L'Initiative Sécurité publique et antiterrorisme (SPAT), Évaluation sommative

5. Constatations (suite)

5. Constatations (suite)

5.2. Réalisation des objectifs

Il s'agit dans la présente section de voir si le ministère a réussi à atteindre chacun de ses principaux objectifs dans le cadre de l'Initiative de la SPAT.

5.2.1. Collaborer à des activités de sécurité publique et de lutte contre le terrorisme

Comme l'Initiative s'étend à l'ensemble de l'appareil gouvernemental et fait intervenir un nombre appréciable de ministères et d'organismes fédéraux qui sont représentatifs de l'ensemble de l'administration, elle a eu comme effet constructif de plus grandes consultations et une meilleure coordination entre les diverses organisations dans le domaine de la sécurité nationale. Les entrevues ont révélé un large réseau de collaboration entre les sections ministérielles et d'autres ministères et organismes.

Dans les dossiers qui touchent plusieurs ministères, le ministère de la Justice ou un autre ministère peuvent mettre sur pied un groupe de travail interministériel (GTI). Par exemple, il y a des GTI chargés de l'examen parlementaire de la LA, de certains aspects de l'enquête sur l'attentat contre Air India et de la sécurité maritime. D'après ce que les évaluateurs ont pu établir, la décision de mettre ou non sur pied un GTI semble se prendre au cas par cas.

Des services au MJ ont pour fonctions d'en associer d'autres dans les activités de SPAT. La SPDP coordonne le travail d'élaboration des lois et des orientations. Le GSN a la responsabilité du secteur de la sécurité et du renseignement pour seconder le ministre et le sous-ministre ainsi que celle des activités en vertu de l'article 38 de la Loi sur la preuve au Canada. Les SJM conseillent les clients dans les affaires de SPAT. Les bureaux régionaux représentent en justice le procureur général du Canada. Lorsque le ministère de la Justice n'est pas le maître d'œuvre, par exemple dans les dossiers où intervient la LSP, il répond aux demandes d'autres ministères. Généralement, la coordination a été décrite comme davantage dictée par le cours des événements ou des initiatives spécifiques plutôt que par une grande stratégie de sécurité nationale.

Il existe également un processus officieux de collaboration non négligeable où le degré de coordination et la réussite dépendent des personnes en cause. Néanmoins, une démarche semble efficace et dépend moins de l'initiative individuelle : c'est celle de la rédaction de la LA et de son examen. Au cours de cette activité, il y a eu des consultations régulières, en bonne et due forme, car ces dossiers exigeaient une grande attention. Ceux qui y ont participé ont trouvé le processus efficace et d'aucuns ont même avancé qu'on devait recourir plus souvent à cette démarche. Plusieurs personnes importantes qui ont été consultées au ministère de la Justice sont d'avis qu'une coordination et une collaboration plus poussées amélioreraient la mise en commun de l'information, feraient en sorte que la coopération se réalise non seulement au niveau de la gestion, mais aussi à celui des opérations, et favoriseraient une meilleure compréhension entre différentes cultures en matière de sécurité (notamment entre les procureurs et les services de renseignement). Les communications entre les services de l'AC semblent généralement bien fonctionner, mais elles sont un peu moins faciles entre l'AC et les régions ou les SJM. En effet, il serait utile que les régions et les SJM reçoivent plus d'information sur le travail du ministère dans le cadre de l'Initiative et aient davantage voix au chapitre lorsqu'il s'agit des activités de l'Initiative SPAT.

5.2.2. Aider à élaborer des lois, des règlements et des orientations plus efficaces

LA et LSP.

Les évaluations formative et sommative ont montré que le travail accompli par le ministère sur la LA et la LSP dans le cadre de la SPAT avait été apprécié par les autres ministères participant à l'application de ces lois. Le GTI chargé de la LA, dirigé par la SPDP, a été jugé très efficace dans la coordination entre tous les ministères en cause et la prise en compte des divers intérêts dans la rédaction de la loi et le soutien des travaux fédéraux relatifs à son examen parlementaire. Toutefois, étant donné que les enquêtes et les poursuites en matière de terrorisme sont compliquées et prennent du temps, aucune poursuite n'a encore été menée à terme, plus de cinq ans après la promulgation de la LA. Par conséquent, une mesure de l'efficacité – soit le nombre de condamnations – n'est pas encore au rendez-vous.

Depuis la promulgation de la LA et de la LSP, le rôle du ministère dans l'Initiative SPAT est axé en grande partie sur le contrôle et le soutien de l'application des lois en vigueur plutôt que sur la rédaction de nouvelles lois sur la sécurité publique et la lutte contre le terrorisme. Les nouvelles initiatives en matière d'orientation ou de mesures législatives ont été reportées en attendant l'examen parlementaire de la LA. Qui plus est, la LA est une loi d'ensemble qui réagit à de grands impératifs internationaux et nationaux, mais le gouvernement n'avait pas prévu qu'il faudrait dans un avenir proche d'autres textes législatifs majeurs. Il prévoyait plutôt qu'il faudrait un certain temps pour juger si la loi adopté fonctionne bien, et l'examen parlementaire prévu dans la LA a déterminé le calendrier de toute réévaluation de grande envergure.

Rédaction de lois depuis 2001.

Divers services du ministère participent à la rédaction des lois. Ainsi, la SPDP élabore les mesures législatives pénales de lutte contre le terrorisme et de sécurité nationale, tandis que les SJM rédigent des lois lorsque leur ministère respectif est maître d'œuvre. D'autres services dispensent des conseils dans leurs domaines de compétence : le GEI sur l'extradition, la Section des droits de la personne du Groupe du droit public sur les questions relatives à la Charte, le GSN sur la sécurité des renseignements sensibles. La SPDP dispense en outre des avis juridiques et aide à coordonner les avis juridiques ministériels dans plusieurs affaires de sécurité nationale.

Il faut dispenser des conseils juridiques sur diverses propositions législatives, dont certaines traitent directement de sécurité publique ou de lutte contre le terrorisme, mais dont beaucoup ont un effet indirect sur la sécurité nationale. Toutes ces propositions législatives ne deviennent pas lois, mais les conseillers juridiques doivent néanmoins leur accorder leur attention. Encore une fois, il est difficile de parler de «  résultats », lorsqu'il s'agit de dispenser des conseils juridiques ou de rédiger des lois. En un sens, c'est l'activité même qui est le résultat. Le fait qu'un projet de loi ne soit jamais adopté ne peut être considéré comme une conséquence du travail accompli, car le processus législatif est trop complexe pour qu'on puisse établir de cette manière seule une relation de cause à effet. En fait, la satisfaction des ministères et organismes clients est peut-être la meilleure mesure. Or, les clients croient généralement qu'ils ont reçu du ministère des conseils de haute qualité et rapides et que ces conseils sont essentiels à leur propre capacité d'élaborer et de réaliser efficacement un programme législatif. Par ailleurs, les évaluateurs ont constaté que, faute de ressources suffisantes, le personnel n'est pas toujours en mesure de satisfaire pleinement les besoins des ministères clients relativement à l'Initiative SPAT. Par exemple, il arrive que des avocats ne puissent assister à des réunions parce que le personnel est insuffisant, que des conseils juridiques tardent et qu'un ministère dont la tâche est déjà lourde hésite à accepter de nouveaux engagements internationaux.

Voici des exemples de travail législatif et réglementaire auquel le ministère a participé[19] :

Élaboration d'orientations ou d'initiatives nouvelles.

Depuis l'adoption de la LA, plusieurs protocoles ont été élaborés pour faciliter, au niveau opérationnel, la lutte contre le terrorisme.

Contrôle et rapports.

Certaines activités de surveillance et de rapport sont essentielles à l'application des lois antiterroristes.

La situation au Canada et à l'étranger fait l'objet d'observations pour évaluer la nécessité d'apporter des modifications au cadre législatif existant et la réponse à donner aux faits nouveaux.

D'autres ministères et organismes n'observent pas l'évolution du dispositif législatif au Canada ni à l'étranger. Ils comptent que le ministère de la Justice les conseillera au sujet des lois d'autres pays ou de textes internationaux qui peuvent avoir une incidence sur eux, ainsi que des effets possibles des enquêtes réalisées au Canada et des litiges.

Examen parlementaire.

Aux termes de l'article 145 de la LA, il doit y avoir un examen parlementaire complet du texte trois ans après la sanction royale. En décembre 2004, la Chambre des communes et le Sénat ont autorisé cette étude. Aux Communes, le Sous-comité de la sécurité publique et nationale du Comité permanent de la Justice, des droits de la personne, de la sécurité publique et de la protection civile a fait cet examen. Le Sénat a mis sur pied un comité spécial chargé de l'examen de la loi[20]. Les audiences ont débuté en février 2005, et le Sous-comité de la Chambre a élargi la portée de l'examen pour y englober également l'article 4 de la Loi sur la sécurité de l'information et les dispositions sur les certificats de sécurité de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés[21]. Le comité sénatorial a également élargi son mandat pour y englober de façon plus large les questions de sécurité nationale.

L'examen parlementaire de la LA a exigé des efforts considérables. L'équipe pour l'examen de la LA s'est ajoutée aux ressources de la SPDP grâce au fonds SPAT. La préparation a compris des recherches et la rédaction de documents pour l'examen parlementaire : documents d'information, documentation générale expliquant la LA, son utilisation et ses effets, compilations des cadres législatifs d'autres pays, analyse de recherches universitaires et documents de communication. Le ministère a dispensé des conseils à d'autres ministères participants, et un représentant ministériel a assisté aux audiences des comités pour rester au fait des délibérations.

Le chef de l'équipe pour l'examen de la LA préside le GTI chargé de l'examen de la LA. Celui-ci comprend une soixantaine de membres provenant de divers ministères et organismes : ASFC, CIC, CANAFE, MAECI, Finances, Revenu Canada, MDN, GRC, SCRS, Transports, SPPCC, BCP. Des représentants des SJM des ministères membres siègent au GTI, dont les réunions ont débuté début 2004 en prévision de l'examen. D'autres services, comme le GSN et la Section des droits de la personne, ont également contribué à l'examen de la LA en proposant des documents d'information et en dispensant des conseils. Par l'entremise du GTI, le SPDP tient les autres ministères et organismes au courant de l'examen parlementaire, ce que les clients trouvent utile, car ils peuvent ainsi être informés du déroulement des délibérations.

Aux Communes, le Sous-comité de la sécurité publique et nationale a fait cet examen et a publié en 2006 un rapport provisoire où figurent des recommandations sur l'audience d'enquête et l'engagement assorti de conditions. Le sous-comité n'a pas demandé au gouvernement qu'il réponde à ses recommandations. Ces dispositions ont été supprimées le 1er mars 2007 après débat aux Communes. Le sous-comité a terminé son examen de la LA et des points connexes le 20 février 2007 et présenté son rapport final en mars 2007. Le comité spécial sur la Loi antiterroriste du Sénat a présenté ses recommandations en février 2007, puis un rapport supplémentaire en mars 2007, sans demander de réponse au gouvernement. Celui-ci est tenu de répondre au rapport de février 2007 du Sous-comité de la sécurité publique et nationale.

La SPDP coordonnera et rédigera une réponse à ce rapport avec la participation d'autres services. Si cette réponse gouvernementale exige ultimement de nouvelles dispositions législatives, le travail de mise en œuvre des recommandations découlant de cet examen et d'autres réformes législatives pourrait se poursuivre pendant encore deux ou trois ans et exiger des ressources considérables.

Le reste de la présente section porte de façon plus générale sur les difficultés de l'élaboration des lois et des orientations liées à l'Initiative et l'efficacité dans l'exécution de ce travail.

Équilibrer la sécurité et les droits fondamentaux de la personne.

Le rôle du ministère est de veiller à ce que soient protégés à la fois les droits fondamentaux de la personne et la sécurité nationale, et cette responsabilité s'étend aux autres ministères qui participent à l'Initiative SPAT. Il est parfois difficile de trouver le juste milieu entre les préoccupations en matière de sécurité et les droits fondamentaux de la personne. Depuis que la LA est devenue loi, la constitutionnalité de certaines de ses dispositions a fait l'objet de trois décisions des tribunaux. Dans la première cause, Affaire intéressant une demande présentée en vertu de l'art. 83.28 du Code criminel, la personne visée dans une demande d'ordonnance d'audience d'investigation (dans le cadre de l'affaire Air India) a contesté cette demande au motif que la disposition sur les audiences d'investigation violait la Charte canadienne des droits et libertés en portant atteinte au droit de garder le silence et de ne pas s'incriminer. La Cour suprême de la Colombie-Britannique d'abord, puis la Cour suprême du Canada ont confirmé la constitutionnalité de la disposition sur les audiences d'investigation[22].

Les deux autres jugements ont été rendus en octobre 2006. Dans les deux cas, il a été jugé que des articles de la LA allaient à l'encontre de la Charte. L'une de ces affaires mettait en cause Juliet O'Neill, reporter du Ottawa Citizen dont le domicile et le bureau ont fait l'objet de perquisitions – avec saisie de divers éléments – dans le cadre d'une enquête de la GRC sur des fuites non autorisées de renseignements de l'état considérés comme «  secrets officiels »[23]. La Cour supérieure de l'Ontario a estimé que certaines dispositions de l'article 4 de la Loi sur la sécurité de l'information sont vagues, du point de vue constitutionnel, et violent la liberté de la presse. Bien que la loi en cause fasse partie de la LA, elle existait préalablement et a ensuite été reprise dans la nouvelle loi[24]. Dans la cause la plus récente, la Cour supérieure de l'Ontario a rendu sa décision également en octobre 2006, annulant l'élément de motivation contenu dans la définition des activités terrorises, qui exigeait que le crime soit motivé par la politique, la religion ou l'idéologie. La Cour a statué dans sa décision que cette disposition violait les garanties de liberté de religion et d'association prévues dans la Charte[25].

étant donné la nécessité de trouver un équilibre entre la protection de la sécurité nationale et celle des droits de la personne dans le contexte de préoccupations plus vives au sujet de ces questions, les activités qui se rattachent à l'Initiative SPAT font l'objet d'un examen rigoureux de la part des dirigeants politiques, des communautés ethnoculturelles et du grand public.

Expertise pour la rédaction d'orientations et de mesures législatives relatives au terrorisme.

Le ministère jouit d'une excellente réputation en ce qui concerne la rédaction de orientations et de mesures législatives qui portent sur les questions de terrorisme et de sécurité. Les évaluateurs ont constaté que la Justice était le ministère le mieux placé pour coordonner la politique gouvernementale sur la sécurité nationale, car il est au courant des lois et règlements de tous les ministères et peut assurer une approche et un message cohérents en ce qui concerne les questions de sécurité nationale. De plus, d'autres pays se tournent vers le Canada pour obtenir des conseils et de l'aide afin d'élaborer leurs propres lois antiterroristes, et la LA est considérée par bien des homologues étrangers comme un modèle, notamment pour ce qui est de l'équilibre entre la sécurité nationale et les droits de la personne. Des dispositions de la LA qui ont intéressé particulièrement d'autres pays sont les modalités de protection des renseignements délicats aux termes de l'article 38 de la Loi sur la preuve au Canada et les protections de l'application régulière de la loi dans les audiences d'investigation.

5.2.3. Mieux faire connaître et comprendre les lois et les règlements portant sur la sécurité publique et l'antiterrorisme

Formation

Peu de temps après son adoption, le MJ a organisé de nombreuses séances de formation sur la LA à l'intention, notamment, des procureurs, des agents d'application de la loi (y compris de la GRC, de la Police provinciale de l'Ontario et de la Sûreté du Québec) et du personnel des SJM. On a constaté, au moment de l'évaluation formative, que tant les séances de formation que la documentation fournie avaient été bien accueillies. Quelques intervenants principaux ont signalé des formations dont le contenu portait entre autres sur l'Initiative SPAT, présentées ci-dessous.

Les intervenants principaux du MJ sont nombreux à souhaiter recevoir plus de formation ou avoir plus d'occasions d'éducation en matière d'antiterrorisme et de sécurité nationale. On était d'avis que les conférences internationales étaient particulièrement enrichissantes puisqu'elles se déroulent dans un contexte de droit comparé et qu'elles permettent d'actualiser les connaissances en droit international et de se renseigner sur les meilleures pratiques. De plus, ces conférences sont une occasion de réseautage importante avec les homologues d'autres pays, ce qui ne pourra manquer de faciliter le travail dans le domaine de la coopération et de l'entraide internationales. Des séances de mise à jour sur la LA pourraient aussi être utiles, mais certains principaux intervenants ont signalé que si l'analyse de la loi permet d'acquérir des connaissances de base, il n'en demeure pas moins qu'il leur faudrait quand même faire une étude beaucoup plus poussée de toute la question s'ils avaient à traiter un dossier d'antiterrorisme.

Voici d'autres propositions.

Liaison et éducation

Les activités du MJ en matière de liaison avec les minorités ethnoculturelles ou d'éducation de celles-ci sont modestes. Or, c'est un domaine où l'on peut aider à faire comprendre le cadre législatif, son fonctionnement et la protection des droits de la personne qui y est assorti. Les participants aux groupes de discussion organisés par le Ministère se sont dits préoccupés de la possibilité d'une application injuste ou indue de la loi[26]. Les participants des communautés ethniques et des minorités visibles étaient inquiets du risque de mauvaise interprétation de la définition de terrorisme et des dispositions sur le financement du terrorisme, ainsi que de la possibilité de stéréotypes ethniques dans ce contexte. Des intervenants du MJ voudraient multiplier les activités de liaison pour expliquer la loi et dissiper les malentendus, mais ils disent ne pas disposer des ressources voulues pour ce faire.

5.2.4. Améliorer le contentieux ou la poursuite dans les affaires où le terrorisme est en jeu

Recours au cadre législatif

La présente section porte sur les dispositions de la LA qui suscitent une intervention du MJ.

Contribuer à améliorer la réponse du Canada aux enjeux de sécurité nationale

L'évaluation a étudié la contribution du MJ dans divers domaines.

Complexité des travaux liés à l'Initiative SPAT.

Divers facteurs rendent les affaires d'antiterrorisme, qu'elles soient de droit civil ou de droit pénal, remarquablement complexes, notamment le nombre et la nouveauté des enjeux juridiques à traiter. Les procès d'antiterrorisme recouvrent typiquement des activités menées dans plus d'une administration, et souvent à l'étranger, ressortissent à plusieurs domaines du droit et font appel à des méthodes d'enquête perfectionnées, tous facteurs qui allongent la liste des enjeux dans un procès donné. Qui plus est, la LA innove, ce qui veut dire que la jurisprudence en la matière est maigre. Il est donc difficile de prédire quelle sera la bonne ligne d'action juridique dans tous les cas, ce qui impose aux avocats de défendre des thèses novatrices puisqu'ils sont en train d'établir le droit. En outre, les affaires d'antiterrorisme mettent en cause plusieurs ministères, chacun ayant sont mandat, de sorte que la coordination entre eux tient du défi quoiqu'elle soit essentielle puisque l'échec de cette collaboration peut avoir des conséquences juridiques.

5.2.5. Améliorer la lutte contre le terrorisme au plan international

L'adoption de la LA est la suite donnée à la Résolution 1373 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui demandait aux états membres de veiller à ce que leurs lois érigent en crime le financement, l'organisation, la préparation ou la perpétration d'actes terroristes. En outre, la LA sert d'instrument de ratification et d'application de nombreuses obligations internationales : la Convention internationale pour la répression des attentats terroristes à l'explosif, la Convention des Nations Unies pour la répression du financement du terrorisme et la Convention sur la sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé. Depuis l'adoption de la LA, le MJ est engagé dans des activités d'appui au rôle du Canada à titre de partenaire des efforts de lutte contre le terrorisme.

Participer à des activités d'organisations internationales ou multilatérales. Des représentants du MJ, notamment la SPDP et le Groupe d'entraide internationale (GEI), ont pris part à diverses rencontres internationales, soit comme participants, soit en appui à d'autres ministères du gouvernement fédéral invités à des rencontres ou en réponse aux demandes d'information d'organisations internationales sur le droit et les politiques du pays en matière de lutte antiterroriste et de sécurité nationale.

Le terrorisme est maintenant un sujet à l'ordre du jour de presque toutes les rencontres internationales et le domaine a pris une ampleur remarquable. Par sa participation à ces rencontres ou par l'appui qu'il offre aux ministères qui y prennent part, le MJ veille à ce que le système juridique et les lois de lutte antiterroriste et de sécurité nationale sont comprises et il acquiert, par la même occasion, une meilleure compréhension des systèmes adoptés à l'étranger. Comme le disait un répondant : «  Les systèmes juridiques varient beaucoup d'un pays à l'autre et de bien comprendre les différences entre eux favorise l'efficacité de la collaboration à l'échelle internationale. » En expliquant le système juridique en vigueur au Canada, le MJ joue un rôle fondamental pour ce qui est de la capacité du Canada de collaborer avec d'autres pays. Ainsi, il précise les paramètres juridiques encadrant les obligations internationales du Canada en matière de rapport, de sorte que des organisations telles les Nations Unies constateront qu'il s'acquitte de ses obligations internationales, et ce, tout en respectant les normes dictées par les lois canadiennes. Les clients du MJ que nous avons contactés estiment que les conseils qu'il fournit sont de grande qualité.

Voici des exemples des activités internationales du MJ liées à la lutte antiterroriste et à la sécurité nationale.

Conseils et aide en matière d'accords internationaux

Comme c'est le cas pour les lois canadiennes, divers services fournissent des avis juridiques et de l'aide technique visant la négociation de nouveaux accords internationaux.Le MAÉCI est souvent maître d'œuvre et des services du MJ comme la SPDP, le GSN, le GEI et la Section des droits de la personne dispensent des conseils dans leur domaine de compétence. Par sa participation aux négociations ou ses conseils et l'appui qu'il assure aux représentants canadiens engagés dans la négociation d'accords, le MJ a contribué à instaurer un cadre juridique international de lutte contre le terrorisme. Il veille notamment à éviter que nos obligations internationales et nos lois ne se contredisent et que les accords internationaux auxquels le Canada est partie respectent la Charte canadienne des droits et libertés et satisfont aux normes internationales en matière de droits de la personne.

Voici des exemples d'accords internationaux à la négociation desquels la SPDP a participé.

Voici des exemples d'accords internationaux récents renfermant des dispositions sur la lutte contre le terrorisme et sur la sécurité nationale, pour lesquels le MJ a dispensé des conseils juridiques.

Entraide juridique et extraditions

Le MJ participe aux efforts internationaux de détection et de répression du terrorisme par des accords internationaux d'entraide juridique et d'extradition. Le Canada est actuellement partie à quelque 140 accords. Les ententes d'extradition visent à extrader vers l'état ou l'entité requérante à des fins de poursuite, de détermination de la peine ou d'incarcération. Les instruments sur l'entraide juridique concernent la collecte de preuves à la demande d'états ou d'entités. Ces demandes peuvent porter sur diverses affaires, notamment l'obtention de preuves justificatives, l'obligation faite à des personnes de témoigner ou le transfèrement de détenus d'un pays à un autre pour faire avancer une enquête.

Le ministre de la Justice est l'autorité compétente en vertu de la Loi sur l'extradition et de la Loi sur l'entraide juridique en matière criminelle par le biais desquelles le Canada s'acquitte de ses responsabilités conformément à divers traités d'entraide juridique et d'extradition. Ces instruments ne renferment pas de dispositions précises sur le terrorisme, mais ils régissent toutes les demandes d'extradition et d'entraide judiciaire. Le GEI, mandaté par le ministre, traite toutes les demandes en provenance de pays étrangers ou du Canada, qu'il s'agisse d'extradition ou d'entraide judiciaire.

Le GEI dispense conseils et aide aux instances étrangères qui présentent une demande pour s'assurer qu'elle réponde aux normes canadiennes. De la même manière, il appuie les organismes d'application de la loi et les procureurs qui adressent des demandes à d'autres pays. Presque tout se fait au siège du Ministère, mais deux conseillers sont affectés à des postes en Europe (Bruxelles et Paris) afin d'appuyer les pays européens qui présentent une demande. La décision de pourvoir deux postes en Europe a précédé l'Initiative SPAT et les attributions des titulaires dépassent le cadre de l'Initiative; ils ont traité de dossiers liés au terrorisme et à des enquêtes criminelles. On estime que ces postes ont des retombées très positives car ils permettent une réponse immédiate et en personne à tout dossier de terrorisme ayant une dimension canadienne. Les conseillers en poste à Bruxelles et à Paris contribuent à faire comprendre le système juridique canadien en Europe, surtout pour ce qui est des demandes d'entraide juridique et d'extradition, ce qui a pour effet d'améliorer la collaboration entre pays. Ils témoignent aussi de l'engagement du Canada à s'occuper sans délai et avec diligence de questions de terrorisme s'il y a lieu.

Le GEI s'occupe de toutes les demandes d'entraide juridique et d'extradition, de sorte que la portion des demandes qui tombe sous le coup de l'Initiative SPAT comporte nécessairement une dimension de terrorisme et de sécurité nationale. Depuis le lancement de l'Initiative, le GEI a traité 56 demandes d'entraide juridique liées au terrorisme (41 de pays étrangers, 15 du Canada) et 15 demandes d'extradition liées au terrorisme et provenant toutes de pays étrangers. Selon les dossiers d'entraide juridique fermés, on a donné suite à 80 % des demandes de pays étrangers et à 75 % des demandes du Canada. Dans la catégorie des dossiers d'extradition fermés, on a donné suite à 66 % d'entre eux (6 personnes extradées vers le pays requérant sur 9 demandes). Le Tableau 7 présente les demandes par année financière et fournit un portrait global des résultats. Le nombre de demandes d'entraide juridique ne rend toutefois pas compte de tout le travail du GEI à ce propos. Lorsque les preuves se trouvent dans un autre ministère canadien, le GEI déterminera quels renseignements peuvent être transmis volontairement, ce qui est plus rapide que de passer par le processus officiel.

Tableau 7 – Demandes découlant des traités d'extradition et d'entraide juridique et liées au terrorisme

Les demandes d'entraide juridique et d'extradition exigent beaucoup de travail car elles recoupent de nombreuses questions juridiques, mettent en cause plusieurs parties nationales et internationales, les lois de plus d'un pays et des renseignements sensibles qui déclenchent le processus prévu à l'article 38. Depuis le lancement de l'Initiative SPAT, le nombre d'heures consacrées par les conseillers juridiques et le personnel parajuridique à ces demandes a varié d'une année financière à l'autre : 1 197 heures en 2002-2003, 2 055 heures en 2003-2004, 1 192 heures en 2004-2005, 1 865 heures en 2005-2006 et 1 160 heures en 2006-2007 (au 6 novembre 2006). Vu la complexité et le profil élevé des demandes ayant une dimension liée au terrorisme, les conseillers supérieurs prennent une part active à ces dossiers.

Développement des capacités

Il s'agit d'une activité à laquelle participent les représentants ministériels (surtout du GEI et de la SPDP) en fournissant conseils et aide aux pays étrangers en ce qui a trait à l'élaboration et à l'application de leurs propres lois antiterroristes. Ils font partie d'équipes internationales sous l'égide d'organisations multilatérales, par exemple, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) et la Coopération économique pour la zone Asie-Pacifique (APEC). Le MJ a fait partie de délégations qui se sont rendues dans plusieurs anciennes républiques soviétiques pour les aider à élaborer des lois sur le financement des activités terroristes et le blanchiment de capitaux. Il a aussi assisté à des ateliers sur la législation de lutte contre le blanchiment de capitaux organisés dans des pays d'Asie centrale pour les appuyer à l'étape de l'élaboration des lois. La SPDP a quant à elle aidé des pays asiatiques à élaborer des lois visant la cybercriminalité.

Le développement de capacités est un aspect important de la réponse nationale et internationale aux menaces terroristes. En offrant une aide aux pays qui en sont à l'étape de l'élaboration de leur propre législation de lutte contre le terrorisme et en s'acquittant de ses obligations internationales, le Canada promeut la coopération internationale et contribue aux efforts mondiaux de lutte antiterroriste. Selon les principaux intervenants, les lois canadiennes en matière de lutte contre le terrorisme et de sécurité publique sont perçues comme étant modérées en ce qu'elles visent un équilibre entre les préoccupations liées à la sécurité nationale et les droits de la personne. C'est pour cette raison que de nombreux pays invitent le Canada à assister aux rencontres et ateliers portant sur l'élaboration de leurs textes législatifs. Ajoutons que le Commonwealth a rédigé des dispositions types de lois antiterroristes dont plusieurs s'inspirent des lois canadiennes. Cela dit, les principaux intervenants du MJ ont clairement indiqué manquer des ressources voulues pour ce type d'activité et avoir été contraints, en conséquence, de refuser des invitations.

Le MJ appuie les activités internationales du Canada et les intervenants du Ministère ont mis de l'avant diverses propositions pour accroître sa participation à cet égard. Certains proposent d'augmenter le nombre de conseillers en poste à l'étranger, s'inspirant en cela du modèle adopté par la France, qui a des conseillers dans les grandes capitales dont Ottawa. Selon les principaux intervenants, les relations de travail sont meilleures, l'engagement de la France à travailler de concert avec d'autres pays ne fait pas de doute et la capacité de réagir rapidement en cas d'urgence est assurée. Les états-Unis ont commencé à reproduire le modèle français et les personnes interviewées estiment que le Canada devrait emboîter le pas et affecter des représentants dans les grandes capitales d'où émanent le plus grand nombre de demandes d'entraide juridique et d'extradition. L'accroissement des ressources consacrées au développement des capacités dans des pays étrangers et pour assister à ces conférences internationales est un autre domaine où l'on estime qu'il faut prendre des mesures. Ce sont des activités qui permettent au Ministère de créer des liens avec ses homologues internationaux, ce qui, de manière générale, améliore la coopération internationale.

5.2.6. Dispenser de l'aide juridique aux accusés en manque de moyens financiers et affectés par des actions de sécurité publique et d'antiterrorisme

Aux termes de l'Initiative SPAT, la Direction de l'aide juridique reçoit du financement qu'elle verse à son tour aux régimes d'aide juridique pour rembourser les frais d'aide juridique des personnes visées par les initiatives de sécurité publique et d'antiterrorisme. À l'origine, on s'attendait que le plus gros des demandes relève de la catégorie des immigrants et réfugiés, en raison du resserrement des mesures de sécurité aux frontières après les attentats du 11 septembre 2001. Le cadre a toutefois changé lorsque le CT a approuvé le mandat de l'Aide juridique en 2003. Ainsi, l'aide juridique n'est pas d'abord sollicitée pour des motifs liés aux questions frontalières, mais surtout pour des poursuites en cas d'infraction relative au terrorisme ou à la sécurité publique créée par la LA et la LSP, ainsi que par le processus prévu par la Loi sur l'extradition lorsque l'état requérant allègue qu'il y a activité terroriste.

Les enquêtes relatives au terrorisme sont très complexes, elles font appel à des méthodes d'enquête perfectionnées et exigent de recueillir des preuves dans plus d'une administration. Vu le temps qu'il faut pour constituer un dossier, peu de personnes ont été inculpées en vertu de la LA et presque toutes ces poursuites en sont aux étapes préliminaires. Ces derniers deux ans, soit depuis que son mandat a été approuvé, la Direction de l'aide juridique a conclu 25 accords de contributions (19 en 2005-2006 et 6 en 2004-2005), y consacrant chaque année 300 000 $. Il est fort probable que les frais de défense de personnes inculpées en vertu de la LA soient très onéreux, vu la complexité des enjeux et le type de preuve en cause, de sorte que les débours de l'Aide juridique augmenteront avec le déroulement du procès. Les frais de défense sont typiquement onéreux et par conséquent, la prestation d'aide juridique est absolument essentielle pour que le justiciable ait accès à la justice. À ce jour, aucun justiciable connu dans une affaire liée au terrorisme ne se trouve sans aide juridique, quoique les principaux intervenants du MJ ne puissent affirmer qu'ils aient été accompagnés d'un avocat lors de leur première comparution devant le tribunal.