L’inclusion pour tous : Comment instaurer la cohésion sociale au Canada Aperçus de conversations structurées
5. Paix et sécurité
Les Canadiens consultés sont très attachés à la sécurité, à la paix, au civisme et aux droits qui sont les garants de leur qualité de vie. Les spécialistes gouvernementaux de la recherche classent la paix, l’établissement de la paix, les collectivités sûres et la Charte canadienne des droits et libertés au rang des principaux déterminants de la cohésion sociale; selon eux, ces éléments nous permettent de nous distinguer des Américains et contribuent à la réputation que nous avons dans le monde.
Il faut éliminer les obstacles. Lorsque la population n’est pas d’accord à propos d’une question donnée, il faut l’écouter, et pas la réprimer à l’aide de brigades anti-émeutes.
Selon les jeunes participants en particulier les immigrants et les visiteurs disent souvent que la paix, la sécurité et le civisme comptent parmi les principaux atouts du Canada. Ils pensent également que nous nous distinguons depuis longtemps des Américains en raison du niveau de sécurité personnelle plus élevé qu’on observe au Canada. En particulier, ils font observer que peu de Canadiens possèdent des armes à feu et que le nombre d’agressions à main armée est plus bas dans notre pays. Les jeunes que nous avons rencontrés se sont également dits fiers de leur histoire, marquée par l’intégration et l’acceptation de la diversité. On ne nous demande pas de nous intégrer à un « creuset de cultures » (melting pot), mais on nous encourage à célébrer nos différences, convaincus que nos droits et les institutions basées sur ces droits protègent cette liberté. Les jeunes ont par ailleurs mentionné l’importance qu’ils accordent à la justice et à l’absence de discrimination.
Comment pouvons-nous gérer la peur et l’insécurité dans l’optique de la cohésion sociale?
Lorsqu’on examine les problèmes dans une optique de cohésion sociale, on constate évidemment que les victimes de crimes et de violence, ainsi que les victimes de discrimination, n’ont pas la possibilité de participer pleinement à la vie sociale. Nous ne devons pas considérer notre paix, notre sécurité ou tout autre de nos points forts comme acquis. Certains groupes, par exemple les jeunes noirs de Toronto, ne se sentent pas toujours en sécurité lorsqu’ils sont en présence de la police ou des forces de sécurité. Ils font partie des groupes sociaux qui ne se contentent pas des droits et protections qu’on leur accorde. D’autres, comme les femmes qui doivent recourir aux injonctions restrictives, considèrent parfois que la police est garante de leur sécurité. Tout le monde n’est pas vulnérable de la même façon et ne se sent pas en sécurité dans les mêmes circonstances.
Je suis ravi d’apprendre par tant de gens que le gouvernement fédéral appuie les collectivités, et ne cherche pas à les remplacer ou à les surcharger de travail. Le gouvernement fédéral a un rôle moteur évident à jouer en matière de cohésion sociale.
Les études existantes relatives à la victimisation et à la peur de la victimisation ont révélé que la peur n’est pas une réponse logique au risque. Il s’agit en fait d’un phénomène culturel complexe. Pour atténuer les craintes des gens et les effets négatifs de celles-ci, nous devons bien comprendre à quel point différents groupes composant la société se sentent vulnérables, et bien saisir la façon dont ces groupes réagissent à nos mécanismes de sécurité et à notre système de justice.
L’attaque terroriste du 11 septembre 2001 a eu un effet considérable sur la vision qu’ont les Canadiens de la paix et de la sécurité. Des situations qui nous paraissaient banales auparavant semblaient tout à coup réclamer notre attention : liberté de nous déplacer selon notre bon vouloir et de nous rendre dans des lieux publics sans craindre pour notre sécurité. La sécurité physique et émotionnelle et la confiance sont devenues des composantes plus manifestes de la cohésion sociale. Les Canadiens d’origine arabe ou de confession musulmane, ainsi que ceux que l’on croit Arabes ou musulmans, ont ressenti les effets de la peur du public. Ils ont donc besoin qu’on leur montre les liens qui les unissent aux autres Canadiens, et qu’on leur prouve qu’ils sont acceptés et intégrés. Il faut déterminer les liens qui permettront le plus facilement de régler les problèmes de racisme et de mettre un terme aux divisions exacerbées par l’angoisse et la peur. Pour les membres des minorités visibles, et en fait pour tous les Canadiens, l’établissement de liens et la participation à la vie sociale revêtent plus d’importance depuis le 11 septembre.
Il y aura inévitablement des débats à propos de l’interdépendance entre la cohésion sociale, la sécurité, la liberté et la justice. Les commentaires recueillis lors de ces consultations peuvent donner une bonne idée des répercussions du terrorisme et de la peur sur la participation, des liens à établir, et du besoin d’équité et d’accès aux services. Si nous ne parvenons pas à régler ces problèmes rapidement et de façon appropriée, et si le climat de guerre et de peur persiste ou réapparaît, il pourrait être difficile de maintenir le niveau d’immigration dont le pays a besoin.
Un autre effet plutôt invisible des attaques terroristes a été le redéploiement des forces de police et des services de sécurité. Il faudra peut-être étudier l’impact de cette réaction. Par ailleurs, à la suite des attentats, nous avons modifié notre comportement à l’égard des États-Unis et nos relations avec eux. Il faut également examiner les changements subtils qui ont marqué la façon dont les Canadiens comprennent et vivent la sécurité. Il faut enfin analyser les liens entre ces changements sociaux et ceux qui touchent l’immigration, la mondialisation et l’intégration nord-américaine.
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