Déterminer les besoins en matière de programmes et y répondre

Les questions abordées dans la présente section sont les suivantes : Quels sont les principaux besoins ou enjeux des jeunes adultes en matière de programmes? Quelles sont les solutions possibles?

Examen des programmes actuels

Lorsqu’ils ont été interrogés au sujet des besoins en matière de programme, la plupart des participants ont mis l’accent sur les programmes en détention. Presque tous ceux qui ont eu accès à des programmes en détention les ont trouvés utiles, qu’ils aient purgé leur peine dans un établissement pour jeunes ou pour adultes.

[Traduction]

« Nous travaillons dans le cadre de programmes et obtenons des certificats que nous pouvons montrer pour contribuer à obtenir une libération conditionnelle et à acquérir des compétences. »

On compte parmi les programmes très appréciés par les jeunes adultes ayant purgé une peine dans un établissement correctionnel pour adultes un programme qui permet aux détenus d’obtenir une copie de leur certificat de naissance, ainsi que des programmes qui offrent un soutien et des conseils en matière de santé mentale et de toxicomanie. Parmi les programmes qui ont été jugés utiles, mentionnons Living Without Violence, Respectful Relationships, Essential Skills to Succeed, Alcooliques anonymes et Narcotiques anonymes.

[Traduction]

« Le programme ESS [Essential Skills to Succeed] m’a vraiment aidé à comprendre des choses que je ne connaissais pas comme louer une maison, car j’étais un sans-abri avant d’arriver ici [un établissement correctionnel pour adultes] et je ne connaissais pas ce genre de choses ni où aller quand je sortirais d’ici. »

« Les cours sur la toxicomanie et Respectful Relationships étaient bons. Grâce au programme Respectful Relationships, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup d’outils très utiles sur la façon de gérer la colère, les différents types de communication. En ce qui concerne la toxicomanie, il s’agissait de savoir comment la gérer, comment la contrôler, comment essayer de la changer. »

Les jeunes sont également reconnaissants des programmes animés par des personnes qui ont déjà eu des démêlés avec la justice. Par exemple, l’un d’eux a fait remarquer ceci :

[Traduction]

« Ce sont des programmes dans le cadre desquels nous pouvons écouter des personnes qui ont eu des démêlés avec le système de justice et qui se portent bien maintenant. Ils soulignent en quelque sorte que vos démêlés avec le système ne vous définissent pas et ne limitent pas toujours ce que vous pouvez réaliser à l’avenir. »

L’un des cours qui a été jugé moins utile est celui sur l’établissement du budget, car les participants estimaient que le programme ne tenait pas compte des revenus et des dépenses réels des jeunes. Toutefois, les participants qui critiquaient ce cours et d’autres cours ont affirmé qu’ils préféreraient quand même participer au cours plutôt que de rester dans leur cellule.

Les jeunes qui ont vécu à la fois la détention pour jeunes délinquants et la détention pour adultes étaient divisés sur la question de savoir si on avait mieux répondu à leurs besoins en matière de programmes dans l’un ou l’autre des milieux carcéraux, certains préférant l’orientation moins théorique des programmes dans le système pour les adultes. Cependant, ils ont presque tous convenu que la détention des jeunes délinquants adoptait une approche plus thérapeutique en matière de programmes. Quelques-uns ont également dit que le système pour les jeunes offrait un soutien plus complet en matière de santé mentale.

[Traduction]

« Dans le système pour les adultes, nous avons obtenu des programmes plus utiles. Il y a la prévention de la violence, le H2S, le certificat relatif aux chariots élévateurs et les premiers soins. L’étude de ces éléments n’est pas offerte en détention pour adolescents. Quand j’étais là [en détention pour jeunes délinquants], j’avais l’impression que tout ce qui était disponible était l’école et le travail sur l’unité. »

« En détention pour adolescents, ils vous donnent la possibilité de faire des choses telles que les compétences professionnelles et les aptitudes à la vie quotidienne et ils essaient de vous préparer à sortir et à recommencer votre vie. Toutefois, si vous avez été en détention pour adolescents, puis que vous devenez un adulte, c’est comme s’ils vous abandonnaient. »

Quelques jeunes adultes qui ont connu les services correctionnels pour adultes fédéraux et provinciaux estimaient que les programmes étaient plus complets, de meilleure qualité et plus faciles d’accès dans un établissement fédéral par rapport à un établissement provincial. Par exemple, l’un d’entre eux a mentionné qu’il avait reçu des services de counseling dont il avait besoin en toxicomanie chaque semaine dans un établissement fédéral, mais que cette fréquence a été réduite à une fois toutes les trois semaines lorsqu’il était dans un centre de détention provincial. Un autre participant a déclaré ce qui suit :

[Traduction]

« Les programmes provinciaux sont désuets et répétitifs et ils montrent toujours les mêmes vidéos des années 1980. Les programmes fédéraux sont plus avancés et ils sont modifiés en fonction de vos besoins et de vos souhaits. […] Au niveau provincial, ils ne vous informent même pas des types de programmes et des mesures de soutien offerts et il est donc difficile de savoir ce qui peut même être demandé. Cela aurait été bien de savoir quels programmes et quelles mesures de soutien étaient disponibles. »

Les programmes destinés aux Autochtones ont été encensés par les jeunes autochtones et les jeunes non autochtones qui y avaient participé et ils estimaient que ces programmes constituaient un atout dans les centres de détention pour jeunes et pour adultes. Les jeunes adultes autochtones qui avaient purgé une peine d’emprisonnement dans un établissement pour adultes étaient reconnaissants de l’éventail des programmes particulièrement offerts aux Autochtones, y compris la possibilité d’établir des liens avec les Aînés, de se purifier, de participer à des cercles de discussion et de participer aux arts et à l’artisanat traditionnels. Un participant a expliqué ce qui suit :

[Traduction]

« Il y a environ 25 ou 30 modules autochtones et je les ai tous faits […] j’ai beaucoup aimé faire les modules autochtones. Chaque module comportait une méditation et des connaissances fondées sur les différentes directions – Nord, Est, Sud et Ouest. J’ai découvert les totems, les tambours, la purification et les sept enseignements sacrés. C’était incroyable. […] Je ne connaissais rien sur mon patrimoine ou ma culture avant d’être mis en détention. Je pense que c’est la meilleure chose que j’ai tirée de tout ça – en savoir plus sur ma culture. »

L’importance de donner aux jeunes non autochtones la possibilité d’en apprendre davantage sur la culture autochtone a également été soulignée. Par exemple, un participant a déclaré ce qui suit :

[Traduction]

« Avant, je ne me souciais pas vraiment des Autochtones, mais en prison, il y a tellement plus d’Autochtones. Ils sont surreprésentés. Toutefois, j’en ai appris beaucoup plus sur leur culture et leurs traditions et je me suis rendu compte que je n’ai aucun droit relatif à ce territoire. Je pense que l’une des rares choses qu’il n’est pas nécessaire de changer dans les prisons est d’être en présence de plusieurs types de personnes différentes et d’apprendre d’elles – cela contribue à accroître l’empathie. »

Les jeunes adultes autochtones qui avaient purgé une peine communautaire étaient également reconnaissants des possibilités qui leur avaient été offertes de se connecter à leur culture, et ils estimaient qu’elle constituait une partie importante de leur guérison.

Déterminer les besoins en matière de programmes

Même s’ils étaient généralement reconnaissants des programmes qu’ils ont suivis en détention, les jeunes adultes estimaient, dans une large mesure, que la période qu’ils ont passée en détention a fait en sorte qu’ils sont retournés dans la collectivité sans posséder les compétences, l’expérience d’emploi et les références sociales que leurs pairs d’âge comparable qui n’avaient eu aucun démêlé avec le système de justice avaient acquises. Ceux qui sont passés de la détention pour jeunes délinquants au système pour les adultes étaient particulièrement préoccupés par le fait qu’ils n’ont pas pu acquérir les compétences de base et l’expérience professionnelle dont ils ont besoin pour réussir dans la collectivité. Par exemple, ceux qui n’avaient pas eu d’emploi à temps partiel à l’adolescence estimaient ne pas avoir acquis de compétences professionnelles comme la gestion du temps, l’autodiscipline et le travail d’équipe. Ils estimaient que cela signifiait qu’ils ne pouvaient pas rivaliser avec d’autres jeunes qui pouvaient inscrire ce type d’expérience de travail sur leur curriculum vitæ.

[Traduction]

« Je n’ai jamais appris à préparer un curriculum vitæ ou à louer un appartement, j’avais donc l’impression d’être condamné à l’échec. […] Les jeunes adultes profiteraient de programmes et de compétences utiles expressément destinés à les aider à se réinsérer dans la vie après leur libération. Autrement, on vous demande “pourquoi avez-vous 25 ans et n’avez pas eu de premier emploi?” »

Pour de nombreux jeunes adultes, le temps passé en détention était une période où ils étaient sobres, à l’abri des influences négatives de leurs pairs, où ils planifiaient leur avenir et où ils étaient réceptifs à l’idée d’un changement positif. Cependant, ils estimaient que les possibilités de participer à des programmes d’emploi et d’éducation productifs avaient été perdues pendant leur incarcération. Cette situation s’était aggravée pendant la pandémie de COVID-19, lorsque leur accès aux programmes avait été strictement restreint, ce qui avait créé en eux un sentiment d’ennui et de frustration et l’impression qu’ils prenaient encore plus de retard par rapport à leurs pairs qui n’ont eu aucun démêlé avec la justice.

[Traduction]

« La première fois que j’étais ici [en détention], tout allait bien. Il y avait des programmes et des activités et des choses à faire. La deuxième et troisième fois, c’était pire parce qu’ils se sont débarrassés de tout en raison de la COVID. »

« Ils disent qu’ils offrent un programme Ready to Rent, mais je ne l’ai jamais vu offert. […] Ils continuent simplement à offrir des cours sur la toxicomanie. J’ai suivi le cours sur la toxicomanie quatre fois, mais mon grand problème est le logement. Si je n’ai pas de logement, je finirai par demeurer avec un de mes amis et je rechuterai probablement et recommencerai à faire des conneries. »

Répondre aux besoins en matière de programmes

Les jeunes ont été invités à faire part de propositions quant à la façon de mieux répondre aux besoins des jeunes adultes en matière de programmes.

S’assurer que des programmes appropriés en fonction de l’âge et du stade de la vie sont disponibles

Les jeunes adultes estimaient qu’ils bénéficieraient de programmes qui ciblaient particulièrement leur tranche d’âge et qui tenaient compte du stade de leur parcours de développement individuel. À la lumière de leurs commentaires précédents, les jeunes adultes souhaitaient avoir accès à des programmes qui les aideraient à développer les compétences relatives à l’emploi et aux études et les aptitudes à la vie quotidienne qu’acquièrent leurs pairs du même âge à l’extérieur du système de justice pénale et qui les aideraient à être un membre indépendant, actif et prospère de la collectivité. Certains ont également laissé entendre qu’une formation particulière – comme l’administration de la naloxone, les premiers soins et la préparation de repas sains en fonction d’un budget – permettrait aux jeunes adultes d’acquérir des compétences pratiques qui leur seraient utiles après avoir quitté le système de justice pénale.

[Traduction]

« J’espérais plus d’activités et plus de programmes de formation pour les moins de 30 ans, car il n’y a pas beaucoup de programmes pour les jeunes adultes. […] Je me sens encore jeune et, comme je ne sais pas grand-chose […] tu as peur de paraître stupide ou bête en présence des personnes plus âgées quand tu es jeune ».

« J’ai beaucoup aimé la méditation et les arts et l’artisanat. Tous ces vieux me traitaient de “pédé” ou de “queer”. Écoutez, j’adore les trucs comme la méditation et je me fiche pas mal de ce qu’ils pensent. J’essaie d’être une meilleure version de moi-même. Mais ils sont tellement coincés dans leur façon de faire et ils ne changeront jamais ».

Les jeunes adultes actuellement en détention ont souvent indiqué qu’ils souhaitaient des programmes leur permettant de participer à des activités sociales populaires actuellement, comme jouer à des jeux vidéo particuliers ou regarder des films populaires récents. Cela leur offrirait non seulement de la stimulation et des liens sociaux pendant leur détention, mais leur permettrait aussi d’établir des liens et d’avoir des points en commun avec d’autres jeunes adultes de la collectivité après leur libération.

Les jeunes purgeant des peines communautaires et des peines d’emprisonnement souhaitaient des programmes leur permettant d’apprendre et de développer des compétences en relations saines, notamment en participant à des activités de loisirs prosociales. Par exemple, un jeune adulte purgeant une peine communautaire a dit avoir besoin d’un équilibre entre travailler avec le personnel du programme pour comprendre et régler son comportement délinquant, tout en ayant la possibilité de développer des aptitudes sociales et de participer à des activités sociales où il pourrait « s’amuser et se détendre ». Un autre, qui purgeait une peine d’emprisonnement, a proposé des mesures de soutien pour les jeunes parents :

[Traduction]

« Des cours d’éducation parentale seraient également bons. Il est difficile d’avoir des enfants à un jeune âge. Il faut apprendre à s’améliorer pour être un meilleur parent et une meilleure personne en général – fils, ami, petit ami, mari, entre autres. Cela pourrait ressembler à un groupe qui se réunit une ou deux fois par semaine et qui échange des histoires – plus une feuille de travail peut-être. Tout le monde se soutient les uns les autres, au lieu d’avoir cette mentalité de lutte ou de fuite, il pourrait y avoir un espace pour se rassembler et établir des liens. »

Les participants ont souvent mentionné l’ennui comme étant la chose la plus difficile à gérer lorsqu’ils sont incarcérés. Plusieurs ont également fait remarquer que les jeunes adultes semblaient avoir plus de difficultés à gérer l’ennui par rapport aux personnes incarcérées plus âgées. Tous estimaient qu’ils devraient avoir d’autres possibilités de faire de l’exercice, de dépenser leur surplus d’énergie et de rester occupés.

[Traduction]

« Avant la COVID, je travaillais dans la cuisine […] c’était assez extraordinaire et je suis devenu très bon en cuisine. […] À l’heure actuelle, je passe la plupart de mon temps à simplement regarder la télévision, à jouer aux cartes, il ne se passe pas grand-chose. J’aimerais bien qu’il y ait d’autres activités pour passer le temps, car sinon, nous gaspillons la journée. »

Un jeune adulte a estimé que les programmes de counseling devraient être adaptés aux personnes de 18 à 25 ans afin de tenir compte de leur stade de développement unique.

[Traduction]

« Le counseling devrait être disponible, mais avec des éléments particuliers en place pour les jeunes en détention, et le conseiller devrait comprendre que tout le monde est différent et que vous ne pensez pas comme une personne de 40 ans “parce que vous gérez toujours les traumatismes et [d’autres choses]” ».

Permettre aux jeunes en détention provisoire de participer aux programmes

Quelques jeunes adultes ont fait remarquer qu’ils avaient été en détention provisoire dans un établissement de détention pour adultes pendant une longue période. Pendant cette période, ils n’avaient pas été autorisés à participer aux programmes, ce qui a fait qu’ils se sentaient [Traduction] « oubliés » et [Traduction] « comme s’[ils] n’avaient pas d’importance. »Le fait d’être exclus des programmes a également entraîné des sentiments d’ennui, d’isolement et de frustration qui, selon les jeunes adultes, ont nui à leur santé mentale, ainsi qu’à leurs possibilités d’acquérir les compétences et les outils dont ils auraient besoin pour éviter qu’ils récidivent. Ils ont recommandé de permettre aux prisonniers en détention provisoire de participer pleinement aux programmes.

[Traduction]

« J’ai été en détention provisoire pendant si longtemps et je n’ai pas eu l’occasion de participer à l’un des programmes qu’ils offrent aux personnes condamnées. Je n’ai pas eu l’occasion de participer aux programmes en matière de toxicomanie, de gestion de la colère, aucun de ces programmes. Donc, les détenus en détention provisoire retournent dans la collectivité pires qu’ils ne l’étaient au moment d’être incarcérés et recommencent à consommer de la drogue parce qu’ils n’ont pas reçu l’aide dont ils avaient besoin. […] Il serait préférable qu’il y ait des programmes pour les personnes en détention provisoire parce qu’aucun programme ne vous est offert du tout. Dans les unités de détention provisoire, vous êtes essentiellement nourri trois fois par jour et pouvez visiter la cantine et parler aux autres. Vous pouvez commander des casse-tête et, une fois que vous en avez fini un, vous pouvez simplement en commander un autre. Mais c’est tout. Vous commencez à craquer un peu et vous ne pouvez obtenir aucune aide. »

Mettre l’accent sur le renforcement des compétences professionnelles

La majorité des jeunes adultes qui ont participé à ce projet ont parlé de la nécessité d’avoir davantage de possibilités de renforcer leurs compétences professionnelles. Les jeunes hommes en particulier ont souligné l’importance d’avoir un emploi pour réduire leurs risques de récidive et de vouloir acquérir les compétences et l’expérience en détention qui pourraient les aider à obtenir et à conserver un emploi lorsqu’ils retourneront dans la collectivité.

[Traduction]

« Je viens de suivre un cours de pose de toiture [en détention]. J’ai obtenu mon billet de première année pour la pose de toiture, donc c’est assez bien. Ce serait utile s’ils faisaient plus de choses de ce genre. Je pense que, s’ils offraient plus de programmes de métiers, ça nous aiderait lorsque nous serions libérés, ce serait avantageux. »

« Une chose que je pourrais dire, c’est que nous avons besoin de plus de formation professionnelle […] de toute forme de formation pour aider les plus jeunes à obtenir un emploi à leur libération. Avant, j’allais chez Bladerunners ou Bridges [programme Bridges to Employment]. Ils vous aident personnellement à suivre une formation professionnelle, à vous rendre sur différents sites de travail et à vous procurer de l’équipement. Beaucoup de gars ne sont pas au courant de ces programmes, il serait donc bon d’avoir ce genre de choses ici [en détention] aussi. Ou peut-être un lien avec Bladerunners ou Bridges ou quelque chose de ce genre […] comme s’ils venaient faire un exposé aux gars. Je crois que tout cela m’a beaucoup aidé quand je suis sorti. »

La possibilité de participer à des programmes d’emploi rémunéré ou à des programmes de placement à l’extérieur a également été jugée particulièrement avantageuse pour les jeunes adultes, y compris ceux qui sont en détention provisoire. En plus d’acquérir des compétences et une expérience précieuses qui pourraient s’ajouter à leur curriculum vitæ, les jeunes adultes pourraient gagner de l’argent pouvant les aider à s’établir au moment de leur mise en liberté. Selon une proposition en particulier, il pourrait y avoir un café géré par de jeunes adultes purgeant une peine d’emprisonnement où ceux qui ne possèdent qu’une expérience de travail limitée ou n’ont aucune expérience professionnelle antérieure pourraient apprendre les exigences et les responsabilités d’avoir un emploi, développer des compétences de barista et gagner de l’argent. Voici une autre proposition :

[Traduction]

« Les jeunes hommes ont besoin de programmes de travail où, au lieu d’être enfermés dans une cellule toute la journée, ils créent un programme qui leur permet d’occuper un emploi à temps plein, au salaire minimum ou de main-d’œuvre. Par exemple, vous pouvez rester assis dans votre cellule toute la journée ou travailler au lieu de perdre votre temps. Il y a de nombreux emplois offerts dans les entrepôts, alors pourquoi ne pas prendre de nombreux jeunes détenus – ceux qui ont prouvé qu’ils sont en forme et sains d’esprit – pour travailler dans un entrepôt pendant environ cinq heures. Un endroit où vous obtenez des compétences, mais aussi où vous gagnez réellement le salaire minimum que vous pouvez garder lors de votre libération. »

Les jeunes adultes qui purgent une peine communautaire aimeraient aussi qu’on mette davantage l’accent sur le renforcement des compétences professionnelles et l’acquisition d’expérience de travail.

[Traduction]

« Je veux être menuisier ou travailleur du bois […] un artiste […] ou quelque chose de ce genre et, lorsque j’étais en détention, j’ai appris à faire ces choses. Nous n’avons pas ce genre de choses ici, alors oui, j’aimerais bien que nous ayons ces choses pour que je puisse continuer à apprendre et à m’améliorer. […] Je veux gagner de l’argent et acquérir des compétences professionnelles. Je n’ai jamais eu un véritable emploi et j’ai peur de ne pas avoir de compétences. J’ai 18 ans et j’aimerais au moins avoir quelque chose […] quelque chose à montrer pour moi. »

Offrir des cours pertinents

Les jeunes adultes ayant eu des démêlés avec le système de justice pénale ont fait remarquer que, pendant que bon nombre de leurs pairs du même âge avaient obtenu leur diplôme d’un collège ou d’une école de métiers, ceux qui étaient incarcérés n’avaient souvent pas obtenu leur diplôme d’une école secondaire. Ils estimaient qu’on pourrait offrir en détention un plus grand éventail de possibilités aux jeunes adultes pour leur permettre de poursuivre leurs études. Cela comprenait la possibilité de reprendre leurs études à partir du moment où ils ont quitté la collectivité et d’avoir l’occasion de suivre des cours particuliers dont ils avaient besoin pour choisir leur carrière.

[Traduction]

« J’aimerais qu’il y ait plus de programmes d’apprentissage, surtout pour les plus jeunes lorsque le cerveau est encore frais et que vous n’êtes pas complètement perturbé, juste pour vous donner une chance d’obtenir un emploi ou quelque chose de ce genre. Je n’aurais pas d’objection à recommencer mes études ici et à obtenir mon diplôme. Cela aide à ouvrir des portes pour le moment où je serais libéré et c’est tout ce sur quoi je me concentre ».

« J’avance trop vite dans les cours et j’ai l’impression d’être freiné. Je veux suivre un cours de sciences, mais ils ne l’offrent pas. Si je ne peux pas le suivre maintenant, cela signifie que je vais dépenser plus tard mon propre argent pour rattraper mon retard. »

Les participants ont également proposé d’avoir accès à plus de ressources éducatives directement liées aux qualifications professionnelles, y compris des manuels scolaires et d’autres ressources qui pourraient les aider à obtenir divers types de permis de conduire commerciaux. Quelques-uns ont proposé l’idée que des cours visant à aider les jeunes adultes à acquérir des compétences professionnelles où il y avait des pénuries de main-d’œuvre seraient particulièrement avantageux. Ils estimaient que cela augmenterait leurs chances d’obtenir un emploi, car ils croyaient que les employeurs seraient plus disposés à embaucher des candidats ayant un casier judiciaire pour occuper ces postes.

Plusieurs jeunes adultes ont fait remarquer qu’ils avaient terminé un cours ou un programme d’études avant d’être libérés de leur détention. Lorsqu’ils sont revenus plus tard en détention, ils ont dû recommencer le cours, c’est-à-dire qu’ils avaient souvent suivi le même programme d’études à maintes reprises. Ils ont proposé de conserver les dossiers de programmes qui consigneraient leurs progrès réalisés dans un cours et qui leur permettraient de reprendre là où ils s’étaient arrêtés, s’ils retournaient en détention. Cela augmenterait la probabilité qu’ils terminent le cours.

S’attaquer aux traumatismes et aux autres causes profondes de la délinquance

Les participants ont indiqué la nécessité d’avoir une approche plus thérapeutique à l’égard des programmes destinés aux jeunes adultes, qui leur permettrait de s’attaquer aux causes profondes de leurs comportements délinquants, tels que les traumatismes, les problèmes de santé mentale, la toxicomanie et l’incidence de la pauvreté. Cela comprendrait un accès accru aux services de counseling et à une thérapie appropriée.

[Traduction]

« Il s’agit d’un centre correctionnel, n’est-ce pas? Ils ne corrigent rien. Ils ne corrigent pas les choses que vous devez corriger pour ne pas récidiver. »

« J’avais l’impression que j’aurais dû être placé dans un centre de traitement de la toxicomanie au lieu d’être remis en détention. Il n’y a pas beaucoup de soutien en détention pour les personnes aux prises avec une dépendance. Il y a un conseiller en toxicomanie et en matière d’alcoolisme, mais ça aide seulement jusqu’à un certain point. Il doit y avoir plus de programmes sur les dépendances et la santé mentale. »

Quelques jeunes adultes ont proposé la nécessité d’avoir des programmes qui pourraient aider les jeunes de 18 à 25 ans à gérer les traumatismes et les défis particuliers liés aux anciens démêlés avec la justice pénale de membres de la famille. Ils estimaient que de tels programmes permettraient aux jeunes adultes de comprendre la façon dont la relation de leur parent avec le système de justice aurait pu avoir une incidence sur leur propre comportement.

[Traduction]

« L’une des plus grandes lacunes, surtout chez les jeunes, c’est qu’il n’existe pas de programme actif portant sur les questions familiales, comme pour réagir aux traumatismes passés ou aux traumatismes possibles pouvant découler de l’incarcération d’un être cher. […] Ce genre de soutien pourrait vraiment aider certains des jeunes qui sont moins coincés dans leurs façons de faire. Ils pourraient être plus disposés au changement, plus malléables. »

Établir et maintenir des liens avec la collectivité

Les jeunes adultes appréciaient les programmes en détention qu’ils pouvaient poursuivre dans la collectivité et souhaitaient qu’il y ait davantage de ces programmes. Par exemple, l’un d’entre eux a décrit comment le fait de pouvoir avoir accès aux Narcotiques anonymes en détention l’a aidé à se préparer à avoir accès à ce soutien lorsqu’il est retourné dans la collectivité. Cette continuité l’a aidé à son tour à maintenir la sobriété qu’il avait réussi à maintenir pendant sa détention.

Les jeunes adultes qui étaient actuellement incarcérés souhaitaient avoir la possibilité d’établir des liens avec la collectivité locale pendant leur détention et de contribuer à cette collectivité.

[Traduction]

« J’ai regardé un documentaire sur une prison aux États-Unis et les détenus ont dressé des chiens d’assistance ou des chiens guides. Je pense que c’est bon pour donner un sens aux détenus dans leur journée, mais cela fait aussi une différence. […] Il s’agissait d’une prison pour femmes et cela leur a donné plus de compétences pour le moment où elles seraient libérées et celait signifiait également qu’elles avaient un lien avec l’extérieur. »

Ceux qui avaient obtenu de telles occasions les avaient appréciées. Par exemple, un jeune adulte autochtone a parlé de la satisfaction et de la fierté qu’il a ressenties à la suite de la fabrication de mocassins pour bébés qui ont été donnés à des mères célibataires de la collectivité locale. Il avait l’impression qu’il s’agissait d’une façon pour lui de contribuer à cette collectivité.

Les participants ont également souligné l’importance d’établir des liens au sein de la collectivité particulière dans laquelle un jeune adulte purgeant une peine d’emprisonnement serait libéré. Ils estimaient que, grâce aux possibilités de créer des liens, les jeunes adultes pourraient recevoir un soutien pour trouver un logement et un emploi dans la collectivité avant leur libération.

[Traduction]

« Un appel [téléphonique] gratuit par jour aiderait les détenus qui essaient d’organiser leur vie […] pour pouvoir appeler les locateurs ou les lieux de travail. Personne ne veut accepter un appel [à frais virés] de la prison – c’est trop cher. S’ils pouvaient faire un appel par jour, ils pourraient lentement mettre en place tout ce dont ils ont besoin au moment de leur libération. »

Les jeunes adultes de collectivités rurales ont parlé de la nécessité d’être en mesure de maintenir des liens avec leur collectivité d’origine. Ils estimaient qu’une séparation forcée de leur foyer et de leur famille pouvait être particulièrement difficile pour les jeunes adultes, car il s’agissait d’une période de leur vie où ils prenaient de la maturité et changeaient.

[Traduction]

« Mes tantes ne peuvent pas me rendre visite, car c’est trop loin et trop cher. Elles doivent économiser pour pouvoir venir ici. Je pourrais les appeler, mais je m’ennuie encore plus d’elles, alors je ne le fais pas beaucoup. J’aimerais pouvoir les voir plus […] être plus près d’elles. Ma famille représente une grande partie de ma vie et j’ai l’impression que cela me manque vraiment. Lorsque j’arriverai à la maison, ce sera comme un an après mon départ, il se passe beaucoup de choses en un an. Vous évoluez beaucoup. Je suis une personne différente maintenant, et parfois j’ai peur qu’elles soient différentes aussi ».

Assurer l’accès à la nature

Plusieurs participants ayant une expérience des établissements correctionnels pour adultes ont exprimé le souhait d’avoir davantage de programmes de plein air et d’accès à la nature. Ils ont également proposé de réduire le béton des espaces extérieurs à de tels établissements et d’ajouter plus de verdure, notamment des arbres et des jardins.

[Traduction]

« Aucun détenu adulte n’a jamais vraiment accès à la pelouse. Même à l’extérieur, nous sommes comme dans un enclos de zoo, avec quatre murs de béton. Les humains ont besoin de la nature. Nous devons pouvoir toucher un arbre. »

Les jeunes autochtones qui ont vécu dans des établissements correctionnels pour adultes ont également souligné qu’ils souhaitaient avoir la possibilité d’avoir un lien plus étroit avec la terre et la nature pendant leur détention. Par exemple, un participant a déclaré ce qui suit :

[Traduction]

« Nous avons besoin de plus de programmes à l’extérieur comme le jardinage et l’entretien des terres. Je le faisais même dans la cour du [centre correctionnel]. Le simple fait d’avoir plus de connaissances, des connaissances des Premières Nations et d’échanger des connaissances sur les médicaments et les façons dont nous [les Autochtones] vivions auparavant, ainsi que d’observer la façon de travailler sur [la culture] des aliments traditionnels. »

Offrir une formation initiale et annoncer les ressources disponibles

Les jeunes adultes ont parlé de la nécessité d’avoir un programme de formation initiale auquel ils pourraient avoir accès dès le début de leur détention. Le programme pourrait expliquer les règles de l’établissement, les exigences de leur propre peine, les programmes qui leur sont offerts et la façon d’accéder aux programmes et aux services dont ils pourraient avoir besoin.

[Traduction]

« Je sais que les personnes tentent de vous préparer à la transition vers la réintégration dans votre collectivité, mais ce qui est plus difficile, c’est la transition vers votre peine. Tout à coup, on vous jette en prison ou vous devez déménager dans une maison de soins, et vous ne savez pas ce qui se passe oui à quoi vous attendre. Cela peut être une transition très difficile. »

De plus, les jeunes adultes ont souvent fait remarquer que, lorsqu’ils étaient dans un établissement correctionnel pour adultes, ils avaient manqué des programmes parce qu’ils ne savaient pas que ces programmes existaient jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour avoir une place. Leurs propositions pour améliorer la sensibilisation comprenaient la fourniture de publications, ainsi que des affiches dans l’ensemble des établissements. Ces ressources pourraient mettre en évidence les dates auxquelles le programme est offert, la façon de s’inscrire et comment il pourrait être utile.

[Traduction]

« Ce n’est pas juste, on n’entend parler [des programmes] que par les autres détenus, mais ce n’est pas annoncé. Il n’y a pas de panneau d’accrochage qui indique : “Voici ce que vous pouvez faire”. Vous remplissez donc un formulaire, mais les hommes plus vieux ont déjà pris toutes les places. »

Offrir des programmes uniformes et à jour

Plusieurs jeunes adultes ont indiqué que les programmes qu’ils avaient trouvés particulièrement avantageux étaient souvent touchés par un manque de personnel ou de ressources, ce qui s’était aggravé depuis le début de la pandémie de COVID-19. Mentionnons à titre d’exemple des programmes de formation en menuiserie et en emploi comme la conduite de chariots élévateurs. Cela signifiait qu’il y avait de longues périodes pendant lesquelles le programme n’était pas offert, ou qu’il était carrément annulé. Quelques-uns ont également fait remarquer que le programme devrait être mis à jour, car souvent s’ils reprenaient un cours, des documents peut-être désuets étaient toujours utilisés.

[Traduction]

« Tous [les cours] sont assez utiles, mais ils devraient être mis à jour. Le cours Respectful Relationships date de 2018. Ils n’ont qu’à tout mettre à jour pour que plus de personnes puissent s’en prévaloir et obtenir de meilleurs commentaires. »

Apprendre des approches et programmes destinés aux jeunes en détention qui sont couronnés de succès

Presque tous les participants qui avaient vécu une détention alors qu’ils étaient jeunes estimaient que certaines pratiques et certains programmes du système pour les jeunes seraient avantageux pour les jeunes adultes dans les établissements correctionnels pour adultes. Ces programmes comprenaient des programmes de compétences préalables à l’emploi, des activités de groupe comme la pâtisserie et la décoration pour des occasions spéciales et l’accès à une gamme de sports. Ils étaient également reconnaissants de l’établissement de relations entre les résidents et entre le personnel et les résidents qui faisait partie de leur expérience en matière de détention des jeunes délinquants. Parmi ceux qui avaient connu à la fois le système de détention pour jeunes et le système de détention pour adultes, même ceux qui estimaient que les programmes du système pour les adultes avaient été les plus avantageux étaient reconnaissants de l’approche thérapeutique et respectueuse axée sur les traumatismes adoptée par les enseignants et le personnel du système pour les jeunes.

[Traduction]

« Travailler à l’extérieur et faire du sport, en particulier des sports de groupe comme la course Terry Fox, sont des activités très bonnes en ce qui concerne la [détention des jeunes délinquants]. Je pense qu’on a vraiment besoin de ce genre de choses lorsqu’on est enfermé, surtout quand on est jeune. »

Offrir du soutien en matière de planification de la transition

Les jeunes adultes qui approchaient de la fin de leur peine d’emprisonnement ont fait remarquer qu’ils se sentaient anxieux et peu préparés à leur retour dans la collectivité. Ils avaient peur de revenir aux comportements et aux pairs qui les avaient amenés à avoir des démêlés avec la justice. Certains ont dit qu’ils n’avaient pas de plan de transition, qu’ils n’avaient pas d’adresse au moment de leur libération et qu’ils ne savaient pas à quoi s’attendre lorsqu’ils ont quitté la détention. Sans soutien pour régler ces problèmes, ils craignaient de retourner en détention. Plusieurs ont également fait remarquer que, même s’ils avaient trouvé le programme de traitement de la toxicomanie utile pendant leur incarcération, ils n’avaient pas l’impression d’avoir eu suffisamment accès à un soutien pour la toxicomanie pour changer leur comportement au moment de leur libération.

[Traduction]

« Les personnes ne sont pas préparées à cette transition. On leur dit simplement qu’elles sont libérées et il n’y a aucun plan ou rien. Ils vous demandent simplement si vous voulez un billet d’autobus ou un taxi pour vous amener là où vous devez aller. Mais si vous n’avez pas d’endroit où aller, vous êtes tout simplement perdu. Je suis nerveux à l’idée d’obtenir ma libération. J’entends toutes les histoires des autres parce qu’ils finissent simplement par revenir ici. […] Vous avez besoin d’aide pour vous préparer à sortir, mais vous ne l’obtenez pas, et vous revenez tout de suite ici ».

« À notre âge, nous avons besoin de structure et de soutien pour apporter des changements à notre situation lorsque nous venons en détention. Les personnes âgées de 18 à 25 ans ont besoin d’un soutien pour se préparer à faire la transition vers un retour dans la collectivité. »

Résumé

Les jeunes avaient généralement apprécié les programmes qui leur sont offerts lorsqu’ils pouvaient y avoir accès. En plus de proposer une meilleure publicité et une meilleure disponibilité des programmes, ils ont formulé un certain nombre de propositions visant à rendre les programmes plus pertinents pour les jeunes adultes, y compris en mettant un accent accru sur le renforcement des compétences et de l’expérience professionnelles, ainsi qu’offrir aux jeunes adultes un plus grand nombre de possibilités de passer du temps à l’extérieur et dans la nature, de développer des aptitudes à la vie quotidienne, de s’attaquer aux causes profondes de leur comportement délinquant et de participer à des activités sociales et de loisirs actuelles et adaptées à leur âge.