Le Sondage national sur la justice de 2008 : le Système de justice pour les jeunes au Canada et la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents
- 3.4 Réponses du système de justice à la criminalité juvénile
- 3.5 Prédicteurs de la confiance du public à l'égard du système de justice pour les jeunes
3. Résultats ( suite )
3.4 Réponses du système de justice à la criminalité juvénile
Étant donné que des questions portaient sur les facteurs de la criminalité, le degré de responsabilité de certains groupes ou institutions et les tendances de la criminalité juvénile, les répondants ont eu à répondre à d'autres questions sur les interventions efficaces face à la criminalité juvénile (voir la figure 8). Plus des deux tiers des répondants (68 %) estiment qu'offrir la possibilité de formation générale ou professionnelle aux jeunes qui ont des démêlés avec le système de justice serait très efficace pour favoriser un comportement acceptable chez les jeunes. Les répondants jugent que les programmes informels qui encouragent les jeunes à réparer le tort causé par leur crime (p. ex. les programmes de justice réparatrice) sont très efficaces (58 %), tandis que 54 % des répondants estiment que les ordonnances de surveillance au sein de la collectivité assorties de conditions, comme fréquenter l'école, ne pas consommer de drogues et respecter un couvre-feu (p. ex. la probation) seraient très efficaces. Les prisons pour les jeunes et celles pour les adultes semblent beaucoup moins efficaces (22 % et 18 % seulement des répondants respectivement) pour promouvoir un comportement acceptable chez les jeunes.
Figure 8 : Pourcentage des répondants indiquant que les interventions suivantes seraient « très efficaces » pour favoriser un comportement acceptable chez les jeunes
[Longue description de la Figure 8]
La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents renferme un ensemble de principes destinés à guider les professionnels de la justice, par exemple les juges et les policiers, dans leur processus décisionnel quotidien. Les répondants devaient évaluer leur accord avec une série d'énoncés concernant des principes de détermination de la peine. En général, les répondants sont très divisés sur les énoncés de la figure 9. Par exemple, un peu moins de la moitié des répondants (49 %) sont d'accord que l'emprisonnement d'adolescents est une méthode efficace pour corriger le comportement tandis qu'un peu plus de la moitié (51 %) sont en désaccord avec cet énoncé. De plus, moins de un répondant sur cinq (18 %) est entièrement d'accord avec l'énoncé selon lequel a réadaptation est un objectif important du système de justice pour les jeunes, tandis qu'environ un répondant sur quatre (26 %) est entièrement en désaccord avec cet énoncé.
Quant à la mesure dans laquelle des facteurs particuliers devraient influer sur la peine imposée à un adolescent, un facteur ressort parmi tous les choix : 84 % des répondants estiment que la peine devrait être alourdie lorsque le crime comporte de la violence (voir la figure 10). Moins de la moitié des répondants déclarent que la peine devrait être alourdie lorsque la criminalité est répandue dans la collectivité (42 %), que l'adolescent a une dépendance à la drogue (36 %) ou qu'il a commis un crime avec ses parents (39 %). Cependant, plus de la moitié des répondants (58 %) ont également l'impression que les peines devraient être réduites lorsque le jeune a participé à un programme pour réparer le tort causé par son comportement criminel, comme un programme de justice réparatrice ou de service communautaire. Dans une proportion relativement élevée, les répondants sont aussi d'avis que les peines devraient être réduites si l'adolescent a participé à un programme de traitement de la toxicomanie (41 %), s'il s'agit de sa première infraction (38 %) ou s'il a été victime de mauvais traitements de la part de ses parents (34 %).
Le système de justice pour les jeunes a à sa disposition un éventail de mesures face à la criminalité, par exemple porter des accusations contre l'adolescent et passer par le processus judiciaire ou utiliser des mesures plus informelles de déjudiciarisation, comme des mises en garde, des avertissements et des renvois à des programmes communautaires. Comme c'était le cas pour les principes de détermination de la peine, les répondants sont divisés sur les solutions de rechange au système de justice pénale conventionnel, mais ils sont généralement plus négatifs que positifs (voir la figure 11). Environ six répondants sur dix sont en désaccord avec l'énoncé selon lequel ces outils permettent aux policiers de réagir plus directement et rapidement à la criminalité juvénile (62 %) et permettent aux tribunaux de concentrer des ressources limitées sur les crimes plus graves (61 %).
Figure 11 : Accord avec les énoncés sur les solutions de rechange informelles au système de justice pour les jeunes
[Longue description de la Figure 11]
Actuellement, en vertu de la LSJPA, à l'exception des adolescents condamnés pour meurtre ou jugés comme des adultes, la peine la plus longue qu'un juge d'un tribunal de la jeunesse peut imposer est trois ans de placement sous garde. Plus de la moitié des répondants (58 %) croient que la peine maximale d'emprisonnement devrait être supérieure à trois ans tandis que 37 % jugeaient qu'elle devrait rester telle quelle (voir la figure 12). Quand à la durée des peines imposées aux jeunes au sein du système de justice, la majorité des répondants (86 %) pensent que ces peines sont généralement plus courtes que celles imposées aux adultes pour des crimes semblables.
Figure 12 : Perception des peines imposées dans le système de justice pour les jeunes
[Longue description de la Figure 12]
3.5 Prédicteurs de la confiance du public à l'égard du système de justice pour les jeunes
Compte tenu que des facteurs particuliers peuvent influer considérablement sur les réponses d'un participant (p. ex. âge, sexe, région) à un sondage d'opinion publique comme le Sondage national sur la justice, nous avons fait une analyse multivariée pour mieux comprendre la variation des réponses et pour contrôler plusieurs facteurs. Afin de déterminer empiriquement les facteurs de la confiance du public à l'égard du système de justice pour les jeunes, nous avons exécuté une analyse de régression multiple en utilisant une méthode d'élimination régressive de manière à éliminer les variables les moins significatives une à la fois jusqu'à ce que toutes les variables restantes soient significatives au niveau standard (c.-à-d. < .05).
La variable dépendante utilisée dans l'analyse était la question suivante :
Sur une échelle de dix points, où 1 est « confiance très faible » et 10 est « très grande confiance », quelle confiance avez-vous à l'égard du système de justice pénale pour les adolescents?
Les variables ci-dessous ont été incorporées dans l'analyse de régression à titre de variables indépendantes :
- Sexe
- Âge
- Revenu du ménage
- Statut d'emploi actuel
- Minorité visible
- Autochtones
- Enfants vivant dans le ménage
- État civil
- Province
- Région urbaine par opposition à région rurale
- Éducation
- Expérience du système de justice pénale pour les adolescents
- Connaissance de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents
- Perception des peines maximales de trois ans
- Variations perçues des taux de criminalité juvénile
- Perception des facteurs de la criminalité juvénile
- Perception de l'efficacité des interventions face à la criminalité juvénile
- Principales sources d'information sur le système de justice pour les jeunes
Le coefficient R2 pour le modèle est de 0,299, ce qui indique que les variables prises en compte expliquent environ 30 % de la variance (voir le tableau 4). Autrement dit, les variables significatives peuvent expliquer environ 30 % de la variabilité de la confiance du public à l'égard du système de justice pénale pour les jeunes.
Qu'est-ce qui est associé à une confiance plus élevée à l'égard du système de justice pénale pour les jeunes?
- Vivre dans la province de Québec
- Croire que les réponses conventionnelles à la criminalité juvénile figurant dans la LSJPA, comme les avertissements donnés par des policiers, la probation, le traitement (p. ex. l'aide psychosociale) et le placement sous garde des jeunes sont des interventions efficaces face à la criminalité juvénile
- Connaissance de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents
- Croire que le recours à des solutions de rechange informelles au système de justice (p. ex. la déjudiciarisation) permet aux tribunaux d'affecter des ressources limitées aux crimes les plus graves
- Avoir fait des études universitaires
- Croire que les adolescents jeunes et manquant de maturité ou qui ont un problème de dépendance à la drogue devraient recevoir des peines moins lourdes
- Croire que les institutions qui ne font pas partie du système de justice, comme le système scolaire et les institutions religieuses, devraient assumer une grande part de responsabilité dans la prévention de la criminalité juvénile
- Croire que la pauvreté, le milieu familial et les problèmes de santé mentale jouent un grand rôle dans la criminalité juvénile
- Consulter des sources plus spécialisées sur le système de justice pénale pour les jeunes, comme des rapports gouvernementaux, des livres, des cours universitaires et des professionnels du système de justice
Qu'est-ce qui est associé à une confiance plus faible à l'égard du système de justice pénale pour les jeunes?
- Être plus âgé
- Croire que les faibles conséquences imposées par le système de justice jouent un grand rôle pour contribuer à la criminalité juvénile
- Croire que la peine maximale de trois ans prévue dans la LSJPA devrait être alourdie
- Expérience concrète du système de justice pénale pour les jeunes (p. ex. victime, accusé, parent d'un accusé)
- La perception que la criminalité juvénile (la criminalité en général, les crimes avec violence et la participation à un gang) a augmenté au cours des cinq dernières années
- Être une femme
- Vivre dans l'Ouest canadien (p. ex. Colombie-Britannique, Alberta, Manitoba)
- Croire que les tribunaux et les lois au Canada (c.-à-d. la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents) devraient être responsables de la réduction de la criminalité juvénile
- Croire que les prisons pour adultes constituent une réponse efficace pour les jeunes qui ont commis des actes criminels
| Variable | Estimations du paramètre | Écart-type | Valeur F | Valeur P |
|---|---|---|---|---|
| Interception | 2,44 | 0,28 | 73,95 | <,0001 |
| Québec | 0,83 | 0,07 | 127,43 | <,0001 |
| Âge du répondant | -0,02 | 0,00 | 102,36 | <,0001 |
| Les faibles conséquences imposées par le système de justice contribuent à la criminalité juvénile | -0,14 | 0,01 | 102,21 | <,0001 |
| La peine maximale de trois ans prévue dans la LSJPA est trop courte | -0,60 | 0,06 | 96,54 | <,0001 |
| Des mises en garde sévères des policiers sont efficaces | 0,11 | 0,01 | 93,5 | <,0001 |
| Connaissance de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents | 0,10 | 0,01 | 84,77 | <,0001 |
| Expérience antérieure du système de justice pénale pour les adolescents | -0,36 | 0,07 | 23,26 | <,0001 |
| Les mesures de rechange permettent aux tribunaux de se concentrer sur les crimes graves | 0,18 | 0,04 | 23,19 | <,0001 |
| Les prisons pour les jeunes sont efficaces | 0,06 | 0,01 | 21,35 | <,0001 |
| Études universitaires | 0,26 | 0,06 | 19,83 | <,0001 |
| Les jeunes qui ont des problèmes de dépendance à la drogue devraient recevoir des peines moins lourdes | 0,23 | 0,06 | 16,44 | <,0001 |
| La criminalité juvénile avec violence a augmenté | -0,25 | 0,06 | 16,34 | <,0001 |
| Les institutions religieuses devraient être responsables de prévenir la criminalité juvénile | 0,05 | 0,01 | 14,74 | 0,0001 |
| Le counseling psychologique/psychiatrique pour les jeunes est efficace | 0,05 | 0,02 | 13,07 | 0,0003 |
| Sexe du répondant (femmes) | -0,19 | 0,06 | 11,42 | 0,0007 |
| Colombie-Britannique | -0,27 | 0,09 | 9,83 | 0,0017 |
| Les tribunaux devraient être responsables de prévenir la criminalité juvénile | -0,05 | 0,02 | 9,12 | 0,0025 |
| La participation à des gangs de jeunes a augmenté | -0,19 | 0,06 | 8,75 | 0,0031 |
| Le système scolaire devrait être responsable de prévenir la criminalité juvénile | 0,05 | 0,02 | 8,42 | 0,0037 |
| La criminalité juvénile en général a augmenté | -0,18 | 0,06 | 8,35 | 0,0039 |
| Les prisons pour adultes sont efficaces | -0,03 | 0,01 | 7,86 | 0,0051 |
| La famille contribue à la criminalité juvénile | 0,05 | 0,02 | 7,74 | 0,0054 |
| La surveillance dans la collectivité assortie de conditions est efficace | 0,04 | 0,01 | 6,75 | 0,0094 |
| Alberta | -0,27 | 0,11 | 6,51 | 0,0107 |
| Les problèmes de santé mentale contribuent à la criminalité juvénile | 0,03 | 0,01 | 5,95 | 0,0148 |
| Les adolescents qui sont jeunes et qui manquent de maturité devraient recevoir des peines moins lourdes | 0,14 | 0,06 | 5,54 | 0,0187 |
| La loi devrait être responsable de prévenir la criminalité juvénile | -0,04 | 0,02 | 5,24 | 0,0221 |
| Manitoba | -0,28 | 0,13 | 5,01 | 0,0252 |
| La police devrait être responsable de prévenir la criminalité juvénile | 0,04 | 0,02 | 4,12 | 0,0425 |
| Sources spécialisées d'information sur le système de justice pour les jeunes | 0,24 | 0,11 | 4,80 | 0,0285 |
| La pauvreté contribue à la criminalité juvénile | 0,03 | 0,01 | 3,85 | 0,0497 |
N=4 091; R2=,299 (p<,0001).
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