Fonds de mise en application de la Loi sur les contraventions, Évaluation sommative

4. Principales constatation

4. Principales constatation

Cette section présente les principales constatations découlant de l'examen des documents, des entrevues et des visites sur place. Les renseignements complètent ceux qui figurent dans la description de programme.

4.1. Raison d'être du Fonds de mise en application de la Loi sur les contraventions

La raison d'être de la mise en œuvre du Fonds est essentiellement la nécessité de répondre aux risques juridiques découlant de la décision rendue en 2001 par la Cour fédérale de même que la nécessité de concevoir une réponse susceptible d'harmonisation efficace avec la logique de la Loi sur les contraventions.

4.1.1. Risques juridiques découlant de la décision de la Cour

La décision rendue en 2001 par la Cour fédérale sur la Loi sur les contraventions a mis en péril l'ensemble des mesures qu'a prises le gouvernement fédéral pour rationaliser la poursuite de certaines infractions réglementaires. Comme l'indique la sous-section 2.1.2, la Cour a donné un an au gouvernement fédéral pour modifier l'entente visant la Loi sur les contraventions conclue avec la province d'Ontario pour s'assurer du respect des droits linguistiques, à défaut de nullité[28]. En l'absence d'entente valide, les contraventions ne feraient plus l'objet de poursuites dans le cadre du régime provincial et les intervenants devraient tout recommencer.

Même si elle a invalidé la méthode initiale choisie par le ministère de la Justice en vue de la mise en application de la Loi sur les contraventions, la Cour fédérale, dans sa décision, a aussi pavé la voie au gouvernement fédéral pour qu'il conserve le projet sur la Loi sur les contraventions. La Cour a confirmé que la stratégie générale qu'a établie le gouvernement fédéral pour la poursuite des contraventions, particulièrement en ce qui concerne les régimes d'infraction provinciaux, était valide dans la mesure où « les mesures nécessaires, législatives, réglementaire et autres » étaient prises pour faire en sorte que les droits linguistiques applicables aux contraventions fédérales soient respectés[29]. Cela a essentiellement précisé les conditions auxquelles le gouvernement fédéral pouvait poursuivre ses mesures de lancement du nouveau régime de contraventions au Canada.

La réponse du gouvernement fédéral à la décision de la Cour devait être suffisamment souple pour combler diverses lacunes liées à différents régimes de poursuites. Concrètement, les « mesures nécessaires » prises en Ontario pour que les droits linguistiques applicables aux contraventions soient respectés sont assurément différentes des mesures prises au Manitoba ou en Colombie-Britannique aux mêmes fins. Chaque province a son propre régime de poursuites et sa propre capacité d'offrir des services dans les deux langues officielles. La nature des mesures prises dans chaque administration pour la protection des droits linguistiques doit refléter la nature des lacunes qui existaient dans chaque administration.

Pour mettre en œuvre des mesures adaptées au contexte particulier d'une province, le gouvernement fédéral a modifié les ententes actuelles visant les contraventions et leur cadre de réglementation connexe. Au moment de la décision de la Cour, le gouvernement fédéral avait déjà conclu des ententes visant la Loi sur les contraventions avec plusieurs administrations et était en voie de négocier des ententes avec d'autres. La stratégie consistait donc à rouvrir ces ententes pour y ajouter de nouvelles mesures portant expressément sur l'ensemble d'ordonnances rendues par la Cour fédérale et pour modifier leur cadre de réglementation afin d'y ajouter un renvoi direct aux articles 530 et 530.1 du Code criminel. Jusqu'à présent, le Fonds a fourni les ressources financières nécessaires permettant au gouvernement fédéral d'appuyer les provinces qui doivent combler certaines lacunes dans leur capacité de fournir des services judiciaires et extrajudiciaires dans les deux langues officielles.

4.1.2. Effet indirect de la décision de la Cour

En l'absence de réponse adéquate à la décision de la Cour fédérale, toutes les contraventions fédérales seraient renvoyées au processus de déclaration de culpabilité par procédure sommaire, ce qui aurait des conséquences importantes. Une brève comparaison entre le régime de poursuites fondé sur les contraventions et le processus de déclaration de culpabilité par procédure sommaire illustre les avantages de la mise en application intégrale de la Loi sur les contraventions (voir la figure 4 à la page 24 du présent rapport) :

Une réponse efficace à la décision de la Cour permettrait aussi au gouvernement fédéral de réaliser le deuxième objet de la Loi sur les contraventions, qui est essentiellement « l'abolition des conséquences juridiques d'une condamnation pour contravention »[30]. Comme l'indique la section 2.1.1 du présent rapport, la personne déclarée coupable d'une contravention n'aura pas de casier judiciaire. Ce n'est pas le cas de la personne déclarée coupable d'une infraction poursuivie par voie de déclaration de culpabilité par procédure sommaire, qui se retrouve automatiquement avec un casier judiciaire. Cette conséquence juridique peut créer des obstacles importants à l'emploi en plus de limiter la capacité de la personne à obtenir un passeport et à voyager à l'extérieur du Canada. En termes simples, le Parlement a adopté la Loi sur les contraventions pour limiter à l'amende prescrite la sanction liée à certaines infractions réglementaires.

Même si la Loi sur les contraventions n'en fait pas un objectif direct, l'établissement d'un système de poursuites plus simple et plus efficace constitue un fort incitatif pour les corps policiers d'appliquer davantage les lois fédérales. Au cours de nos entrevues avec des représentants provinciaux, on a fait remarquer que les policiers étaient généralement en faveur de la mise en application de la Loi sur les contraventions dans leur province à titre de nouvel outil leur permettant de traiter efficacement les infractions réglementaires qualifiées.

Figure 4 - Comparaison des processus de déclaration de culpabilité par procédure sommaire et de contravention

4.2. Vue d'ensemble de la mise en œuvre au Canada

La mise en œuvre du Fonds est directement liée à la mise en application de la Loi sur les contraventions partout au Canada. Aux fins de la présente évaluation, il convient de structurer la vue d'ensemble de la mise en œuvre du programme en deux périodes distinctes : avant et après la décision de la Cour fédérale.

4.2.1. Avant la décision de la Cour fédérale

À la suite des modifications apportées en 1996 à la Loi sur les contraventions, le gouvernement fédéral a lancé le processus d'intégration des régimes pénaux provinciaux et de conclusions d'ententes pour rendre la Loi sur les contraventions applicable partout au Canada. Au moment où la Cour fédérale a rendu sa décision en 2001, le gouvernement fédéral avait franchi ces deux étapes dans six administrations (voir le tableau 4).

Tableau 4 : Application de la Loi sur les contraventions en 2001
Administrations Date
Île-du-Prince-Édouard 1997
Nouvelle-Écosse 1999
Nouveau-Brunswick 1997
Québec 2000
Ontario 1996
Manitoba 1997

Source : Documents administratifs

Il est important de souligner qu'à un certain moment, les règlements intégrant le régime provincial aux fins de la Loi sur les contraventions ainsi que les ententes conclues entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, à l'exception de l'entente conclue avec le gouvernement du Québec, ne renvoyaient pas aux droits linguistiques intégrés au Code criminel ou à la partie IV de la Loi sur les langues officielles. Néanmoins, les infractions fédérales qualifiées de contraventions ont fait l'objet de poursuites dans le cadre du régime provincial depuis les années mentionnées au tableau 4.

4.2.2. Après la décision de la Cour fédérale

La décision rendue en 2001 par la Cour fédérale a eu comme effet immédiat de créer, dans les faits, trois catégories d'administrations aux fins de la mise en application de la Loi sur les contraventions :

La présente sous-section situe chaque administration canadienne par rapport à ces catégories et indique le mode d'utilisation du Fonds jusqu'à présent. Le tableau 5 (à la page 28) résume l'information présentée.

Catégorie 1 : Administrations conformes

Dans la décision qu'elle a rendue en 2001, la Cour fédérale a essentiellement exigé que deux mesures soient prises pour garantir les droits linguistiques relatifs aux contraventions fédérales :

Pour se conformer à la décision, éviter de nouvelles contestations judiciaires dans les autres administrations où la Loi sur les contraventions était déjà applicable (voir le tableau 4) et rechercher la mise en application de la Loi sur les contraventions dans d'autres administrations, le ministère de la Justice devait effectuer deux tâches essentielles :

Au moment de la présente évaluation, ce processus était terminé dans cinq administrations : Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Ontario, Manitoba et Colombie-Britannique. Différentes stratégies ont été nécessaires pour l'atteinte de ce résultat.

Catégorie 2 : Les administrations qui ne sont pas encore conformes

Deux administrations effectuent actuellement la poursuite et le traitement des contraventions fédérales au moyen de leur régime pénal provincial respectif tandis que leur cadre de réglementation et leurs ententes ne sont pas encore entièrement conformes à la décision de la Cour fédérale :

Catégorie 3 : La Loi sur les contraventions n'est pas encore applicable

Dans les autres administrations (Terre-Neuve-et-Labrador, Saskatchewan, Alberta et les trois territoires), les personnes accusées d'une contravention fédérale sont poursuivies au moyen du processus de déclaration de culpabilité par procédure sommaire. Le gouvernement fédéral a entamé des discussions à divers niveaux avec ces administrations, mais aucune entente officielle n'avait été mise en œuvre au moment de la présente évaluation.

Tableau 5 : Vue d'ensemble de la mise en application de la Loi sur les contraventions au Canada