ÉVOLUTION DE LA CRIMINALITÉ : ÉTAT DE LA RECHERCHE
2. INTRODUCTION
À presque toutes les époques de la civilisation occidentale, les organes du pouvoir, les médias et le public ont déploré l'augmentation inexorable de la criminalité. Hantés par le souvenir d'un âge d'or appartenant au passé, les pontes de tout genre ont invoqué les statistiques et les recherches sur la criminalité ainsi que les reportages médiatiques quasi quotidiens pour faire des conjectures sur les tendances relatives à la nature et à la portée du crime, et notamment pour formuler les prévisions les plus sombres.
Or, par opposition à la tendance ayant retenu le plus l'attention au cours des quarante dernières années, la tendance la plus importante et celle dont il a été le plus fréquemment question dans les années 90 est celle de la diminution du taux de criminalité enregistrée dans toute l'Amérique du Nord. Statistique Canada rapportait qu'en 1999, le taux de criminalité national avait atteint son niveau le plus bas depuis 20 ans. En 1999, le taux de criminalité était inférieur de 5 p. 100 à ce qu'il était l'année précédente. En outre, le taux de crimes avec violence a diminué pour une septième année consécutive dans une proportion de 2,4 p. 100. Le nombre d'homicides a diminué de 4,7 p. 100 en 1998 et a atteint son plus bas niveau depuis 1967 (Statistique Canada, 2000, p. 9). Aux États-Unis, les crimes contre les biens ainsi que les crimes avec violence rapportés aux organismes d'application de la loi ont diminué de 7 p. 100 en 1999 par rapport à l'année précédente. C'est la septième année consécutive au cours de laquelle ces crimes diminuaient dans ce pays (Federal Bureau of Investigation, 1999).
Un certain nombre de facteurs exercent une influence sur l'évolution de la criminalité, mais aucun n'explique de façon certaine pourquoi le taux de criminalité a diminué si rapidement au cours des dernières années, ni pourquoi il s'est mis à remonter dans les années 60. Certains criminologues soutiennent que la variable la plus importante est la démographie : le vieillissement de la population dans les années 90 a fait en sorte que le groupe d'âge où la délinquance a tendance à être la plus élevée, soit le groupe des 15 à 25 ans, comptait moins de personnes. Au cours des années 60 et au début des années 70, c'est exactement l'inverse qui s'est produit : une proportion importante de la génération du baby boom appartenait à ce groupe d'âge. En se fondant purement sur les tendances démographiques, on peut s'attendre à ce que le nombre de ceux appartenant au groupe d'âge où la délinquance a tendance à être la plus élevée (soit la progéniture de la génération du baby boom) augmente au cours de la première décennie du 21e et diminue ensuite progressivement. Les autres facteurs importants qui exercent et continueront d'exercer une influence sur la nature et la portée de la criminalité sont les facteurs macro-économiques, la technologie, la mondialisation, les choix professionnels et les choix de style de vie, l'organisation de la criminalité et les ressources et les initiatives du système de justice pénale.
Certains criminologues, spécialistes en prospective et responsables de l'élaboration des politiques en matière de justice pénale ont eu recours à l'analyse de l'évolution de la criminalité ainsi qu'à d'autres modèles quantitatifs et études qualitatives pour prédire l'évolution de la criminalité, en partie pour essayer d'atténuer et même de prévenir tout élargissement de la portée de la criminalité et aggravation de son incidence.
Il n'existe cependant pas à l'heure actuelle de synthèse de la recherche portant sur la prévision de la criminalité, ni de relevé des organisations s'étant adonnées à ce genre de recherches. La présente étude vise à combler modestement ce vide en proposant un premier inventaire de la documentation, des recherches et des outils analytiques ainsi que des particuliers et des organismes ayant élaboré des prévisions sur l'évolution de la criminalité au cours du 21e siècle.
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