Conception des formations et modes d’apprentissage

[Traduction]
« L’apprentissage dépend de plusieurs choses… Qui est l’enseignant? Qu’enseigne-t-il? Les élèves/participants écoutent-ils vraiment? L’éducation en elle-même n’est pas une garantie d’apprentissage. »

Ovide Mercredi

Formations en personne et axées sur les réalités régionales

Les partenaires autochtones ont clairement indiqué que la formation en personne constitue à leurs yeux la méthode d’enseignement la plus efficace. Il serait utile de faire appel à différentes personnes afin de personnaliser les conversations. Il est également recommandé d’opter pour un mode d’apprentissage qui permettrait aux fonctionnaires de réaliser une immersion au sein de communautés autochtones afin de mieux comprendre leurs réalités.

Les activités d’éducation et de formation devraient être adaptées aux réalités régionales, car les perspectives autochtones varient considérablement d’une région à l’autre du pays. Lorsqu’un concept est trop général ou qu’il est généralisé de façon à pouvoir être appliqué à l’ensemble du pays, il finit par perdre de son sens. Les différentes réalités des communautés doivent être prises en considération. À titre d’exemple, des partenaires ont souligné l’importance de comprendre les défis au sein de l’industrie des pêches, notamment les différences entre les pêches côtières et les pêches intérieures, le manque de financement pour les pêches intérieures et les impacts de la contamination des lacs sur la production alimentaire et les moyens de subsistance. Plusieurs partenaires autochtones ont fourni des exemples régionaux de relations entre les Autochtones et la Couronne, et ont souligné l’importance de comprendre les dynamiques fédérales et provinciales qui font obstacle à l’avancement des droits des Autochtones. La connaissance du contexte régional permet de mieux comprendre le sens qui peut être attribué à différents mots dans différents contextes; à titre d’exemple, le mot « éloigné » peut avoir différentes significations selon les régions.

Les programmes de formation pourraient tous être constitués d’une base de connaissances commune permettant d’établir le contexte, puis être adaptés pour répondre aux besoins et aux intérêts particuliers de chaque groupe de participants. Si une séance de formation est donnée dans une région particulière, il faudra veiller à inclure des exemples et des références propres à cette région.

Apprentissage multiformat

Même si la majorité des partenaires s’entendaient pour dire que la formation en personne est la meilleure méthode d’enseignement, car elle permet la tenue de discussion et a sans doute un plus grand impact, certains partenaires ont reconnu qu’elle n’est pas toujours possible et qu’il y a lieu de s’interroger sur les façons les plus efficaces de dispenser de la formation. Il faudrait de même chercher à déterminer ce que retiennent les participants sur l’ensemble de la matière qui leur est présentée lors d’une formation.

Certains partenaires ont suggéré d’utiliser plusieurs formats, par exemple des modules en ligne à progression libre (pour le contexte et les renseignements généraux) qui seraient suivis d’ateliers complémentaires en personne ou de séances de discussion avec des experts. Une telle approche permettrait de personnaliser les discussions et offrirait des occasions d’explorer les recoupements avec la Déclaration des Nations Unies, en plus d’accroître la compréhension des sujets complexes. D’autres partenaires ont proposé d’avoir recours à des modules de formation en plusieurs volets; certaines parties pourraient être virtuelles ou enregistrées sur vidéo, alors que d’autres pourraient se dérouler en personne. À titre d’exemple, certains ont recommandé de créer de petits groupes d’apprentissage pour les dirigeants auxquels pourraient également participer des Autochtones, de tirer parti de Microsoft Teams pour élargir les réseaux, et d’utiliser des documents de discussion pour encourager le dialogue.

Certains partenaires autochtones ont suggéré de concevoir une série de vidéos dans lesquelles des défenseurs autochtones de la Déclaration des Nations Unies expliqueraient ce qu’ils voulaient accomplir lorsqu’ils se sont adressés aux Nations Unies, p. ex. mettre en place des mécanismes pour faire respecter les traités. Ces vidéos pourraient également présenter des exemples en lien avec l’article 5 de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies. Certaines organisations autochtones ont offert de produire une vidéo exposant leurs points de vue sur la Déclaration des Nations Unies qui pourrait être présentée dans le cadre de la formation de base sur la Loi sur la Déclaration des Nations Unies destinée aux fonctionnaires.

Des partenaires ont souligné la nécessité d’offrir aux fonctionnaires une formation soutenue qui ne limite pas à un unique module de formation, afin d’assurer un apprentissage continu. Tout comme la réconciliation, l’apprentissage est un processus continu et non une case à cocher. Selon les partenaires, il est essentiel que l’apprentissage soit continu pour réellement améliorer la compréhension et les capacités des fonctionnaires, évaluer si la matière transmise a été comprise correctement et confirmer que le contenu de la formation demeure approprié. Certains partenaires ont mentionné que leur approche en matière de formation comprend un module récapitulatif sur la réconciliation qui résume les moyens que les participants peuvent prendre pour favoriser la réconciliation aussi bien dans leur vie personnelle qu’au travail.

Par qui la formation sur les sujets autochtones devrait-elle être donnée?

Les partenaires avaient différentes idées sur la question de savoir qui devrait donner la formation. Quelques partenaires ont mentionné l’importance d’utiliser des approches d’apprentissage qui tiennent compte des traumatismes, tant au niveau du contenu que des méthodes de prestation. Ces approches procurent un filet de sécurité et assurent un soutien par la présence d’Aînés au moment de la formation. Les partenaires ont souligné que la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies au Canada par l’intermédiaire de la Loi sur la Déclaration des Nations Unies et de son Plan d’action vise fondamentalement à opérer une décolonisation et un transfert des pouvoirs de l’État vers les peuples autochtones. Pour cette raison, et d’autres, les partenaires ont indiqué qu’ils préfèrent que la formation sur les questions autochtones et celles liées à la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies au Canada soit dirigée par des Autochtones.

Des partenaires ont recommandé d’embaucher des éducateurs autochtones pour diriger la formation. D’autres ont souligné l’importance de veiller au renouvellement des conférenciers et intervenants et de maintenir un équilibre entre les genres. D’autres, encore, ont mentionné qu’il serait bon de collaborer avec des organisations de femmes et de personnes 2ELGBTQI+ autochtones pour offrir de la formation, car ces dernières connaissent bien les besoins et les préoccupations des communautés. La nécessité de « faire appel aux bonnes personnes » a également été soulignée, en ce sens qu’il faudra veiller à choisir les experts en fonction du sujet traité, car personne ne peut tout savoir sur tout. Une liste des partenaires autochtones qui sont disposés à contribuer à la création conjointe de formations à l’intention des fonctionnaires ainsi qu’une liste des experts proposés par les partenaires autochtones sont mises à disposition des fonctionnaires. Ces listes préliminaires sont évolutives. Elles sont fournies à titre informatif seulement et ne constituent en rien une approbation de la part du gouvernement.

Présentations

Les présentations actuelles, qui ont été élaborées par le gouvernement du Canada, contiennent énormément d’information. Certains partenaires ont conseillé de les diviser en plusieurs modules afin qu’il soit plus facile pour les apprenants d’assimiler la matière. Ils ont également suggéré de réduire le contenu des présentations à l’essentiel et d’inclure des liens vers des ressources qui offrent du contenu pratique afin que les participants repartent avec des outils qu’ils pourront utiliser dans le cadre de leur travail quotidien. Un format plus visuel et moins encombré serait préférable. Certains partenaires ont suggéré d’inclure des éléments visuels historiques représentant les mouvements autochtones et leurs dirigeants.

[Traduction]
« Pour que le contenu soit plus facile à assimiler, il serait bon d’inclure davantage d’exercices et d’études de cas réels afin de mieux illustrer les bienfaits de la Déclaration des Nations Unies. »

Institut du développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador

Des partenaires ont recommandé d’utiliser des études de cas pour faciliter l’apprentissage, en commençant par poser des questions plus élémentaires, puis des questions plus approfondies. Les gens comprennent que la mise en œuvre porte fruit lorsqu’ils peuvent constater des effets tangibles. Même si la Loi sur la Déclaration des Nations Unies existe depuis peu, la mise en œuvre des droits est en cours depuis un certain temps déjà et peut fournir un certain nombre d’exemples concrets. Des partenaires ont également recommandé d’inclure de l’information sur certaines affaires juridiques clés. ITK a suggéré d’inclure des histoires pour illustrer comment des instruments tels que les traités modernes ou la Politique sur l’Inuit Nunangat produisent des effets bénéfiques. Bon nombre de partenaires ont également suggéré d’inclure des exemples concrets dans les documents de formation pour illustrer les différentes formes que peuvent prendre les atteintes systémiques aux droits, notamment dans les contextes de la chasse, de la conservation et des services de police.

En plus des cours de formation de base, il serait bon de créer des trousses d’outils, des listes de vérification et des fiches d’information pour appuyer les fonctionnaires dans leur travail quotidien.

Certains partenaires autochtones ont insisté sur le fait que tous les documents visant à sensibiliser et à mobiliser le grand public devraient être rédigés dans un langage simple afin que tous puissent participer à la conversation et suivre les progrès réalisés, indépendamment de leurs antécédents personnels et professionnels et de leur niveau de scolarité. Ces ressources devraient être accessibles en ligne sur des plateformes que les jeunes utilisent déjà. IYR a mentionné avoir utilisé avec succès des récits autochtones et des documents rédigés en langage clair pour expliquer ce que signifient la Déclaration des Nations Unies, la Loi sur la Déclaration des Nations Unies et le Plan d’action, dans le cadre d’activités de mobilisation menées auprès de jeunes autochtones.