue par la signification statistique des résultats de sorte que les études publiées ne sont pas réellement représentatives de l'ensemble des travaux de recherche effectués dans ce domaine. Par conséquent, une valeur de l'effet, fondée exclusivement sur les études publiées, peut surestimer le rapport. Ce phénomène appelé « problème du tiroir classeur »
(Rosenthal, 1991, p. 103) donne à penser que si les études non publiées étaient incluses dans la méta-analyse, l'estimation de la valeur de l'effet serait plus faible.
Récemment, une méta-analyse préliminaire des programmes qui contenaient des éléments de justice réparatrice a été effectuée par Bonta, Wallace-Capretta et Rooney (1998); elle portait exclusivement sur leur rôle dans la réduction de la récidive. Les résultats ont révélé que ces programmes produisaient de faibles réductions de la récidive (+0,08). Cependant, les auteurs ont eu recours à une définition opérationnelle très générale de la justice réparatrice, car ils ont pris en considération les ordonnances de dédommagement et les programmes de services communautaires. Cette définition est quelque peu problématique, car elle ne tient pas compte entièrement de certains des principes fondamentaux de la justice réparatrice - à savoir la nature volontaire de la participation du délinquant et de la victime et la rencontre personnelle. Il fallait donc agréger quantitativement les résultats de la littérature au moyen d'une définition plus précise de lajustice réparatrice.
- Date de modification :