La stratégie de justice familiale axée sur l'enfant :
enquête sur la pratique du droit de la famille au Canada
2004-2006

Résumé

Objet du projet

En décembre 2002, le ministère de la Justice du Canada annonçait son plan de mise en oeuvre de la Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant (SJFAE). Cette stratégie vise à favoriser une approche par laquelle les intervenants du droit de la famille, l'appareil judiciaire et les fournisseurs de services juridiques et sociaux qui mettent en application la loi peuvent répondre aux besoins des familles éprouvées par une séparation.

L'Institut canadien de recherche sur le droit et la famille (ICRDF) a mené ce projet de recherche sur l'état actuel de la pratique du droit de la famille au Canada grâce au financement obtenu du ministère de la Justice du Canada. Le projet reproduit une étude menée par l'ICRDF en 2004 au cours de laquelle des données de base sur la pratique du droit de la famille au Canada ont été collectées. Le projet visait trois objectifs distincts : (1) obtenir des données de référence à jour sur les caractéristiques des dossiers traités par les avocats spécialisés en droit de la famille au Canada, (2) recueillir les commentaires et les opinions des avocats et des juges concernant le droit de la famille, et tout ce qui l'entoure, sur la foi de leurs connaissances et de leur expérience, et (3) examiner les tendances des dossiers et de la pratique du droit de la famille sur une période de deux ans, de 2004 à 2006.

Méthodologie

La collecte des données dans le cadre de ce projet a été tenue en marge du Colloque national sur le droit de la famille organisé par la Fédération des ordres professionnels de juristes du Canada à Kananaskis (Alberta), du 10 au 13 juillet 2006. La collecte des données s'est déroulée en deux volets : (1) une enquête à laquelle ont répondu les participants à la conférence; et (2) deux ateliers tenus avec des petits groupes de participants à la conférence portant sur des sujets précis. Un comité consultatif a été mis sur pied dès le début du projet pour définir les questions qui méritaient d'être traitées dans l'enquête et les ateliers, pour examiner l'ébauche de l'enquête et pour décider du format et du contenu des ateliers de Kananaskis.

Faits saillants des constatations tirées de l'enquête et des ateliers

Données démographiques sur les répondants à l'enquête

Caractéristiques des dossiers

Services

Critères de l'intérêt supérieur de l'enfant

Représentation de l'enfant

Garde et accès

Lignes directrices sur les pensions alimentaires pour enfants

Pension alimentaire pour époux

Violence familiale

Comparaison des résultats des enquêtes menées en 2006 et en 2004

Comme prévu, la plupart des constatations de l'enquête de 2006 sont analogues à celles de 2004. Nous résumons ici les différences notables. Il ne faut toutefois pas oublier qu'une partie de la variance peut être due à des différences démographiques entre les deux échantillons (p. ex. en 2006, les représentants de l'Alberta et de la Colombie‑Britannique étaient plus nombreux tandis qu'en 2004, il y avait plus de répondants provenant de l'Ontario). Le taux de réponse en 2006 (42 %) était plus élevé que le taux de réponse en 2004 (34 %), ce qui fournit un échantillon plus représentatif des participants à la conférence de 2006.

Conclusions

Le projet a été entrepris conformément au Cadre de gestion et de responsabilisation axé sur les résultats de la Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant du ministère de la Justice du Canada. Le projet visait trois objectifs distincts : (1) obtenir, des données de référence à jour sur les caractéristiques des dossiers traités par les avocats spécialisés en droit de la famille au Canada, (2) recueillir, les commentaires et les opinions des avocats et des juges concernant le droit de la famille, et tout ce qui l'entoure, sur la foi de leurs connaissances et de leur expérience, et (3) examiner les tendances des dossiers et de la pratique du droit de la famille sur une période de deux ans, de 2004 à 2006.

Dans l'ensemble, les données collectées au moyen de l'enquête et lors des ateliers révèlent de nombreux aspects positifs du système de droit de la famille en vigueur au Canada. Comme en 2004, l'enquête de 2006 a révélé que les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants constituent l'un des aspects les plus positifs selon les répondants. Il est clair, à partir des réponses reçues, que les Lignes directrices atteignent leurs objectifs et qu'elles ont donné lieu à des décisions beaucoup plus équitables relativement aux pensions alimentaires pour enfants que l'ancien système. Ainsi, la vaste majorité des répondants étaient d'accord ou fortement d'accord que les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants ont abouti à un système plus efficace pour déterminer les montants de pensions alimentaires pour enfants que celui qui prévalait avant 1997.

Les participants aux deux enquêtes ont manifesté une grande satisfaction à l'égard des mécanismes de règlement autres que le processus traditionnel de règlement devant les tribunaux. La proportion des dossiers qui ont dû être réglés au terme d'une audience ou d'un procès était légèrement inférieure en 2006 par rapport à 2004. Les mécanismes les plus efficaces, selon les répondants, sont la négociation entre les avocats avant le procès et les rencontres de règlement.

Les participants étaient dans une grande proportion en faveur des mécanismes de règlement hors cours des différends en matière de droit de la famille dans les deux enquêtes, mais ils ont également indiqué que leurs clients sont généralement mal informés au sujet des services et des enjeux de la justice familiale lorsqu'ils entreprennent une procédure, ce qui semble indiquer la nécessité d'améliorer les initiatives de vulgarisation et d'information juridiques. En fait, quand on demandait aux répondants d'indiquer les services qui leur seraient utiles, à eux et à leurs clients, mais qui ne sont pas offerts dans leur région, la réponse la plus populaire était les services ou les programmes de vulgarisation et d'information à l'intention des parents.

Les participants étaient encore dans une grande proportion en faveur de l'utilisation d'autres termes que « garde » et « accès » en 2006. Près des deux tiers des répondants ont dit qu'ils utilisaient souvent ou presque toujours des termes autres que « garde » et « accès » dans leurs ententes et près de la moitié ont dit qu'ils utilisaient souvent ou presque toujours d'autres termes dans leurs ordonnances. Trois quarts des répondants étaient d'avis que le remplacement des termes « garde » et « accès » par « ordonnance parentale » contribuerait à l'établissement d'un processus non accusatoire.

Les participants étaient d'accord que l'exercice du droit de visite posait problème. Aucun participant ne croyait que les dispositions législatives provinciales en matière d'accès étaient adéquates. Quant aux autres recours liés à l'exercice du droit de visite, presque tous les participants à l'atelier ont dit que la thérapie familiale et les séances d'information sur le rôle parental étaient les solutions les plus efficaces, mais que les ressources sont insuffisantes.

Les opinions relatives aux Lignes directrices facultatives en matière de pensions alimentaires pour époux (LDFPAE) étaient mitigées. La majorité des répondants et des participants à l'atelier ont dit qu'ils utilisaient les LDFPAE, en particulier dans leurs discussions avec leurs clients et dans les dossiers réglés par négociation ou conférence de cas. Si la vaste majorité des participants à l'atelier estimaient que les LDFPAE étaient utiles pour régler des dossiers, l'évaluation des répondants à l'enquête n'était pas aussi favorable puisqu'entre le tiers et la moitié des répondants étaient d'accord que les LDFPAE avaient rendu le traitement des demandes de pensions alimentaires pour époux plus cohérent, plus équitable, moins conflictuel et généralement plus facile à régler. Toutefois, les LDFPAE sont encore relativement nouvelles et certains répondants ont dit qu'il était trop tôt pour évaluer leur efficacité.

Les opinions des répondants concernant les tribunaux unifiés de la famille étaient encore quelque peu partagées en 2006. Moins de la moitié des répondants convenait que les tribunaux unifiés de la famille ont des répercussions positives, une opinion que ne partageait pas le quart des répondants. Néanmoins, près des trois quarts des répondants qui n'ont pas accès à un tribunal unifié de la famille dans leur région ont dit qu'ils verraient leur création d'un bon oeil. Les préoccupations relatives aux tribunaux unifiés de la famille étaient le manque de financement et de services appropriés.

La violence familiale était l'un des problèmes soulevés par les participants au projet en 2004. Une évolution positive en 2006 tient au fait qu'une proportion considérablement plus grande de répondants ont dit que des séances de formation sur la violence conjugale et les mauvais traitements infligés aux enfants sont offertes aux professionnels de la justice familiale dans leur région. De plus, les répondants ont été plus nombreux à estimer que la formation dans ces deux domaines était suffisante, par rapport à l'enquête de 2004.

Malgré le fait que les commentaires au sujet des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants ont continué d'être très positifs en 2006, les répondants ont également mis en lumière les mêmes problèmes que ceux que les répondants à l'enquête en 2004 avaient soulevés. Près de la moitié des répondants ont dit que la divulgation du revenu constitue souvent, voire presque toujours, un problème, et plus du tiers des répondants ont dit que la deuxième famille posait souvent un problème. Selon les répondants, les articles des Lignes directrices qui posent le plus problème sont les suivantes : l'article 9 — Garde partagée et la règle du 40 %, l'article 7 — Dépenses spéciales ou extraordinaires, et l'attribution du revenu.

En conclusion, ce projet a permis de recueillir de l'information sur les caractéristiques des dossiers traités par les avocats en droit de la famille au Canada, de même que les opinions des professionnels de la justice sur le système actuel de droit de la famille. Il a également permis de faire ressortir les tendances des dossiers et de la pratique du droit de la famille de 2004 à 2006 et de mettre en lumière des domaines où des changements sont survenus. Le projet a également fait ressortir les aspects efficaces du système de droit de la famille et révélé les domaines dans lesquels des améliorations s'imposent. Ces renseignements seront d'une grande utilité au ministère de la Justice pour poursuivre l'élaboration de sa Stratégie de justice familiale axée sur l'enfant et ils seront d'un grand intérêt pour les décideurs et toute autre personne qui souhaite mieux comprendre le fonctionnement du système de justice familiale au Canada.