Évaluation de l’Initiative de justice pour les jeunes

Annexe C : Sommaires des études de cas

Étude de cas : Les Youth Forensic Psychiatric Services de la Colombie-Britannique

Les Youth Forensic Psychiatric Services (YFPS), qui offrent des services de psychiatrie médicolégale pour les jeunes, sont un programme provincial du ministère du Développement de l’enfance et de la famille de la Colombie-Britannique qui relève de la Direction de l’intervention spécialisée et de la justice pour la jeunesse. Les YFPS offrent des programmes et des services d’évaluation et de traitement spécialisés aux jeunes ayant des démêlés avec le système de justice pénale. Utilisant une approche multidisciplinaire, les YFPS ont pour mission de fournir aux jeunes ayant des démêlés avec la justice des services d’évaluation et de traitement de haute qualité ordonnés par les tribunaux et liés à ceux-ci, conformément à la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents. En outre, les YFPS évaluent l’aptitude des jeunes à subir leur procès ou évaluent leur non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux, conformément aux dispositions relatives à la santé mentale du Code criminel. Les services offerts directement aux clients sont fournis par une unité d’évaluation des patients hospitalisés située à Burnaby et par huit cliniques externes situées dans diverses villes de la Colombie-Britannique. Les services cliniques sont fournis par des équipes multidisciplinaires (psychiatres, psychologues, infirmières et travailleurs sociaux) selon une évaluation globale et un plan de traitement et des interventions personnalisés. Un traitement comportant diverses techniques est offert aux jeunes qui ont commis une infraction sexuelle ou une infraction avec violence, ou qui souffrent de troubles mentaux graves.

Méthodologie utilisée pour la réalisation de l’étude de cas

La méthodologie utilisée pour réaliser l’étude de cas comprenait un examen des documents, ainsi que des groupes de discussion et des entretiens avec le personnel et les divers intervenants.

  • Les documents examinés comprenaient, par exemple, les rapports annuels des YFPS ainsi que des rapports et documents de recherche et d’évaluation;
  • Six groupes de discussion virtuels ont été tenus avec les gestionnaires et le personnel des YFPS;
  • Trois groupes de discussion et des entretiens virtuels ont été tenus avec les intervenants externes (c.-à-d. des représentants d’organismes qui interagissent avec les YFPS ou s’y réfèrent).

Principales observations

Comme le confirment les tendances nationales et provinciales, les YFPS reçoivent moins de demandes d’aiguillage vers des services d’évaluation et de traitement ordonnés par les tribunaux et liés à ceux-ci, même si les cas des jeunes clients deviennent beaucoup plus complexes et difficiles sur le plan clinique. C’est pourquoi les services offerts par les YFPS se sont éloignés des programmes génériques de base pour se tourner vers des traitements et des interventions plus personnalisés. L’une des priorités de l’organisation est d’accroître son adaptabilité pour aider les jeunes autochtones à s’engager envers leurs communautés dans les régions éloignées ou rurales, notamment dans le Nord, afin d’améliorer la pertinence culturelle de l’approche des YFPS.

Les YFPS ont la possibilité de travailler davantage avec un plus large éventail de jeunes. Actuellement, le mandat des YFPS les empêche d’offrir des services d’évaluation ou de traitement aux jeunes qui sont au stade précédant la mise en accusation (c.-à-d. ceux qui sont déjudiciarisés ou qui font l’objet de mesures extrajudiciaires). Ainsi, ces jeunes, dont certains peuvent avoir des problèmes de santé mentale, ne reçoivent pas de traitement qui pourrait leur être bénéfique, les autres systèmes de santé mentale étant surchargés.

Les services d’évaluation et de traitement des YFPS sont généralement jugés efficaces par les cliniciens, les intervenants et les jeunes eux-mêmes. Les évaluations de programme et les recherches menées à l’interne suggèrent que les YFPS ont un effet positif sur certains aspects de la réadaptation et de la réinsertion sociale des jeunes (p. ex. sur l’amélioration de leur santé mentale). Leur incidence sur le risque de récidive n’est toutefois pas connue, car il n’y a pas d’études disponibles sur le sujet en raison de leur coût.

Facteurs de réussite et difficultés

En raison de la complexité croissante des cas, les services d’évaluation et de traitement sont devenus plus personnalisés et plus complets. Parmi les autres points forts des YFPS, mentionnons :

  • Un personnel dévoué et expérimenté travaillant selon une approche d’équipe multidisciplinaire, davantage axée sur le jeune et appuyée par des investissements dans la formation et la tenue d’activités annuelles en la matière;
  • Un programme à l’échelle de la province qui assure la continuité des services lorsque les jeunes déménagent dans une autre région de la province;
  • L’établissement et le développement de partenariats avec d’autres fournisseurs de services;
  • Une équipe d’évaluation de programme se concentrant sur la recherche universitaire et établissant des liens avec la recherche universitaire, les examens éthiques et les stages en médecine légale pour favoriser l’apprentissage fondé sur des données probantes et l’adaptation de la pratique en fonction de nouvelles données probantes.

Les YFPS font face à peu de difficultés. L’organisation estime néanmoins qu’elle doit relever les défis suivants :

  • Améliorer les pratiques actuelles et fournir davantage de ressources pour desservir les jeunes des collectivités rurales ou éloignées;
  • Atténuer les répercussions des lacunes du système (p. ex. le manque de placements thérapeutiques, le manque de soins intégrés en matière de toxicomanie et de santé mentale);
  • S’occuper des jeunes qui font la transition vers le système pour adultes ou qui font régulièrement appel aux services d’autres fournisseurs (p. ex. les services sociaux), domaine où il est primordial de renforcer les relations.

Étude de cas : Le Youth Achievement Centre du Yukon

Le Youth Achievement Centre (YAC) est un programme de fréquentation en milieu ouvert exploité par le gouvernement du Yukon, les services de santé et les services sociaux, et les services d’appui aux jeunes. Le YAC a deux clientèles cibles : les jeunes condamnés en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA) (groupe cible prioritaire), ainsi que les autres jeunes à risque. Bien qu’il soit désigné comme un programme de fréquentation en milieu ouvert au sens de la LSJPA, le YAC accueille généralement des jeunes qui lui sont confiés en vertu d’un renvoi faisant suite à une ordonnance de placement en milieu ouvert, à des mesures extrajudiciaires, à une promesse remise par le jeune, ou à toute autre mesure ordonnée en vertu de l’article 6 (Avertissements, mises en garde et renvois) ou de l’article 10 (Sanctions extrajudiciaires) de la LSJPA. Le mandat du centre est d’améliorer le potentiel des jeunes en offrant un milieu sûr, structuré et stimulant où sont offerts des programmes qui favorisent et développent des niveaux de confiance, de respect et de responsabilité. Le YAC offre divers programmes de prévention et d’intervention précoce axés sur l’éducation et le soutien scolaire, la formation professionnelle, les aptitudes à la vie quotidienne, les loisirs, l’art, les programmes psychoéducatifs et la supervision. L’objectif des programmes du centre est de réduire les facteurs de risque (pour les jeunes et la communauté) en créant des facteurs de protection pour réduire la récidive chez les jeunes.

Méthodologie utilisée pour la réalisation de l’étude de cas

La méthodologie utilisée pour réaliser l’étude de cas comprenait un examen des documents, ainsi que des groupes de discussion avec les intervenants et des entretiens.

  • Un examen de documents portant sur le YAC, notamment les renseignements sur les programmes offerts, les données sur le nombre de cas et une étude de recherche interne, a été effectué;
  • Une entrevue de groupe a été menée avec le personnel du YAC;
  • Cinq entretiens avec la direction du centre et des intervenants externes (agents de probation, partenaires) ont été effectués.

Principales observations

L’étude de cas du YAC a donné un aperçu des programmes offrant notamment des mesures préventives destinées aux jeunes à risque, ainsi que des programmes de supervision et une programmation de jour pour les jeunes faisant l’objet d’un renvoi en vertu de diverses dispositions de la LSJPA. Selon les tendances nationales, le nombre de jeunes condamnés au Yukon en vertu de la LSJPA qui sont aiguillés vers le YAC est à la baisse. Cette tendance est toutefois contrée par un plus grand nombre de renvois provenant de la communauté, ainsi que par des investissements plus importants dans les heures de programmation par jeune.

Les effets du YAC ont été examinés dans le cadre d’une étude interne qui a montré que la plupart des jeunes ne récidivent pas pendant qu’ils fréquentent le centre. Il y a toutefois peu d’informations sur leur sort après leur séjour au YAC. De façon anecdotique, le personnel a vu de nombreux cas de réussite et certains jeunes continuent à maintenir leurs liens avec le centre de manière informelle après leur séjour.

Facteurs de réussite et difficultés

Le personnel formé et dévoué du YAC « se dépasse Â» et crée des relations de soutien avec les jeunes, ce qui appuie et renforce également la gestion des cas par les agents de probation.

  • L’accent a été mis sur le soutien émotionnel et la proposition de modèles sains pour les jeunes par l’utilisation d’une approche basée sur les forces et le cadre « Risking Connections Â», qui tient compte des traumatismes;
  • Un « guichet unique Â» a été créé, qui offre des approches diverses et souples qui peuvent être individualisées ou menées en petits groupes, et qui combine les compétences pratiques de la vie courante avec les compétences en matière d’éducation et d’emploi et les possibilités de loisirs;
  • Des liens sont établis avec les partenaires communautaires et entre les jeunes et leur milieu;
  • Des services d’intervention précoce et de prévention sont offerts aux jeunes à risque;
  • Un espace physique accueillant et familial est mis à la disposition des jeunes.

En ce qui concerne les difficultés, il existe certaines contraintes physiques liées à l’accès aux services du YAC et à leur diffusion. Par exemple, le centre n’a pas de site Web ou de présence sur les médias sociaux, et une grande partie des programmes sont offerts pendant la journée, du lundi au vendredi, ce qui est un inconvénient pour certains jeunes. D’autres difficultés ont été signalées en ce qui concerne des lacunes dans la réponse collective de la collectivité face aux jeunes à risque, ainsi que la nécessité de tenir compte des besoins des jeunes ayant des besoins élevés et des jeunes adultes qui ne relèvent plus du YAC ou de la LSJPA.

Étude de cas : Le modèle de gestion de cas uniques de l’Ontario

Mis en Å“uvre en 2004, le modèle de gestion de cas uniques (MGCU) est géré par la Division de la justice pour les jeunes du ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires (MSESSC). Le MGCU représente la méthode de prestation de services utilisée pour planifier et fournir des services aux jeunes. Le modèle fournit le processus pour une gestion de cas efficace et basée sur des preuves qui comprend : l’évaluation des risques et des besoins, la planification, la mise en Å“uvre, la supervision, l’examen et l’évaluation. L’agent de probation gère le dossier du jeune pendant la durée de sa peine et s’occupe de la planification et de la prestation des services et des interventions.

Le MGCU fait fond sur les principes et les dispositions énoncés dans la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, notamment en ce qui concerne la mise en Å“uvre de programmes et de services de réhabilitation et de réinsertion sociale (dans la collectivité et en détention), grâce à des interventions fondées sur l’évaluation et axées sur les besoins individuels des jeunes en matière de réhabilitation et de réinsertion sociale.

Méthodologie utilisée pour la réalisation de l’étude de cas

La méthodologie utilisée pour réaliser l’étude de cas comprenait :

  • Un examen de la documentation concernant le MGCU, notamment des renseignements généraux et des documents de base;
  • Des entretiens avec la direction représentant les cadres supérieurs et les gestionnaires de la Division de la justice pour les jeunes de l’Ontario;
  • Des groupes de discussion avec des agents de probation et des cadres du MSESSC;
  • Un sondage en ligne auprès des agents de probation de l’Ontario.

Principales observations

Les agents de probation appliquent les principes du MGCU à toutes les activités liées à la gestion de cas, à savoir l’évaluation, la planification, les services et les interventions à l’intention des jeunes, afin de les aider à apporter des changements positifs à leur comportement et ainsi diminuer les risques de récidive. Le MGCU est utilisé dans les cinq régions de l’Ontario, soit le Nord, l’Est, le Centre, la région de Toronto et l’Ouest. L’Ontario compte actuellement 61 bureaux de probation dans les régions, cinq Ã©tablissements de garde et de détention en milieu fermé directement administrés, 12 Ã©tablissements de placement en milieu fermé, et 35 Ã©tablissements de garde et de détention en milieu ouvert.

La documentation montre non seulement que le nombre de jeunes ayant des démêlés avec la justice a diminué, mais aussi que le nombre de causes devant les tribunaux de la jeunesse et les taux d’incarcération ont baissé en Ontario. Les agents de probation de l’Ontario ont indiqué que la réduction de la charge de travail leur permettait de disposer de plus de temps pour répondre aux besoins de plus en plus complexes et diversifiés des jeunes.

L’évaluation du risque et des besoins et le plan de gestion du cas sont des outils clés que les agents de probation utilisent pour mettre en Å“uvre le MGCU. L’évaluation du risque et des besoins comporte de l’information sur les facteurs de risque criminogènes du jeune (infractions antérieures et attitudes, traits de personnalité, relations du jeune ou circonstances) les besoins et les facteurs de réceptivité du jeune à une intervention. Le plan de gestion du cas permet d’identifier la structure de planification pour les types de services ou d’interventions et de programmes susceptibles de diminuer les risques de récidive chez le jeune. En tant qu’intervenant, l’agent de probation doit veiller à ce que le plan de gestion du cas soit adapté au jeune. Pour ce faire, il doit travailler avec divers autres intervenants à la planification de la gestion du cas. Même si l’évaluation du risque et des besoins est un outil d’évaluation essentiel pour identifier les facteurs de risque et de réceptivité du jeune, il ne permet pas de cerner tous les types de risques criminogènes (comme les infractions sexuelles). Une mise à jour de l’évaluation du risque et des besoins ainsi que certaines améliorations pourraient aider les agents de probation à mieux répondre aux besoins complexes de certains jeunes.

Facteurs de réussite et difficultés

Le modèle de prestation de services du MGCU se veut une réponse de la justice pour les jeunes qui est proportionnelle à la gravité du crime commis (c.-à-d. qu’il prévoit une intervention plus intensive pour les jeunes chez qui on évalue que les risques de récidive sont plus élevés et une sanction disciplinaire moindre lorsque le crime est moins grave).

En outre, la continuité de la prise en charge est la clé du succès du MGCU. Un seul agent de probation est affecté au dossier d’un jeune pour toute la durée de sa peine, ce qui assure la continuité dans l’établissement des relations et la planification. Il y a toutefois des situations où il n’est pas possible d’assurer la continuité (p. ex. lorsqu’un jeune est transféré dans une autre province ou un autre territoire ou dans le système pour adultes). Les transferts de la supervision de la gestion des cas en Ontario et dans d’autres provinces et territoires sont planifiés et coordonnés. Cela dit, les changements dans les relations professionnelles pour les jeunes peuvent être perturbants pour le jeune et sa famille. À ce titre, la planification de la transition et la continuité des soins assurés par les agents de probation sont essentielles pour que les services aux jeunes aient un impact minimal.

De même, il est important de reconnaître les différences dans la disponibilité des services entre les différentes régions géographiques. Ainsi, les organismes communautaires qui offrent des services et des programmes en Ontario ne sont pas normalisés, et il peut donc y avoir des variations d’un bout à l’autre de la province. Les services adaptés aux besoins linguistiques et ethnoculturels des jeunes, notamment dans les régions rurales et nordiques, peuvent être limités et reposer sur les compétences et l’expertise des agents de probation pour trouver des services adaptés et disponibles aux jeunes dans leur région géographique, ou à l’extérieur de celle-ci au besoin. De plus, l’évaluation du risque et des besoins et le plan de gestion du cas ne reflètent pas nécessairement tous les éléments de l’intersectionnalité, comme la dynamique culturelle et communautaire, ce dont il faudrait tenir compte pour moderniser l’évaluation du risque et des besoins.

Étude de cas : Les pratiques de justice réparatrice au Nova Scotia Youth Centre

Le Nova Scotia Youth Centre (NSYC) a ouvert ses portes en 1988. Il est situé à Waterville, à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Halifax. Cet établissement accueille des jeunes hommes et des jeunes femmes qui purgent des peines d’incarcération en milieu ouvert ou fermé, ainsi que des jeunes en détention préventive. C’est d’ailleurs le seul établissement de ce genre dans la province aujourd’hui. Il comprend un bâtiment administratif principal et cinq petites maisons. Dans chaque petite maison se trouvent deux unités résidentielles autonomes comptant 12 lits. La majorité des jeunes de l’établissement sont des jeunes hommes qui, pour la plupart, sont réputés avoir commis une infraction grave ou une infraction avec violence, alors qu’une minorité d’entre eux sont réputés avoir commis une infraction grave avec violence (un homicide involontaire, par exemple). Les jeunes ont accès à divers services (comme des services de santé généraux, des services de santé mentale, un programme d’éducation externe, des conseils pour l’élaboration de plans de réinsertion sociale individuels).

Méthodologie utilisée pour la réalisation de l’étude de cas

La méthodologie utilisée pour réaliser l’étude de cas comprenait un examen des documents et des entretiens avec les divers intervenants.

  • Les documents examinés consistaient en de l’information générale sur la mise en Å“uvre des pratiques de réparation, des documents de formation du personnel et de planification des programmes, de l’information accessible sur le site Web, des rapports d’évaluation et des données cumulatives de Statistique Canada;
  • Des entretiens ont été menés avec les principaux intervenants, à savoir des cadres du NSYC, du personnel de première ligne, des prestataires de services, des agents de probation, des experts en la matière et des représentants du ministère de la Justice de la Nouvelle-Écosse.

Mise en œuvre et accomplissements

Dix ans après avoir mis en Å“uvre un programme de justice réparatrice en Nouvelle-ÉcosseNote de bas de page 46, soit en 2011, le NSYC est allé plus loin en mettant sur pied un projet pilote visant à appliquer au quotidien des pratiques de justice réparatrice à la grandeur de l’établissement, afin de changer la culture organisationnelle. Selon l’information obtenue, la démarche axée sur les pratiques de justice réparatrice est innovante et va au-delà de ce qui est habituellement fait pour mettre en Å“uvre des mesures de justice réparatrice dans un établissement surveillé. Avant l’adoption des pratiques de justice réparatrice, l’approche de la gestion des jeunes au sein de l’établissement était plus punitive et autoritaire; on privilégiait leur isolement plutôt que leur participation à la correction de comportements problématiques. L’approche actuelle axée sur les pratiques de justice réparatrice semble avoir été conçue pour apporter une réponse plus proportionnée au comportement du jeune, mieux adaptée et favorisant sa participation. Les mesures de justice réparatrice ainsi que les autres programmes sont plus susceptibles de favoriser la réadaptation et la réinsertion sociale des jeunes dans leur collectivité. Une évaluation de 2016 du NSYC a également permis de conclure que cette démarche axée sur les pratiques de justice réparatrice a donné lieu aux réalisations globales suivantes : des changements majeurs ont été apportés avec succès aux pratiques et à la culture de l’organisation; et il y a de plus en plus de soutien pour continuer à améliorer et à développer les pratiques de justice réparatrice.

Facteurs de réussite et difficultés

Une approche progressive et continue (projets pilotes, évaluations, poursuite de la mise en Å“uvre, formation continue du personnel), ainsi que la mobilisation et l’engagement personnel (soutien de la direction aux pratiques de justice réparatrice, engagement personnel des intervenants de première ligne) ont été la clé du succès de la méthode axée sur les pratiques de justice réparatrice. La mise en Å“uvre initiale des changements a nécessité une période d’adaptation du personnel. Plus précisément, le personnel avait reçu une formation théorique, mais lorsqu’est venu le moment de mettre la théorie en pratique, il s’est agi d’un changement de cap radical pour s’éloigner des mesures existantes (disciplinaires, punitives). En outre, les programmes offerts au NSYC ont pris en compte les besoins des jeunes d’origines diverses, et des efforts ont été déployés au cours des cinq à huit dernières années pour que ces programmes et la formation du personnel soient plus spécifiquement adaptés sur le plan culturel. Ces méthodes continuent donc d’évoluer.

Étude de cas : Les services communautaires de justice pour les jeunes axés sur la prévention de l’Ile-du-Prince-Édouard

Cette étude de cas portait sur trois programmes de justice pour les jeunes axés sur la prévention et mis en Å“uvre par le gouvernement de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard.

  • Le Community Youth Worker Program vise à aider les jeunes à haut risque qui ont déjà des démêlés avec la justice ou qui sont susceptibles d’en avoir afin de les empêcher d’entrer dans le système ou d’y retourner. Ce programme offre un service social individualisé et des services de soutien aux jeunes et à leurs familles. En outre, il favorise l’accès aux programmes de prévention et la participation à des initiatives communautaires conçues pour aider les jeunes. Au nombre des programmes de prévention, mentionnons le programme de lutte contre l’intimidation dans les écoles, le programme d’apprentissage par l’aventure, les programmes spécifiques aux jeunes autochtones, et la préparation à la vie autonome pour les jeunes plus âgés.
  • Le Youth Intervention Outreach Program est un programme volontaire s’adressant aux jeunes qui ont eu affaire à la police. Le programme est géré par des « agents de sensibilisation aux services de police Â», c’est-à-dire des employés civils basés dans des services de police municipaux ou dans des détachements de la Gendarmerie royale du Canada. Les jeunes sont aiguillés vers ce programme par la police au lieu d’être formellement accusés, ou lorsque les services de police estiment que les jeunes ont besoin d’aide. Le programme offre à la police une alternative positive lorsqu’elle intervient auprès des jeunes, soit une mesure extrajudiciaire conçue pour fournir aux jeunes du soutien afin de prévenir les conduites illicites futures, ainsi que de sensibiliser les policiers aux besoins et aux problèmes des jeunes et de mieux leur faire comprendre ces besoins et problèmes.
  • Le Student Well-Being Program est une méthode récemment élaborée qui met à profit la collaboration d’une équipe multidisciplinaire de professionnels responsables d’une « famille Â» de huit à dix Ã©coles, de la maternelle à la douzième année. Les équipes sont composées de cliniciens en santé mentale, de travailleurs d’approche en milieu scolaire, d’infirmières scolaires, d’agents aux relations école-famille, de conseillers en orientation et d’ergothérapeutes.

Méthodologie utilisée pour la réalisation de l’étude de cas

La méthodologie utilisée pour réaliser l’étude de cas sur les services communautaires de justice pour les jeunes axés sur la prévention de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard comprenait un examen des documents, des groupes de discussion et des entretiens avec le personnel et les divers intervenants.

  • L’examen des documents a consisté à examiner les documents fournis par le ministère de la Justice et de la Sécurité publique de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard, et comprenait notamment l’examen des services de justice pour les jeunes de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard réalisé en 2017, et l’examen de l’information accessible sur le site Web du gouvernement de la province.
  • Des entretiens et un groupe de discussion virtuel ont été tenus avec le personnel du ministère de la Justice et de la Sécurité publique de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard et les prestataires de services aux jeunes.

Principales observations

Une évaluation des services de justice pour les jeunes de l’ÃŽle-du-Prince-Édouard réalisée en 2017 a révélé que le Community Youth Worker Program et le Youth Intervention Outreach Program ont donné des résultats positifs sur le plan de la prévention des démêlés des jeunes avec le système de justice pour les jeunes. Les tuteurs, les travailleurs sociaux et les jeunes eux-mêmes ont signalé une amélioration de leur conduite et de leurs compétences à caractère sociable. Les personnes interrogées dans le cadre de l’étude de cas ont estimé que le passage, ces dernières années, à un modèle de sensibilisation et à une orientation vers la prévention avait contribué à réduire le recours aux procédures judiciaires formelles et à la détention à l’ÃŽle-du-Prince-Édouard.

Facteurs de réussite et difficultés

Parmi les facteurs de réussite signalés par les participants à l’étude de cas, mentionnons les suivants :

  • Le financement obtenu grâce au PFSJJ a permis d’améliorer la formation des intervenants qui travaillent auprès des jeunes et d’améliorer leurs compétences et leurs capacités, leur permettant d’adopter une approche moderne, fondée sur des données probantes, pour comprendre et servir les jeunes;
  • La souplesse du financement obtenu en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents a permis de recourir avec succès à des interventions non traditionnelles, notamment à la thérapie équine et à la musicothérapie, qui sont des programmes thérapeutiques fondés sur des données probantes;
  • La possibilité d’offrir des services de sensibilisation et de rencontrer les jeunes et les familles en dehors du milieu scolaire a permis aux travailleurs au service des jeunes d’accroître leur capacité de rejoindre leurs clients et de travailler plus efficacement avec eux et leurs parents ou tuteurs.

Parmi les difficultés signalées, mentionnons les suivantes :

  • En raison de la faible population de la province, les membres des équipes cliniques doivent être capables de traiter des questions qui seraient normalement traitées par des spécialistes dans les provinces plus populeuses. Compte tenu de la petite taille de la population, il n’y a pas ou peu de praticiens dans certaines spécialisations.
  • À ce jour, l’ÃŽle-du-Prince-Édouard n’a pas eu de jeune condamné admissible au PSPIR, ni reçu de financement à ce titre. Cependant, il y a toujours des jeunes à très haut risque qui ont des besoins complexes, même s’ils n’ont pas commis d’infraction correspondant au critère de l’infraction grave avec violence du PSPIR.
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