Repenser l’accès à la justice pénal au Canada : un examen critique des besoins, des réponses et des initiatives de justice réparatrice
5. Conclusion
Les principes et les mécanismes de la justice réparatrice constituent le moyen le plus largement recommandé d'améliorer l'accès à la justice pénale. Cependant, d'une part, les approches de la justice réparatrice sont pour la plupart trop intimement liées au système de justice pénale conventionnel, et, d'autre part, elles posent elles-mêmes des problèmes trop sérieux pour qu'on les considère soit comme un changement de paradigme ou comme une panacée. Dans bien des cas, on emploie l'expression « justice réparatrice » comme un fourre-tout pour un vaste éventail de mesures disparates qui ont été mises en ouvre en grande partie au sein du système conventionnel d'une manière compatible avec les principes de fonctionnement qui lui sont propres. La plupart des études n'ont pas répondu aux questions les plus importantes concernant l'efficacité de ces mécanismes en matière de récidive (ou, dans le langage de la justice réparatrice, de réinsertion du délinquant dans la collectivité) et, ce qui est tout aussi important, elles n'évaluent pas bien s'il est « préférable » pour les victimes de participer à un processus avec le délinquant au lieu de voir le préjudice qu'elles ont subi être confirmé par les voies conventionnelles. Il importe de déterminer si la justice réparatrice est « meilleure » que les approches conventionnelles; aussi coûteuse que soit la justice pénale, l'exécution en bonne et due forme des programmes de justice réparatrice nécessite des ressources considérables. Le discours est peut-être attrayant mais la pratique l'est moins. Delgado (2000) et d'autres auteurs concluent donc que ni le système conventionnel ni la justice réparatrice ne peuvent se prétendre toujours équitables; les deux peuvent être caractérisés par des préjugés fondés sur la race, la classe et le sexe, dans un cas sous le couvert de règles, dans d'autres sous un vernis de souci humanitaire. Comme Bussmann (1992, p. 324) le dit, il faut trouver dans une société moderne à la fois la valeur symbolique du droit pénal, même si ce n'est seulement qu'à un degré suffisant pour maintenir le symbolisme, et la valeur discursive de la justice réparatrice. Pour les victimes et les délinquants, le conseil de Delgado (2000), soit de choisir si possible l'approche la mieux adaptée à leurs propres objectifs, semble pertinent. Pour les administrations publiques, la ruée vers la justice réparatrice doit être tempérée par une meilleure compréhension de son efficacité et de ses effets.
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