Autres domaines prioritaires
Ci-dessous se trouve un bref résumé de quatre thèmes supplémentaires sur lesquels les personnes consultées lors des activités de mobilisation ont généralement exprimé des préoccupations : personnes victimes ou survivantes, collecte de données, financement, et consultation permanente et changements dans les pratiques idéologiques et organisationnelles.
Personnes victimes et survivantes
Les personnes consultées ont fait état d’expériences de double victimisation. La première étape consiste à être victime d’une personne délinquante civile, la seconde, à être ignoré ou maltraité par la police ou le processus judiciaire. Néanmoins, il n’existe essentiellement aucun service de soutien (physique, émotionnel et mental) adapté aux personnes noires pour répondre à l’une ou l’autre forme de victimisation. Des membres de la communauté ont parlé des préjudices subis au sein de la communauté et de la nécessité de renforcer les mécanismes de soutien destinés aux victimes d’actes criminels. Des membres de la communauté en Ontario ont déclaré ce qui suit :
« Au sein de notre communauté, nous avons tous été victimes et témoins d’actes criminels. »
« En tant que collectivité, nous avons souffert la perte de trop de jeunes âmes et nous sommes encore en train de remédier à cette douleur, qui n’est souvent pas reconnue. »
« Nos mères sont elles aussi traumatisées, mais elles ont souvent peur de demander une aide. »
« Même dans nos systèmes scolaires, les élèves qui ont perdu une proche reçoivent peu de soutien. »
Comme l’a déclaré une personne consultée qui a répondu au sondage, il est nécessaire de « tenir les personnes au pouvoir responsables de la mise en œuvre, du suivi et de la rupture du cercle vicieux de ces problèmes ». Les personnes consultées ont formulé plusieurs recommandations pour résoudre ces problèmes, lesquelles sont présentées dans la section « Financer, déterminer, créer et maintenir les mesures de soutien pour les personnes victimes et survivantes noires d’actes criminels ».
Collecte de données
Les activités de mobilisation ont révélé que les personnes noires du Canada ressentent des sentiments complexes à l’égard de la collecte de données fondées sur la race. Les méthodes de collecte et d’utilisation des données ont par le passé marginalisé les communautés noires, ont perpétué les sentiments contre les personnes noires dans la société canadienne et ont entraîné des changements de politiques qui ont accru les préjudices subis par ces communautés. Les personnes consultées ont fait valoir la nécessité d’un engagement plus profond avec les communautés noires pour comprendre leurs points de vue, afin d’élaborer des méthodes de collecte et d’utilisation des données adaptées à la culture avec les communautés noires et pour celles-ci. En même temps, les personnes consultées ont ressenti une « lassitude des données », une « lassitude à l’égard de la recherche » ou une « consultation excessive ». Elles ont souligné que ce sentiment est né du récit de leurs expériences émotionnellement éprouvants, douloureux et traumatisants dans le système de justice à l’occasion d’initiatives gouvernementales qui ne semblent pas apporter un grand changement dans leur vie ou leur communauté. Souvent, elles ne sont pas informées des progrès réalisés et ne se sentent pas consultées après avoir raconté leurs histoires. Elles se sentent exclues. Ceci dit, un consensus s’est dégagé sur le fait qu’en l’absence de données, les inégalités dont ils sont conscients par leur expérience vécue ne sont pas perçues comme réelles ou légitimes par les gens n’ayant pas vécu une telle expérience. Comme l’a déclaré succinctement un membre de la communauté en Alberta :
« Un problème que l’on ne peut pas mesurer est un problème que l’on ne peut pas résoudre. »
Les personnes consultées ont mis en évidence plusieurs domaines dans lesquels il serait possible d’améliorer le processus de collecte de données concernant les personnes noires. Tout d’abord, comme il a été relevé précédemment, les personnes consultées ont été profondément frustrées et déçues que les données recueillies ne soient pas utilisées pour apporter des changements durables aux politiques et aux pratiques. Outre la lassitude de la recherche, la colère exprimée au sein des communautés est liée au manque de changements que les membres peuvent constater et ressentir dans leur communauté. Des membres de la communauté au Québec ont dit :
« Nous avons besoin, comme nous l’avons dit, de politiques et de décisions qui perdureront. »
« Je vous dis que des rapports et des données de ce type [apparaissent] encore et encore. Pourquoi pensez-vous que cette fois-ci, ça serait différent? Nous l’avons déjà fait. »
« Nous devons également mettre en œuvre toutes les recommandations formulées par des agents correctionnels dans un rapportNote de bas de page 15. Un rapport fait vivement état de la situation critique des personnes noires dans les prisons fédérales. Il compte peut-être plus de 30 recommandations destinées aux personnes noires. Ces recommandations doivent être mises en œuvre. »
« Comment mettons-nous en œuvre ces recommandations? Qui les met en œuvre et qui veille à ce qu’elles soient respectées? Parce que depuis 2020, il y a eu un tas d’argent, un tas de recommandations, un tas de stratégies nous concernant, mais nous ne voyons essentiellement aucun changement apporté à nos communautés. Et nous en parlons, nous avons considéré 2020 comme une énorme vague de mobilisation, mais elle est en train de s’estomper, c’est triste à dire, mais c’est en train de s’estomper. L’énergie et les plans, travaillant dans un établissement, les plans d’action sont sur quatre ans. Et après quatre ans, nous ne savons pas si le plan sera renouvelé. Nous aurons besoin d’un autre drame pour bénéficier de ce type d’attention. »
« Et nous avons été trop consultés. Nous sommes à la fin de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine. Elle se termine l’année prochaine et c’est maintenant que le gouvernement fédéral nous incite, dans un délai de 30 jours, à formuler des recommandations. Les responsables ont peur de les mettre en œuvre, car cela leur coûterait leur siège au gouvernement. Mais nous avons besoin de recommandations qui survivront à ce gouvernement, afin qu’elles ne nous soient pas retirées lorsque les conservateurs auront le pouvoir parce que c’est ce qu’ils feront, non? »
Les personnes consultées ont également été frustrées par le fait que les résultats tirés des données recueillies ne sont pas divulgués en temps utile, que les possibilités de rétroaction sont rares et que la mise en œuvre semble constamment retardée. Un membre de la communauté au Québec a déclaré ce qui suit :
« L’un de mes concepts préférés est celui de la cohérence des politiques concernant la population canadienne noire. D’une part, l’année dernière, des annonces de financement ont été faites pour différents organismes dirigés par des personnes noires. D’une autre part, je sais qu’en ce moment, il y a un énorme débat sur la réforme de la mise en liberté sous caution et sur les répercussions disproportionnées qu’elle pourrait avoir sur la population canadienne noire. Et il n’y a même pas de consultations appropriées sur les affaires qui sont mises en œuvre immédiatement. Il n’y a pas de consultations appropriées, mais pour les affaires qui demandent beaucoup de temps, en fait, les consultations en général, j’ai l’impression que le gouvernement fait souvent traîner les affaires sans raison et retarde la mise en œuvre d’affaires qui sont véritablement nécessaires. »
Des personnes consultées ont également fait ressortir qu’il y a souvent un manque de transparence dans l’utilisation des données :
« La collecte de données est complexe, car nous ne savons pas où vont aller ces informations ni à quoi elles vont servir. Je veux dire, même si vous avez dit “d’accord, nous faisons cette recherche et nous recueillions ces informations”, les gens sont réticents à répondre à ces questions, et tout ça. Et je le comprends. Cependant, si nous ne disposons pas des données nécessaires, vous savez, pour le gouvernement, entre autres, les questions ou les préoccupations n’existent pas. »
Les personnes consultées ont également été frustrées par le manque de financement pour la recherche menée par des personnes noires sur les données recueillies :
« Il devrait y avoir une sorte de mécanisme de rémunération pour nous permettre de nous faire entendre par l’intermédiaire d’un mécanisme dans lequel le gouvernement investirait une mise de fonds initiale, afin que nous puissions avoir un groupe et être en mesure de faire de la recherche, d’élaborer des politiques et de défendre des intérêts. » (Membre de la communauté au Québec)
Outre le financement de la collecte de données, les personnes consultées ont insisté sur la nécessité d’un financement durable pour des partenariats communautaires et des initiatives en matière de politiques visant à résoudre les problèmes révélés par les données recueillies. L’ensemble des recommandations formulées par les personnes consultées lors des activités de mobilisation se trouve dans la section « Collecte de données transparente, responsable et utile ».
Financement
Les personnes consultées des partenaires communautaires ont souligné le manque de financement durable pour leurs initiatives. Ils ont également nommé des obstacles à la réalisation de leur travail :
« Je suis d’accord avec le fait qu’il y a, vous savez, beaucoup d’organismes noirs qui reçoivent un financement minimal. Il y a certains mandats et il doit y avoir un élément de responsabilité. Mais aussi, comprendre que, malheureusement, lorsque vous recevez des subventions fédérales, provinciales ou municipales, vous avez presque les mains liées, dans le sens que maintenant, vous avez des comptes à rendre, vous savez, vous jouez ce jeu avec les gens qui vous financent. Et je pense que cela devient un désavantage, alors peut-être devrions-nous nous pencher sur [cet aspect] en ce qui concerne le financement de ces organismes, en cherchant à trouver d’autres sources de financement que le gouvernement. Vous vous libérez donc d’une certaine façon de ces liens parce que, d’après mon expérience, c’est ce qui s’est passé. » (Membre de la communauté au Québec)
Cet extrait illustre l’importance d’élaborer de nouveaux modèles de structures de financement. Les gouvernements devraient aider les organismes communautaires qui s’efforcent de résoudre les problèmes de société d’une manière qui leur permette de rester indépendants. Les gouvernements doivent également être ouverts et accepter les critiques. Des personnes consultées ont souligné qu’un financement durable est essentiel pour garantir des mesures d’aide sur lesquelles les gens peuvent compter et qui durent. Les recommandations liées au financement durable figurent dans la section « Maintenir le financement, l’engagement, les ressources et les mesures de soutien ».
Consultations continues et changements de principes organisationnels et idéologiques du gouvernement
Les personnes consultées ont fait état de la nécessité de reconnaître à grande échelle l’incidence du racisme et de la discrimination sur les personnes noires au sein des institutions. Des membres de la communauté et des partenaires communautaires en Colombie-Britannique et ailleurs au Canada ont affirmé ce qui suit :
« Il faut reconnaître que les institutions actuelles ont été construites sur le racisme et l’idéologie coloniale. Ces systèmes sont fondés sur le racisme et la discrimination, ils font ce pour quoi ils ont été créés. »
« Le racisme envers les personnes noires est ancré dans les institutions, les politiques, les processus et les systèmes quotidiens que les personnes noires doivent manœuvrer. Le racisme est également ancré dans la psyché des gens et le tout contribue à la surreprésentation des personnes noires dans le système de justice pénale. »
« Le système de justice doit reconnaître les injustices historiques et actuelles subies par les personnes noires, ainsi que leur incidence sur nos communautés. Le point de départ est l’acceptation de la vérité des origines de toutes ces institutions. Ce n’est qu’alors que nous pourrons véritablement procéder à une réforme et à une transformation significatives. »
Des personnes consultées ont également souligné la nécessité d’inclure les personnes noires dans les processus et les fonctions de prise de décisions :
« Créer des occasions pour les personnes noires de participer à la prise de décisions en matière de justice afin de réduire les préjugés institutionnels et de soutenir des processus de prise de décisions équitables. » (Membre de la communauté, lieu inconnu)
Dans l’ensemble, les personnes consultées ont jugé que la reconnaissance de l’existence du racisme systémique au sein de tous les organismes gouvernementaux constituait une première étape importante pour s’attaquer aux déterminants sociaux de la justice et au racisme systémique dans l’ensemble des systèmes de justice. Ils ont également jugé qu’une représentation accrue des personnes noires dans les fonctions et les processus de prise de décisions contribuerait à garantir que les politiques et les pratiques s’appuient sur l’expérience vécue et sur les connaissances culturelles, universitaires et politiques. Comme l’a déclaré un partenaire communautaire de l’Ontario, il ne devrait y avoir « rien pour nous, sans nous ». Les recommandations liées aux consultations continues et des changements idéologiques ou organisationnels figurent dans les sections « Consultations continues au sein de la communauté noire » et « Changements des principes organisationnels et idéologiques du gouvernement » ci-dessous.
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